‹ Choiseul à Rome, 1754-1757Chapitre 1 sur 89 · SERVICES · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION

Voici comment le comte de Stainville, qui depuis fut duc de Choiseul, obtint l'ambassade de Rome et fut amené à traiter des questions théologiques avec le pape Benoit XIV.

En 1752, rien ne faisait prévoir la grande fortune du comte de Stainville. Il avait servi à l'armée. Revenu à la cour, il s'y était fait un renom de malignité tel qu'on le désignait souvent comme l'orio-inal du Méchant de Gresset. Il était détesté

et même méprisé parce qu'il était sans crédit. Deux années auparavant, il avait, il est vrai, épousé la fille d'un financier très riche, mademoiselle Crozat, et ce mariage l'avait opportunément tiré de la gène. !Mais il ne pouvait espérer ni charges ni honneurs; car ses persiflages n'avaient pas épargné madame de Pompadour qui lui gar-

INTRODUCTION

dait une terrible rancune. Il s'appelait lui-même en raillant le chevalier de Maurepas pour exprimer que la favorite le haïssait à l'égal du ministre exilé. Tant qu'il était l'ennemi de madame de Pompadour, il ne pouvait prétendre à rien.

Le comte de Stainville était ambitieux; il résolut d'acheter à tout prix la faveur de la marquise. Dans une cour où s'entre-croisaient tant d'intrigues, l'occasion d'un semblable rapprochement ne pouvait se faire attendre.

Vers cette époque, certains ennemis de madame de Pompadour eurent un moment l'espoir d'enlever le roi à sa favorite. D'Argenson menait l'intrigue et avait su mettre madame d'Estrades dans son jeu. Celle-ci avait obtenu, grâce à madame de Pompadour, sa cousine germaine par alliance, la place de dame d'atour de Mesdames, et elle vivait clans l'intimité de la marquise. E'*le était laide, jalouse et trahissait sa protectrice. Elle avait toutes sortes de raisons pour aider d'Argenson dans son entreprise.

Or, dans le même temps, mademoiselle Charlotte-Rosalie de Romanet, nièce de madame d'Estrades et mariée depuis un an à M. de Choiseul- Beaupré, a la plus grosse bête de la ccjur », avait attiré l'attention de Louis XV qui se laissait prendre aux agaceries de la jeune femme.

La coterie d'Argenson résolut d'exploiter cette passion naissante et, par tous les moyens, on poussa madame de Choiseul-Romanet dans les

INTnODUCTIOX. III

brus du roi '. Madame de Pompadoiir ne savait rien de cette intrio-ue secrète.

Madame de Choiseul-Romanet avait reçu une lettre du roi. Elle était fort embarrassée pour v répondre; elle voulait immédiatement pour elle et les siens des honneurs, des emplois et de l'argent ; mais elle sentait néanmoins qu'il fallait ne point découi'ager Louis XV. Elle pensa confier son incertitude et demander conseil h l'un de ses parents, le comte de Stainville. Elle le pria de passer chez elle, lui communiqua la lettre du roi et lui demanda un projet de réponse. M. de Stainville dit que l'affaire exigeait réflexion, garda la lettre et se rendit tout droit chez madame de Pompadour.

Lorsqu'il se présenta chez elle, il commença par reconnaître ses torts passés et ajouta « qu'il ne venait point pour se justifier et feindre des sentiments que peut-être il n'avait pas, mais qu'on pouvait estimer les individus sans avoir pour eux de l'affection ; qu'il était convaincu qu'elle était utile au roi par ses conseils et qu'elle voulait le bien de l'Etat; que ces considérations l'engao;eaient à lui faire confidence d'une intrioue ourdie contre elle et qu'il était intéressant de déjoueiau plus tôt ». xUors il lui montra la lettre du roi. Il dit combien il regretterait de voir une de ses parentes acquérir un crédit « dont le mauvais

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