‹ Chirurgie orthopédiqueChapitre 109 sur 237 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le traitement des raideurs de la hanche, presque toutes caractérisées non

seulement par la limitation des mouvements, mais encore par une aililude vicieuse en adduction et en flexion, dépend avant tout de la cause de ces raideurs.

§ 1. — Raideurs permanentes par rétractions cicatricielles.

Dans les cas où l'attitude vicieuse, le plus souvent en flexion, est due à une cicatrice de la région de l'aine (brûlure;, il est facile de restituer au membre son attitude normale par la section transversale, ou mieux encore par l'excision de la cicatrice entière ou seuleniînt de ses parties les plus épaisses ; après cette division ou cette extirpation de la cicatrice, la peau saine se rétracte, et la perte de substance dépasse de beaucoup les dimensions primitives de la cicatrice; on prévient la reproduction du tissu modulaire et, par suite, de l'attitude vicieuse et fixe, en interposant entre les bords de la perte de substance un lambeau de peau saine.

Opérations autoplastiques. — Dans la majorité des cas on a recours à la transplantation de grands lambeaux cutanés, pédicules, empruntés à une région saine, parla méthode italienne.

RUDEURS PERMANENTES PAR CONTRACTURE MUSCULAIRE 35l

La région à laquelle on emprunte ce lambeau, les dimensions, la forme, le point d'insertion du pMicule de ce lambeau varient suivant les partieula rites inhérentes à chaque cas.

Dans ces conditions, nous avons coutume de tailler, sur la région des adducteurs du côté sain, un grand lambeau carré à pédicule supérieur, comprenant la peau et le tissu cellulaire sous-cutané. Le sujet est alors placé de telle sorte que les deux membres inférieurs se croisent obliquement, le membre sain en avant du membre malade, les organes génitaux pendant en arrière entre les cuisses. On réunit par une suture au crin de Florence la circonférence du lambeau à celle de la perte de substance.

Un pansement à la gaze stérilisée, recouvert d'ouate stérilisée, protège le lambeau et la plaie d'emprunt, qu'on réunit, elle aussi, le plus complètement possible par la suture ; puis les deux membres inférieurs, maintenus dans une situation telle que le pédicule du lambeau ne soit ni tendu, ni comprimé, sont fixés solidement dans cette attitude par de nombreux tours de bandes de toile, que l'on peut renforcer d'un appareil inamovible plâtré.

Au bout de 7 à 12 jours, on sectionne le pédicule du lambeau, on régularise ce pédicule en en diminuant un peu l'épaisseur, on en avive les bords, et, après avoir avivé aussi le bord correspondant de la perte de substance, on complète la réparation en adaptant à ce bord le pédicule avivé de la sorte.

Le temps le plus délicat de celte opération est la section ou l'excision de la cicatrice qui recouvre les gros troncs vasculaires situés dans le triangle de Scarpa. Quand la déformation est très ancienne, on peut avoir quelque peine à mettre la cuisse dans l'extension, même après libération complète de la cicatrice ; cela tient à la rétraction des muscles, dont on peut être obligé de pratiquer l'élongation brusque poussée jusqu'à la rupture d'un certain nombre de leurs faisceaux. On dirigera le traitement consécutif avec le plus grand soin, en fixant le membre dans l'extension permanente, au moins pendant la nuit et en lui faisant exécuter des exercices de mobilisation variés, pour éviter que la raideur et l'attitude vicieuse ne se reproduisent.

On obtient ainsi la guérison complète de la difformité, par substitution d'un lambeau de peau saine à la cicatrice rélractile, qui déterminait les raideurs et l'attitude vicieuse.

§ 2. — Raideurs permanentes par contracture musculaire.

On a surtout l'occasion d'observer cette variété de raideurs de la hanche dans la coxalgie hystérique. Le traitement chirurgical dans les cas de ce

genre consiste, le malade étant placé dans l'anesthésie chloroformique, à réduire l'attitude vicieuse, ce qui est généralement facile, et à placer en bonne altitude un appareil plâtré entourant le bassin et le membre inférieur jusqu'à la partie moyenne de la jambe ou même jusqu'aux chevilles. Il n'y a aucun inconvénient à ce qu'on laisse marcher les malades avec cet appareil, pourvu que l'articulation coxo-fémorale soit fixée dans l'extension aussi complète que possible. Si la contracture des adducteurs était prédominante, on placerait le membre et on l'immobiliserait dans l'abduction. Un traitement médical approprié complétera l'action des appareils, qui, pour être suffisante, doit être prolongée pendant de longs mois.

§ 3. — Raideurs permanentes consécutives aux arthrites de la hanche.

1° Arthrites traumatiques. — A la suite de traumatismes, fractures articulaires, entorses, même de simples contusions de la hanche, on peut voir des raideurs permanentes persister, soit du fait de l'existence d'un obstacle osseux, tel qu'un cal volumineux, soit par suite de rétractions ligamenteuses ou d'adhérences articulaires.

Dans ces cas, on peut obtenir, par un traitement judicieux, le retour des fonctions et le rétablissement d'une attitude favorable, surtout s'il s'agit d'un sujet jeune.

Il ne faut pas chercher à mobiliser brusquement l'articulation.

C'est par la gymnastique orthopédique, le massage, l'électrisalion, l'hydrothérapie chaude sous forme de douches, que l'on arrive petit à petit à rendre à l'articulation sa mobilité d'une façon plus ou moins complète.

La gymnastique orthopédique consiste en mouvements passifs ; pour les exécuter on peut recommander l'emploi des appareils dont dispose l'arsenal de la mécano-thérapie : tels les appareils imaginés par Krukenberg et par Zander, où le bassin est immobilisé et le membre inférieur fixé à un levier muni d'un contrepoids, et susceptible de se déplacer, en décrivant un mouvement de circumduction plus ou moins ample, de telle sorte que l'articulation se trouve mobilisée lorsque le sujet ou le gymnaste met en mouvement 1 e levier.

La mobilisation peut être obtenue sans l'aide d'aucun appareil par le gymnaste, qui imprime successivement au membre des mouvements d'adduction, de flexion, etc., le bassin étant immobilisé dans la mesure du possible ; le poids relativement considérable du membre inférieur rend cette mobilisation manuelle très fatigante : c'est la raison principale qui nous fait conseiller l'emploi des appareils mécaniques adaptés à ce but. Ces appareils ont

Page 1