‹ Choiseul à Rome, 1754-1757Chapitre 36 sur 89 · Cette dépêche est chiffrée · texte numérisé non relu

Cette dépêche est chiffrée

CHOISEULAROME. 137

y a quelques jours, que l'impatience redoublait; que même il v avait eu de l'humeur, que le Pape avait dit qu'on était plus longtemps èi examiner son ouvrage qu'il n'avait été à le faire, que, pendant le temps qu'il travaillait, on le pressait l'épée dans les reins et que, depuis, il paraissait que l'on négligeait une affaire sur laquelle on avait marqué tant d'empressement.

J'ai répondu au secrétaire d'Etat ce que j'avais dit et fais dire au Pape plusieurs fois. J'ai surtout appuyé sur le raisonnement que le Roi voulant de concert avec le Pape prendre un parti décisif, avant que de le prendre, il serait imprudent de n'y pas réfléchir avec maturité. Au lieu d'envoyer un courrier, comme c'était l'avis du ministre, j'ai été chez le Pape hier, espérant par de bonnes raisons calmer l'inquiétude du Saint-Père, à quoi j'ai réussi. Je lui ai dit que vous me faisiez espérer, par le dernier ordinaire, d'envoyer la réponse du Roi incessament; je fis sentir à Sa Sainteté, que ce retard même était avantageux à la réussite, et que c'était pour profiter avec plus de sûreté de ses bonnes intentions, que l'on mettait plus de temps à cet examen. Le Pape entra avec beaucoup de bonté dans mes raisons; il les approuva, mais il ajouta qu'il me connaissait et que, quand j'aurais les réponses, je ne le laisserais pas en repos jusqu'à ce qu'il eût fait tout ce que je voulais. Je lui répondis que sa prédiction était juste, parce que sûrement ce que le Roi désirerait serait le

bien de l'Église et la gloire véritable du Saint- Père.

Le Pape me dit que, tous les ordinaires, on lui envoyait des volumes sur nos disputes ecclésiastiques, qu'il ne lisait aucun des mémoires qui lui étaient adressés, et qu'il avait mandé que son parti était pris ; qu'ainsi il était inutile de lui écrire davantaofe sur cette affaire. En finissant cet article de mon audience, j'aurai l'honneur de vous faire observer qu'il est important que le Roi envoie promptement sa réponse, parce que je crains toujours que le Pape ne se refroidisse sur la conclusion de cette affaire. Je ne peux plus me servir de M. Rota, il est toujours très mal. M. le cardinal Valenti ne peut m'ètre utile que dans des moments où Sa Sainteté lui permet de parler d'affaires. Ces moments sont rares; d'ailleurs, il n'est pas en état de suivre le Pape à la campagne. Les ministres étrangers ont difficilement la permission d'y voir le Saint-Père. Je l'aurai sûrement, mais ce ne sera que pour une fois dans un mois. Dans cette situation et pendant tout ce temps, je ne peux pas parer aux intrigues qui sont très opposées à la paix. Je ne réponds pas, qu'à l'absence totale de ses ministres, on ne lui donne des impressions désavantageuses sur cette affaire. Je n'avais pas imaginé que l'on gardât mon courrier un mois ; c'est ce qui m'a empêché de vous marquer d'avance les inconvénients que je prévois, et qui peuvent être tels qu'ils augmenteront les difficultés à la conclure. Je

ne perdrai pas le Pape de vue d'ici à la fin du mois ; mais, après ce temps, j'aurai des craintes bien fondées. Au reste, Monsieur, on ne peut pas espérer, si le Pape ne finit point l'affaire avant sa campagne, qu'elle puisse l'être de trois mois. A son retour, c'est la Saint Pierre et toutes sortes de fêtes, puis les grandes chaleurs; une partie des cardinaux sera absente, le mauvais usage que l'on a dans ce pays de travailler moins l'été que l'hiver, tout concourt à me retarder. J'ai l'honneur devons en prévenir, pour que vous ne soyez pas surpris des lenteurs qui peuvent être la suite du retard de ce courrier '.

... Le Saint-Père m'entretint longtemps sur les affaires de Venise ^ : il eut la bonté de me remercier d'avoir fait passer à la Cour les craintes que l'ambassadeur de la République avait voulu lui donner sur le refuge de quelques familles albaniennes dans l'Etat ecclésiasti(jue. Je dis au Saint-

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