Secrétaire de la Gong-régation du Coiuile
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avait rappelé au Pape une déclaration du Roi de 1720, où la bulle est qualifiée un jugement de l'Eglise en matière de doctrine, qui exige la soumission et le respect des fidèles, et que, si le Pape ne se servait pas des mêmes termes, il aurait l'air d'être en contradiction avec le Roi. J'ai répondu à ce prélat qu'il pouvait sur ce point calmer les inquiétudes du Pape, que je manderais au Roi, cette observation qui ne déplairait pas à Sa Majesté^ pourvu toutefois que les termes de Règle de foi, ou de dogmatique, ou les équivalents ne fussent pas emplovés.
Le quatrième article, qui regarde le silence, fut approuvé de Sa Sainteté dans mon audience. Depuis, M. Rota m'a dit que, dans la même déclaration du Roi, le silence y était imposé, excepte aux évêques auxquels il était permis de le rompre pour l'instruction des fidèles de leurs diocèses. J'ai répondu à ce prélat que l'instruction me paraissait superflue sur une matière peu utile à la Religion, nuisible à la tranquillité, et qu'il était important que tout le monde ignorât en France, comme elle est ignorée dans tous les autres royaumes catholiques, sans que la loi et le dogme y soient ailaiblis; que d'ailleurs le Pape ne m'avait pas (ait de difficulté sur ce point, et que j'espérais que Sa Sainteté sentirait la nécessité de cet article, le cardinal Valenti et quelques-uns des cardinaux qui devaient être consultés étant du même avis que le Roi.
Le cinquicMiie article, qui réduit au for intérieuiles punitions de ceux qui sont réfractaires à la bulle, est celui qui a Trappe le plus le Pape. Il l'a relu plusieurs fois, et puis m'a dit que cet article demandait un grand examen. « Car, a-t-il ajouté, en voulant faire la paix, il ne faut pas que je sois roccasion d'une nouvelle guerre. Cet article, a répété le Pape, est important, et je ne puis pas dans le moment vous en dire mon avis. » Cependant le Saint-Père me fit sur-le-champ deux objections : la première qu'il ne pouvait pas réduire au for intérieur ceux qui étaient appellants de la bulle juridiquement et publiquement; la seconde, qui est à peu près la même, qu'il ne pouvait pas retenir la punition spirituelle publique contre ceux qui sans être interrogés par leurs curés déclameraient au lit de la mort contre la bulle, et expliqueraient hautement leur désobéissance : « Parceque, dit le Pape, je ne puis même en pure matière de doctrine, réduire à une peine cachée une offense publique. )) Je vous avoue, Monsieur, que ces deux exceptions du Pape m'ont paru solides. J'ai dit à Sïi Sainteté qu'elles ne me semblaient pas contrarier les vues du Roi ni les lois du Royaume, que je les rendrais à Sa Majesté qui, en conséquence, me donnerait ses ordres.
Voilà, Monsieur, le précis des sentiments du Pape sur les articles que je lui ai présentés. Celui des cardinaux Yalenti, Spinelli, Tamburini et Passionei ma paru, à des dillerences peu essen-
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tielles près, entièrement conforme aux désirs du Roi.
Le reste de mon audience avec le Pape se passa en assurances de sa part de l'envie qu'il avait de terminer une affaire qui procurerait le bien du Royaume; il me dit qu'il répondrait à Sa Majesté et mettrait dans sa lettre tout ce qu'il pouvait y mettre dans le premier moment \
1. Voici, en traduction, la lettre du Pape au Roi, mentionnée cidessus : « Charissime in Christo fili noster salutein ei apostolicam benedictionem. Le comte de Stainville, ambassadeur de Votre Majesté auprès de nous, nous présenta il y a quelques jours sa lettre du 19 décembre aussi bien que celle de l'Assemblée du clergé de son Royaume. Il nous représenta avec beaucoup de force tout ce que Votre Majesté désirait de nous, les raisons et les motifs pour lesquels elle le désirait. Nous écoutâmes très volontiers ce qu'il nous dit, et nous eûmes de la peine à nous retenir à ne prendre jias la plume pour répondre à la lettre de Votre Majesté, mais les douleurs de la goutte nous en empêchèrent. Aussitôt qu'elle nous l'a permis, nous n'avons pas manqué de remplir notre devoir, répondant comme nous le faisons à la susdite lettre de Votre Majesté du 19. Nous commencerons donc par remercier très vivement Votre Majesté de la continuation de ses boutés envers nous, après quoi nous l'assurerons de notre véritable reconnaissance, et du désir extrême que nous avons de réunir les esjirits divisés de la France pour rétablir la véritable concorde entre les ecclésiastiques, et la paix entre le clergé et les laïques parlementaires. Et, pour obtenir ce bon effet, nous prenons Dieu à témoin que nous sacrifierions le peu de vie qui nous reste. Les sentiments des ecclésiastiques sont divisés, ainsi qu'il résulte des dix articles proposés par plusieurs d'eux, et des huit proposés par les autres du même corps. Nous considérerons le tout, et, étant bien persuadés que dans toute affaire et particulièrement dans celle-ci le secret est. une partie essentielle pour l'heureux succès, nous assurons Votre Majesté que nous l'observerons inviolablement, et que l'on fera en sorte, avec toute l'exactitude possible, que les autres en fassent de même, ne voulant à cause de cela écouter ceux qui seront consultés dans aucun congrès devant nous, mais voulant que chacun d'eux nous envoie son sentiment par
Nous sommes convenus depuis avec le cardinal Valcnti et M. Rota que le Pape ferait un mémoire
écrit, souscrit de sa main et cacheté. Nous avons promis à Votre Majesté de ne rien publier sans le lui avoir communiqué auparavant et avons entendu sa royale volonté. Nous ratifions à présent la même promesse, étant pleinement convaincus qu'on ne pourra jamais rien faire de bon sans l'union des deux puissances, et que nos décisions ne serviraient à rien pour éteindre le feu si elles n'étaient pas appuyées de son autorité royale, mais qu'au contraire elles ne feraient que l'allumer plus que jamais. L'avis que Votre Majesté nous suggère que nous fassions une constitution est bien sage, l'espérience ayant démontré que le système suivi dans la paix de Clément IX n'apporta aucun avantage. Étant de plus bien informés que le moi proprio motti n'est pas bien reçu en France, nous nous dispenserons très volontiers de nous en servir. Désirant outre cela que Votre Majesté soit de plus en plus convaincue de notre sincérité, nous lui dirons que les autres articles du projet regardant la bulle Uni^enitus nous paraissent au premier coup d'œil un peu difficiles. Sur cela nous ferons les plus grandes réflexions et nous verrons s'il sera possible de pouvoir réussir par la tournure des phrases à soutenir l'honneur de la constitution, l'obéissance qui lui est due, et à remplir le désir de Votre Majesté. Nous étant engagés de ne rien publier sans en faire part à Votre Majesté, et étant bien résolus de faire une constitution, elle verra tout par ses yeux, et aura la bonté de connaître, par les raisons que nous lui présenterons avec la copie de la bulle, que l'on aura fait tout ce qu'il est possible de faire, et que tout ce qui n'y serait jias par malheur serait l'effet de l'impuissance et non pas de la volonté. Nous connaissons par la lettre de Votre Majesté qu'elle a beaucoup de confiance dans la personne de son ambassadeur, le comte de Stainville : c'est un ministre qui mérite tout, rempli de capacité, de zèle pour son sei'vice, d'un cœur ouvert et sincère; nous traitons volontiers avec lui, et dans la suite de l'affaire en question nous continuerons toujours d'avoir en lui une entière et pareille confiance que celle que nous avons eue jusqu'à présent. Votre Majesté pardonnera la longueur de cette lettre, et, avec toute l'aftection de notre cœur, nous l'embrassons et donnons à sa famille royale la bénédiction apostolique. Datum Romae apiul S. Mariani niajorem clic 3 januarii ll-jG. l'ontlficatus nostri anno devimo sexto. »
des diOeients points sur lesquels il veut consulter les cardinaux, pour ensuite former un plan de la bulle, qu'il spécifiera dans ce mémoire particulièrement les cinq articles comme la matière essentielle Il cette bulle. Quand les cardinaux auront adopté un sentiment, le Pape les fera venir séparément chez lui, et leur fera mettre par écrit leur avis; il me sera permis avant ce temps de les voir, et de leur résoudre les doutes c[u'ils pourraient avoir sur les points qui doivent cadrer avec les lois du Rovaume. Je tâcherai même, quoique le Pape V paraisse opposé, que ces cardinaux se réunissent chez le cardinal A alenti pour y discuter leur avis, afin que dans une matière ainsi délicate j'aie des témoins non suspects de leurs sentiments.
Cette opération finie, le Pape prendra son parti et fera la minute de la bulle, que j'aurai l'honneur de vous envover sur-le-champ ; le Roi la fera examiner par des théologiens et des jurisconsultes, et, après cet examen, je la remettrai au Pape et exécuterai pour lors les ordres que Sa Majesté me donnera.
J'espère que, le secret étant gardé et les intrigues prévenues, cette affaire délicate finira à la satisfaction du Roi. Vous sentez bien, jNIonsieur, que pour les opérations qui, selon ce plan, restent à l'aire, j'ai besoin de temps; pour le bien même et la considération de Taifaire, il est à propos que la bulle n'ait pas l'air d'être extorquée par mon crédit, ou le produit d'une fantaisie du Pape. Ainsi j'aurai
le temps de recevoir la réponse à cette dépèche, et les nouveaux ordres que vous voudrez bien nie donner par le retour de mon courrier. En attendant, je suivrai avec vivacité et zèle, mais sans précipitation, le plan que j'ai l'honneur de vous mander et que j'ai cru le meilleur pour consommer cette affaire.
J'ai l'honneur d'être...
A.U ROI
A Riinic. lo 1.") jativii^r l'hii.
Sire,
J'ai remis au Pape, selon les ordres de A'otre Majesté, la lettre où elle fait part au Saint-Père de la grâce singulière dont Votre Majesté m'a honoré'.
1. Il s'agit de la décoration de l'ordre du Saint-Esprit. — Le 1" janvier 17.56, le Roi avait adressé de Versailles au Pape la lettre suivante : « Très Saint-Père. La conduite du conite de Stainville depuis que je l'ai honoré du caractère de mon ambassadeur extraordinaire auprès de Votre Sainteté m'avait disposé à lui donner des marques de ma satisfaction. J'aurais cependant différé encore à lui accorder la décoration de mon <u-dre du Saint-Esprit, cette faveur étant la récompense (]ue je destine à des services <'ontinués pendant longtemps, mais ayant appris que Votre Sainteté désirait de voir le comte de Stainville revêtu de cette distinction, je me suis volontiers déterminé à faire pour lui une exception à mon usage ordinaire. Je veux même pour ajouter à cette grâce une circonstance dont il sei'a
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Le Pape après avoir lu votre lettre, Sire, chercha à m'intimider : il me dit d'un air sérieux qu'il ne savait pas ce qui était arrivé, mais que Votre Majesté lui mandait qu'elle était très mécontente de moi ; je répondis à Sa Sainteté que peut-être sans le savoir j'avais eu le malheur de lui déplaire, et que, Votre Majesté en étant informée, je n'étais pas surpris qu'elle en soit mécontente. Le Pape rit et me montra alors avec une satisfaction à laquelle j'ai été très sensible la lettre de Votre Majesté. Je remerciai le Saint-Père de l'intérêt qu'il avait bien voulu prendre à l'honneur que je recevais; je lui dis que c'était à ses bontés et à l'attention que vous aviez pour tout ce qu'il désirait que je devais cette grâce. Enfin, Sire, je marquai au Pape ma joie, car elle était et est très grande. Je supplie
extrêmement flatté, qu'il en apprenne la nouvelle par Votre Sainteté à qui j'adresse dans cette vue le paquet ci-joint pour mon ambassadeur. Je profite avec empressement de cette occasion pour prouver à Votre Sainteté mon attention particulière pour tout ce qui peut lui plaire, et lui marquer le respect filial avec lequel je suis, Très Saint-Père... » {Rome, t. DCCCXX, f. 2.) — Il convient d'ajouter que Benoît XIV avait, en effet, sollicité indirectement cette distinction pour Choiseul. Il en avait écrit au «•ardinal de Tencin qui, bien que retiré dans son archevêché de Lyon, gardait encore un grand crédit auprès de la cour de Versailles : « Nous n'avons, en vérité, que lieu de nous louer de l'ambassadeur, lui di-ait-il dans une lettre du 26 lévrier 1755, et nous voudrions de tout notre cœur avoir occasion de lui faire plaisir. Nous vous écrivîmes il y a huit jours, touchant le cordon bleu, que tout le monde trouvait extraordinaire d'en voir l'auditeur de Rote [l'abbé de Canillac] décoré pendant que l'ambassadeur ne l'a pas. Nous attendons là-dessus votre réponse. Nous sommes prêts à tout faire pour le service de l'ambassadeur » {Rome, t. DGGGXIX, f. 05).
Votre Majesté d'agréer que je mette à ses pieds mes très humbles remerciements; je ne crois pas qu'il soit possible que mon zèle pour son service ni mon attachement très respectueux pour sa personne augmentent; je tacherai, Sire, de faire l'impossible afin de me rendre digne d'une grâce que mes faibles services avaient jusqu'à présent si peu méritée !
Je suis avec le plus profond respect...
A M. ROUILLÉ
A Rome, le 15 janvier 175G.
Monsieur,
Je me flatte que vous ne doutez pas de toute ma reconnaissance; c'est h vos bontés que je dois la grâce dont le Roi m'a honoré, et je lie saurais trop avoir l'honneur de vous remercier de l'intérêt que je sais que vous avez mis à ma promotion et de la sensibilité que vous me marquez de la réussite de votre protection.
J'ai l'honneur de vous adresser la lettre de remerciement que je prends la liberté d'écrire au Roi; je vous supplie, Monsieur, de demander pour moi une nouvelle grâce à Sa Majesté, qui est la permission de porter le Cordon afin que je puisse
être décoré à Rome des marques éclatantes de ses bontés.
Vous trouverez aussi ci-joint, Monsieur, la lettre du Saint-Père au Roi en réponse de celle que Sa Majesté lui a écrite à l'occasion de la grâce que j'ai reçue. Je n'ai pas cru qu'il lût nécessaire de traduire cette lettre ; vous verrez par celle que j'ai l'honneur d'écrire au Roi que le Pape a été on ne peut plus sensible à cette attention de Sa Majesté.
A la fin de l'audience que le Pape me donna lundi, je le remerciai de ce que Sa Sainteté m'avait fait communiquer des papiers qui ont été envoyés de sa part aux difterents cardinaux qui sont consultés sur nos aflTaires ecclésiastiques. Cette forme effectivement est sage. Le Pape leur envoie la lettre du Roi qui était jointe à celle de l'Assemblée, les différents articles et un mémoire instructif où il leur fait sentir qu'il n'est pas question seulement de décider sur les articles qui leur sont remis, mais que Sa Sainteté désire qu'ils approfondissent la matière de façon que leur avis ait pour objet de réunir les esprits tant ecclésiastiques que séculiers du rovaume de France sur la constitution Utiwetiitus. Le Pape ajoute qu'il sait que le Roi aurait agréable Cjue lui, Pape, fit une bulle qui apaisât les troubles qui ont trop duré dans le Royaume pour le bien de la Religion et de l'Etat, qu'il est dans l'intention d'acquiescer aux désirs du Roi, de communiquer à Sa Majesté l'acte qu'il veut faire avec l'avis des cardinaux, et, en ne produisant rien qui ne
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soit selon la vraie doctrine, qu'il est déterminé d'éviter par respect pour le Roi et pour la tranquillité du Royaume que la puissance séculière ne trouve dans le décret projeté du Saint-Siège quelques termes ou propositions contraires aux lois établies en France. Il finit, après une exhortation de s'adresser à Dieu pour une si sainte opération, par recommander aux cardinaux le plus grand secret, et par leur ordonner de lui envover leur avis cacheté et scellé de leurs armes, chacun séparément. Le Pape se propose par des instructions secrètes de communiquer à chaque cardinal les trois derniers articles des cinq que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer, les deux premiers étant convenus.
Je remerciai donc le Pape de cette forme qui me paraît bien, et à laquelle j'applaudis d'autant plus, que cette instruction aux cardinaux est toute de la main du Pape. Je saisis cette occasion pour parler à Sa Sainteté des lettres qu'elle recevait des évêques de France; je pris la liberté de lui faire observer qu'il était important qu'il ne fit nulle réponse à ces prélats, parce qu'ils se pourraient dans la suite prévaloir contre Sa Sainteté même des termes qui se glissent sans attention dans une lettre familière. Le Pape m'assura qu'il avait pensé comme moi sur cet article, et me dit qu'avant la réception de la lettre du clergé il avait répondu à Messieurs les évêques qu'il ne pouvait leur rien dire avant que d'avoir reçu de la part du Roi la lettre
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et les articles de l'Assemblée; que depuis il s'était déterminé à ne leur plus répondre jusqu'à ce ([u'il eût fini avec le Roi la grande affaire à laquelle il travaillait. Je l'affermis vivement dans ce sentiment et lui représentai avec chaleur que des lettres pareilles à celles surtout que M. l'archevêque d'Auch a écrite à Sa Sainteté marquaient la passion et ne pouvaient produire qu'un mauvais effet si elles étaient connues du public. Le Pape me répondit qu'il avait si bien senti cet inconvénient qu'il n'avait pas voulu communiquer aucune de ces lettres aux cardinaux qu'il consultait.
Je rendis compte en partie au Cardinal Yalenti de mon audience avec le Pape, et le priai de ne pas laisser ralentir Sa Sainteté sur le travail qui était, comme il le jugeait lui-même, instant dans les circonstances présentes.
J'ai vu depuis les cardinaux Spinelli, Passionei et Landi. Les deux premier^, ainsi que le cardinal Tamburini, sont précisément de même avis à ce qu'ils m'ont assuré. Je n'en doute pas, car ils se sont concertés ensemble et se regardent avec assez de raison comme les fondateurs du projet que le Pape va suivre. Ils ont été un peu inquiets de la forme que le Pape leur a imposée de mettre leur avis par écrit, craignant que, si Sa Sainteté ne le suivait pas, elle ne le publiât pour leur faire tort. Je les ai rassurés sur ce point et me flatte de leur avoir fait approuver la forme convenue.
Le cardinal Landi n'était pas bien au fait de la
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question, les trois premiers cardinaux n'ayant pas voulu se charger de l'instruire. Je l'ai vu, nous avons lu ensemble les pièces que le Pape lui a envoyées, je lui ai fait part ensuite des cinq articles désirés par le Roi. Je ne lui ai point caché l'esprit de religion, de paix et d'accord qui animait conjointement le Pape et le Roi pour le bien ; je lui ai glissé que je verrais son avis, et qu'en cas de conclave, si le Roi en était content, il pouvait compter sur la protection de Sa Majesté. J'étais convenu avec le cardinal Spinelli que j'engagerais le cardinal Landi à se concerter avec lui; il me l'a promis et de plus, qu'après avoir satisfait à ce qu'il devait h sa conscience, il ne travaillerait dans toute cette affaire que pour remplir les vues de Sa Majesté, qu'il me priait d'en être persuadé. Il ne me reste donc plus à voir que le cardinal Galli. J'ai remis celui-là à la semaine prochaine, parce que je suis convenu avec les cardinaux Spinelli et Tamburini qu'ils le verraient avant moi, débrouilleraient la matière avec lui, et le disposeraient à ma visite. \oilà où en est l'affaire de la nouvelle bulle. Soyez sûr. Monsieur, que je ne perds pas cette affaire un instant de vue. A moins de malheurs que je ne puis prévoir, j'espère que le Roi sera content dans peu de temps, mais je crois que vous approuvez que je presse, sans précipiter, un ouvrage aussi délicat et aussi important. La seule chose que je vous supplie de dire à Sa Majesté est qu'il est nécessaire d'empêcher autant qu'il est possible que les évêques
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n'écrivent ici; leurs lettres sont outrées, ils font envisager un schisme et la Religion perdue. Le Pape est timide. Jusqu'à présent, comme j'ai parlé plus haut qu'eux, je l'ai rassuré, mais à la longue on ne donne pas toujours du courage à quelqu'un qui a peur naturellement. Si Sa Sainteté marquait la moindre crainte sur le schisme aux cardinaux, tous seraient efFravés, et leur effroi nous jetterait dans des longueurs infinies : il n'y a plus que six semaines tout au plus à attendre. Pour m'ôter cette petite inquiétude qui ne laisse pas que de me tourmenter, j'ose vous supplier de demander au Roi la permission de faire retenir jusqu'à ce temps les lettres des évêques pour Piome; l'on en trouvera beaucoup dans le paquet de M. le nonce. Je ne verrais pas le Pape d'ici à huit jours; j'attends vers ce temps le retour de mon courrier qui vraisemblablement m'apportera la réponse du Roi à la lettre du Pape que votre courrier Amaury vous a portée. Monsieur, ainsi que vos ordres sur la dépèche que vous a rendue ledit courrier. Alors le travail des cardinaux sera fort avancé, s'il n'est fini ; sûrement le sentiment du Pape sera formé, et je presserai Sa Sainteté de me mettre en état de faire part au Roi, si ce n'est pas de la totalité, du moins de quelque point intéressant...
A M. ROUILLÉ
A Rome, le 28 janvier 1756.
Monsieur,
La poste de cette semaine n'est point arrivée, je l'attendais et le courrier qui doit me porter la réponse à celui que j'ai eu l'honneur de vous renvoyer pour voir le Pape et mettre la dernière main à l'affaire sur laquelle Sa Sainteté travaille; je sais même que son avis est presque achevé, qu'il est conforme aux désirs du Roi. Le Pape attend celui des cardinaux. Je compte, selon ce qu'ils m'ont promis, qu'ils le remettront au Saint-Père cette semaine. Je me flatte, par ce que j'ai vu, que le Roi sera content de toute cette opération qui ne peut cependant être à sa perfection que quand j'aurai la réponse de Sa Majesté à la dernière lettre du Pape.
Vous sentez mieux que moi, Monsieur, que Sa Sainteté attend cette réponse avec impatience, surtout depuis qu'elle a appris les remontrances que le Parlement a faites au Roi sur le recours du clergé au Saint-Père '. La Cour de Rome veut le bien
1. Ces remontrances du Parlement contre les actes de l'Assemblée du clergé dataient du 13 décembre 1756. Elles avaient pour but de rappeler au Roi que sa déclaration du 2 septembre 1754 devait sufDre à réprimer tout trouble et tout scandale, et
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du Roi et du Royaume; mais, en même temps, elle désire les assurances les plus positives d'être soutenue en faisant ce que Sa Majesté veut. Je donne au Pape ces assurances, mais la lettre du Roi fait un tout autre effet que mes paroles, et a de plus l'avantage d'établir une confiance parfaite sur ce que je promets. Si cependant le courrier extraordinaire n'arrivait pas d'ici à la semaine prochaine, j'irais toujours en avant, car je trouve qu'il y aurait de l'inconvénient à se ralentir. Je prendrai donc sur moi, Monsieur, si je ne reçois pas de nouveaux ordres, de suivre le projet selon mes instructions, et de vous dépêcher un nouveau courrier, en cas qu'il v ait quelque chose de fini...
XXIU
A M. ROUILLÉ
A Rome, le 4 février 1756.
... Le courrier que j'attends et qui doit rapporter la réponse du Roi à la dernière lettre du Pape n'est pas encore arrivé. Ce retard est cause que Sa Sainteté m'a dit qu'elle ne prendrait pas
qu'il importait au Roi « de conserver sans altération cet ouvrage de sa sagesse ». Elles accusaient le clergé de manquer au respect et à la fidélité dus au souverain par le fait « de soumettre au jugement du Pape ce que le Roi avait si légitimement et si solennellement décidé » (Picot, Mémoires, t. 111, p. 305-306).
son parti définitivement sans avoir reçu les lettres que doit apporter ce courrier. J'ai craint avec raison que cette réponse du Pape ne provînt de la méfiance qu'il a eue de lui-même, ou que l'on a cherché à lui suggérer, que le Roi avait changé d avis. J'ai pris sur moi de lever tout doute sur cet article; et, en conséquence, j'ai écrit un billet au secrétaire d'Etat, après avoir eu une conversation avec ce cardinal et M. Rota, où je le prie d'engager le Pape à presser l'avis des cardinaux, et où je lui assure que, par les lettres de la poste vous me mandez, Monsieur, que mon courrier va être renvoyé, et que vous m'ordonnez de la part du Roi de solliciter vivement Sa Sainteté afin qu'elle achève un ouvrage qu'elle a si bien commencé, l'assurant qu'avant peu de jours les lettres que le Saint-Père attend, lui seront rendues, et que d'ailleurs j'ai ordre de lui réitérer d'avance les sentiments invariables de Sa Majesté.
En conséquence, le Pape a écrit aux cardinaux un billet pour leur dire de finir l'examen qui leur a été confié. De mon côté, je les ai vus, et les ai prévenus sur la démarche que j'avais faite, et j'ai la parole positive qu'entre le 7 et le 10 de ce mois tous les avis seront remis au Pape. Je suis en même temps aussi sûr que l'on peut l'être que ces avis seront conformes entre eux et aux volontés du Roi. Dans ce temps je compte que mon courrier sera revenu, et il ne restera plus qu'à exécuter les ordres qu'il m'apportera. Par ce calcul, j'espère,
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Monsieur, vers le 20 ou le 25, vous dépêcher la minute de la bulle, ainsi qu'un double des avis des cardinaux, afin que l'on voie là-bas les raisons théologiques et canoniques qui déterminent le Saint-Siège.
J'ai l'honneur de vous prévenir dès aujourd'hui, Monsieur, que j'ai imaginé une chose qui ne commettrait pas le Roi, et qui ferait un très grand effet sur l'esprit du Pape : ce serait, en me renvoyant la minute de la bulle, de m'adresser pour Sa Sainteté une minute de la déclaration que Sa Majesté compte rendre en publiant ladite bulle. Cette confiance rassurerait le Pape totalement sur les craintes qu'il a de n'être point soutenu, et en cas qu'il y eût encore quelques changements à demander à Sa Sainteté, ils ne souffriraient par ce moyeu que peu de difficulté. Je vous préviens, ^Monsieur, sur cette idée dès aujourd'hui, pour que, si vous l'adoptez, vous ayez dans le temps un projet de déclaration tout prêt à m'envoyer; au reste, s'il était mieux, lors de la conclusion de l'affaire de ne pas suivre en entier ce projet de déclaration, en cas que le Pape en fût instruit, ce serait mon affaire de lui faire approuver les changements. Je ne sais pas si j'explique bien mon idée, mais j'espère que vous comprendrez que ce n'est qu'une forme que je vous demande qui ne doit pas vous gêner *...