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CHAPITRE XIII

LE PREMIER HOPITAL SÉDENTAIRE l’organisation DU SERVICE DE SANTÉ SOUS LOUIS XIII

On est quelque peu surpris de rencontrer, sous la plume d’un historiographe de l’administration de la guerre1 2, ces assertions plus que hasardées: « On vit, à la suite des armées de Louis XIII, les blessés sans secours ensanglanter les routes et se traîner douloureusement du champ de bataille jusqu'aux lieux les plus voisins où ils ne trouvaient guère plus de ressources; aussi, les armées de Louis XII 1 se fondaient-elles sans cesse par la dispersion des blessés, dont personne ne s’occupait et ne savait ni le sort ni le lieu de retraite. » bien de plus contraire à la vérité. Un règlement, en date de 1622, établissait, en effet, que, quand le soldat tombait malade en cours de route, il demandait un congé à son capitaine, « pour s’aller faire panser » ; muni de ce congé, il se présentait aux magistrats de la ville la plus proche, qui étaient tenus de le faire soigner jusqu’à guérison complète-.

« Les chefs militaires, écrit un autre annaliste, rentrés en quelque sorte dans les habitudes du moyen âge, contrairement à l’exemple que leur avait donné le règne précédent, menaient à leur suite des chirurgiens particuliers, qui n étaient point tenus de secourir les blessés , dont le gouvernement lui-même ne prenait aucun souci. » Opposons à ces allégations les documents pris aux sources les moins suspectes : les capitaines, tant qu’ils furent propriétaires de leurs compagnies et responsables de leurs hommes, les faisaient le plus souvent traiter à leurs dépens y ; ils leur distribuaient même, parfois, du bouillon : tel, par exemple, le comte d’Assailly, qui était adoré de ses cavaliers *.

1 Histoire de V Administration de la guerre , par X. Audouin, rapporté par Percy et Willaume, br. cit.

2 Règlement pour V Infanterie, 1622 (Recueil Cangé), cité par Alb. Babeau, La Vie militaire sous l’ancien régime , t. I, chap. X.

;t Le soldat citoyen (Babeau, cit.).

i Mém. de Thomas du Fossé, t. III, 296 (id.).

Quand le soldai n’était que légèrement malade, ou qu’il revenait de l’hôpital, plus d’un capitaine « le prenait à son ordinaire, le nourrissait mieux, lui donnait du vin, le faisait monter, les jours de marche, sur le cheval de son valet, et en peu de temps il se rétablissait1 ». Il avait pour sa convalescence des soins qu’on n’avait pas à l’hôpital, où l’on s’empressait de renvoyer le soldat, aussitôt qu’il était à peu près sur pied, parce que, dès qu’il allait mieux, il fallait lui donner la portion entière de nourriture, au détriment des bénéfices des entrepreneurs.

On a fait grief à Louis XI II de n’avoir pris aucun souci des malades et des blessés. « Devant La Rochelle, si longtemps cernée, il n’y eut pas, a-t-on prétendu, la moindre apparence d’ambulance ; on est même autorisé à croire qu’aucun abri, aucun lieu de retraite n’était indiqué aux hommes blessés2.» 11 fallut « renouveler usqu’à trois fois l’armée qui assiégeait La Rochelle : la consommation d’hommes ne fut pas moins grande devant Casai, Nancy, Hesdin. Le roi, étant entré par la brèche dans cette dernière place, ne songea aux blessés de son armée, que quand il eut vu les fossés et les rues jonchés de ceux de l’ennemi: alors il ordonna de faire venir des chirurgiens de Paris pour en prendre soin ; mais la plupart des blessés moururent en attendant ces tardifs secours 3 4 ».

Si l’on a voulu par là nous montrer la dureté de cœur du fils d’Henri IV, on n’y a que trop réussi; encore faudrait-il des témoignages plus probants que des affirmations qui ne sont étayées d’aucun document précis ; la vérité est qu’à maintes reprises, Louis XIII s’inquiéta, au contraire, avec sollicitude, de ce qui pouvait altérer la santé de ses troupes.

A Réziers, en 1622, une épidémie ayant éclaté dans l’armée, épidémie que les médecins attribuèrent à un usage immodéré de raisins, le roi donna des ordres au Grand Prévôt, pour qu’il fit sans retard cesser la vente de ce fruit et jeter tout ce qu’on pourrait en trouver dans la région.

Al u’ès chaque bataille, assure celui de ses biographes qui a le mieux démêlé la psychologie complexe de ce monarque1, Louis XIII se montrait plein d’attentions pour les blessés, s’informait de ceux qui étaient le plus gravement atteints, demandait fréquemment de leurs nouvelles. « Arrêtant les convois de blessés, il dit quelques bonnes paroles à chacun d’eux, console, encourage. On le voit choisir lui-même la

1 Mémoire de 1788 ( Archives de la Guerré).

- Gama, loc. cit., 29.

3 PeRCY et WlLLIAUME, OJ) . cit., 99.

4 L. Batiffol, Louis XIII à vingt, ans.

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