Voir p. 205 et 30G
162 CHOISEU L A ROME.
ment XI, et qui lomenteiit à Rome et peut-être en Fiance les tracasseries sur la bulle Unigenitus, que j'avais dissimulé longtemps ce qui me revenait desdites maisons, mais que, trouvant l'occasion de faire un exemple sur un sujet qui n'était recommandable d'aucun côté, j'avais pris les ordres du Roi qui étaient tels que je ne croyais pas qu'il fût possible de les changer, qu'outre cela par le bruit que les protecteurs de M. Buonacorsi avaient fait dans Rome en se vantant que, malgré l'opposition de la France, il serait gouverneur, il était intéressant pour le service du Roi et pour ma décoration personnelle qu'il ne le fût pas, et, qu'outre le caractère dont j'étais revêtu, l'amitié dont le Pape m'honorait me faisait espérer qu'il ne me donnerait pas un dégoût, que les ministres de Vienne, qui, depuis cinquante ans, ont excki une douzaine de prélats pt)ur le gouvernement, n'avaient point éprouve.
Le Pape me dit à cela qu'il dirait à ceux qui le sollicitaient qu'il avait lait, ce qu'il avait pu, mais que j'étais intraitable, et m'assura que je pouvais être tranquille. Je le suis effectivement sur cet article, mais peut-être que par faiblesse on engagera le Pape d'écrire au Roi afin que Sa Majesté m'ordonne de me désister de cette exclusive.
Je vous supplie d'observer, Monsieur, qu'un pareil ordre me décréditerait à Rome de façon que je n'aurais pas la possibilité de faire réussir la moindre petite affaire. D'ailleurs, vous pouvez être persuadé que le Pape ne se soucie pas de M. Buo-
nacorsi, et que, supposé qu'il fasse quelques iustances à la Cour, elles ne lui seront arrachées que par importunité...
AU ROI
A Rome, le 18 juillet 1750.
Sire,
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté un paquet que le Saint-Père m'a charo"é de lui envoyer, dans lequel elle trouvera la minute de la lettre encyclique que le Pape doit écrire au clergé de France en réponse h la lettre dudit clergé que j'ai remise à Sa Sainteté de la part de Votre Majesté*.
1. L'ambassadeur a d'abord obtenu communication du plan do la bulle, qui a été envoyé à la Cour de Versailles. Maintenant il s'agit de la minute de la bulle, qui est pareillement expédiée à Versailles. Dans la lettre à Louis XV, qui accompag-ne la minute de la bulle, le Pape s'exprime ainsi : 18 juillet llôG : «... Si Votre Majesté a la bonté de revoir les observations qu'elle avait envoyées il y a quelque temps sur le plan de lu lettre encyclique que nous lui avions adressée, elle verra que nous n'avons rien négligé de ce qui a dépendu de nous pour remplir ses intentions ; mais il ne nous a pas été et il ne nous est pas possible de rien faire de plus. Nous avons eu encore en dernier lieu assez de peine à engager les cardinaux consultés à en venir au point où ils sont enfin venus, ce qui nous tenait fort à cœur. Ce n'est pas que nous ne sachions que notre autorité ne dépend point du conseil des cardinaux, mais on ne peut disconvenir qu'une résolution du Pape prise avec l'avis uniforme des cardinaux consultés n'ait dans le monde quelque
164 CHOISEUL A KOME.
Le Pape se flatte d'avoir clans cette lettre rempli les vues de Votre Majesté; du moins, Sire, Votre Majesté n'y verra-t-elle rien de contraire à ses intentions et aux ordres qu'elle m'a fait l'honneur de me donner.
Le Pape a voulu absolument. Sire, joindre à la minute de la lettre encyclique celle du Ijref qu'il doit écrire en même temps à Votre Majesté, et c'est ce qui a retardé de quelques jours la conclusion de cette affaire. Comme ce bref est uniquement pour Votre Majesté, et que par là il ne peut être sujet à aucun inconvénient, j'avais cru. Sire, qu'il était inutile de vous l'adresser d'avance, mais le
fhoso do plus imposant... Yoilù tout ce qvie nous avons l'ait et pu l'aire pour la j)aix du Royaume. Si nous avons la consolation, ainsi que nous l'espérons, de voir cette paix solidement établie, nous bénirons les travau.v, les peines et les fatigues que nous avons essuyés. Dieu est témoin de nos intentions, et que nous l'avons prié et prions tous les jours de nous accorder sa divine assistance; mais comme Dieu même se sert des causes secondes pour gouverner le monde. Votre Majesté trouvera bon que nous lui disions qu'elle est dans cette afî'aire la cause seconde que Dieu a choisie. Ainsi nous la sujoplions avec instances et les larmes dans les yeux non seulement d'avoir à «■œur de l'aire observer le contenu de notre lettre encyclique, qui sans le secours de l'autorité royale n'aurait aucun elfet, mais aussi de faire exécuter tout ce qui est contenu dans notre bref; autrement l'autorité de l'Eglise serait opprimée, contre l'intention de Votre Majesté, dans son Royaume au sujet des sacrements, et les deux puissances no pourraient jamais se concilier comme il est à désirer, les éA'éques ne pouvant point céder le pouvoir que Dieu a donné pour la conduite des âmes et pour leur salut. Votre Majesté ne désapprouvera pas la liberté que prend un pauvre vieux père qui se voit aux portes de rétcrnité, et qui aime de tout son cœur le fils aîné de l'Église. » [RoiiK-, t. DCCCXXr, f. 111-112).
CHOISEUL A nOME. 1C5
Pape l'a voulu et j'ai été obligé d'acquiscer à sa volonté.
Je désire inilniment que Votre Majesté soit satisfaite, et qu'elle daigne approuver mon zèle pour son service et le très profond respect avec lequel je suis...
A M. ROUILLÉ
A Rome, le 11 août 1756.
... Vous aurez vu, Monsieur, que la lettre encvclique est conforme au plan envové précédemment, surtout dans les parties essentielles \ Le Pape attend avec impatience le retour du courrier qui en a apporté la minute au Roi, Sa Sainteté compte qu'il arrivera cette semaine. Je désire sincèrement que cela soit, pour que cette affaire soit terminée sans retour...
1. Dans une lettre à Rouillé (18 juillet 1756) Choiseul marquait nettement que le moment des retouches possibles était passé : « Au reste, Monsieur, si jsar malheur le Roi n'était pas satisfait de la lettre, je suis obligé de vous prévenir qu'actuellement il serait bien difficile de faire corriger au Pape son ouvrage, Sa Sainteté m'ayant déclaré qu'elle ne ferait plus aucun changement; les cabales du pays avaient prévalu dans cette matière sur son esprit, et j'ai eu des jieines infinies à réduire la lettre au point où elle est. • {Rome. t. DCCCXXI, f. 116-117).
166 CHOISEUL A no ME.
Pour ce qui regarde M. Buonacorsi, je commence par vous remercier, Monsieur, de la manière obligeante dont vous avez bien voulu vous prêter à ce que j'ai cru du bien du service dans cette occasion. M. le cardinal Valenti étant aux eaux de Viterbe, la réponse que vous avez faite à M. le nonce et qui était adressée à cette Eminence, ne pouvait pas être communiquée de quelques jours au Pape, ce qui m'a déterminé à en faire part à M. Rota. Je lui ai rendu les intentions du Roi, Monsieur, et les vôtres sur cet objet de la manière la plus flatteuse de la part de Sa Majesté pour le Pape. Ce ministre qui a rendu compte à Sa Sainteté ce matin de cette affaire, m'a fait dire que le Saint-Père n'avait point du tout été étonné de la persévérance de l'exclusion, que Sa Sainteté était très indifférente pour les intérêts de M. Buonacorsi, et qu'elle voudrait trouver des occasions plus importantes de marquer son attention pour le Roi. Il a été bien vérifié. Monsieur, dans cette conversation, que le Pape ne s'intéressait nullement à ce prélat, comme j'ai eu l'honneur de vous le mander, et le Saint-Père m'a fait dire ce matin il qu'il m'attendait à son audience vendredi, qu'il me montrerait combien il était éloia^né d'être affligé d'une telle exclusion.
Ainsi, Monsieur, vendredi en remerciant le Pape sur cette petite affaire, j'y joindrai les protestations de l'envie que le Roi aura toujours de lui plaire, et je vous prie d'être sur que je ne ferai
jamais ici rien qui puisse diminuer les sentiments du Saint-Père pour Sa Majesté.
J'ai l'honneur d'être...
A M. ROUILLÉ
A Rome, le 18 août 1756.
Monsieur,
J'ai été vendredi dernier, à l'audience du Saint- Père. Je confiai à Sa Sainteté que j'avais demandé au Roi la permission de conduire en France madame de Stainville, et lui dis que, quoique je n'eusse pas de nouvelle que le congé me fût accordé , je ne voulais pas qu'elle apprît par d'autres que par moi mes démarches. J'ajoutai que, si le Roi me permettait de m'absenter de Rome, ce ne serait que pour peu de mois. Le Pape me répondit que mon absence lui ferait une peine qui ne jjouvait être diminuée que par l'assurance de mon retour; je la donnai au Saint-Père et, en même temps, lui demandai s'il approuverait que pendant mon absence, supposé qu'elle eût lieu, j'eusse l'honneur de lui écrire tous les ordinaires, et de traiter par lettres les affaires personnellement avec lui. Le Pape agréa infiniment. Monsieur, cette proposition de ma part et me dit obligeam-
168 CHOISKUL A ROME.
ment que je ne le j^révenais que d'un moment sur cette demande.
... Le Saint-Père me parla ensuite de lui-même du prélat Buonacorsi, et me dit qu'on lui avait rendu compte de la réponse du nonce. J'interrompis Sa Sainteté pour lui dire que M. le nonce n'avait marqué que les intentions du Roi, mais que j'avais ordre d'y ajouter, que, si Sa Majesté pouvait imaginer que le prélat exclu intéressât le Pape, le Roi par attention pour Sa Sainteté oublierait les torts qui ont été le motif de l'exclusive. Le Saint-Père reprit vivement qu'il n'avait point d'envie de le faire gouverneur, qu'il était de son devoir (il se servit de ce terme) de se prêter aux intentions du Roi, et qu'il voudrait avoir des occasions plus essentielles de lui obéir. Il me pria ensuite de faire savoir au Roi, non seulement que M. Buonacorsi ne serait pas gouverneur, mais que lui, Pape, s'était prêté à ce changement avec toute la grâce possible...
J'ai lieu de croire, Monsieur, que Sa Sainteté s'est déterminée, depuis mon audience, h choisir pour gouverneur de Rome le prélat Caprara, *, auditeur de Rote et frère du marquis Monti dont je viens de vous parler *. Cette destination est encore tenue secrète, et aura lieu si le Pape ne la confie pas à ses entours avant de la divulguer. ]M. Rota