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Cette lettre du 4 février est accompagnée d'une seconde

A M. ROriLLK

A Rome, le 11 février 1756.

Monsieu

Le courrier que vous m'avez renvové est arrivé ici vendredi dernier 6 de ce mois. Une heure après son arrivée, le Pape me fît dire qu'il m'attendait le lendemain matin. Je me rendis chez Sa Sainteté après avoir vu le secrétaire d'Etat que je trouvai trop incommodé pour pouvoir parler d'affaires. Je fus encore privé d'une autre ressource dont je me suis toujours servi utilement avant mes audiences, qui est de faire prévenir par M. Rota le Pape sur ce que je compte lui dire. Ce prélat avait depuis deux jours la goutte dans les entrailles et était précisément vendredi dans un état qui m'inquiétait beaucoup. Pour comble de malheurs, la goutte a repris au Pape vendredi, et j'appris en

lettre, celle-là chiffrée, et concernant les gratifications accordées à M. Rota, au comte de Bielke, au patriarche Rossi et aux prélats de Lerma et Caprara. « Le prélat de Lerma me sert de théologien dans notre grande affaire ; c'est lui que j'envoie chez les cardinaux, et par lequel je fais passer mes intentions. Il s'est conduit dans toute cette affaire avec beaucoup de connaissances et d'esprit, d'érudition et de prudence... Le prélat Caprara est un homme d'esprit, qui pourra nous être utile dans la suite, et qui ne nous l'est pas à présent, quoique je suis très content de lui... »

arrivant au Palais que Sa Sainteté avait passé une assez mauvaise nuit.

Le Pape me reçut comme à son ordinaire fort bien. Je lui remis la lettre du Roi * qu'il lut avec empressement; il s'arrêta à l'article du silence sans acception de personnes. Sa Sainteté me dit vivement que cet article n'était pas praticable, que les évèques de France appelleraient de la bulle, que jamais on ne parviendrait à les soumettre au

1. Le Roi écrivait, en réponse à la lettre de Benoit XIV du 3 janvier (do Versailles le 25 janvier 1756) :

«... J'ai reçu avec la plus grande satisfaction la lettre que Votre Sainteté m'a écrite le 3 de ce mois : j'y trouve cette supériorité de lumières, cette pureté d'intentions, et cette candeur de procédés, qui caractérisent Votre Sainteté et lui concilient l'admiration du monde chrétien. Je suis très louché personnellement des nouvelles marques que Votre Sainteté luc donne de son amitié et de sa confiance, et je les justifierai toujours par une entière réciprocité de sentiments. J'espère que le zèle avec lequel Voti-e Sainteté veut concourir avec moi au rétablissement de la tranquillité dans l'Eglise de mon Royaume aura le succès que j'ai lieu d'en attendre, et pour ces elTets j'appuierai de toute mon autorité l'exécution des arrangemente de sagesse et de prévoyance qui auront été concertés entre nous. Votre Sainteté est trop éclairée pour ne pas sentir qu'il ne sera possible de terminer el'ficacement les divisions dont il s'agit, qu'en ^prescrivant également des règles fixes, et à la désobéissance qui affecte de méconnaître les lois de l'Eglise et de l'Etat, et au zèle inconsidéré qui détruit au lieu d'édifier. Un silence absolu sur les matières contestées m'a toujours paru être l'unique moyen de retenir dans de justes bornes les esprits indociles ou trop vils, qui de part et d'autre contribuent à alimenter un feu qu'il est essentiel d'éteindre. Je vois avec plaisir que Votre Sainteté est dans les juèmes principes, et je lui renouvelle les assurances de la ferme résolution où je suis d'agir en conséquence, et de punir sévèrement, sans acception d'états, de conditions ou de personnes, tous ceux qui oseront contrevenir à ce qui aura été statué par les autorités réunies du Sacerdoce et de l'Empire... » [Rome, t. DCGCXX, f. 8a).

silence, et que je voulais l'eno-ager à faire un pas qui le déshonorerait clans ce siècle et dans ceux à

venir

Cette phrase me parut forte, et j'aurai l'honneur sur cela, Monsieur, de vous dire en passant qu'elle a été suggérée au Pape par les lettres des évèques de France, et que sûrement, ainsi que quelques autres propos moins importants que Sa Sainteté m'a tenus pendant mon audience, ne viennent point de son sentiment particulier.

Au lieu de répondre, je priai le Pape de vouloir bien finir la lettre du Roi. Le Pape acheva et me chargea de mander à Sa Majesté combien il était pénétré de la tendresse qu'il lui marquait; il m'ajouta qu'il ne changeait point d'avis, qu'il attendait celui des cardinaux, qu'après cela il formerait le sien, et ne ferait rien, comme il l'avait promis, que de concert avec Sa Majesté.

Je remerciai le Saint-Père; après quoi je lui présentai, en italien, le mémoire que j'avais fait la veille et que vous trouverez ci-joint *. Je dis au

1. Le mémoire remis par Choiseul au Pape portait, en substance, les remerciements du Roi à Sa Sainteté pour l'acquiescement qu'elle donne aux désirs de Sa Majesté en lui promettant de publier une bulle qui anéantisse les troubles du royaume, et pour sa condescendance à ne point mettre dans celte bulle le terme proprio motu. Choiseul est chargé, sur les trois autres articles, de faire au Pape de nouvelles instances, et de lui communiquer « les réflexions fondées sur la connaissance qu'a Sa Majesté des lois de son Royaume, et des esprits tant ecclésiastiques que parlementaires qu'il est nécessaire de réunir ». On désire pour le bien de la paix que le Pape puisse se dis-

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Pape qu'il verrait plus en détail dans ce mémoire les principes que le Roi croyait nécessaires à établir pour parvenir à une paix solide. Sa Sainteté lut le mémoire en entier : les différents articles qui ne reg-ardent pas le silence me parurent avoir son approbation, celui du silence imposé même

penser de donner aucune qualification à la bulle L'nigenilus. Le Pape, en qualifiant la bulle Unigenitus, ne pourrait en parler qu'en disant qu'elle est un jugement de l'Eg-lise en matière de doctrine; or, le plus grand nombre des évoques de France prétend qu'un jugement de l'Eglise en uiatière de doctrine est un jugement dogmatique, ce qui équivaut à la Règle de foi. Cette qualiticafion a fait naître les plus grandes oppositions do la jiart de tous les magistrats du Royaume, et a donné lieu, d'un autre côté, aux excès où le zèle des ecclésiastiques s'est porté. Le Pape est trop éclairé et trop bien intentionné pour no pas tâcher d'éviter l'un et l'autre inconvénient. — Le second article concerne le silence imjjosé indistinctement à tous les fidèles, de quelque état et de quelque condition qu'ils soient, sur les matières qui occasionnent les troubles. Le Roi ordonne à son ambassadeur d'insister sur ce moyen, comme sur le seul qui puisse faire cesser les disputes qui agitent l'Eglise de France. Il est nécessaire que Sa Majesté « ait une règle positive dans la bulle qui tarisse le cours de toutes les disputes sur la Constitution, pour qu'elle puisse plus efficacement faire sentir tout le poids de son autorité à ceux qui, sous quelque prétexte que ce puisse être, voudraient continuer les disputes». — Le dei'nier article regarde les punitions à infliger aux réfractaires à la constitution Unigenitus. Le Roi ne peut pas demander au Pape de réduire au for intérieur la punition des appelants publics; mais, la loi du silence une fois imposée, quiconque la violera publiquement méritera d'être puni : les ecclésiastiques seront dans ce cas en faisant des questions ; les réfractaires à la constitution Unigenitus seront également dignes de punition lorsqu'ils parleront contre ce décret. Ce n'est « qu'en tenant la balance égale et sans acception d'état ni de personnes, qu'on parviendra à pacifier l'Eglise et le Royaume ». Le Roi ordonne enfin à sou ambassadeur de presser avec instance le Saint-Père de terminer le plus tôt qu'il sera possible une aussi bonne œuvre, et il exprime le désir que la minute de la bulle lui soit promptement envoyée [Rome, t. DGGCXX, f. 112-114).

aux évèques i\it le sujet d'une nouvelle diseussion très vive.

Le Pape me répéta ce qu'il m'avait dit ii la lecture de la lettre du Roi; il s'échauffa et me dit qu'il ne voulait pas que ses ouvrages eussent le sort de ceux de Clément XI, qu'il serait inouï qu'un Pape voulut empêcher les évèques de parler sur un décret de la Cour de Rome, que, par de belles paroles, je l'amenais petit à petit au point de se faire mépriser, et qu'enfin il ne passerait pas cet article.

Je laissai le Pape, ^Monsieur, se ralentir, ce qu'il fit en me disant des choses obligeantes pour le Roi et pour le bien du Royaume; il y ajouta des compliments personnels sur mon compte. Alors je lui demandai la permission de lui dire mon avis sur ce qui me paraissait l'inquiéter aussi vivement. Je lui demandai si le silence qui était observé par les évèques d'Espagne et des autres pays catholiques sur la bulle Unigenitus avait nui à la réputation de Sa Sainteté et à celles des papes ses prédécesseurs. J'ajoutai que le Saint-Père lui-même savait que l'impératrice avait fait soustraire un mandement d'un évèque de Flandre qui parlait de la constitution Unigenitus, que la Cour de Rome n'avait point réclamé contre cette démarche sage de l'impératrice, et qu'enfin je ne vovais pas pourquoi la liberté de parler sur ce décret de l'Eglise mettrait du trouble en France, tandis que le silence sur ce même décret serait autorisé dans les autres pays.

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Le Pape me répondit que c'était Louis XIY qui avait demandé avec instance la bulle Unigenitus et qu'il l'avait fait publier, au lieu que les autres puissances l'avaient simplement acceptée et sagement retenu la publication.

« Louis XIV, lui dis-je, Saint-Père, a cru faire le bien; ses bonnes intentions n'ont pas eu l'effet désiré, les disputes qui ont agité et qui agitent encore le Royaume nous le prouvent, et c'est précisément le remède à ce mal que la confiance du Roi attend de Votre Sainteté ; au reste, ajoutai-je, Saint-Père, Votre Sainteté verra dans le mémoire que j'ai eu l'iionneur de lui présenter, et que je la supplie de vouloir bien examiner de nouveau lorsqu'elle sera sur le point de mettre par écrit la bulle, les seuls moyens que le Roi, qui connaît l'intérieur de son Pvoyaume, puisse accepter de la Cour de Rome pour y procurer la paix. Je suis persuadé que Votre Sainteté est trop zélée pour le bien de l'Eglise pour ne pas correspondre à la confiance que le Roi lui a marquée dans cette occasion. Je ne discuterai point avec elle des difficultés théologiques peut-être suggérées par des esprits qui ne veulent que le trouble, je me bornerai à lui dire qu'il n'y a qu'un pontife aussi éclairé qu'elle qui puisse achever un ouvrage aussi glorieux. J'attendrai, Saint-Père, que les cardinaux vous aient remis leur avis sur lequel Votre Sainteté se décidera. Alors ce sera le Roi lui-même à qui j'enverrai

C H O I s E U L A HOME.

la minute de la bulle, qui vous fera ou les objections qui lui paraîtront contraires à la tranquillité désirée, ou les remerciements du service que Votre Sainteté aura rendu à l'Eglise de France. )>

Le Pape me dit. Monsieur, qu'il voulait contenter le Roi, qu'il examinerait les avis des cardinaux et qu'il approuvait le parti que je prenais de n'entrer dans aucune discussion sans que la minute de la bulle fût faite, qu'il me promettait de nouveau et que je pouvais le mander au Roi qu'il ne ferait jamais rien sans le concours de Sa Majesté, et que, quand le Roi aurait examiné ladite minute, il priait Sa Majesté de mander en réponse ses objections, et qu'alors il m'assurait qu'il tâcherait d'adopter ce qui paraîtrait le mieux au Roi.

C'était précisément à ce point que je voulais amener l'affaire qui sera presque consommée, lorsque nous aurons la minute de la bulle. Alors, si le Roi a des changements h faire, nous discuterons sur des points certains.

D'ailleurs, Monsieur, je vous apprends avec plaisir qu'une partie des cardinaux a donné son avis, et que les erauts le donneront demain sans faute. Par les informations que j'ai des sentiments que ces avis contiennent, je dois être persuadé qu'ils frapperont le Pape et dissiperont les craintes que notre clergé lui cause.

... Je finis mon audience par demander au Pape

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l'expédition la plus prompte sur cette afFaire. 11 me promit d'y travailler sans discontinuation , autant, me dit-il, que sa santé pourrait le lui permettre, ce qui me fournit l'occasion de lui faire un compliment sur l'intérêt que prenait le Roi h sa conservation.

Je retournai chez le secrétaire d'Etat après mon audience; je lui dis le précis de ma conversation avec le Pape, et sur tout qu'il ne me restait plus rien à faire que d'attendre la minute de la bulle, le Pape étant parfaitement instruit des intentions du Roi. Le cardinal Valenti approuva que je me fusse borné à cette décision et me promit qu'autant qu'il pourrait il engagerait le Pape à finir une afFaire aussi bien commencée et aussi importante.

Le Saint-Père répondra au Roi par le courrier qui portera la bulle et qui, je compte, partira comme je vous l'ai toujours annoncé à la'fin de ce mois.

M. Rota que je n'ai pu voir depuis six jours est mieux aujourd'hui, son rétablissement est un grand bonheur pour nos affaires; quoique les difficultés paraissent multipliées, je suis toujours dans la confiance que le Roi sera content.

J'ai l'honneur d'être ..

C H O I s E U L A R O M E . UT

AU ROI

A Rome, lo 18 février 175(3.

Sire,

Je supplie Votre Majesté de recevoir avec bonté mes très humbles remerciements sur la nouvelle grâce qu'elle a daigné m'accorder en me permettant de porter les marques de ses Ordres. Plus Votre Majesté me comble de bienfaits, plus je désire les mériter et rendre mes faibles talents utiles à son service.

Le Pape, Sire, a été incommodé cette semaine de la goutte : Sa Sainteté l'a aux deux pieds, mais les douleurs, à ce qu'elle m'a fait l'honneur de me dire, ne sont pas vives, et l'enllure ne passe pas la cheville du pied; d'ailleurs sa santé est aussi bonne ([u'à l'ordinaire. Il m'a paru que ce qui l'inquiétait le plus était de ne pouvoir pas, selon son usage, aller se promener après son dîner.

Le Saint-Père m'a chargé de mander à Votre Majesté qu'il travaillait pour elle, qu'il ne perdait pas de temps, ce sont ses propres termes, et qu'il espérait que Votre Majesté serait contente. Le Pape m'a dit aussi qu'il comptait faire la promotion des Couronnes ' au commencement du carême; le

\. Promotion au <;ii'dinalat des sujets iiommés par les divers princes «catholiques. Voir p. 117.

carnaval est actuellenientla seule raison qui retarde cette promotion.

Je suis...

A M. ROUILLÉ

A Rome, le 18 février 1756.

...Les avis des cardinaux consultés ne sont pas encore tous donnés h Sa Sainteté, parce c[ue les cardinaux Passionei et Tamburini ont fait ensemble un grand ouvrage sur la bulle, qui n'a pas pu être copié. J'ai lu, sans pouvoir cependant en garder copie, une partie de ces avis, et le précis de ceux que je n'ai pu lire parce qu'ils ont été remis au Pape sur-le-champ. La substance de tous est que le Pape ne peut ni ne doit en aucune façon qualifier la bulle Uniqenitus, qu'il n'est pas au pouvoir du Saint-Père d'ordonner un silence absolu aux évêques sur la doctrine de la bulle, à moins que Sa Sainteté ne veuille donner une explication claire de ladite doctrine qui ne puisse pas être contredite par aucun parti; mais que, comme cette explication demanderait un examen un peu long et que la circonstance exige que la paix se rétablisse promptement dans l'église de France, les cardinaux croient que le Pape doit, dans sa bulle, exhorter au silence, laissant au Roi le soin de

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donner la force de loi à cette exhortation. Cette tournure, comme vous voyez, INIonsieur, remédie aux objections qui m'ont été faites par le Pape.

Quant h l'administration des sacrements, les cardinaux disent précisément qu'il ne doit pas être permis aux curés dans aucun cas de priver des sacrements les fidèles de leur propre autorité ; que le Pape peut défendre à tous prêtres, de quelque état qu'ils soient, d'interroger les fidèles sur des points de doctrine qui ne soient pas compris dans le rituel commun du diocèse ; enfin que la règle inviolable, qui est dans tout le monde catholique et principalement à Rome, doit être renouvelée avec force. Cette règle est que l'on ne peut pas procéder contre un malade pour lui refuser les sacrements par une forme dont on ne se servirait pas pour un fidèle qui serait en santé et qui irait recevoir les sacrements à sa paroisse.

Ce que j'ai l'honneur de vous mander, Monsieur, est dans tous les avis, appuvé d autorités et de citations théologiques puisées dans les auteurs qui servent de règle à la Cour de Rome.

Depuis la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire la semaine passée, j'ai pris mes précautions pour que le théologien qui travaille avec le Pape sur notre affaire radoucît les premières idées qu'il avait eues sur le silence, et cherchât à faire ooùter à Sa Sainteté l'avis des cardinaux sur cet article. J'y suis parvenu en entier, et crois que ce jacobin, qui s'appelle Rechini, ne sera plus une opposition

à ce que je désire. Mes soins auprès de lui ont déjà opéré, car le Pape a fait venir chez lui il y a trois jours le cardinal Spinelli qui est le premier qui ait donné son avis. Il est entré en matière sur les différents points qui sont contenus dans l'avis de ce cardinal, et dont plus haut je vous ai marqué le précis. Le cardinal Spinelli m'a assuré que le Pape avait approuvé son système, et que surtout il lui avait marqué un grand désir de contenter le Roi. Je n'en puis pas douter, car Sa Sainteté m'a lait dire deux fois par son ministre et écrire par M. Rota, qu'il ferait une bulle aussi bien qu'il pourrait, que le Roi l'examinerait, qu'il changerait ce qui ne conviendrait pas à Sa Majesté, et qu'enfin (voilà ses propres termes) « il ferait trois, quatre, cinq bulles, et tant que le Roi voudrait, jusqu'à ce qu'il eut rencontré le sentiment de Sa Majesté ». Le Pape m'a chargé de le mander au Roi, et d'ajouter que samedi Sa Sainteté s'en- (érmerait selon l'usage jusqu'au mercredi des cendres et que, pendant cette semaine, il travaillerait sans relâche à la minute de la bulle, pour que je pusse l'envoyer au Roi les premiers jours de mars. J'irai vendredi, la veille que le Pape entrera en retraite, à son audience, et l'affermirai dans ses bonnes dispositions. En tout. Monsieur, l'affaire va mieux que jamais, et je persiste toujours à croire qu'elle se terminera absolument comme le Roi le désire. Soyez tranquille sur mes soins; je me flatte que je préviendrai toutes les

intrigues contraires au vrai bien et au repos, mais ne soyez pas étonné si, par hasard, l'envoi de mon courrier retardait d'une semaine; une petite incommodité ou d'autres affaires peuvent retarder de quelques jours, et il me paraît mieux d'avoir de la patience, que de précipiter un ouvrage aussi intéressant. Au reste, quand le Pape aura fait la bulle, le Roi sera le maître de l'affaire ; je connais le Saint-Père : il est attaché à ses ouvrages, et il aimera mieux changer ce que l'on voudra que de rendre inutile son ouvrage, mais j'aimerais mieux, moi, que dès la première fois la bulle lût acceptable.

Je vous suis sensiblement obligé, Monsieur, de la grâce que le Roi m'a accordée en me permettant de porter l'Ordre; j'en remercie Sa Majesté par la lettre que j'ai l'honneur de lui écrire et que vous trouverez ci-jointe.

Si le temps me le permet, je ferai mon entrée le mois prochain. . .

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