Cette dépèche est chiffrée
2. L'exil de l'archevêque de Paris n'a l'ait qu'aggraver le trouble : on a donc pensé obtenir la suppression de la formalité des billets de confession, ce qui était supprimer l'occasion des conflits : vingt-six évèques réunis à Paris sur l'ordre du Roi en ont pris la décision. Louis XV en informe le Pape en ces termes. — Versailles, 18 mars 1155 : « C'est avec une véritable peine que j'ai vu s'élever entre le Clergé et les Tribunaux séculiers les divisions qui agitent mon royaume, et je ne cesse point de m'occuper d'un objet si intéressant pour le bien de la religion et pour le repos de mes sujets. J'ai permis à la fin du mois dernier (février) aux cardinaux, archevêques et évèques qui se trouvaient à ma Cour ou dans ma ville ca-
matin demander audience au Pape ; Sa Sainteté était oblioée d'assister au service divin, et me
remit à ce matin
J'ai été ce matin chez le Pape, après avoir passé chez le secrétaire d'État qui m'avait prévenu que je serais content. Effectivement, en arrivant chez le Pape, Sa Sainteté m'a dit qu'elle était au désespoir de n'avoir pas pu me voir hier, et que si elle avait su que c'était pour lui remettre une lettre du Roi, elle m'aurait donné audience même pendant la messe. Le Pape a lu la lettre du Roi
pitale, de s'assembler à Paris j)oiir délibérer sur un des principaux sujets des divisions que je travaille à terminer. Cette assemblée fut composée de 26 prélats, et le résultat de ce qui y fut conclu porte en substance que, comme Vusage d'exiger des malades, soit des billets de confession, soit la déclaration du nom du confesseur, nest pas absolument nécessaire, puisqu'il n'est pas de tous les temps ni de tous les lieux, Yarchevêque de Paris, par amour pour la paix, peut suspendre la pratique de refuser les saciemenls à ceux qui ne voudront pas donner de billets de confession, ou déclarer le nom de leur confesseur, en attendant que l' Assemblée générale du clergé puisse donner son avis sur ce sujet. L'archevêque de Paris, à qui ce résultat avait été communiqué par mon ordre, ni' a écrit qu'il se soumettait à l'avis de ses confrères, et cet événement m'a été d'autant \Ani agréable, que je le regarde comme un moyen de parvenir plus prumptement et plus efficacement au but que je me suis toujours proposé, de l'établir la tranquillité et la bonne intelligence entre les différents ordres de mon royaume. Votre Sainteté est trop éclairée pour ne pas prévoir toute l'étendue du danger auquel la religion et le repos de mes peuples seraient exposés, si je ne suivais pas avec persévérance les mesures que j'ai cru devoir prendre pour faire cesser des troubles qui n'ont déjà que trop duré. Je suis le Protecteur et le Père commun des ecclésiastiques et des magistrats, et je ne dois pas permettre que l'un de ces deux ordres puisse faire aucune entreprise au préjudice de l'autre... » {Rome, t. DCCC.WII, f. 272-273).
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tout haut devant moi. Je puis vous certifier, Monsieur, qu'il en a été enchanté; il l'a baisée à plusieurs reprises, et surtout la signature; il m'a dit que cette lettre était le monument le plus précieux de son Pontificat, et ce qui l'avait le plus flatté. Il m'a fait tous les éloges que l'on peut faire du Roi, et m'a répété plusieurs fois que je pouvais mander à Sa Majesté qu'il serait à ses ordres toute sa vie, e1 qu'il n'avait jamais connu de Prince qui méritât plus de l'Eglise et de lui Pape en parculier que le Roi.
Quand le transport de joie du Pape a été calmé, je lui ai dit que vous m'aviez aussi écrit une lettre ', dont j'étais persuadé que Sa Sainteté serait contente, et que la bonté avec laquelle il me traitait autorisait la confiance que j'avais de lui demander la permission de la lui lire. Sa Sainteté a marqué de la curiosité; je lui ai lu l'extrait de lettre que j'avais fait faire la veille. Cette lecture a réussi comme je le souhaitais, et, à l'endroit de votre lettre où il y a qu'on doit être en garde contre les conseils des personnes trop prévenues et trop zélées, le Pape m'a interrompu avec vivacité, et m'a dit en propres termes que je pouvais mander positivement au Roi que
1. Extrait de lu lettre de Rouille du 18 mars 1755 : « ... Le Pape sait qu'il n'y a pas dans le monde chrétien une Cour iiussi zélée et aussi agissante que celle de France l'a toujours été depuis le baptême de Glovis jusqu'à joréscnt, pour la prospérité de la religion catholique et j^our les avantages du Saint- .Siège... » etc. {Hotrir. I. DCCCXVII, f. 270 et suiv.).
jamais il n'écouterait de conseils qui puissent être désagréables à Sa Majesté.
Quand j'ai eu fini de lire la lettre, Sa Sainteté y a donné l'approbation qu'elle mérite, et a repris l'éloofe du Roi et de son ministère. Vous iniapinez bien, Monsieur, que j'ai dit au Pape qu'il n'était pas étonnant qu'un pontife aussi rare et aussi éclairé que lui eiit à se louer d'un Roi aussi attaché à la Religion et à l'Eglise que mon maître ; j'ai renouvelé au Pape dans cette occasion les sentiments personnels de Sa Majesté pour lui, et je ne les ai pas affaiblis.
Le Pape m'a demandé ensuite ce que je pensais qu'il eût à faire à présent. Je m'attendais à cette question, que Sa Sainteté me fait assez souvent. J'ai répondu que c'était à lui à qui je prendrais la liberté de m'adresser si j'avais des conseils à demander pour mon maître. « Non, mon cher ambassadeur, a dit le Pape, dites-moi franchement ce que vous pensez. — Saint-Père, ai-je répondu, puisque vous me permettez de hasarder mon avis, je croirais qu'il serait à propos que Votre Sainteté écrivît au Roi la satisfaction qu'elle a de sa lettre; et il paraît qu'en même temps elle pourrait pour le bien de la chose écrire aux cardinaux de la Rochefoucault et de Soubise', et
1. Frédéric-Jérôme de Roye de La Rochefoucauld (1701-1757), pourvu tout jeune de plusieurs prieurés et abbayes, occupait l'archevêché de Bourges depuis 1729. Il s'était rendu à Rome, en qualité d'ambassadeur, pour y recevoir le chapeau que
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leur montrer l'approbation qu'elle donne au sentiment de l'Assemblée des vingt-six prélats, qui s'est tenue avec la permission du Roi à Paris, leur marquant que Votre Sainteté loue et approuve la déférence avec laquelle iNI. l'archevêque de Paris s'est rendu h l'avis de ses confrères*. — Vous avez raison, m'a dit le Pape; quand est-ce
Benoît XIV lui avait conféi-é en 1747. Il avait présidé l'Assemblée du clerg'é de 1750 et présidait également celle de 1755.
Armand de Rohan.dit le cardinal de Soubise (1717-1756), abbé de V'entadour, docteur en Sorbonne et membre de l'Académie française, coadjuteur du cardinal de Rohan, reçut lui-même le chapeau en 1747. A la mort du cardinal de Rohan, il lui succéda sur le siège de Strasbourg- et dans la charge de grand aumônier de France.
1. L'archevêque de Paris et vingt-six évoques ayant à leur tète le cardinal de la Rochefoucauld et le cardinal de Soubise, ont été d'avis de :ie plus exiger de billets de confession. Choiseul va tâcher d'obtenir du Pape qu'il marque son approbation à cette solution théorique : c'est entr'ouvrir la porte à l'intervention pontificale dans les affaires de France, c'est l'occasion que le Saint-Siège attendait : Benoît XIV est trop politique pour la laisser passer sans la saisir. Sa lettre au Roi est à dessein insignifiante : le Roi est remercié des sentiments qu'il témoigne d'attachement à la Religion, de déférence au pontife ("2 avril 1755, Rome, t. DCCCXVII, f. 327). Mais la lettre aux deux cardinaux français est bien autrement significative. Enfin le Pape peut parler et dire directement au clergé de France ce qu'il ressent (2 avril 1755, Rome, t. DCCCXVII, f. !>2(j) : « Vous serez aisément persuadé que nous ne pouvons pas éprouver une douleur plus cuisante que celle que nous causent les troubles qui agitent la France aujourd'hui. Nous avons toujours recommandé au Seigneur la paix et la tranquillité d'un Royaume qui est le bouclier de la Religion, et nous avons toujours eu une espérance dans la piété de Sa Majesté qui est le Fils aîné de l'Eglise. Nous ne vous dissimulerons pas que nous avons appris avec joie la nouvelle de l'arrangement que l'on a pris dernièrement et qui doit durer jusqu'au temps que se tiendra l'Assemblée générale du clergé, regardant cela comme une voie ouverte pour parvenir au rétablissement si désiré de la <-oncorde sans porter préjudice
que la poste part? — Saint-Père, lui ai-je dit, elle part ce soir, mais les lettres de \ otre Sainteté peuvent être retardées jusqu'à la semaine prochaine. — Non, je veux écrire tout à l'heure », m'a dit le Pape. Et, dans ce moment-là, le Pape a eu une si grande impatience d'écrire que j'ai senti qu'il fallait me retirer. Je n'ai eu que le temps de lui recommander le secret qu'il m'a promis, mais je ne suis pas aussi sûr de sa parole sur cela que je le suis de la sagesse constante de ses démarches.
... Le Pape vient de m'envoyer sa lettre pour le Roi que j'ai l'honneur de vous adresser, ainsi que celles que Sa Sainteté écrit aux cardinaux de La Rochefoucault et de Souhise. J'en ai fait des traductions afin que vous puissiez, Monsieur, les lire sur-le-champ. Je crois que ces brefs remplissent l'idée que vous m'avez marquée, et j'ai senti toute l'importance que l'expédition en fût faite avant que le Pape en ait pu parler. Au reste, si ces lettres
à la Religion et à rautoiité de FÉs^lisc. Nous ne vous dissimulerons pas non plus qu'ayant toujours eu une estime particulière pour M. l'arcbcvèque de Paris, la démarche qu'il vient de faire de se soumettre au sentiment de ses confrères, nous ii donné lieu d'admirer encore plus sa prudence et sa sagesse. Nous savons tout ce que vous avez fait et tout ce que vous faites jiour la cause de la Religion et de l'Église, et nous vous ferions une espèce de tort si nous vous encouragions davantage à poursuivre le cours de votre zèle pour l'heureux succès de <-ettc importante afTaire; mais au lieu de vous exhorter nous vous remercions de bien bon cœur de tout ce que vous avez fait jusqu'à présent, et nous finissons en vous donnant notre bénédiction apostolique. »
aux cardinaux n'étaient pas comme vous les désirez, ou que le Roi eut des raisons pour qu'elles ne lussent pas remises, vous pouvez les soustraire, et je me charoe de l'aire approuver cette soustraction au Pape. Si, au contraire, ces brefs conviennent au Roi, je vous serai bien obligé, api'ès les avoir lait cacheter, de les faire remettre à leur adresse. Cette affaire m'a engagé dans un détail un peu long que je n'ai pas dû devt)ir vous raccourcir, parce qu'il m'a paru nécessaire de vous faire, par un fait, le tableau de la situation actuelle de cette Cour par rapport à nous, et de montrer au Roi que ce que j'ai avancé se confirme tous les jours, qui est que Sa Majesté doit être dans la plus grande sécurité sur la conduite du Pape, de l'esprit duquel elle est la maîtresse absolue pour ce (lui la rcoarde et son Rovaume.
J'ai l'honneur d'être...
A M. ROUILLÉ
A Rouie, le 1) avril 1755.
Monsieur, On ne peut pas être plus surpris que je l'ai été en lisant l'arrêt du Parlement du 18 mars ' ; je l'ai
\. Au iiioineiit précis où roii peut croire le coiitlit tennino parle retrait des billets d(î conressioti, ]e Parlement le rouvie
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reçu lundi matin, 7 de ce mois; je vis dans le moment le trouble que cet arrêt mettrait dans le
en réhirgissaiit : il va s'en prendre maintenant à la constitution Unigenitiis elle-même. Un sieui' Cougniou, chanoine d'Orléans et appelant, étant tombé malade et sollicité de se soumettre, avait répondu au chapitre en qualifiant la bulle d' « œuvre du diable » ; le chapitre, qui lui avait refusé les sacrements (septembre '1"54), avait été condamné par le Parlement à douze mille livres d'amende, et le Roi avait exilé l'évèque d'Orléans (M. de Montinorency-Laval) à Meung, sa maison de campagne. Le Parlement, qui n'avait connu l'affaire que dans sa chambre des vacations, la fit, le 18 mars, rapporter devant toutes les chambres réunies. L'arrêt portait cet article : « Et attendu les faits de la cause, la Cour reçoit le procureur général du Roi incidemment appelant comme d'abus de l'exécution de la bulle Unigenitiis, notamment en ce qu'aucuns ecclésiastiques prétendent lui attribuer le caractère ou les effets de règle de foi; et dit qu'il y a abus. Kii conséquence enjoint à tous les ecclésiastiques de quelque qualité ou dignité qu'ils soient, de se renfermer à l'égard de la bulle dans le silence général et absolu, prescrit par la déclaration du i septembre. Ordonnant que le présent arrêt sera publié et affiché partout où besoin ^era, etc. » Le débat se rouvrait donc sur une nouvelle question, celle de savoir si la constitution Vnigenitus étant, ou non, une règle de foi, obligeait, ou non, sous peine de péché, et cette question n'était autre que celle du principe dont la pratique des billets de confession était l'application directe. Rouillé (25 mars 1755), écrit à Ghoiseul : « Le jour même que j'eus l'honneur de vous écrire ma lettre du 18 de ce mois et qui accompagnait celle du Roi au Pape, le Parlement rendit l'tirrêt dont je joins ici un exemplaire. Ce même tribunal a mandé depuis tous les curés de Paris et en a interrogé plusieurs pour leur faire rendre compte des ordres qu'ils avaient reçus de M. l'archevêque de Paris relativement aux circonstances présentes. Ces deux événements feront sans doute beaucoup de bruit à Rome, mais vous pouvez assurer le Pape et M. le cardinal Valenti que le Roi e-t extrêmement mécontent de ces nouvelles entreprises de son Parlement, et que Sa Majesté prendra incessamment les mesures nécessaires pour calmer les inquiétudes qu'on pourrait concevoir dans le pays où vous êtes à l'occasion de ce qui vient de se passer » {Rome, t. DCCC.VYII, f. 301).
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palais du Pape et clans le Sacré-Collège. Je pris le parti d'aller sur-le-champ chez M. le cardinal Yalenti pour prévenir ce ministre, et l'engager de prévenir le Pape sur cet arrêt avant qu'ils eussent tous deux reçu cette nouvelle par les lettres de la poste.
Je me servis, pour aller chez le cardinal Valenti sans me faire annoncer, du prétexte de la consultation de M. de Sénac, que le président Henaut m'avait envoyée sur la santé de ce ministre ^ Je donnai à ^I. le cardinaM alenti cette consultation; je lui parlai de sa santé assez longtemps et des choses que je sais qui lui sont agréables; enfin je lui dis que j'avais reçu par l'ordinaire un arrêt du Parlement de Paris dont le Roi était fort mécontent et que j'avais apporté avec moi pour que Son Eminence et Sa Sainteté en fussent prévenues ainsi que des sentiments du Roi sur ce sujet : le cardinal me pria de lui lire, ce que je fis.
Je ne peux pas vous dissimuler, Monsieur, que l'étonnement de ce ministre a été extrême en entendant l'appel comme d'abus de la Bulle Unigenitus. Il répéta plusieurs fois : « Ah ! cela est trop fort. Et comment, me dit-il, la Cour de Rome qui s'est si bien conduite depuis trois ans est aussi attaquée! Vous m'avouerez, ajouta le
1. Sénac (-j- 1770) était depuis 1752 premier médecin du roi. On voit que Choiseul Tavait l'ait consulter sur la santé du cardinal Valenti. — Hénault est l'historien bien connu, président de chambre au Parlement de Paris.
cardinal, qu'il est extraordinaire qu'un tribunal, qui prétend faire exécuter une déclaration qui enjoint le silence sur la Bulle, appelle lui-même de cette même Bulle, et donne des ordres aux ecclésiastiques d'un Royaume avec les termes dont se servirait un concile. »
Je lui répondis : « Monsieur le cardinal, je ne suis pas venu ici pour excuser la démarche du Parlement, qui est blâmée par le Roi; je suis venu pour, en vous faisant part de l'arrêt, vous lire les ordres que Sa Majesté me donne sur cet objet. ))
Je lus ensuite à ce ministre la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, Monsieur. Après l'avoir lue, je fis remarquer au cardinal que les sentiments du Roi étaient très expressément marqués dans cette lettre, que j'attendais de sa prudence et des bonnes intentions que je lui avais toujours connues, qu'il ferait sentir au Pape la confiance qui était due aux dispositions du Roi, et l'importance qu'il y aurait que des mouvements d'impatience ou d'humeur de Sa Sainteté ne donnassent cours aux propos licencieux des têtes chaudes de la Cour de Rome, enfin que je n'avais pas osé aller chez le Paj^e, mais que j'espérais trop de lui pour ne pas compter que ma négociation serait en bonnes mains entre les siennes.
Le cardinal me répéta, avec un peu plus d'étendue, ce qu'il m'avait déjii dit sur l'appel du
cil 01 SEUL A ROME,
Parlement, et sur reffct qu'il ferait ici; il me rappella l'histoire de la Bulle demandée par le Roi \ enregistrée comme règle de l'Eglise et de l'Etat, qu'au reste c'était un décret de la Cour de Rome. Je n'entrai pas dans le détail des faits précédents, ni dans la discussion du fait actuel; je me bornai toujours à lui demander d'engager le Pape à ne point parler, ni souffrir qu'on lui par/ut de cette affaire. M. le cardinal Yalenti, qui devait voir le Pape deux heures après, me pria de lui laisser l'arrêt et votre lettre; je ne fis sur cela nulle difficulté, mais je lui demandai qu'en me renvoyant la lettre il m'écrivît de la part du Pape un billet ministériel qui fût une nouvelle assurance des bonnes intentions du Pape dans cette occasion. Le cardinal Yalenti me promit de faire ce qui dépendrait de lui pour que je fusse content...
J'ai appris que, ce matin, on avait parlé devant le Pape à la congrégation du Saint-Office de l'arrêt du Parlement, et que Sa Sainteté avait dit qu'elle ne voulait pas qu'on traitât cette matière sur laquelle elle se rapportait au Roi dont les sentiments louables lui étaient connus.
Vous imaginez facilement, INIonsieur, à combien de mauvais propos je suis en butte ici depuis lundi. On a écrit de France que le Roi était d'accord avec le Parlement sur l'appel, et que, depuis
1. En ce qui ccjiu-eriic la Bulle L'nlgeiiittis, voir Louis XIV et la Saint-Siège, par Ch. Gérin (189'4).
4g CHOISEUL A ROME.
que je suis à Rome, je n'ai fait que tromper le Pape sur cette matière. Enfin, il n'y a guère de sottises que l'on ne dise sur ce sujet. Elles me sont, je vous assure, très indifférentes; mais, comme bon serviteur du Roi, je vois avet; douleur recommencer plus vivement que jamais des troubles qui me paraissent aussi nuisibles à l'autorité du Roi qu'à la tranquillité du Royaume, et qui donnent lieu à des idées désavantageuses sur notre compte dans les pays étrangers.
J'ai l'honneur d'être...
A M. ROUILLÉ
A Rome, lo 23 avril 1755.
... J'ai été hier à l'audience de Sa Sainteté (|ui, en entrant chez elle, me dit qu'elle me chargeait de remercier le Roi de sa part de l'arrêt que le Conseil de Sa Majesté avait rendu K Je dis au Pape que j'étais venu pour lui faire part de cet arrêt, et lui faire remarquer les sentiments suivis de Sa Majesté; le Pape me répéta plusieurs fois qu'il me priait d'écrire au Roi combien il
1. Un arrêt du Coiisoil du Roi i-assail Tarri'l des Parlouioiils du 18 mars, et déclarait à nouveau la constitutioii Unigenitus « loi de l'Eglise et de l'Etat ».
comptait sur ses bonnes dispositions, et qu'il espérait que de plus en plus il n'aurait que des actions de grâces et d'admiration à rendre à Sa Majesté.
Il est vrai, Monsieur, que cet arrêt du Conseil a fait un effet merveilleux au Palais et dans le Sacré-Collège, d'autant plus qu'on avait voulu jeter du doute sur les assurances que j'avais données au Pape des sentiments du Pioi après l'arrêt du 18.
Le Pape me demanda dans mon audience si cet arrêt du Conseil serait enregistré au Parlement; je répondis au Saint-Père que je l'ignorais, mais que cette forme n'était pas nécessaire pour constater, surtout vis-à-vis de Sa Sainteté, l'attention avec laquelle le Roi était déterminé de soutenir
l'obéissance due aux décrets de l'Eolise.
Le Pape me demanda ensuite ce que je crovais que le Parlement ferait, et me dit qu'on lui mandait de Paris qu'il était turbulent. Je dis au Saint-Père que j'étais sûr que Sa Majesté prendrait les moyens les plus efficaces pour terminer les divisions, qu'au reste le Roi me chargeait expressément de renouveler à Sa Sainteté la satisfaction qu'il avait de la prudence et de la sagesse qui dirigeaient sa conduite, ainsi que de la confiance qu'elle avait aux intentions de Sa Majesté.
Le Pape me dit que j'étais témoin de la fermeté avec laquelle il suivait son premier principe, et qu'il m'assurait de nouveau du dessein formel
OÙ il était de ne pas varier, et de se eontenter d'écrire au Roi dans les occasions où il croirait que sa conscience exigeât cette démarche
En sortant de chez le Pape j'ai été chez le cardinal secrétaire d'Etat qui m'a répété ce que le Pape m'avait dit de l'arrêt du Conseil et m'a assuré que l'on ne pouvait pas avoir été plus content que Sa Sainteté l'avait été lorsqu'elle l'avait reçu. Je dis au cardinal ce c|ue vous mandiez, Monsieur, d'avantageux sur son compte. Il s'attendrit, et me renouvela de bien bonne foi les protestations du dévouement et du respect qu'il a pour le Roi : « Tant que je vivrai, Monsieur l'ambassadeur, me dit-il, vous serez content de moi. ))
L'état de ce ministre me fait une peine horrible : il ne lui reste plus que la tète de libre, encore a-t-il presque perdu totalement la vue; cependant il conduit les affaires autant que sa situation le lui permet, et le Pape passe trois heures tous les jours chez lui.
Si le Pape perd ce ministre, et que l'abbé Rota, qui a quatre-vingts ans, ne soit pas chargé des affaires étrangères, il est certain. Monsieur, que nous n'aurons pas la même facilité que j'ai trouvée depuis que je suis ici. Je ne crains cependant pas, tant que la tète du Pape sera saine, que le Saint-Père pense jamais à manquer aux paroles réitérées qu'il m'a données ; ce qui m'inquiète quelquefois, c'est la peur qu'après la mort du car-
clinal, il ne survienne au Pape des incommodités qui le mettent hors d'état de discuter les affaires, et de me donner audience; pour lors tout passerait par des congTcgations et l'on verrait renaître les diflicultés, et les principes des ultramontains qui ont été écartés sous ce pontificat. Mais dans ce moment ci, Monsieur, ces craintes ne doivent pas vous embarrasser, elles sont prématurées; et je vous assure que, pour le présent, la Cour de Rome est aux ordres du Roi, et, comme la santé du Pape est entièrement rétablie, j'ai ralenti mon travail sur le conclave, et plus j'aurai du temps, plus j'espère pouvoir vous communiquer des connaissances utiles, sur les sujets de cette Cour'
A M. ROUILLÉ
A Rome, le "21 mai 1755.
Je lus hier, ^lonsieur, chez M. le cardinal Valenti pour lui dire adieu, comptant aller demain m'établir à Frascati jusqu'à la veille de la Saint Pierre, qui est le jour où le Pape revient à Rome. ]M. le cardinal me dit que Sa Sainteté avait écrit une lettre au Roi" qu'il m'enverrait le soir afin que