RÉSECTION DU COUDE POUR ANKYLOSES
constilue, mais dans des conditions telles qu'à la place d'une ankylose on se trouve en présence d'une articulation trop lâche ou même flottante.
C'est la reproduction de l'ankylose qui est surtout à craindre, quoique rare, lorsque la résection n'a pas été trop économique ; si on constatait que quelque roideur eût de la tendance h se reproduire, on pourrait la prévenir en soumettant le coude à une traction continue exercée par des poids. L'appareil construit par Nové-Josserand et conseillé par Ollier est à cet égard d'un bon emploi : il permet de soumettre l'articulation à une traction continue, même pendant la station et la marche. Le poignet du malade repose sur une écharpe élastique, consistant en une bande de caoutchouc passée au-
FiG. 174. — Le même cas : maximum de l'extension, 17 ans après la résection (Ollier).
tour du cou ; la région supérieure de l'avant-bras supporte des poids, dont on peut faire varier l'importance et qui lui sont suspendus au moyen d'une cravate dont elle est entourée.
Si l'ankylose s'était reconstituée, on pourrait recourir à une résection itérative plus largement pratiquée; mais Ollier insiste expressément sur la nécessité de ne la faire que longtemps après que l'insuccès de la première opération est devenu définitif, lorsque le processus ostéogénique s cst complètement arrêté. 11 faut en pareil cas pratiquer une très large résection, particulièrement de l'extrémité supérieure du radius, qui a la plus grande tendance à se souder au cubitus. C'est surtout dans les cas de ce genre que l'on devrait avoir recours à l'interposition d'une lame musculaire entre les surfaces de section des os (voir page 214).
4" Résections partielles et ostéotomies dans les ankyloses traumatiques. — 11 est bien entendu que, lorsqu'à la suite d'une fracture articulaire ou juxta-articulaire du cOude, l'obstacle au mouvement est dû à la saillie d'un fragment déplacé, ou à quelque production osseuse dépendant du cal
OSTÉOTOMIE TROCHLÉIFORME
contre laquelle les os viennent buter, il peut suffire de supprimer l'obstacle par une résection partielle et même par une sorte d'ostéotomie, sans qu il soit nécessaire de recourir à la résection totale; on pourra même éviter parfois d'ouvrir l'articulation.
L'étude des déformations, s'aidant de l'examen attentif des radiographies du membre, permet de déterminer à l'avance, pour chaque cas particulier, les parties sur lesquelles doit porter la section osseuse qu'on exécutera presque toujours au ciseau, et les incisions nécessaires pour aborder ces points du squelette. Nous aurons à revenir sur les opérations de cet ordre, quand il sera question du traitement des fractures articulaires du coude.
§ 2. — Ostéotomie trochléiforme.
Cette opération, pratiquée par Defontaine pour un cas d'ankylose totale du coude dans la rectitude, consiste à faire au niveau de l ankylose une section linéaire et curviligne, telle que l'on obtienne des deux côtés une surface de révolution à peu près cylindrique, représentant un véritable ginglyme.
Defontaine pratique deux incisions longitudinales de chaque côté du coude, de façon à pouvoir dégager les parties molles en avant et en arrière de l'ankylose, puis la lame d'une scie à chantourner est introduite par ces deux incisions et opère une section curviligne d'arrière en avant, commençant au niveau de la partie supérieure de l'olécrane, intéressant ensuite l'extrémité inférieure de l'humérus, puis l'apophyse coronoïde. Defontaine obtint ainsi, sans la moindre lésion des parties molles voisines, une surface de section figurant un quart de cylindre, laissant au-dessous d'elle les parties osseuses antibrachiales, tandis que les apophyses humérales restaient au-dessus. Il fallut par une seconde section, dirigée suivant une courbe à peu près concentrique à la première, faire tomber une lamelle osseuse (fig. 175) pour donner delà mobilité aux surfaces osseuses.
Dans le premier cas qu'il rapporte, Defontaine a* obtenu une restitution presque complète des mouvements ; il fut moins heureux dans une seconde opération conduite de la même manière.
Julius Wolff (de Berlin) a recommandé, sous le nom d'arlhroli/se, un procédé qui consiste à sectionner toutes les connexions osseuses qui immobilisent l'articulation avec le ciseau, puis à fermer par la suture la plaie qui a permis cette ostéotomie. Lorsque celle-ci est réparée et le plus tôt possible, on commence à communiquer à l'articulation des mouvements actifs et passifs : pour le faire sans inconvénient, Wolfî enferme le membre dans un appareil articulé, au moyen duquel il règle la flexion et l'extension du coude.
Malgré les succès enregistrés dans des cas qui, ainsi que l'a fait observer
OSTIÎOTOMIE POUR ANKYLOSES DU COUDE
Ollier, devaient être exceptionnellement favorables, on ne saurait conseiller de recourir à ces procédés d'osléolninie. La facilité avec laquelle, à la suite des résections orthopédiques du coude, l'ankylose se reproduit, même après une excision étendue du squelette et du manchon périostique, condamne d'avance toutes ces tenlalives à un insuccès dont une expérience un peu plus prolongée de ces méthodes a d'ailleurs fait connaître de nombreux exemples. Si l'ostéotomie linéaire devait être conservée dans le traitement
Fin. 175. — Ostéotomie trochléiforme du coude pour ankylose par le procédé de Delonlaine. Deux traits de scie curvilignes séparent l'humérus des os de l'avant-bras et détachent un copeau osseux, après l'extraction ducjuel les extrémités osseuses libérées se correspondent par des surfaces homologues.
des ankyloses du coude, ce serait à la seule condition de s'associer à l'interposition d'un lambeau musculaire entre les surfaces osseuses.
Elle ne présente d'ailleurs sur la résection aucun avantage, ni celui de la facilité d'exécution, ni celui d'une plus grande sécurité. L'ostéotomie ne peut dans les cas de ce genre. servir qu'à transformer une ankylose rectiligne en une ankylose à angle droit, moins gênante pour les fonctions et encore, pour remplir cette indication, la rupture brusque de l'ankylose, pratiquée sous le chloroforme, pourrait-elle parfaitement suffire.