Cette première partie de la dépêche est chil't'rée
2. Le 7 septembre 1754, le sénat de Venise avait rendu un décret relatif aux dépenses , brefs , bulles et indulgences de la Cour de Rome. Le Pape, se trouvant lésé dans ses intérêts pécuniaires et atteint dans son autorité, témoigna son mécontentement, et fut encouragé dans ses protestations par Choiseul. La Cour de France fut choisie comme arbitre du différend. L'affaire traîna en longueur durant l'ambassade à Rome de Choiseul qui, après son départ, entretint une correspondance suivie avec Benoit XIV, de Paris et ensuite de Vienne. L'abbé de Bernis, qui briguait alors le cardinalat s'occupa activement de cotte affaire; et, grâce à ses démarches, le décret fut suspendu, c'est-à-dire rapporté, à la fin de l'année 1757. — V. Mémoires du cardinal de Bernis, t. II, p. 407.
140 CHOISEULAROME.
Père que je croyais pouvoir l'assurer que, dans tous les cas, le Roi se ferait un plaisir de protéger les Etats du Saint-Siège et de marquer sa tendresse au Saint-Père. « Je voudrais bien, reprit le Pape, que le Roi parlât aussi pour l'affaire du décret, car elle m'inquiète. )) A cette proposition, Monsieur, je ne crus pas devoir rien répondre, et me restreignis à dire qu'il serait extrêmement agréable au Roi de contribuer à la tranquillité d'un pontife qui lui était aussi cher,
M. le président de Coste qui retourne en France désirait prendre congé du Pape. Sa Sainteté le fit appeler à la fin de mon audience; quand je lui dis qu'il était président au Parlement, il me demanda en plaisantant s'il était des bons ou des mauvais. « Sûrement des bons, répondis-je d'abord ; et puis. Saint Père, ajoutai-je, depuis l'éloge que j'ai envoyé à Votre Sainteté et qui est dans un réquisitoire, il me semble que le Parlement pense si bien et si juste d'elle, que l'on peut tous les appeller bons ». Le Pape dit, sur cet éloge, à M. de Coste une chose qui m'a paru à merveille, jNIonsieur. « Si le Parlement, dit-il, loue mon zèle pour le bien et l'envie que j'ai de rétablir avec le concours du Roi la tranquillité dans l'Eglise de France, il a raison et j'accepte son éloge avec reconnaissance; si le Parlement en me louant a d'autres fins, je n'en aurai pas assez de vanité pour que ces éloges me soient reprochés au jugement de Dieu »...
A M. ROUILLÉ
A Rome, le 12 mai 175(5.
Monsieur,
Le courrier que vous m'avez dépêché le 4 arrive au moment du départ du courrier ordinaire.
Les ordres que vous me donnez \ Monsieur, sont embarrassants, parce qu'ils contrarient ce que j'ai constamment dit au Pape. Vous aurez vu, par ma dernière dépèche, que Sa Sainteté s'est déterminée sur mes insinuations et mes instances à s'en tenir au plan qu'elle a communiqué à Sa Majesté, et ;i ne plus rien lire sur cette matière
1. Extrait de la lettre de Rouillé : « ... Je joins ici en attendant, une lettre de M. le cardinal de La Rochefoucault pour le Pape, à qui ce prélat envoie un écrit dans lequel on compare entre eux les dix et les huit articles dressés par les deux partis qui ont divisé de sentiment les évoques de la dernière assemblée du clergé. Il est nécessaire que vous remettiez cet écrit au Pape avec la lettre de M. le cardinal de La Rochefoucault qui doit l'accompag-ner. Je crois que Sa Sainteté trouvera, dans cette exposition simple des différences qui distinguent les dix assez des huit, non seulement les principes de la plus saine théologie, mais aussi les règles les plus sages de la discipline ecclésiastique. Je suis persuadé aussi que, si Sa Sainteté veut bien se donner la peine de lire cet ouvrage (et vous devez l'en prier). Elle en sera véritablement édifiée. Au reste. Monsieur, cet écrit a été remis au Roi par M. le cardinal de La Rochefoucault; et c'est par ordre de Sa Majesté que je vous l'adresse pour le remettre au Pape... » [Rome, t. DCCCXX, f. 374-375).
que les observations faites par le Roi sur son travail. Si, dans le moment d'impatience de la réussite de son plan, je lui proposais l'examen du mémoire adressé par M, le cardinal de la Rocheloucault, il est à craindre que le Pape ne prenne de l'humeur et que son amour-propre ne lui fasse faire des réflexions, comme si ce mémoire était une espèce d'instruction qu'on lui donnerait. M. le cardinal de la Rocliefoucault vous dira, Monsieur, qu'il n'y a rien de si aisé à blesser que la vanité du Pape, et ce n'est cju'en le flattant à outrance que je parviens à faire ce que je veux. Je réfléchirai, permettez-le-moi, sur la manière dont je dois me conduire d'ici à demain que je n'ai pas encore eu le temps de déterminer, et je tacherai de prendre la meilleure pour que Sa Sainteté lise et approuve l'ouvrage. Je vous demande en grâce, pour le bien de la chose, de m'envoyer la décision du Roi le plus tôt cpie vous pourrez : vous sentez combien il est important de presser cette besogne, tant que le faible ministère du Pape respirera*.
J'ai l'honneur d'être...