CHAPITRE II
PROCÉDÉS AYANT POUR RUT LE REDRESSEMENT DES ANK.Y- LOSES COMPLÈTES OU INCOMPLÈTES DU GENOU DANS UNE ATTITUDE VICIEUSE
Dans la plupart des cas, le but du chirurgien doit être de substituer à la position défectueuse du membre en flexion une attitude également fixe, mais plus favorable à l'accomplissement des fonctions, en mettant le genou dans l'extension.
Quand il s'agit d'une ankylose osseuse, ce redressement ne peut être obtenu que par des interventions sanglantes, dont la seule usitée aujourd'hui est la résection orthopédique du genou.
Quand il s'agit d'une ankylose fibreuse et surtout d'une ankylose incomplète, on peut avoir recours soit au redressement brusque, soi^ au redressement général et progressif.
A. — Redressement des ankyloses incomplètes du genou. § 1. — Redressement brusque — Redressement manuel.
Supposons une ankylose en demi-flexion : le sujet étant en résolution chloroformique complète, le chirurgien saisit d'une main l'extrémité inférieure de la jambe, de l'autre il appuie à plat sur la partie inférieure de la cuisse, et, exerçant une pesée d'une main el une traction de l'autre, il cherche à réduire l'angle formé par les deux segments du membre. Ce redressement ne se fait pas d'habitude d'un seul coup. 11 faut s'y reprendre à plusieurs reprises, ramener brusquement la jambe dans la flexion complète, de façon à rompre les adhérences, comme si l'on voulait rendre au genou sa mobilité, mais en prononçant surtout ces mouvements dans le sens de l'extension.
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Ouand par ces pressions, ces tractions, ces alternatives de flexion brusque et d'extension, permettant de rompre les moyens d'union accidentels qui maintiennent les surfaces articulaires dans la position vicieuse, on est arrivé à replacer la jambe dans le prolongement de l'axe de la cuisse, on immobilise le membre inférieur dans un appareil plâtré, qui doit comprendre en même temps la hanche, la ceinture pelvienne et le pied.
§ 2. — Redressement instrumental.
Les tentatives de redressement faites moyennant l'utilisation des seules forces du chirurgien, ne réussissent pas toujours; aussi a-t-on substitué à cette manière de faire l'emploi des appareils et des machines.
Un des premiers fut la machine de Louvrier qui fut l'objet des cri-
Fig. 35i. — Appareil de Bradford, modifié par Goldthwait, pour le redressement forcé des ankyloses du genou (Hoffa).
tiques de Bérard dans le rapport que ce chirurgien présenta en 1841 sur l'emploi de cet appareil. Parmi ceux que l'on a construits dans le but d'obtenir la mobilisation brusque du genou, signalons celui qui a été imaginé par Bradford et légèrement modifié par Goldthwait (fig. 35i).
Le membre inférieur est placé entre deux grandes tiges métalliques qui sont fixées par des courroies à la jambe et qui sont réunies à la plante du pied par une forte poignée. Une sangle passe sur la face dorsale du genou, formant sur les condyles fémoraux une sorte de calotte ; une autre sangle embrasse dans le jarret les tubérosités tibiales. Lorsque, saisissant l'appareil par la poignée, on cherche à relever l'extrémité inférieure de l'appareil,
HKDUKSSEMKNT INSTIÎ IMENTAL
la sangle dorsale appuie sur le fémur, la sangle postérieure sur le libia, et l'on exerce ainsi, avec une force qui peut être très considérable, une action tendant à redresser le membre.
Cet appareil, parles pressions opposées qu'il exerce sur les extrémités des os de la jambe et de la cuisse, s'oppose mieux que la plupart des autres aux subluxations du tibia sur le fémur, que nous verrons être l'un des dangers du redressement brusque des ankyloses du genou, et il nous paraît devoir être préféré à la machine de Gross, dont l'emploi est pourtant recommandé par Hoffa (fig. 352 et 353).
Fig. 352. — Appareil de Gross pour le redressement des ankyloses du genou : a, tige métallique sur laquelle deux supports garnis de coussins d, destinés à fixer la cuisse et la jambe, supportés par des tiges métalliques c, peuvent se fixer au moyen de vis b à des distances variables de la vise, qui exerce sur le genou une traction dans le sens du redressement au moyen des lacs g, qui se rattachent à l'extrémité A de la vis e ; f, poignée de la vis.
Cet appareil est formé d'une forte barre horizontale en acier, sur laquelle se branchent deux supports verticaux terminés par des arcs métalliques rembourrés, présentant leur concavité transversalement, de manière à pou voir supporter la partie postérieure de la jambe et de la cuisse qu'on y fixe avec des courroies. Entre ces deux supports, la barre horizontale présente un trou fileté que traverse une longue vis pourvue d'une poignée solide; l'extrémité supérieure de cette vis est rattachée à une sangle qui embrasse la parlic antérieure du genou. En imprimant à la vis un nombre de tours suffisant, on attire le genou vers la barre horizontale, tandis que la jambe ci la cuisse son! fixés par les arcs métalliques sur lesquels elles reposent;
PROCEDES AYANT POUR BUT LE REDRESSEMENT DES ANKYLOSES
on produit donc le redressement du genou avec une force à laquelle rien ne peut résister.
L'emploi des machines de cette espèce expose à de véritables dangers ; ce sont les mêmes que ceux qu'on observe dans le redressement manuel des ankyloses, mais bien plus grands encore, en raison de la force aveugle avec laquelle on agit. Dans les ankyloses du genou, un certain nombre d'obstacles anatomiques s'opposent au redressement, tant du côté des parties molles que du côté du squelette. Nous rappelons les rétractions des ligaments postérieurs et latéraux du genou, celles des muscles et des tendons poplités, la transformation fibreuse du tissu cellulaire du creux poplilé, le
Le membre, redressé par la vis de l'appareil de Gross, est fixé dans un appareil plâtré.
raccourcissement qu'ont subi les vaisseaux poplités, englobés dans ce tissu conjonctif, modifié et adhérent, enfin la tension de la peau elle-même qui a perdu sa souplesse et son extensibilité. On conçoit les désordres que l'élongation de ces parties est capable de produire, lorsqu'elle s'eflectue dans un temps très court et par le fait d'une action mécanique qui ne peut être suffisamment réglée.
Les altérations qu'a subies la forme des condyles fémoraux et des tubérosilés tibiales ajoutent des obstacles plus sérieux encore à l'extension ; on connaît cette sorte d'hypertrophie des condyles, qui semblent s'allonger en même temps qu'ils s'aplatissent d'avant en arrière; pour ramener le membre à l'extension, il faut faire repasser l'extrémité saillante des condyles dans l'espace limité par les ligaments latéraux et par les tubérositc's tibiales, espace trop étroit pour leur donner passage; lorsqu'on veut triompher de la résistance opposée au redressement du genou par celte disproportion des