TRAITEMENT PAR LE DECUBITUS DORSAL ET LE LIT ORTHOPEDIQUE
Lorsqu'on est forcé d'y avoir recours, il faut suspendre le décubitus deux fois par jour pour faire exécuter les exercices de gymnastique orthopédique les plus essentiels, administrer une douche ou faire une affusion froide précédée d'un massage.
On se trouvera bien également de substituer au séjour au lit pur et simple, pendant lequel le sujet ne conserve pas d'ordinaire une attitude suffisamment régulière, ou au décubitus combiné à l'extension et aux pressions latérales en sens opposés, qui est pénible à supporter, le décubitus dans une gouttière dorsale spéciale que le chirurgien peut faire lui-même ou qu'il fait faire par un constructeur.
Les gouttières faites par le chirurgien répondent à peu près au modèle d'appareil proposé par Lorenz pour le mal de Pott et désigné sous le nom de lit plâtré pour la réclinaison ; le mode d'application seul diffère. Le sujet est couché sur le ventre et soumis à une extension et à une contre-extension modérées exercées sur la .tête par la mentonnière de Glisson, sur les membres inférieurs par des aides ; on corrige par des tractions, auxquelles on
Fk;. 90. — Lit plâtré avec jury-mast pour la réclinaison.
associe des pressions directes, la gibbosité et les déviations existantes ; quand le redressement parait suffisant, on recouvre toute la face postérieure du bassin, du tronc, du cou et de la tête, d'une couche de ouate sur laquelle on applique des bandes plâtrées disposées en plans superposés, les unes horizontales, allant du sommet de la tête aux plis fessiers, les autres transversales, étendues d'une des lignes latérales du tronc à l'autre, d'autres obliques, rayonnant du sommet de la tête vers les parties latérales du bassin. Ces bandes plâtrées, préalablement trempées, en se séchant constituent par leur ensemble une carapace qui recouvre toute la partie postérieure du tronc comme une demi-cuirasse, en épousant la forme du corps, en soutenant la tête et le cou, mais en laissant libres les aisselles; on peut les renforcer au moyen de quelques attelles en tarlatane plâtrée ou de quelques attelles métalliques qui donnent plus de solidité à l'appareil. Cet appareil est séché, lissé, verni, recouvert de ouate et d'une serviette, garni d'un imperméable vers son extrémité inférieure pour éviter qu'il ne soit souillé ; on y fixe l'enfant, revêtu d'un maillot, au moyen de tours de bandes en flanelle ou en crépon. Si l'on juge nécessaire de soumettre le sujet à l'extension continue, rien n'empêche d'adapter à la partie supérieure de l'appareil une ou deux
BERGER ET DANZF.T. 7
()8 TRAITEMENT DE LA SCOLIOSE ESSEM1ELLE
liges métalliques, ou jury-mast, formant potence au-dessus de la tête, et d'exercer une traction sur celle-ci au moyen d'une mentonnière de Glisson qui s'y rattache.
Quand les malades peuvent en l'aire les frais, on a tout avantage à substituer au lit plâtré une gouttière en cuir moulé, construite comme les corsets orthopédiques sur un moulage du tronc obtenu dans le redressement. Cette gouttière s'étend du sommet de la tète à la partie inférieure du bassin ; elle embrasse les parties latérales de la tète, du cou, du tronc, en dégageant toutes les parties antérieures, et latéralement en laissant libres les aisselles et la racine des membres supérieurs. Convenablement renforcée de lames en tôle d'acier forgées sur le moule et trempées, celte cuirasse est complétée en avant par des sangles bien rembourrées qui fixent le bassin et la racine des membres supérieurs au niveau des aisselles, et que l'on serre ou desserre à volonté ; enfin, on peut y ajouter des systèmes analogues au jury-masl et destinés à produire une traction continue sur la tète. Si l'on veut agir plus énergiquement sur la gibbosilé, on place à son niveau, dans l'appareil, des plaques de feutre, amincies sur les bords et recouvertes de molleton, ou une sangle élastique tendue obliquement dans l'appareil, de manière à refouler directement les parties saillantes.
Le lit plâtré ou la gouttière eu cuir moulé, employés la nuit seulement, sont très utiles pour assurer la régularité de l'attitude et pour maintenir la correction des déviations pendant le sommeil. Je les préfère à la pratique qui consiste à laisser l'enfant nuit et jour dans son corset, ce qui a le double inconvénient de fatiguer très rapidement le corset et surtout de gêner la respiration de l'enfant pendant la nuit, qui doit être pour lui une période de détente et de repos.
Tels sont les moyens dont nous disposons pour le traitement des scolioses essentielles et dont nous avons indiqué l'application spécialement dans le cas de scoliose à convexité dorsale droite primitive.
Nous passons absolument sous silence les tentatives qui ont été faites pour redresser les courbures scoliotiques par diverses opérations sanglantes; ce que certains chirurgiens ont pu se permettre à titre d'essai ne saurait être considéré même comme un moyen d'exception pouvant actuellement donner des résultats utiles dans un cas déterminé, ce dernier eût-il résisté à tous les autres traitements.
Nous résumerons donc les principales lignes du traitement de la scoliose essentielle dans les quelques propositions suivantes:
Les scolioses au début, les scolioses légères, dites d'attitude, et les scolioses au premier degré peuvent guérir par l'hygiène et la gymnastique orthopédique. L'attention constante donnée aux attitudes du sujet, le redressement spontané par la puissance de la volonté, les exercices de correction
automatique de la déviation par les attitudes stationnaires et les mouvements actifs spéciaux suffisent parfois à atteindre ce but.
Quand la déviation est fixée et qu'elle ne se corrige plus complètement par l'extension de la colonne vertébrale que déterminent les tractions sur la tête ou la suspension (scoliose au deuxième degré), quand il y a une gibbosité costale commençante, aux moyens précédents il convient d'ajouter la mobilisation des courbures que l'on obtient par les manœuvres modelantes, surtout par celles que l'on pratique dans la suspension verticale ou dans la suspension latérale sur le mât horizontal. Il est également nécessaire de maintenir le résultat que l'on obtient de la sorte par l'application d'un corset amovible, que ce soit un corset plâtré, un corset à barrettes ou un corset en cuir moulé.
Quand la déviation s'accompagne de torsion prononcée, de translation en totalité du tronc dans le sens de la convexité, de gibbosité costale confirmée coexistant avec un aplatissement thoracique marqué du côté delà concavité vertébrale (scoliose au troisième degré), ce n'est qu'après une mobilisation énergique que l'on peut espérer une amélioration par le port d'un corset amovible moulé dans une attitude de sur-correction telle que les courbures existantes soient remplacées par des courbures en sens inverse. Dans les cas où, par ces moyens, on n'arrive pas à un résultat suffisant, il faut avoir recours à l'application d'appareils inamovibles plâtrés, appliqués après un redressement aussi complet qu'on peut l'obtenir, et renouvelés à plusieurs reprises de manière à obtenir par étapes la correction complète et même la sur-correction de l'attitude que l'on n'a pu atteindre du premier coup.
La mécanothérapie et particulièrement les appareils de Zander ou analogues peuvent, dans ces tentatives de mobilisation, compléter ou remplacer l'action de la gymnastique et des manipulations.
Le redressement forcé, manuel ou instrumental, doit être réservé aux déviations, invétérées contre lesquelles ont échoué tous les autres moyens de traitement.
On n'aura recours au traitement par le décubitus prolongé et les lits orthopédiques que dans les cas de scolioses à marche très rapide, où la déformation s'accentue sous les yeux même du chirurgien et en dépit de tous ses efforts.
Dans ces deux derniers cas, on peut espérer obtenir un arrêt du processus pathologique et un certain degré de correction de la difformité constituée, mais on ne saurait compter sur une guérison véritable.