LE SIÈGE DE LA CITADELLE D’ANVERS
Pour le transport des tranchées aux ambulances, on se servait de brancards à bras, en raison de la courte distance qui séparait l’ambulance de tranchée de l’ambulance de réserve.
Après un séjour de douze heures à ce dernier dépôt, les blessés les plus graves
Siège d’Anvers.
étaient évacués sur Anvers ou Malines, à l’aide de voitures, de fourgons d’ambulances, ou de simples carrioles ; pour quelques-uns, on eut recours aux brancards ou à des litières couvertes. Les soldats valides, ouïes habitants de l’endroit, aidaient les infirmiers en cas de nécessité, chaque convoi conduit par un ou deux chirurgiens sous-aides, porteurs de quelques appareils de pansement.
Cette campagne fut remarquable par le peu de morts et de malades qu’elle entraîna ; quant aux blessures, leur évolution fut généralement heureuse, grâce à l’état moral satisfaisant des blessés. Larrey cite un canonnier, qui se mit à chanter
La Parisienne, au moment de se faire couper la jambe; un autre, à qui on venait d’amputer la cuisse, s’étonnait que cela ne fit pas plus de mal. Il y en avait qui causaient avec le chirurgien pendant l’opération ; d’autres s’excusaient de crier! Les blessures les plus graves semblaient exalter le courage de ces braves.
Un soldat, atteint d’un éclat de bombe qui lui déchire le ventre, se sentant près d’expirer, trouve encore assez de force pour faire entendre ces mots : « Je regrette mon vieux père, mes camarades et mon capitaine... Je meurs.... Vive la France! »
Un autre, qui comprend sa position désespérée, s’écrie : « C’est de l’honneur d’être blessé comme moi ! » « Que l’on me coupe le bras, je n’ai pas peur, dit un jeune volontaire; je suis un combattant de juillet et je serai digne d’avoir été baptisé du nom de Napoléon. »
Presque toutes les blessures de siège avaient été produites par les armes à feu : boulets de canon, obus, bombes, biscaïens, balles et mitraille ; les plaies par armes blanches furent relativement rares ; presque tous les Hollandais étaient atteints de coups de sabre, et plus souvent de coups de baïonnette. Plusieurs hommes furent blessés par des éclats de bois ou de pierre, ou par des mottes de terre. Quelques-uns perdirent la vue par « la force de commotion ».
Les chirurgiens pratiquèrent pas mal d’amputations ; plusieurs de ces opérations furent faites à la lumière, le soir, ou au milieu de la nuit.
Pour le pansement des plaies, on eut souvent recours à l’eau fraîche, parfois additionnée de vinaigre ou d’alcool camphré. Les pansements rares étaient généralement préférés aux pansements fréquents.
Saignée générale ou saignées locales furent employées avec parcimonie.
Quelques blessures à la tête ont dû leur bénignité au port du schako, qui a servi, dans la circonstance, de cuirasse providentielle. Un grenadier, renversé par un obus, tombé d’aplomb sur sa coiffure, ne dut d’échapper à la mort, que parce qu’il portait dans son schako la moitié d’un pain de munition, qui amortit fort heureusement le choc du projectile. Un général fut, de même, protégé par son épaulette à gros grains, très durs et très serrés, sans lesquels son épaule aurait peut-être été fracassée par l’éclat d’obus qui l’avait atteinte.
On est assez porté à croire, dans le monde, que les blessures reçues dans le dos ou dans les reins sont moins honorables que celles de la partie antérieure du corps. Cette opinion n’est, au dire de Larrey, « qu’un préjugé insultant pour l’honneur mili-