‹ Chirurgiens et blessésChapitre 82 sur 122 · RÉPUBLIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

COMMISSION DE ChviwtaUM DEb lü-o UhuCLASSE D Eé LEyju.uj-.K

Commission PF- Chirurgien pf 3* classe des hôpitaux, a l armée d'Italie. (An YM de la République française,)

( Collection de l'auteur ,)

502 CUIRURGIENS ET BLESSES A TRAVEES L’niSTOIRE

vaut mieux, dit-il, donner la bataille la plus sanglante que mettre les troupes dans un lieu malsain L »

Qu'on ait soin d’cviter les bords des rivières et tous les endroits où il y a de l’eau : en campant dans des régions bien à l’abri de l’humidité, on a moitié moins de malades1 2.

Afin de purifier l’eau de boisson, il est attribué à chaque ordinaire « une chausse contenant du charbon pilé. »

En 4804, l’Empereur s’inquiète de ce qu’il y a « plus de malades dans un corps que dans un autre : il faut en savoir la raison, qui n’est souvent que dans la mauvaise qualité des fournitures ». Dans les régiments qui sont les mieux exercés, la mortalité est moindre ; cela tient à ce que « la bonne nourriture et l’exercice sont les plus grands antidotes des maladies ».

C’est surtout à l’égard de ses soldats d’Italie que se manifeste la sollicitude du premier Consul. « La saison va devenir mauvaise à Mantoue; il faut n’y laisser qu’un bataillon de troupes françaises avec le bataillon noir et les troupes italiennes. »

« Il faut tenir peu de monde à Legnano, où l’air est très malsain. » Il mande, d’autre part, à Jourdan, de veiller à la santé des garnisons piémontaises, la maladie étant « l’ennemi le plus dangereux qu’il ait ».

Bien avant d’être revêtu de la pourpre impériale, l’attention de Napoléon s’était portée sur toutes les questions ressortissant à l’hygiène, et en particulier à l’hygiène hospitalière. Lors de la première campagne d’Italie, le général en chef, visitant les hôpitaux, constatait qu’il y avait plus de cinq cents malades sans lit : sans coup férir, il réquisitionnait les couvents et demandait, en outre, que chacun de ces établissements monastiques fournit les lits, le pain, la viande, le bouillon, le vinaigre, enfin tout ce qui est nécessaire aux malades. Us seront également tenus de fournir les « servants3 ».

Deux mille malades encombrent les rues de Brescia : Bonaparte ordonne qu’il en soit mis trois cents dans chaque couvent et qu’on les traite comme ils doivent l’être. Et il spécifie le nombre et la nature des fournitures : trois mille aunes de toile pour linge à pansement, trente mille pintes dè bon vin, dix pièces de vinaigre,

1 G. N., nosi8.o4i, 18.089, *8.iio.

2 Id, n° 18. 1 3/0.

3 C. N., 28 juillet 13796, 796.

NAPOLÉON, HYGIÉNISTE .MILITAIRE

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quinze cents pintes d’eau-de-vie, deux milliers (de kilogs, probablement) de sucre ou cassonade, trois mille citrons, six mille chemises1.

Il s’informe de l’état des blessés et des malades dans les hôpitaux de Milan, Pavie, Brescia, Trévise, etc. Il veut savoir combien chaque demi-brigade a de malades à chacun de ces hôpitaux 2.

Il prescrit de placer les malades et blessés de l’ennemi dans des hôpitaux séparés et destinés à eux seuls, et de les faire soigner par des médecins de leur nationalité3. Qu’on veille surtout à mettre à part les blessés et les fiévreux 4.

Bonaparte connaît l'adage latin, De minimis non curât prætor, mais il en prend le contre-pied. « On manque de marmites à l’hôpital et de vases pour laver les plaies... Il ne faut, pour les blessés, que de l’orge et du miel pour faire la tisane, et il n’y en a point! » On se procurera, sans délai, de l’orge, du miel et des vases. Le linge et la charpie sont sur le point de manquer5 * 7 : qu’on en trouve!

Les hôpitaux sont dans le plus mauvais état à Boulogne; il n’existe aucun moyen d'évacuer les malades sortant de ces hôpitaux : « aucune couverte n’est encore arrivée » : il est instant d’y pourvoir0.

Des « dépôts de convalescents » seront établis à Boulogne, Ostendo, Montreuil", dépôts où « tous les hommes sortants de l’hôpital resteront une ou plusieurs semaines ».

Du palais de Saint-Cloud, comme du milieu des camps, Napoléon s’inquiète delà santé de ses soldats. « L’idée que des malades sont abandonnés et manquent de tout est terrible8. »

Comment sont-ils soignés, ont-ils les drogues nécessaires? Tous les hôpitaux manquent de quina et l’on arrive dans une saison où généralement éclatent les fièvres. « Prenez des mesures efficaces, mande l’Empereur à celui qui est chargé de ce service, pour faire venir une grande quantité de quina... En général,

1 C. N., 12 août 1 796, 871 et 872.

- 11 décembre 1796, nIJ 1.266.

:i 12 février 1797, n° 1.485.

4 23 mars 1799, n° 4-o53.

5 22 mars 1799, n° /j.oôi.

0 C. N., 8 octobre i8o3, 7.179.

7 fd., n° 7.206.

8 fd., n° 10.807.

n’épargnez pas l’argent pour acheter des médicaments... Donnez ordre qu’on distribue tous les jours de la bière aux convalescents b »

Les évacuations font aussi l’objet de ses préoccupations. « Faites-vous faire un rapport sur les malades et blessés qui ont été évacués de Varsovie, écrit-il au général Lemarois. Gomment ont-ils été évacués? Où sont-ils dans ce moment?

S’ils ont été évacués en règle et qu’ils soient dans de bons hôpitaux, on peut

lentement et insensiblement continuer l’évacuation ; mais si, au contraire, ils souffrent et qu’ils soient dans de mauvais hôpitaux, il faut la retarder ou l’arrêter1 2.»

11 descend aux plus infimes détails d’administration 3 *. « La journée d’hôpitaux coûte 32 sous et 8 sous en sus, pour les dépenses générales, ce qui fait 40 sous : cela est scandaleux, dans un pays où les médicaments de toute espèce sont à très bon marché: la journée ne devrait pas coûter plus de seize sous... 11 y a dans

tout cela vice d’administration b » On arrive à la réduire à un franc pour les

hôpitaux civils, à 1 franc 30 pour les hôpitaux militaires. « Gela commence à devenir raisonnable5.»

L’Empereur n’est pas d’avis de multiplier les hôpitaux, car c’est multiplier les employés; ceux-ci peuvent, sans inconvénient, être remplacés par des gens du pays; de même, l’on peut se servir des médecins et chirurgiens des endroits où sont établis ces hôpitaux. Il n’y a que devant l’ennemi que l’on n’a besoin que de Français, « parce qu’on ne peut se fier qu’à eux » ; sur les derrières, ils sont beaucoup moins utiles6.

Pourquoi à Berlin, à Magdebourg, à Leipzig, les malades français ne seraient-ils pas aussi bien soignés par les médecins du pays ? Il serait convenable que l’ordonnateur des hôpitaux, les officiers de santé en chef et le régisseur se rendissent à Varsovie, fissent choix de six hôpitaux et qu’on eût soin de destiner le même hôpital à un ou deux corps d’armée. Il y a à Erfurt 751 malades français,

1 G. N., n° i2.o63 (17 mars 1807).

2 Id., n° 12.0.49 (Jô mars 1807).

3 « Quand la tête de Napoléon n’était point préoccupée de ses projets, il s’intéressait à des objets sans rapport avec son affaire essentielle. Il demandait, par exemple, à la vue d’une porte d’école, la destination de ce bâtiment, et ensuite le nombre des écoliers. » Relation circonstanciée de la campagne de 4813, en Saxe, par M. le baron d’ODELEBEN, traduite de l’allemand, t. I, /|0.

6 Ordre à Daru : Ostende, 20 mars 1807 (Cf, Le Caducée, 4 décembre iqoq),

NAPOLÉON, HYGIÉNISTE MILITAIRE

formant cinq hôpitaux; ils auraient pu être placés dans un hôpital ou deux, et alors il n’aurait pas fallu des employés pour cinq hôpitaux. Ces malades auraient dû être laissés avec un seul médecin français et tous les autres médecins ou chirurgiens étrangers; d’autant plus que, parmi ces 751 malades, il y a un grand nombre de Prussiens.

Pendant cette campagne, Napoléon n’oublie pas non plus d’établir des dépôts de convalescents, comme il l’avait fait dans les expéditions du Nord. « On doit établir des petits dépôts, aérés et sains, où l’on soignera tout ce qui sortira des hôpitaux, pour de là les diriger, par détachement d’une centaine d’hommes, sur leurs corps... Ce n’est qu’en s’occupant sans cesse de ces petits soins, qu’on empêche la destruction d’une armée1 2. » S’il y a des hommes fatigués dans les différentes colonnes, qu’on les envoie dans un de ces hôpitaux de convalescents, et qu’on les y laisse « pendant une huitaine de jours. On sauve ainsi des hommes, on épargne des maladies ».

Le 16 juillet 1809, Napoléon écrit au prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, pour se plaindre que « les hôpitaux vont très mal ; il leur manque les ustensiles indispensables... le pain est très mauvais ».

Quant aux blessés, s’est-on préoccupé de leur sort? Voici sur ce point les instructions impériales : « renvoyer à Strasbourg tous les hommes amputés et évidemment hors de service ». Les autres, fortement blessés, seront répartis entre diverses abbayes, qui sont nominativement désignées. «On peut en mettre 6.000 dans chaque. » Les convalescents et ceux qui n’ont reçu que des blessures légères reçoivent également leur affectation : « Ceux qui appartiennent aux Bavarois se rendront droit à Linz ; ceux qui appartiennent aux Saxons se rendront à Presbourg. Mais, bien entendu, il ne sera évacué aucun homme sur ces points, 1° — qu’il ne puisse marcher et suivre les troupes dans les mouvements inattendus ; 2" — que sa blessure ne soit dans le cas d’être guérie en 15 ou 20 jours-. » Tous les généraux sont prévenus qu’ils auront à établir des hôpitaux de convalescence dans les lieux où sont placées leurs divisions3. Les abbayes seront organisées sans retard, en vue de leur nouvelle destination 4.

1 Grisard, Maximes napoléoniennes : Ambulances, Hôpitaux, Blessés,

2 G. N., 16 juillet 1809, n° i5.54o.

3 ld., juillet 1809, n° 1 5.546.

4 iq septembre 1809, nn 15,788,

5o6 CHIRURGIENS ET BLESSES A TRAVERS L’HISTOIRE

En Espagne, il convient de prendre des mesures appropriées au climat.

L’Empereur veut que, dans chaque camp, on étende « des tentes horizontales, en manière de ciel de lit, attachées soit à des arbres, soit à des piquets. Ces tentes interceptent le soleil, et non le vent. Des hommes de corvée en arrosent fréquemment le dessus. Le soldat peut avoir là-dessous des tables et des chaises et ne souffrira pas de la chaleur ». L’idée avait du bon; il ne semble pas qu’elle ait été réalisée. Il mourait autour de Madrid 400 hommes par mois; Moncey perdit plus du quart de son effectif dans l’expédition de Valence, et Dupont dut abandonner ses malades à la férocité des Andalous.

Les routes de Bayonne à Jaen, de Saragosse à Valladolid, sont parsemées de cadavres français : et les hôpitaux de Castille, de Biscaye et de Catalogne sont peuplés d’agonisants1.

Bordeaux refuse de recevoir les évacués; à Saint-Jean-de-Luz, on les laisse « dans une corderie ouverte à tous les vents ». Il devient manifeste que « les intentions de l’Empereur pour la tenue des hôpitaux ne sont point remplies».

L’intendant général Denniée reconnaît lui-même que le service est mauvais; qu’il n’y a ni couvertures, ni quinquina. Depuis que les Anglais ont interdit « d’introduire en France du quinquina ou des plantes médicinales » , ce médicament manque, et on essaie , de le remplacer par des succédanés, écorce de saule ou de marronnier, quand on ne lui substitue pas de l’arsenic ; mais on s’aperçoit que tous ceux auxquels ce médicament trop actif a été administré meurent au bout de cinq ou six mois, sans doute parce que les médecins n’en savent pas régler l’usage et n’interrompent pas de temps à autre la médication, afin d’éviter les dangers de l’accumulation.

Là où l’Empereur n’est pas, les abus ne tardent point à reparaître. A peine a-t-il quitté l’Espagne, que les hôpitaux sont de plus en plus encombrés et dépourvus de ressources. Les malades de Soult sont abandonnés dans des masures inhabitées et nues; ceux de Ney sont privés de remèdes. L’armée de Portugal cantonne longtemps dans des bergeries; elle y gagne la; fièvre putride, et un peu plus tard le typhus. Les fièvres, le typhus, la dysenterie, le scorbut, telles furent les affections qui frappèrent le plus communément les armées impériales.

Après la paix de Tilsitt, la Grande Armée vint occuper la ligne de l’Elbe et

1 G. N., n° 1 3.q39 ; Larrey, Foy, Blaze, etc.

NAPOLÉON, HYGIÉNISTE MILITAIRE

reçut dans sa marche l’influence d’une atmosphère brûlante, qui détermina une affreuse dysenterie. Les villes de Kônigsberg, Braunsberg, etc., en furent infestées.

Tandis que nous perdions peu de malades dans nos hôpitaux, où ils étaient pourtant si mal, au rapport de Percy, il mourait considérablement de monde parmi les habitants, auxquels les médecins du pays prodiguaient les remèdes les plus incendiaires. Les bestiaux périssaient aussi de la dysenterie, et les vétérinaires ne réusissaient pas mieux à guérir leurs bêtes, que les médecins leurs malades.

Contre la dysenterie, Napoléon prescrivit de donner une once de riz par jour aux soldats1, et une amélioration fut bientôt constatée. Quant au typhus nosocomial, voici ce qu’écrivait, en 1808, le chirurgien en chef, qui avait eu tant d’occasions de l’observer :

La mortalité est effrayante et hors de proportion dans presque tous nos hôpitaux... toutes les victimes de l’encombrement, de la plus détestable administration, de l’insouciance de l’autorité, des spéculations, de l’avarice, la mort les choisit parmi les jeunes conscrits de vingt ans. Il est vrai que ces soldats sont déjà épuisés lorsqu’ils arrivent à l’armée; la route, la mauvaise nourriture, la vermine, les insomnies, l’habitation pendant la nuit dans des églises froides, dans des couvents abandonnés, où des milliers d’hommes ont laissé leurs ordures, et où il faut coucher sur le pavé, exposé au froid, à l’humidité, aux émanations putrides et infectes : toutes ces causes, surtout la nostalgie qu’elles contribuent à augmenter, jettent ces nouveaux soldats dans l’état le plus fâcheux, et déterminent bientôt les maladies qui les moissonnent2.

Les typhiques furent, à un moment, en tel nombre qu’on dut les entasser dans les couvents, dans les églises3. Pour les enterrer, on eut recours, faute d’autres, à des forçats, qui les chargeaient dans de grandes charrettes garnies de paille et quelquefois conduites par des femmes, tous à peine vêtus. L’Empereur, avisé de ces faits, recommanda d’éviter l'encombrement des malades dans les grandes villes ; surtout d’éviter d’en mettre dans les abattoirs, comme cela se produira plus tard 4 .

Les débris de la Grande Armée étaient arrivés à Mayence le 1er octobre 1813, apportant avec eux le typhus. Les hôpitaux de la ville furent tout de suite

1 C. N., nos 20.107 et 20- i3g.

2 Histoire de la vie et des ouvrages de P. F. Percy , par G. Laurent, 344-5.

3 Napoléon avait justement remarqué que les abbayes, les couvents étaient généralement placés dans des lieux sains, avantage qui n’existait pas dans l’intérieur des villes (Cf. G. N., 18.759, 18.979, 18.983, 19.049, 19.095 et 19.188).

4 G. N., année 181 4, n° 21.319.

5oS

encombrés. Voici ce qu'écrivait à ce sujet, dans le tome V du Journal de médecine militaire, le médecin principal Bartoli :

Les hôpitaux de Mayence manquaient d’une foule d’objets indispensables pour former un service régulier. Il n’y avait presque point de draps ni de chemises. Les matelas et les paillasses pourris ne pouvaient être changés que très difficilement par une saison froide et humide. Aussi la malpropreté et l’infection étaient à leur comble.

Les infirmiers alors employés étaient généralement de mauvais serviteurs et leur nombre n’était pas suffisant... Ils ne remplissaient leurs fonctions qu’avec la plus grande répugnance et à force de menaces...

Les malades étaient couchés deux à deux, au milieu de l’encombrement et du désordre, aux prises avec le mal, dégoûtants de matières fécales. Position affreuse qu’on ne peut se rapr peler qu’en frémissant.

Sur 4.500 malades des hôpitaux de Mayence, plus du quart fut enlevé par le typhus L

Outre l’encombrement, le typhus reconnaissait pour cause la disette, dont souffrirent si souvent les troupes. Pendant la campagne de Saxe, notamment, au lieu de la ration accoutumée d’une once et demie de viande de boucherie, à laquelle chaque soldat était réduit depuis longtemps, celui-ci n’en recevait plus que le double en chair de cheval, « le plus souvent si mauvaise que les soldats la rejetaient, quoique tourmentés par la faim ».

Ces malheureux s’arrachaient les débris des chevaux morts et à moitié pourris, qu’on trouvait partout dans les rues ; on y rencontrait fréquemment des carcasses dont on avait détaché tous les filaments.

Ici, l’on voyait quelques-uns de ces misérables occupés à écorcher un chien maigre, pour en faire rôtir la chair. Là, on en voyait d’autres ramasser, pour se nourrir, des restes jetés dans les ruisseaux, ou recueillir sur le fumier des pelures de pommes et de pommes de terre ; et pour achever d’un seul trait ce tableau de la plus affreuse misère, on vit un de ces infortunés dévorer avidement des pommes de terre qu’un de ses camarades avait rejetées de son estomac, presque crues!...

Fréquemment, on voyait, dans des coins de rues écartées, ou sur des tas de fumier accumulés partout, des soldats étendus mourants sans secours, et qui aimaient mieux attendre leurs derniers moments, à la vue du ciel et à l’air libre, que de mourir dans les hôpitaux. Des prêtres catholiques cherchaient ces malheureux

I Brice et Bottet, Le corps de santé militaire en France , 2aq.

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sur leur lit (le mort, et s’agenouillaient auprès d’eux, pour leur donner l’extrêmeonction.

lous les jours, il sortait au delà de deux cents morts des hospices de malades où, s’il faut en croire le bruit public, on ne reculait devant aucune mesure meurtrière. Les cadavres, nus, restaient pendant des heures entières rangés le long des lieux de sépulture, les chariots de transports étant dans un mouvement continuel, et 11e pouvant attendre.

Les enterrements avaient été donnés à forfait à des fossoyeurs, qui recevaient 8 gros 1 * 3 4 pour chaque cadavre, et pour en charger beaucoup à la fois, foulaient souvent aux pieds ces corps sur les voitures, avec une insensibilité que ces hommes sans pitié et endurcis par l’habitude , poussaient jusqu’à un excès effrayant-. Ces tas de corps étaient accumidés dans de larges fosses. Parfois, les employés des hospices de malades donnèrent l’exemple d’une impitoyable insouciance, en faisant enterrer des malades encore vivants; d’autres revinrent à la lumière dans les maisons mêmes des fossoyeurs ; et il arriva quelquefois que des mourants, qu’on jetait dans l’Elbe, achevaient dans les Ilots de se débattre contre la mort.

Le manque de remèdes dans toutes les apothicaireries, la mort d’un grand nombre de médecins et de chirurgiens, porta au comble le malheur général11.

Nous n’avons parlé, au cours de ce chapitre, que des maladies qui ont affecté le plus habituellement les armées impériales, sous leur forme épidémique. Il en est une, qu’on peut dire plutôt endémique, qui mérite une mention spéciale, en raison de sa fréquence, sinon de sa gravité : c’est de la gale que nous voulons

parler.

Elle avait fait son apparition dans les régiments de la monarchie 1 ; nous l'avons retrouvée dans les logions de volontaires delà République : peu après Fleuras, « tout l’état-major de Kléber était plus ou moins infecté de gale ». Kléber luimême n’en aurait pas été exempt ; pas davantage Pichegru. Quant à Marceau, on en a la confirmation irrécusable : nous devons à l’amitié, toujours agissante, de

1 A peu près i franc 3o centimes.

- On peut comparer à ce récit l’écrit très remarquable d’un témoin bien informé, intitulé : Horreurs des hôpitaux militaires français , imprimé en 1 8 1 4 .

3 Relation circonstanciée de la campagne de Saxe , en tSI3, par Odeleben, t. II, 202 et s.

4 Cf. Mémoires de Tilly, 266, 298 (Babeau, La vie militaire sous l’ancien régime , t. II, 194).

5io

M. Raoul Bonnet, la communication d’un très curieux document, qu’il possède en original, et dont il a bien voulu nous autoriser à publier le fac-similé.

Au revers d’un extrait du procès-verbal de la Convention, du 13 juin 1793, déclarant que le citoyen Marceau « a bien mérité de la patrie » , en arrachant « des mains des rebelles, près Saumur, le citoyen Bourbotte, représentant du

peuple, qui eut son cheval tué sous lui d’un boulet de canon », le bénéficiaire de cette récompense civique a transcrit, entièrement de sa main, l’ordonnance que nous reproduisons ci-contre, et qui, sans nul doute, le concernait.

La fleur de soufre, la pommade au soufre et au sel ammoniac, les lotions à la guimauve et au sureau : il ri’y a pas à se méprendre sur la nature du mai auquel cette médication s’applique. Peutêtre aurait-on le droit de concevoir quelque soupçon à l’égard d’une affection plus...

spécifique, en voyant mentionner les pilules de Belos, orthographe défectueuse de Belloste : ces pilules étant à base de mercure, on aurait quelque droit de suspecter le spirochète. Ce n’est pas la première fois qu’on le verrait faire bon ménage avec l’acare ; mais le mercure est aussi un dépuratif général, et sa présence dans une prescription n’autorise pas à incriminer, sans autres preuves, l’agent pathogène qui rend les traits de Vénus si redoutables.

Quoi qu’il en soit, on conserve aux Archives de la Guerre un certificat, délivré à Marceau, attestant que celui-ci était atteint de la maladie qui infectait alors les armées, et à laquelle il n’avait pas plus échappé que ses collègues Kléber et Pichegru. Voici la pièce, publiée dans l’ouvrage d’Hippolyte Maze : Le général F.-S. Marceau, sa vie, sa correspondance, d' après des documents inédits (Paris, 1889) :

Q Le : tl-côvtu*,

du; d

& /■> / J iJ/L-ëD N

Recette contre la gale, écrite de la main de Marceau. (Collection R. Bonnet.)

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