III. — AMPUTATIONS DOUBLES
Chez les amputés des deux membres supérieurs, la question de la prothèse se présente avec un intérêt tout particulier, parce qu'elle est tout spécialement difficile, et parce que cependant il est de toute nécessité de faire l'impossible pour venir en aide à ces malheureux mutilés.
En combinant l'appareillage avec la rééducation, des progrès importants ont déjà été réalisés. Les amputés des deux avant-bras arrivent à accomplir toutes les actions ordinaires de la vie : s'habiller, manger, faire leur toilette, écrire ; certains d'entre eux sont parvenus à exercer une profession de comptable, de dessinateur, d'instituteur, à monter à bicyclette, à travailler leur jardin. Mais il reste encore beaucoup à faire, surtout pour les amputés des deux bras.
La rééducation des moignons nus doit être tout d'abord pratiquée avec persévérance, car elle peut donner des ressources tout à fait remarquables,
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APPAREILLAGE DES AMPUTATIONS
mais elle ne suffit pas, et tous nos mutilés se servent d'appareils de prothèse. Signalons aussi que certaines modifications des vêtements son nécessaires : le pantalon doit être fermé par des agrafes ou des boutons à pression, les souliers attachés par des boucles.
Les appareils utilisés par les amputés doubles sont de trois sortes : un simple manchon appliqué directement sur le moignon, une ou deux mains articulées, et enfin des appareils de travail sur lesquels on peut fixer les outils agricoles.
1° Manchons. — Le manchon le plus simple est une coifte en tissu élastique qui s'applique exactement sur le moignon, et porte des goussets orientés de la façon la plus commode pour recevoir le manche des instruments, tels que la cuiller, la fourchette, le couteau, le porte-plume, le porte-éponge, le blaireau, le rasoir, etc. Les mutilés peuvent facilement le placer eux- mêmes et y introduire leurs outils. C'est en quelque sorte la robe de chambre du moignon.
Pour ceux qui font de cet appareil un usage plus fréquent, on utilise des manchons en cuir moulé sur lesquels sont cousus les goussets en tissu élastique (fig. 227). Le manchon est retenu en place soit par un petit brassard fermé par des boucles, soit, lorsque le moignon est court, par un ressort en forme de demi-gouttière postérieure qui saisit le bras au-dessus des saillies de l'épicondyle et de l'épitrochlée.
2° Appareils articulés. — Dans tous les cas où la pronation et la supination sont conservées, l'appareil de Beaugrand rend de très
— 1 • o* i~ 1 ' - j *i Fiff. 227. — Manchon en cuir
grands services Simple, léger, commode, il Ivec passants en tissu élastipermet de saisir les objets aussi bien que les que, pour amputé de lavantmains articulées, et avec un effort beaucoup moindre.
Beaucoup de doubles manchots arrivent aussi à se servir bien des simples mains en bois avec pouce articulé, dont ils apprécient la légèreté. Pour que ces mains soient à même de remplir leur rôle, il faut que la pince de préhension formée par le pouce et les deux premiers doigts soit très bien ajustée et montée avec un ressort assez fort. Il est de plus utile, comme Ta fait Deleury, d'armer le pouce d'un petit onglet de cuivre qui peut se glisser sous les objets et facilite beaucoup la préhension. La mobilité du poignet est aussi très utile, car elle permet de donner à la main la
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2C2 CHIRURGIE REPARATRICE ET ORTHOPEDIQUE
direction la plus propre à faciliter son action. Cet avantage est réalisé dans les mains Dezavis, montées sur une rotule mobile en tous sens, mais assez rigide pour qu'il ne soit pas nécessaire de les fixer ensuite par un dispositif spécial.
Enfin les mains articulées de Cauet, de Maublanc, de Carnes, sont, dans la plupart des cas, l'appareil ordinaire de l'amputé double.
3° Appareils de travail. — Ce sont les appareils ordinaires des amputés simples, auxquels on adapte toutefois des porte-outils spéciaux, pour permettre aux mutilés de saisir et de relâcher leurs outils sans aide.
L'anneau crochet articulé d'Aubert est un des plus pratiques pour recevoir le manche de la bêche, de la pioche ou de la charrue. L'autre prise se fait avec un crochet simple, grâce à l'anneau de Lantus, qui se place sur le manche même de l'outil et offre de petites boucles dans lesquelles on introduit le crochet.
Enfin, quand il est nécessaire de faire serrage, par exemple pour retenir le manche de la faux, le meilleur appareil est la pince Simond. Celle-ci est construite de telle façon qu'elle est commandée par un levier assez long pour être actionné par le mutilé lui-même par une simple pression de son moignon.
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