‹ Choiseul à Rome, 1754-1757Chapitre 33 sur 89 · Leurs doyens · texte numérisé non relu

Leurs doyens

C H O I S E U L A lî O M E .

Sainteté vint recevoir Son Excellence au milieu de cette antichambre ; les autres étaient remplies de cavaliers romains , de gentilshommes et de camériers d'honneur de Sa Sainteté. M. l'ambassadeur s'arrêta un instant dans une de ces antichambres pour donner le temps qu'on avertît S;i Sainteté.

Son Excellence lut aussitôt introduite et s'entretint avec le Saint-Père pendant une demi heure. Auparavantde sortir, l'on appellaensuiteM.Boyer', secrétaire de l'ambassade, que Son Excellence présenta à Sa Sainteté. Il sortit ensuite et peu de temps après vint M. l'ambassadeur, accompagné du maître de chambre du Pape, qui le conduisit jusqu'au dehors de la première antichambre des chevau-léoers . Son Excellence alla ensuite y accompagnée du même cortège, chez M. le cardinal secrétaire d'Etat. En sortant du palais du Pape, tous les corps de garde rendirent à Son Excellence les mêmes honneurs que lorsqu'il y entra. Tout Rome était au passage de M. l'ambassadeur et l'on ne se lassait point d'admirer et d'applaudir à la magnificence d'une pompe aussi somptueuse.

1. Joseph Boy cr, d'Aixen Provence, après avoir charge d'afl'aires en Saxe (1752), fut le premier secrétaire de Choiseul à Rome, puis à Vienne, et chargé d'affaires en son absence, il devint ensuite ministre à Liège (1760) et envoyé extraordinaire à Gènes (1760).

A -M. ROUILLÉ

A Rome, le 5 avril 1750.

... J'ai eu hier mon audience publique du Pape : Sa Sainteté ne m'a pas laissé finir mon compliment ; à peine avais-je commencé qu'elle m'a interrompu en m'embrassant, et cju'elle a renvoyé tout le monde pour que nous restassions seuls. Elle m'a parlé d'abord de l'embarquement qui se faisait à Toulon ', et a eu la bonté de me dire les nouvelles qu'elle avait sur ce fait; ensuite elle m'a demandé si je croyais que le courrier extraordinaire que j'avais eu l'honneur de vous dépêcher reviendrait bientôt avec la réponse du Roi. J'ai dit au Saint- Père que cette matière, comme lui-même l'avait vu, demandant un travail réfléchi, je ne croyais pas cju'il dût revenir de sitôt, que le Roi avait à combiner les principes de l'Eglise avec les lois du Rovaume, lesquels deux objets ne se contredisaient pas dans le fond, mais différaient quelquefois sur les formes. Le Pape à cela m'a dit que, quoique véritablement il fût empressé de savoir comment le Roi aurait trouvé son sentiment, il aimait mieux attendre que de voir (ju'il n'a pas produit le bien

1. Seize mille hommes s'embarquaient sur treize vaisseaux de ligne, quatre frégates et dix-huit bâtiments légers, à destination de Port-Mahon.

qu'il espère, et Sa Sainteté dans cette occasion m'a prié de répéter à Sa Majesté combien elle désirait de coopérer à la tranquillité de l'Eglise, du Roi et du Royaume...

A M. ROUILLÉ

A Rome, le 7 avril 1756.

... M. Rota m'a confié que le Pape avait reçu une partie du mémoire des seize évêques de l'Assemblée. M. le nonce l'a adressé par l'avant-dernier ordinaire au secrétaire d'Etat; je ne crois pas que la seconde partie soit encore arrivée. Ce que je puis vous assurer, Monsieur, c'est que ce ministre m'a dit que le Pape n'avait pas lu ce mémoire, et qu'il avait écrit de la part de Sa Sainteté à M. le nonce de ne pas lui envoyer le reste, le Saint-Père n'en ayant pas besoin et n'en voulant faire aucun usage. Vous êtes à portée, Monsieur, de savoir par M. le nonce ou par d'autres voies s'il est vrai, comme le ministère de Rome me l'assure, que l'ordre du Pape sur cet article ait été aussi décisif. Au reste il ne me paraît pas cju'à présent les écrits de France puissent déranger les dispositions du Saint-Père.

... Le ministre de Sardaigne résidant à Rome avait

reçu et publié la nouvelle de la médiation offerte par les rois d'Espagne et de Prusse*, mais on ignore la réponse du Roi qui me paraît très convenable ; je la garderai pour moi seul, comme vous me faites l'honneur de me le prescrire '. Au reste, Monsieur, je trouve que c'est tout ce que le Roi peut faire que d'acquiescer de nouveau à des propositions d'accommodement aux termes de sa réquisition à l'Angleterre; car je puis me tromper, mais je suis bien éloigné de penser que la paix, dans les circonstances présentes, soit avantageuse h la gloire du Roi. La justice de notre cause est connue de lEurope; nos ennemis ont fait des efforts qui font envisager leur ruine; leur roi est vieux et naturellement doit manquer d'un moment h l'autre, son successeur est mineur; à sa mort, si la guerre a lieu, il se trouvera plus de troupes sur pied dans les royaumes d'Angleterre qu'il n'y en a jamais eu; l'oncle du successeur sera à la tète; il y a apparence qu'il voudra par la force jouer un rôle dans l'administration des affaires; il est difficile qu'il y réussisse sans contradiction ; ce moment peut produire une guerre civile en Angle-

1. Les rois d'Espagne et de Prusse avaient offert séparément leurs bons offices pour obtenir un accommodement entre la France et l'Angleterre. Le Roi. désireux d'éviter la guerre, les avait acceptés sans difficulté, mais après leur avoir déclaré qu'il ne pouvait se prêter à aucune négociation avant la restitution complète des vaisseaux français et de leurs équipages enlevés par la marine anglaise.

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