CHAPITRE II
LES DANGERS DE LA CURE RADICALE. — ILS N'EXISTENT PAS RÉELLEMENT. — ASEPTICITÉ DES PLAIES. — CONDI- TION PREMIÈRE DE LA SÉCURITÉ DES OPÉRATIONS.
Les progrès dus à la chirurgie antiseptique ont amené deux résultats bien distincts : d*une part, la chirurgie générale, portant sur les cas communs habituels aux chirurgiens, a vu la mortalité et la gravité des traumatismes infiniment modifiées, môme pour ceux qui n'ont suivi qu'imparfaitement les nouvelles méthodes ; d*autre part, de nouvelles opérations sont nées, des régions dangereuses ont été abordées et des procédés opératoires ont été adoptés que Ton aurait pu taxer auparavant d'une impardonnable témérité. Mais cette part nouvelle de la chirurgie ne nous parait devoir être abordée que par les fidèles do la méthode antiseptique. Ici, la sécurité est seulement pour un petit nombre de chirurgiens inébranlables dans leur foi, et c'est pour
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eiiï sculemctit que nous écrivons, La cure radicale (iûs hernies appailïenl aux op(^ralions (jui ne pcrnieltent pas de IransacUon. Pour ampulcr un membre ou un sein, avec quelques précautions antiseptiques générales, on réduit singulii^rcmenl les cliances de mort. S'il survienî un peu de désunion, un peu de suppuration, c'est une peine sérieuse pour le patient, mais les conséiiuencos ne seront pas capitales. Il finira par guérir sans les immunités auxquelles il avait droit; mais il guérira, et son chirurgien présentera une statistique défiiiilivo qui ne rendra comple d'aucune de ces péripéties. Mais, si l'on ouvre une grande séreuse, le péritoine ou les jointures, il ne faut plus de suppuration ; l'accident, c'est la vie mise en jeu ; la moindre conséquence, c'est une infirmité grave. Ici ilonc, point d'ambages : une opération bénigne, (junnd elle est aseptique, peut de
d*opération, si bénigne qu'elle soit, qui permette une semblable affirmation. Les actes les plus simples de la vie exposent à des dangers. Personne n*oserait affir^ mer qu'en prenant un train express on ne s'expose a la mort. Mais, en réalité, si nous nous sommes entourés des précautions nécessaires, en n'opérant ni un diabétique vrai, ni un albuminurique, ni un vieillard, les dangers sont si faibles que nous ne savons trop comment on peut les mesurer.
Déjà, pour les hernies étranglées, on arrive à des résultats extraordinaires par opposition à ce que Ton observait autrefois. C'est une opération qui n'a de gravité que du fait des altérations acquises par i*anse intestinale ou de la dépression qui résulte d'une longue période d*étranglemcnt, surtout chez un vieillard.
Mais, dans les cas de mort, Tautopsie ne nous montre plus jamais la péritonite qui emportait les opérés autrefois et qui était bien réellement le fait de l'opération et surtout du chirurgien.
La hernie ombilicale était la terreur du chirurgien, terreur telle que d'éminents observateurs avaient conclu qu*il valait mieux laisser une hernie ombilicale étranglée aux hasards dé la cure spontanée par gangrène que de l'opérer. Dionis avait déjà exprimé pittoresquement cette crainte de Tétranglement en disant que « l'individu atteint de hernie ombilicale devait se passer de chemise plutôt que de bandage »»
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Aiijoiird'liiii, les dangers pour celle hernie ne diffèrent pas sensiblement de ce qu'ils sont pour les autres hernies étranglées.
Les opérai ions que j'ai faites pour ^traoglemenl omliiliral ont guéri comme les autres, et les opérations quej'iii faites pour cure radicale de hernie ombilicale non étranglée m'ont donné des résultais irréprochables, sans accidp/tl aucun (Voyex Hernies ombilicales et /ternies épigastritjues).
Si le péritoine, irrité déjà par l'élranglement, est si peu impressionnable?, celui qui est sain le sera bien moins encore. Le nombre énorme des laparotomies exploratrices faîtes sans accidents est là pour le démontrer. Dans toutes les opérations au voisinage du périloiiie, personne de nous n'estime aujourd'hui que l'ouverture du péritoine augmente beaucoup les dangers de l'opéralion.
et faire un mélange informe des résultats obtenus par les chirurgiens les plus, divers. C'est ainsi que certaines statistiques célèbres ont amené à des exposés terrifiants. Selon moi, ces statistiques sont encore incomplètes^ car on devrait y joindre les cas peu connus, les cas de mort non publiés, et on aurait ainsi une idée assez exacte du succès que peut avoir cette opération quand elle est pratiquée d^emblée par des chirurgiens qui n'en ont pas fait une étude 3érieuse, qui la pratiquent comme on pratique toutes les opérations de la chirurgie commune. Non seulement on constaterait des résultats déplorables pour la mortalité, mais, si on étudiait les suites, on constaterait encore de plus mauvais résultats pour la cure de la hernie. Cela est tout naturel, car, on ne saurait trop le répéter, l'opération de cure radicale doit être une opération laborieuse, délicate et dangereuse dans certaines conditions.
Si^ au contraire, on réunissait les chiffres des opérations faites par des chirurgiens ayant fait de cette opération une étude particulière, les conclusions changeraient du tout au tout et l'on trouverait déjà que peu de grandes opérations témoignent d*uno pareille bénignité.
Mais, si un chirurgien présente à lui seul des résultats opératoires assez nombreux pour permettre des conclusions, la démonstration est plus complète encore et prévient touto discussion. Aujourd'hui que
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ce livre est appuyé d'une statistique de deux cent Boixante-six cas de cure radicale, je crois qu'il est assez inutile de me préoccuper des additions des statistiques les plus diverses et ma démonstration doit se fairo avec mes observations personnelles et non avec d'autres.
Sur ces deux cent soixanle-six cas, j'ai eu deux morts; ce n'est pas di^jà un ctiilTre bien élevi^. Mais le lecteur doit réfléchir encore que j'ai été le pionnier de celte cliirurgîc, que j'ai dû inventer à peu près complètement mon opération, que j'ai dîl débrouiller les indications cl les contre-indications, «ju'ii c6té de cas d'une bénignité évidente, j'ai opéré des cas si mauvais qu'ils ne devraient pas prendre place dans une statistique générale. Une semblable association do faits doit donc donner des résultats plus mauvais que ceux que je puis obtenir avec mon expérience actuelle et en déterminant les cas avec plus de rigueur. Maïs on peut aller plus loin, et, en étudiant ces deux cas de mort, on peut concevoir que la mortalité g'énérale de ces opérations n'est mi'me pas celle de 0.76 pour 100 dans les cas moyens.
Le premier sujet qui mourut avaitété opéré dans de tri;s mauvaises conditions; j'aurais dû ne l'opérer quo dans mon service. Je suis convaincu que j'aurais réussi, dans ce cas comme dans bien d'autres aussi difficiles el même plus difficiles, si j'avais pu réunir toutes les ressources auxquelles je suis accoutumé.
Je l'ai opi^ré dans le service du professeur Guyon, dans lequel cette opération n'avait jamais c^to faite. Le sujet a succombé à une congestion pulmonaire dans le courant du deuxième jour, après trente heures de calme parfait.
La seconde mort eût él6 encore plus facile à éviter. Le sujet a été pris d'étranglement interne par une bride fibreuse siégeant au voisinage de la hernie. J'étais malade et n^ fus pas averti de l'accident. J'ai lacertiiudequc.si j'avais été averti, cet étranglement eût été 1res facile à lever. Si on songe tjue par quatre fois j'ai eu ainsi l'occasion d'opérer pour des étranglements post-opératoires dans des cas trfes complexes et que mes quatre opérés ont parfaitement guéri, j'ai bien le droit de dire que, dans ce cas où le mécanisme de l'élranglement était très simple, le succès eût été facile. Du reste, àl'beure actuelle, j'ai pris des dispositions pour que le retour d'un tel accident soit impossible.
Quel est donc le danger couru par un sujet encore jeune, de bonne sanlé, porteur d'une hernie point trop volumineuse qui se soumet à l'opération ?
Ce danger est évidemment bien peu considérable, si peu, qu'il paraît encore impossible de le chiffrer. Ce sont les observations qui le disent ; et celte constatation surprendra bien des médecins qui détournent de l'opéralion sur la foi do chiffres injustement appelés en témoif^nage. Je suis, pour ma part, abso-
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lumeitt persuadé que le danger couru par le sujet qui subit l'opéraliou est très inférieur & celui auquel la possession de sa hernie l'expose.
On ne devrait jamais oublier, en eiïct, que, si un ceriain nombre des hernieux peuvent mener une vie exemple de dangers, beaucoup sont menacés sans ceise par des dangers de toute sorte, dangers directs, résultant des chances d'étranglcmenl, et dangers indirects assez mal connus, mais faciles à constater, résultant de l'infériorilé des conditions de la nutrition générale et locale. L'homme que l'on va soumettre à la cure radicale ne peut donc pas l'Ire comparé à un sujet absolument sain. Or, je le répète, la somme des dangors auxquels je conseille de le soumcltre est infmimcnt petite.
La statistique des cas de mort le démontre di'jà. "i-iis l'élude des suites oiu^ratoires vient l'affir-
reuse. Ces complications sont essentiellement septiques, et là où on les rencontre ou peut affirmer qu'on trouvera des complications de septicémie grave h un moment donné. De plus, au milieu de ces accidents, les résultais ne peuvent être parfaits.
Dans mes nombreuses observations, on trouvera tout le contraire. La régularité de la réparation est presque constante. Quelques gouttes de pus sont tellement rares qu'elles attirent toujours vivement mon attention, et cela quelles que soient Tétendueet l'importance de Topëration.
On a attribué, en effet, ces accidents aux grands délabrements qu'entraîne le manuel opératoire. Cela est profondément inexact. Quelque lointaine que soit la dissection, quelque minces que soient les couches de tissus que Ton a dissociés, puis réunis, la réparation doit ^tre d*une régularité parfaite ; on ne doit pas trouver plus de suppuration ou de gangrène qu'on ne doit trouver de péritonite ou d'accidents mortels.
Les nombreux médecins qui sont venus assister à mes opérations et qui ont pris la peine de suivre les opérés ont été frappés de ce fait. La réparation doit toujours être la même. Dans les cas très rares où j'ai observé des manquements à cette règle^ j'ai pu relever les incidents qui les avaient occasionnés. J'ai pu, dans ces cas, toujours relever quelque infection secondaire sans gravité, due soit à une faute commise dans le second pansement, soit à un dérangement du
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DANGEnS DE LA CURE BADICAî.C
pansement dû au malude Iui-m?me. Quolques-utis ont montré assez il'imlocilité pour rendre Ma difficile le maintien de l'asepsie de la plaie.
Mais, pour ces pelites complicalims, il s'agit de faits dune exlrt^me rarelé el jamais en relation avec l'étendue de la plaie.
Cependant, on remarquera, d'une part, que lu rûgion n'est pas favorable pour assurer l'asepsie d'un pansement placé ordinairement pour une période assez longue et on verra, par la lecture des chapitres suivants, que beaucoup de nos cas étaient d'une gravité extrême.
C'est précisément parceqiiejeconsidëre que, malgré ces mauvaises conditions, j'ai pu arriver à la réparation parfaite sans danger pour la vie, que je me sens en droit d'affirmer que, dans des conditions défer-