CONCLUSION
L Histoire semble s' être jusqu ici complue au récit des batailles et aux exploits des conquérants , comme pour nous convier à applaudir à de sanglantes tragédies dont, tous , nous payons les frais. Mais nos armées actuelles ont une organisation différente de celles des anciens régimes. Le soldat n’est plus un mercenaire , racolé ou enrôlé à prix d’argent, pour se battre et se faire tuer à l’occasion; c’est un citoyen qui, à quelque classe, à quelque caste qu’il appartienne , est soumis au plus lourd des impôts, sans qu’il puisse s’en affranchir autrement que par la maladie ou les infirmités. Ce changement dans la constitution des armées explique pourquoi l’opinion s’occupe de plus en plus non point seulement de ceux qui tombent au service de la patrie, c’est-à-dire du patrimoine commun, mais encore des malades qui remplissent les hôpitaux, des blessés que recueillent les ambulances .
Ces préoccupations, cette sollicitude, nos pères les ont connues ; mais, il faut le reconnaître, à un moindre degré que nous. C’est l’honneur de notre civilisation d'avoir développé de plus en plus ces sentiments d’ altruisme , de solidarité humaine; et, si nous ne pouvons entrevoir que dans un avenir inaccessible aux prévisions, la fin des guerres par le perfectionnement des engins meurtriers, qu’on ne nous sèvre point de cette illusion bienfaisante, qu’avec les progrès indéfinis de la science, la vie humaine soit de plus en plus protégée, ait de plus en plus de prix; et qu’on nous laisse exprimer le souhait que l’on se montre désormais moins soucieux de détruire que de conserver.
Groupe de blessés (Dessin de Gustave Doré.)