‹ Chirurgie orthop√àdiqueChapitre 85 sur 250 · FORMES COMMUNES DE LA SYNDACTYLIE CONGÉNITALE · texte numérisé non relu

FORMES COMMUNES DE LA SYNDACTYLIE CONGÉNITALE

constituent les parois d'un canal recouvert partout d'un tégument complet; après avoir obtenu par la réunion de ces lambeaux la permanence d'un trajet complètement épidermisé au niveau de la commissure, Félizet détruit par la ligature ou par une section le reste de la palmure (fig. 220, 221, 222 et 223).

La multiplicité de ces procédés démontre combien est difficile la guérison de cette affection par des moyens simples. Il ne suffit pas, en effet, pour obtenir la séparation définitive des doigts, d'ôbtenir la cicatrisation de la commissure, il faut s'attacher à recouvrir complètement, avec des téguments suffisants, la face latérale des doigts que Ton veut rendre indépendants. Le seul moyen pour atteindre ce but double est de pratiquer une autoplastie véritable.

Lorsque la palmure est assez large, l'étoffe nécessaire peut être trouvée dans le dédoublement de la palmure elle-même.

Fig. 222. — Procédé de Félizet : les lambeaux dorsal D et palmaire P sont passés en sens inverse au travers de l'incision de l'espace interdigital et rabattus sur ses commissures supérieure, en D', et inférieure, en P'.

Fig. 223. — Procédé de Félizet : disposition de la boutonnière interdigitale limitée par les lambeaux P et D'. I, ligature élastique destinée à compléter la séparation des doigts.

Cette condition est réalisée dans le procédé de Didot (fig. 224 et 225). Supposons que la syndactylie siège sur le médius et sur l'index : on fait sur la face dorsale du médius une incision longitudinale correspondant à

TRAITEMENT DE LA SYNDACTYLIE

toute rétendue de l'insertion de la palmure sur ce doigt. Sur chacune des extrémités de celle-ci on fait tomber perpendiculairement une petite incision transversale, que l'on prolonge sur la face dorsale de l'index.

Fh;. 224. — Procédé de Didot : abcd, lambcnu dorsal destiné à recouvrir la surface cruentée du doigt le plus externe; — ef, lambeau palmaire, destiné à recouvrir la surface cruentée du doigt le plus interne en s'appliquant en b'c'.

On dessine ainsi un lambeau quadrilatère dorsal qui reste adhérent à l'index.

On procède de même du côté palmaire; l'on taille de la même façon, mais

Fk;. U2b. — Procédé de Didot : coupe des doigts fusionnes montrant la disposition des lambeaux dorsal D et palmaii-e P avant et après la séparation des doigts.

en sens inverse, un lambeau quadrilatère qui reste adhérent à la face palmaire du médius après sa dissection.

Ou achève alors la section des adhérences cclluleuses qui unissent les deux doigts.

PROCÉDÉ DE FORGUE

On rabat la face cruentéc du lambeau dorsal sur la face latérale de l'index, le lambeau palmaire sur la face latérale du médius, et on suture chacun des deux lambeaux à l'incision qui a. permis d'emprunter l'autre à la face opposée du doigt correspondant.

On a recouvert ainsi les deux doigts d'un tégument complet.

Lorsque la palmure est très serrée, ce procédé n'est plus applicable. Les deux lambeaux ainsi taillés sont tout à fait insuffisants pour recouvrir les

FiG. 226. — Procédé de Forguc : Fie. 227. — Procédé de Forgue : ap-

premier temps : dissection du plication du lambeau dorsal sur les

lambeau dorsal. surfaces interne et palmaire du mé-

dius.

doigts ; si on arrive à les fixer, ce n'est qu'avec peine, les fils coupent, et la réunion ne se fait pas.

Pour éviter cet échec nous recommandons d'avoir recours au procédé de Forgue, qui est le suivant :

Procédé de M. Forgue. — Soit une syndactylie avec palmure réunissant le médius et l'annulaire ; on taille un grand lambeau dorsal, analogue à celui que l'on emploie dans le procédé de Didot, quadrilatère, comprenant les téguments de la face dorsale presque tout entière de l'annulaire, ceux delà partie dorsale de la palmure, et ayant sa base sur le médius, au niveau de la ligne par laquelle la palmure se continue avec la face dorsale de ce doigt ; la base du lambeau correspond donc à toute la longueur du médius auquel il s'attache (fig. 226).

Ce lambeau est disséqué, relevé ; il reste adhérent par sa base au médius- On sectionne ensuite la peau qui réunit encore la face palmaire des deux:

TRAITEMENT DE LA SYNDACTYLIE

doigts dans toute la hauteur de la palmure jusqu'à la commissure inlerdigitale.

Les doigts sont ainsi séparés ; le lambeau dorsal, tournant autour de sa base, est rabattu sur la face interne du médius dénudée par la section de la palmure, et par son bord libre on le fixe à la face palmaire du médius, sur toute la longueur de la ligne suivant laquelle a été pratiquée la division de la face palmaire de la palmure interdigitale; les bords supérieur et inférieur

FiG. 228. — Procédé de Forgue : dissec- Fk;. 229. — Procédé de Forgue :

lion d'un lambeau destiné à recouvrir résultat complet de la rcstau-

les faces externe et dorsale de l'annu- ration, laire et emprunté au dos de la main.

du lambeau sont réunis par quelques poins de suture à la peau de la commissure interdigitale et à celle de la phalange unguéale. Le médius est ainsi pourvu d'un recouvrement légumentaire complet emprunté à la face dorsale de la palmure et à celle de l'annulaire, mais la face dorsale de celui-ci, ainsi que son bord externe, sont entièrement dépouillés de peau (fig. 227).

Pour recouvrir ces parties, un lambeau quadrilatère, mais allongé dans le sens vertical, ayant son sommet dirigé en haut, sa base corre.spondant à la commissure interdigitale et à l'articulation métacarpo-phalangienne de l'annulaire, de longueur et de largeur suffisantes, est dessiné sur la face dorsale de la main (fig. 228) ; on le dissèque de haut en bas, on le rabat, en infléchissant son pédicule, sur la face dorsale de l'annulaire, qu'il recouvre ainsi que sa face externe ; ses deux bords latéraux sont fixés par la suture, l'un

PnOCÉDÉ DE FORGUE

à l'incision dorsale de l'annulaire qui a servi à tailler le sommet du lambeau dorsal pour recouvrir le médius, l'autre à la lèvre de division interne de la face antérieure de la palmure, sur l'annulaire ; son sommet est réuni à la peau de la phalange unguéale de l'annulaire.

La perte de substance qu'a déterminée sa dissection est aisément comblée par la suture de ses bords (fig. 229).

On peut, si la syndactylie s'étend à plusieurs doigts, traiter par ce procédé chacune des palmures qui les unissent et faire ainsi une dactyloplastie complexe.

Faut-il pratiquer ces opérations de bonne heure, dès la naissance ou très peu de temps après ? Il y aurait inconvénient à opérer trop tôt, non seulement à cause des dangers réels auxquels les opérations les plus simples exposent les très jeunes enfants, mais encore en raison de ce fait que les doigts ne sont pas suffisamment développés et qu'on gagne de rétofife en attendant plus tard.

Ce n'est donc jamais au cours de la première année, tout au plus dans la seconde, que l'on aura recours à l'opération destinée à remédier à ce genre de malformation.

ARTICLE IX

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