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CHAPITRE XXXVII

LES GUERRES d’aFRIOUE LA PREMIÈRE CAMPAGNE D’AFRIQUE (l 83û)

Nous rappellerons brièvement les circonstances dans lesquelles fut décidée noire première expédition africaine.

Depuis trois siècles, les pirates barbaresques étaient la terreur de nos côtes; il importait de mettre fin à leurs pillages et à leurs exactions. Une grave insulte faite à notre consul par le dey d’Alger fit déborder la coupe ; l’honneur national réclamait une vengeance.

On a parlé d’un coup d’éventail, qui aurait été donné à notre représentant, M. Duval. Voici comment les faits se seraient, en réalité, passés.

Un jour, ont raconté à Alger des habitants qui avaient recueilli de leurs aïeux cette tradition1, le bey de Tunis avait dans son harem une favorite à laquelle il voulait faire présent d’un beau et riche sarmah, tel qu’épouse de bey n’en avait encore jamais possédé. Le sarmah est une coiffure de forme longue, assez semblable au hennin que portaient autrefois les femmes de France et que rappelle, assez approximativement, le bonnet des Cauchoises, avec cette différence que le sarmah est en métal d’or, d’argent ou de cuivre, découpé en filigranes.

Pour se procurer cet objet précieux, le bey s’adressa à un Juif algérien qui, ne pouvant s’en charger lui-même, en fit la commande à un de ses coreligionnaires de Paris. Il fut convenu que le Juif recevrait, contre remise du luxueux couvrechef, une somme de trente mille francs. Mais le bey, gêné dans ses finances, ne put remplir ses engagements ; il offrit, en échange de l’argent qu’il ne possédait pas dans ses caisses, de donner en paiement une certaine quantité de blé, ajou-

1 Elle a été recueillie par l’auteur d’un article du Magasin 'pittoresque (IV, l[oà), que nous résumons dans ses lignes essentielles,

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tant un permis pour en exporter de Tunis une autre portion déterminée, sans qu’il eut de droits à acquitter.

Précisément à cette époque — on était sous le 1er Empire — il y avait disette sur les côtes de Provence; les troupes qui s’y trouvaient manquant de blé, le Juif vendit ce qu’il en possédait aux fournisseurs de nos armées et fut, de la sorte, créancier du gouvernement français, pour une somme excédant un million.

Mais la Restauration vint, qui méconnut la créance1. Le Juif ne l’entendait pas de cette oreille ; il se plaignit de la mauvaise volonté de nos gouvernants au dey d’Alger, qu’il parvint à intéresser en sa faveur. Des réclamations énergiques furent adressées au gouvernement de Charles X, par l’intermédiaire de notre consul général.

Une série de vexations avaient précédé cette mise en demeure : des territoires nous avaient été contestés; des navires avaient été arbitrairement visités; enfin, au cours d’une réception officielle, à l’occasion des fêtes du Ramadan ou du Baïram, à laquelle assistaient tous les consuls étrangers, le dey se plaignit à notre consul, venu pour lui adresser les compliments d’usage, des retards que le roi de France mettait à lui transmettre sa réponse.

Après un colloque assez vif, l’irritation du dey s’accrut et il s’emporta jusqu’à frapper du manche de son chasse-mouches le diplomate, qui avait gardé jusqu’au bout une attitude correcte. O11 prétend même qu’il aurait accompagné cette voie de fait de ces paroles outrageantes : Roh ! roumi ben alkalb ! ce qui signifie : Sors d’ici , chien de chrétien ! C’est à la suite de cet incident que fut résolu le débarquement de nos troupes dans la cité algérienne. Le 5 juin 1830, le pavillon aux trois couleurs flottait sur la Casbah.

Dans les derniers jours du mois d’avril, l’armée expéditionnaire avait été cantonnée dans les villes et villages qui avoisinent Marseille et Toulon. Afin de mettre les futurs combattants à l’abri de l’action pernicieuse des brusques variations atmosphériques, on leur fit conserver les vêtements de drap ; pour préserver leur

1 La loi de finances du 24 juillet 1820 avait fixé à sept mdlions de francs le reliquat de cette dette, tout en réservant une somme de 2.5oo.ooo francs, pour rembourser les créanciers français des deux Israélites : ils étaient, paraît-il, deux qui avaient entrepris 1 affaire. Cette solution déplut au bey qui, se substituant aux deux Juifs, prétendit être seul depositaire du solde de la créance, dont il entendait faire la répartition à son gré. (Cf. Paul Eudel, l Orfèvrerie Algérienne et Tunisienne , 4 « -44-)

tête des rayons trop ardents du soleil, on leur distribua des coiffes de schakos en toile blanche, qui ne purent, d’ailleurs, pas être utilisées, parce qu’elles servaient de points de mire à l’ennemi1. Les militaires furent, en outre, pourvus de couvertures de laine, et chaque officier et soldat reçut une ceinture de flanelle, « suffisamment longue pour entourer plusieurs fois le corps » .

Tous les hommes furent munis d’un petit bidon en fer-blanc, et d’un barillet de bois, de la contenance d’un litre, dans lequel le vin risquait moins de s’altérer. Nous ne donnons ces menus détails qu’à seule fin de montrer que ces précautions hygiéniques furent loin d’être sans effet sur la santé des troupes qui prirent part à l’expédition.

Malheureusement, et en dépit d’interdictions souvent renouvelées, on eut à constater nombre de colites, dues à l’abus de fruits consommés avant leur complète maturité. On observa également plusieurs cas de fièvres intermittentes, et des « irritations cérébrales », qui cédaient généralement à la saignée du pied ou à l’ouverture de la veine temporale. La vie active du camp, la bonne qualité des aliments apportés de France et, avant tout, le moral fortement trempé de nos soldats atténuèrent, dans une large mesure, les effets nuisibles des maladies et l’influence fâcheuse du climat.

Les blessés ne furent pas moins bien traités que les malades.

Au début, le local destiné à les recevoir fut encombré au delà de toutes les prévisions : on manquait de lits, de matelas, et même de paille ; mais, grâce au zèle et aux efforts, heureusement combinés, des officiers de santé et d’administration, les blessés furent bientôt couchés dans d’excellents lits, garnis d’oreillers et de draps et d’un luxe de belles couvertures blanches2.

Fidèles à la pratique de Percy et de quelques-uns de ses collaborateurs, on se servit beaucoup d’eau simple, pour le pansement des plaies ; mais, contrairement à certains de leurs devanciers du premier Empire, comme Larrey et ses aides, on eut relativement peu recours à l’amputation. Des hommes atteints de plaies des grandes articulations furent guéris sans accident, malgré ce défaut d’intervention ; quelques plaies abdominales même se trouvèrent bien de cette chirurgie expectante.

1 Notes recueillies pendant la campagne d’Alger, pour servir à l’histoire médico-chirurgicale de l’Expédition d’Afrique, par le D1 Tesnière ( Recueil de Mémoires de Médecine , de Chirurgie et de Pharmacie militaires, tome XXXI (;83i).

2 Episode de la campagne d’Afrique , journée du 19 juin i83o, par M. L. Baudens, chirurgien-major (Recueil de Mémoires, etc., loc. cit.).

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Ainsi qu on 1 avait déjà noté pendant la campagne d’Egypte, les Arabes guérissaient plus aisément que les Français des traumatismes les plus graves; tels d’entre eux, présentant des fractures étendues des os des membres, et qu’on laissait « sans secours, couchés sur le pavé, les habits souillés d’une suppuration abondante », étaient rapidement mis hors d’affaire, sans fièvre, sans complications redoutables.

Ces résultats heureux, observés en dehors de toute intervention chirurgicale, selon un des maîtres de la chirurgie militaire, dont nous avons mis fréquemment à contribution l’ouvrage, « ces résultats étaient bien faits pour rappeler l’attention sur les immenses ressources de la nature dans les traumatismes de guerre; ils constituaient le plus éloquent plaidoyer qu’on puisse fournir en faveur de la chirurgie conservatrice, et ils indiquaient à nos chirurgiens jusqu’à quelle extrême limite on pouvait la tenter chez ces Arabes, qu’ils allaient retrouver, dans leurs ambulances et leurs hôpitaux, dans les campagnes ultérieures i ».

AUTRES CAMPAGNES AFRICAINES : L’EXPÉDITION DANS L’ATLAS (NOVEMBRE l83û) RETRAITE DE CONSTANTINE (l 836). — PRISE DE CONSTANTINE ( 1 837)

Quelques mois après la prise d’Alger, une partie de nos troupes quittaient cette ville, le 17 novembre, et, après avoir traversé le premier contrefort de l’Atlas, auquel est adossé Alger et qui circonscrit sa rade, elles descendaient dans la plaine de Métidjah.

Bientôt, elles s’emparaient de Blida, non sans une vive résistance de la part des Arabes. On n’eut cependant dans cette affaire que 62 blessés, qui furent placés dans une mosquée, où des nattes servirent de couches, et des morceaux de tapis, de couvertures.

A Médéa, qui tombait bientôt entre nos mains, fut établi un petit hôpital destiné à recevoir 150 malades; on y trouva place pour douze blessés par armes à feu, sept hommes atteint^ de diverses lésions chirurgicales, et dix fiévreux2.

Un peu plus tard, par suite d’un retour offensii de l’ennemi, on dut enlever les blessés laissés dans différents postes, partie sur des caissons et des voilures d’artillerie, partie sur les mulets disponibles. Quelques malades suivirent

1 E. Delorme, Traité de Chirurgie de guerre, tome I,

2 Relation de V expédition faite dans l’Atlas, au mois de novembre 1830, par M. Maurichead- Beaupré.

à pied ; ils furent, les uns et les autres, recueillis à Alger, dans les différents hôpitaux de la ville, où une sage prévoyance leur avait réservé des places.

Six ans se passent, sans qu’un événement de quelque importance se produise.

En 1836, le général Glausel est désigné pour marcher sur Constantine; mais, après un assaut infructueux, il se voyait contraint de donner le signal de la retraite. Nos soldats, harcelés sans cesse par les Arabes, surpris par des bourrasques de neige, épuisés par les fatigues et les privations, durent regagner Bône, en brûlant les étapes.

Au cours de cette retraite, le chirurgien Baudens, armé d’un fusil, prit le commandement d’un détachement, composé de neuf hommes, portant chacun un blessé ; au sortir des Portes-de-Fer, la petite troupe fut assaillie par une vive fusillade, qui mit six hommes hors de combat.

Parmi les nouveaux blessés, les uns purent continuer à transporter les premiers; ceux qui ne le pouvaient pas aidèrent au moins à placer leurs camarades sur le dos des soldats qui n’avaient pas éprouvé d’accidents. Tout le détachement, blessés et autres, parvint enfin à gagner la colonne qui faisait retraite1.

Les chirurgiens eurent à traiter, au cours de cette expédition, des plaies de tête, dont plusieurs produites par des yatagans ; mais la plupart des blessés l’avaient été par les projectiles ordinaires, quelques-uns par des biscaïens ; il n’avait été fait usage ni de boulets, ni d’obus.

Une remarque, faite par un des officiers de santé qui a laissé une relation de l’expédition2, mérite d’être consignée ici : nos militaires, portant tous des cols rigides, et le collet de l’habit offrant lui-même une résistance notable, ces deux causes contribuèrent à amortir les balles et parfois à neutraliser ce qui leur restait de force de projection ; c’est ainsi que plusieurs hommes furent frappés dans la région du cou, sans qu’on ait découvert chez eux ni plaies, ni contusions suivies d’accidents.

Une autre particularité, celle-ci plus importante, a été notée par le même observateur : les tétaniques ont généralement succombé le troisième jour de l’invasion, les autres ont été guéris : l’opium à haute dose a produit quelques

1 Gama, 69 I .

2 Compte rendu des affections chirurgicales de l’armée d’expédition de Constantine, au mois de novembre 1 836, par M. F. Hutin. (. Recueil de Mémoires de Médecine , de Chirurgie militaires , etc., vol. XLIV ; Paris, 1 838}.

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bons résultats; les autres traitements, révulsifs ou antiphlogistiques, ont complètement échoué. L amputation du membre réussit, cependant, chez un soldat qui avait reçu une balle dans le pied gauche.

Chirurgiens de l’Armée.

Nombre de blessés ont vu leurs blessures s’aggraver du fait d’un long et pénible transport, opéré « suivant le mode le plus vicieux possible : les cacolets ».

Les cacolets consistaient en une espèce de double fauteuil, porté à dos de mulet; mais les bêtes qu’on employa n’avaient aucune des qualités qui étaient nécessaires en cette occurrence : elles n’étaient ni vigoureuses, ni dociles. A la moindre halte, elles se couchaient, le transport était à tout moment interrompu, et l’on s’épuisait en vains efforts pour les remettre en mouvement.

Sous les murs de Gonstantine, il ne se présenta que trois cas d’amputations;

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