AVANT-PROPOS
L'auteur des pièces qui paraissent ici en une édition presque complète et définitive désire justifier, il dirait même excuser, cette publication aux yeux des connaisseurs exigeants. En imprimant, aussi bien qu'en composant les divers morceaux de ce recueil, il n'a jamais prétendu faire ou publier une musique savante ni brillante ; il a simplement voulu travailler pour l'édification, parce qu'il croit qu'en fait de choses religieuses, ce qui est trop brillant et travaillé détourne l'attention de dessus l'objet divin, pour la tourner sur l'art et sur un simple plaisir. C'est par suite de ce même principe qu'il n'a presque jamais rien composé ni publié que sur des demandes, ni même conservé des copies de ses ouvrages. Tous ses amis le savent.
Tout ceci soit dit pour adoucir, s'il en est besoin, la critique de ceux qui penseraient qu'une musique aussi simple que celle-ci n'était pas cligne de la publicité. L'auteur ajoute seulement qu'en préférant pour le chant religieux la musique simple, il ne prétend pourtant pas recommander une musique insignifiante ni fautive. C'est pour cela qu'ayant remarqué, dès le début, deux ou trois endroits qui avaient besoin d'une retouche, il les a modifiés dès que l'occasion s'en est offerte à lui ; et il espère maintenant que, si son travail présente encore bien des imperfections, on n'y trouvera au moins rien de choquant. Du reste, ces explications étant données, l'auteur voit à la fois avec surprise, mais avec reconnaissance envers Dieu, le succès soutenu qui a été accordé à son humble travail.
On a demandé, depuis bien des années, un recueil complet de ses compositions ; et nous donnons ici ce que nous avons pu en retrouver. C'est dans ce sens seulement que nous avons pu dire tout à l'heure que nous en donnons une édition complète; mais ses premiers chants ayant été composés il y a soixante ans, et l'auteur n'ayant jamais travaillé en vue de la publicité, ni même, comme on vient de le dire, conservé une copie d'aucun de ses ouvrages, quelques-uns se sont perdus, ou ont échappé jusqu'ici aux recherches de
l'éditeur. Dans ce nombre est en particulier un grand chœur avec accompagnement d'orchestre, qui fut composé, paroles et musique, à l'occasion de la paix de 181^, et exécuté dans la cathédrale de Genève. Il commençait par les mots: Réjouis-toi, Sion, et sors de la poussière ! S'il se retrouve, de même que deux ou trois autres morceaux d'une époque antérieure à celle-là, on pourra en faire plus tard un supplément, si toutefois il en vaut la peine.
L'auteur a fait quelques rares modifications aux paroles de quelques cantiques qui ne sont pas de lui. Il se borne à dire qu'il les a crues justes, quelques-unes même nécessaires ; on a assez retouché sa musique pour qu'il ait cru pouvoir de son côté, sans injustice, changer en quelques endroits quelques paroles. Quant aux retouches de la musique, elles étaient exigées par certains changements inutiles, ou par quelques modulations peu motivées qu'on avait introduites dans l'harmonie. Des modifications de ce genre compliquent le chant sans l'embellir ; et, fussent-elles même, ce qu'elles ne sont pas toujours, très-acceptables, chacune prise à part, elles ont le grave inconvénient de se contredire entre elles et de produire ainsi, lorsqu'on chante sur des éditions différentes, un effet tout contraire à celui que se proposaient leurs auteurs.
Une autre observation que nous croyons nécessaire, c'est que, la majorité de ceux ou de celles qui chanteront ces cantiques n'étant probablement pas très-experts dans la musique, il convient peut-être de leur donner quelques directions pour le cas où ils n'auraient pas un guide un peu instruit. Mais comme ces directions tiennent à la partie mécanique de l'art, l'auteur les place à part, pour prendre ici un congé fraternel de ceux qui se joindront à lui en esprit pour chanter les glorieuses espérances de l'Évangile. Il n'ajoute qu'un dernier mot :
Après avoir étudié soigneusement ce qui ne peut se deviner par la seule piété laissée à elle-même, souvenons-nous toujours de chanter du cœur, oui, du cœur, au Seigneur ! et nous donnerons par là à nos chants une beauté infiniment supérieure à celle qu'ils auraient si, en les chantant, nous ne faisions simplement que de la musique. Quant à l'auteur lui-même, il se trouve heureux de pouvoir, pour ainsi dire, quitter ce monde en chantant les louanges de Dieu, et les faisant chanter à ses frères.