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pouviez aussi m'envoyer un projet de déclaration, je ne le confierais pas si je ne voyais que le Pape le désire et si je ne sentais qu'il peut être utile au Roi d'avoir cette confiance.
Il me reste à vous dire, Monsieur, sur cette matière, que je dois rendre au Roi le zèle que M. le cardinal Spinelli a marqué dans cette occasion pour le bien et le service de Sa Majesté. M. Rota s'est conduit dans cette affaire avec l'attachement que vous lui connaissez pour la France ; mais le prélat de Lerma est celui de tous qui m'a été le plus utile; c'est lui quia été de ma part plusieurs fois chez les cardinaux, qui les a instruits des intentions du Roi et qui a rempli toutes mes vues avec des talents et une droiture singulière, outre qu'il a eu la patience d'être mon répétiteur en théologie pendant six mois. En vérité, Monsieur, il mérite une marque de bonté du Roi et de votre part, et je vous serais sensiblement obligé si vous vouliez la lui procurer...
A M. ROUILLÉ
A Rome, le 31 mars 1756.
... J'ai fait, dimanche dernier, l'entrée que l'on nomme de campagne. M. le cardinal Portocarrero, ministre d'Espagne, m'a fait l'honneur de m'accom-
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pagner dans cette fonction, ainsi que l'auditeur de rote d'Espagne, M. l'abbé de Canillac et M. Acquaviva qui a bien voulu remplacer le second auditeur de rote espagnol qui se trouve manquer à Rome. Je remis dans l'audience que j'eus ce jour-là de Sa Sainteté la nomination du Roi au cardinalat ^
J'aireçu pendant trois jours, selon l'usage ordinaire, les visites de la prélature et de la noblesse de Rome. Dimanche prochain, je ferai ma seconde entrée et aurai du Pape mon audience publique; après quoi je commencerai les visites de cérémonie des cardinaux...
J'ai ordonné au maître de chambre des ambassadeurs du Roi, le marquis de Middelbourg, de dresser une relation de mes entrées que j'aurai l'honneur de vous envoyer après celle de dimanche. . .
ENTREE DE CAMPAGNE (28 mars 1756. — Relation du marquis de Middelbourg).
M. le comte de Stainville, ambassadeur extraordinaire du Roi auprès du Saint-Siège, ayant
1. La promotion fut faite le 5 avril au matin : le cardinal nommé par Louis XY était M. de Tavannes, archevêque de Rouen. La promotion comprenait deux autres prélats français, l'archevêque de Sens, P. d'Albert de Luynes, et l'évèque de Beaurais, Et. de Gesvres, le premier nommé par le roi d'Angleterre Jacques III réfugié à Rome, le second par le roi de Pologne, Auguste III. La promotion comprenait en outre les archevêques de Vienne, Séville et Turin, l'évèque de Constance, le principal de la patriarchale de Lisbonne, tous nommés par les couronnes, enfin le gouverneur de Rome, Archinto.
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fixé son entrée publique dans Rome au 28 mars, le marquis de Middelbourg, maître de chambre ordinaire des ambassadeurs, se rendit au palais apostolique pour savoir de Sa Sainteté si elle agréait l'intention de Son Excellence. M. Boccapaduli, maître de chambre du Pape, lui répondit que Sa Sainteté recevrait avec bien du plaisir M. l'ambassadeur, et que Son Excellence était la maîtresse de venir quand il lui plairait. On en donna part aussitôt au cardinal secrétaire d'État, et ensuite à M. Reali, premier maître de cérémonie, pour concerter le cérémonial usité en pareil cas. On envoya ensuite les gentilshommes de M. l'ambassadeur chez tous les cardinaux, les ministres étrangers, et les princes romains pour leur faire savoir que, Son Excellence devant faire son entrée publique, elle les priait d'envoyer leurs attelages lui faire cortège. La même invitation fut faite à toute la prélature et noblesse de Rome par les pages de Son Excellence.
Comme il n'y a point ici de cardinal français pour accompagner M. l'ambassadeur chez le Pape, Son Excellence fit prier pour cet effet M. le cardinal Portocarrero, ministre de Sa Majesté Catholique qui accepta avec plaisir cet honneur. M. de Canillac, M. Boral, auditeur de rote espagnol, et M. Acquaviva, commissaire de la marine, furent désignés pour aller avec M. le cardinal Portocarrero, tous en habits de voyage, dans son attelage prendre M. l'ambassadeur h la maison
de la chambre apostolique appellée Papajules '.
M. Tambassadeur se rendit sur les deux heures après midi à ladite maison avec son maître de chambre dans un carrosse incognito, accompagné seulement de deux laquais, sans coureurs. Toute la maison de M. l'ambassadeur s'y était déjà rendue dans les attelages et autres voitures de Son Excellence.
Vers les trois heures, M. le cardinal Portocarrero arriva avec trois de ses attelages, et chacun des prélats qui l'accompagnaient avait le sien. M. l'ambassadeur alla à la rencontre de cette Eminence jusqu'au dehors de la première salle. Peu de temps après, vint l'attelage de M. le cardinal secrétaire d'Etat où était le maître de chambre de cette Eminence. Il dit à M. l'ambassadeur que son Eminence le lui envoyait pour que Son Excellence s'en servît jusqu'à son palais.
Messieurs les cardinaux, les ministres étrangers, les princes et la noblesse envoyèrent leurs gentilshommes, dans des attelages au nombre de cent dix, complimenter Son Excellence. Ils furent introduits dans la chambre oîi étaient M. l'ambassadeur et M. le cardinal Portocarrero. Après qu'ils eurent rempli leur commission, on donna l'ordre
1. La villa du pape Jules {Papa Giulio) bâtie pour Jules III (1550-1555) par Vignole, restaurée en ces derniers temps et transl'orniée en musée d'antiquités. Elle est située à droite de la Voie flaininieniie à quelques minutes hors la Porte du Peuple.
pour la marche de la cavalcade, laquelle fut exécutée dans l'ordre suivant.
Deux postillons et deux courriers les précédaient richement vêtus, ayant Fécusson des armes du Roi sur leurs vestes. Ensuite venaient le maître des écuries de Son Excellence, le maréchal et le sellier ; six chariots couverts de superbes tapis aux armes de Son Excellence, six chevaux de manège magnifiques, nattés, conduits par six palefreniers; les deux Suisses ayant leurs bandolières chargées de galons d'argent et des habits à brandebourgs d'argent galonnés de même sur toutes les tailles. Trente laquais suivaient, vêtus de même; ensuite deux trompettes magnifiquement habillés, ayant à leurs instruments des banderoles brodées en or et en argent aux armes de Son Excellence. Venaient après vingt-cinq officiers dont l'uniforme était de couleur ventre de biche galonné d'argent à la Bourgogne. Le maître d'hôtel, ayant un habit de même couleur galonné en plein, fermait la marche.
Les coureurs de Son Excellence, superbement vêtus et coiffés de beaux bonnets garnis de plaques d'argent aux armes de Son Excellence, précédaient le carrosse du corps, où étaient avec elle M. le cardinal Portocarrero et les trois prélats dont on a déjà parlé, lesquels avaient aussi leurs coureurs, qui avec ceux de M. l'ambassadeur étaient au nombre de trente. Les huit pages bordaient le carrosse du corps; leurs habits étaient galonnés
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en plein à la Bourgogne, garnis de beaux nœuds d'épaule. Les quatre attelages deM. l'ambassadeur, composés de chevaux de toute beauté et de différent poil, suivaient le carrosse du corps, ainsi qu'une grande quantité d'autres attelages.
La marche commença, comme on l'a déjà dit, de la maison appelée Papajules, qui est à environ un quart de lieue hors la Porte du Peuple, traversa toute la rue du Cours ' où tout Rome s'était rassemblé. Les applaudissements et les vivats retentissaient de tous côtés; on ne se lassait point d'admirer la magnificence d'une entrée aussi pompeuse, et ce qui enchantait encore davantage, c'était la politesse avec laquelle Son Excellence répondait aux acclamations des Romains.
Son Excellence vint descendre chez elle *, d'où elle alla avec ]NL le cardinal Portocarrero à l'audience du Pape, suivie d'un nombreux cortège. A son retour, les trompettes, les tambours, les hautbois et autres instruments du Sénat et des autres tribunaux civils de Rome saluèrent Son Excellence qui trouva en entrant dans son appartement ^L Previ, maître d'hôtel du Pape, qui lui présenta de la part de Sa Sainteté trente-six grands bassins rempli des comestibles les plus délicats. Son Excellence joignit au remerciement qu'elle lui en fit une tabatière d'or émaillée. Elle donna aussi