Mémoires (le Mannontel, p. 192 et suiv. Edit. Barrière
IV INTRODUCTION
usage serait une tache pour la famille ». Puis, la marquise et lui concertèrent ensemble les moyens de faire quitter la cour à madame de Choiseul. Et, à tous les remerciements de madame de Pompadour, M. de Stainville répondit qu'il n'avait en vue que le repos du roi et le bien de l'État '...
Madame de Pompadour ne fut pas ingrate. Un an plus tard, n'ayant pu obtenir pour M. de Stainville l'ambassade de Turin donnée ii jNI. de Chauvelin, elle le fit nommer à celle de Rome. Et le 22 septembre 1754, on remit au nouvel ambassadeur des instructions détaillées dont la première phrase était celle-ci : « La religion a dans tous les temps fait la base des empires, la sûreté des souverains, la félicité des peuples... » et où on lisait ensuite : « Le sieur duc de Nivernais a donné dans l'exercice de cet important ministère (l'ambassade de Rome) des preuves peu communes de zèle et de capacité. Sa santé ne lui ayant pas permis de continuer une carrière qu'il remplissait avec tant de succès, le roi a porté des attentions particulières sur le choix de son successeur, et Sa Majesté s'est déterminée à donner la préférence au sieur comte de Choiseul-Stainville, maréchal des camps et armées du roi, gouverneur et grand bailli d'épée de Mirecourt, parce quelle s'est aperçue qu'il réunissait toutes les qualités
1. SÉNAC DE Meii.iian, Mélcuii^es d'histùirc cl de lUtdrulnre. V. t'galcniont Bornis (édit. .Masson) I. I, p. '20().
INTRODUCTION. V
nécessaires pour remplir cette fonction honorable. La sagacité de son esprit lui fera saisir tous les points d'observation intéressants... Il saura profiter des talents qu'il a reçus de la nature pour se rendre ag^réable dans le lieu de sa destination '... »
Le contraste n'est-il pas joli entre les formules du document diplomatique et l'intrigue de cour que Choiseul fit tourner au profit de son ambition? Car une lettre détournée et livrée par traîtrise fut bel et bien le point de départ de cette rapide fortune qui, commencée par l'ambassade de Rome, devait toujours grandir jusqu'à la disgrâce de
Le service rendu, il mit tout son soin à acquérir et h conserver l'amitié de la maîtresse du roi. « Il n'eut pas de peine à lui persuader qu'un sentiment plus fort que l'amour même l'avait porté à risquer tout pour lui être utile. » Les ennemis de la marquise firent courir le bruit que Choiseul était son amant... ^lais cette fable est démentie par madame du Ilausset "; et sur ce point on peut la croire, puisqu'elle était la femme de chambre de madame de Pompadour.
L'extérieur de Choiseul n'était pas séduisant.
1. Mémoire pour servir d^ instruction audit comte de Choiseul de Staini'ille, maréchal des camps et armées du roi, gouverneur et grand bailli d'épée de Mirecourt, allant à Rome en qualité d'ambassadeur extraordinaire. — Archives du minislère des AËfaires étrangères, correspondance de Rome, t. DCGC.WI, f. 3-33.