‹ Chirurgie réparatrice et orthopédiqueChapitre 61 sur 257 · MOIGNONS CONIQUES DES DOIGTS [ALBERT MOUCHET · texte numérisé non relu

MOIGNONS CONIQUES DES DOIGTS [ALBERT MOUCHET

Toutes les défectuosités des moignons des doigts ne se résument pas dans leur conicité. Cependant, là plus que partout ailleurs peut-être, le contact incessant du moignon avec les objets extérieurs rend un moignon conique particulièrement fâcheux. Un tel moignon aux doigts manque d'étoffe ; il est recouvert d'une peau cicatricielle souvent très mince, tendue sur l'os, et qui s'excorie continuellement. Les excoriations y prennent parfois le caractère d'ulcérations trophiques rebelles dont la cicatrisation est difficile à obtenir ou peu durable.

Quand ils ne se fissurent pas, les téguments sont quelquefois douloureux au contact même le plus superficiel ; ils peuvent l'être en dehors de tout contact, par l'effet des changements de température ou sans cause appréciable.

La sensibilité et la fragilité ne sont pas les seuls défauts de ces moignons coniques des doigts. \J adhérence de la cicatrice au squelette, pour n'être pas spéciale aux moignons coniques, est fréquente sur eux. Et surtout lorsque la cicatrice est terminale, l'adhérence au squelette est à la fois une cause de gêne dans la préhension et une source de douleurs.

Ce n'est pas à dire qu'il faille opérer tous les moignons de doigts à cicatrice terminale ou de forme conique. Il en existe dont les téguments, suffisamment épais et non douloureux, supportent toutes les pressions et n'exigent point d'intervention opératoire : ces cas ne sont pas absolument exceptionnels.

En revanche, des moignons bien étoffés et qui pourraient être qualifiés de « bons moignons » à un examen superficiel ont besoin d'être rectifiés, parce que le bout de l'os est irrégulier et présente du côté de la face palmaire des aspérités qui rendent pénible le contact des objets.

[A. MOLCHET]

Le moignon conique, s'il est un mauvais moignon, n'est donc pas le seul, et des moignons de doigts à cicatrice terminale ou à bout osseux épaissi et irrégulier, pour n'être pas des moignons coniques, n'en sont pas moins de mauvais moignons.

On ne rectifiera aux doigts, comme ailleurs, les moignons défectueux qu'après s'être assuré de la disparition de tout phénomène inflammatoire ; on suivra pour cette réparation les règles classiques. D'abord, on sera économe dans l'étendue de squelette à réséquer, à moins qu'il ne s'agisse d'un moignon de la phalange métacarpienne (mieux vaut désarticuler franchement cette phalange) ou d'un moignon des autres phalanges sur un doigt maintenu rigide en extension. Dans ce dernier cas, l'immobilité du doigt en pareille attitude est à elle seule une cause de gêne telle qu'elle nécessite une désarticulation métacarpo-phalangienne.

Hormis ces circonstances, la résection devra être, nous le répétons, économique, surtout au pouce, mais aussi à l'index et à l'auriculaire ; elle pourra être plus large sans inconvénients au médius ou à l'annulaire.

Il faudra, en outre, s'efforcer de tailler un lambeau palmaire suivant les préceptes classiques, de façon à rejeter la cicatrice sur le côté dorsal. Si l'on doit pratiquer l'amputation totale d'un doigt chef de file, index ou auriculaire, le lambeau sera interne et palmaire pour ce dernier doigt, externe et palmaire pour l'index.

Au pouce, l'extrême économie est de rigueur, car un moignon de quelques centimètres est précieux à conserver ; dans les métiers qui n'exigent pas d'efforts, il suffit à compléter l'anneau pollici-digital de préhension.

[A. MOLCHET]

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