LES TROIS GLORIEUSES
Les balles de plomb de calibre et surtout les plus petites, dites chevrotines , produisirent le plus grand nombre des blessures reçues par les militaires. D’autres balles de plomb avaient été réduites en lingots, afin d’être utilisées dans les fusils de chasse ; mais il ne semble pas exact qu’on ait eu recours à des balles
mâchées, pas plus qu’à des balles empoisonnées. Quant aux balles de cuivre, dont on a aussi parlé, c’est, déclare H. Larrey1, « un fait aussi illusoire que celui des balles mâchées ».
Se serait-on attendu que l’un des jouets de l’enfance pût servir de défense à des citoyens armés pour leur indépendance ? 11 est cependant avéré que les billes
1 Relation chirurgicale des événements de juillet 1830, à U hôpital militaire du Gros- (caillou ,
par Hippolyte Larrey, chirurgien-sous-aide-major. Paris, i83i.
La visite de la famille royale au\ rlessés des journées de juillet. Ambulance de la Bourse.
(D’après une peinture du Musée de Versailles.)
des écoliers ont été employées à Paris, en 1830, en guise de balles de plomb ; et les lésions qu’elles ont déterminées étaient loin d’être dépourvues de gravité : Larrey eut à traiter un soldat qui avait eu la clavicule brisée par une de ces billes de marbre.
Outre les projectiles lancés par la poudre à canon, nous ne devons pas omettre de mentionner ce qu’on a désigné sous le nom d’armes domiciliaires, telles que les meubles, les bûches, les tuiles et surtout les pavés : lancées d’une certaine hauteur ou à quelque distance, ces armes improvisées n’ont pas été sans produire des blessures sérieuses.
Les plaies par armes blanches furent moins communes et moins funestes que celles des armes à feu : la baïonnette, le sabre, l’épée n’ont, en général, donné que des plaies simples; toutefois, on a relevé une plaie intestinale, produite par la baguette en fer, ou sonde, des commis aux barrières.
Les citoyens, abrités le plus souvent derrière les barricades ou les parapets des quais de la Seine, avaient surtout été frappés dans les régions supérieures du corps, à la tête ou la poitrine, ces parties dépassant seules le parapet qui leur servait de retranchement.
Quelques militaires furent blessés par des coups de fusil tirés des fenêtres ; mais en bien plus grand nombre, des bourgeois, des badauds surtout, comme il en surgit toujours dans ces occasions, furent atteints par les balles, pour avoir commis l’imprudence de regarder dans la rue.
Les influences morales ont joué, comme d’ordinaire, un rôle important dans l’évolution des plaies : les blessés du Gros-Caillou, grâce à la situation de cet hôpital, placé à l’extrémité du quartier, sans usine ni encombrement d’aucune sorte dans ses alentours, présentèrent une mortalité bien moins élevée que ceux de l’Hôtel-Dieu, aux environs duquel résonnaient, sans interruption, les fusillades, le canon et le tocsin. Ceux qui entraient à l’hôpital du Gros-Caillou, plus spécialement affecté aux soldats de l’ex-Garde, paraissaient, en outre, plus confiants dans les soins qu’ils recevaient ; leur constitution physique les prédisposait, du reste, à être moins éprouvés par le choc opératoire : « habitués par discipline et par amour-propre de bravoure, autant peut-être que par tempérament, à subir leur sort, ils savaient se soumettre, presque sans hésiter, à toutes les opérations nécessairés L »
1 Larrey, loc. cil.