C'est-à-dire an palais du Quiiiiial
il y trouva par hasard le cardinal Spinelli avec lequel Sa Sainteté eut une conférence devant le secrétaire d'Etat sur la lettre encyclique. Le Pape, selon ce qui m'a été écrit par le cardinal, l'assura qu'il suivrait le plan de lettre que les cardinaux lui avaient envoyé, lequel plan est presque entier conforme au mémoire d'observations que j'ai présenté *. Sa Sainteté ajouta que son travail n'était pas encore fait, mais qu'il le serait dans peu de jours; qu'alors il enverrait à tous les cardinaux consultés la minute de la lettre encyclique et du bref particulier ({u'il doit écrire au Roi, qu'après qu'ils l'auraient vu et que tout serait arrangé, il me remettrait les deux minutes avec protestation (ju'il ne changerait rien à ce qu'elles contiennent, ni pour la substance ni pour la forme. Si, contre mon attente, le Roi trouve encore quelques changements à demander, cette protestation ne m'effraie pas.
Le Pape se plaignit, dans la conversation, que je le pressais beaucoup, mais en même temps tous ses discours marquèrent un aussi grand empressement que le mien de finir cette affaire. Il y a apparence que mardi, quand j'irai à l'audience du Pape, son travail sera presque achevé, et qu'à la fin de la semaine, je serai en état d'avoir l'honneur de vous dépêcher les minutes...
1. Mémoire en observation sur le projet du Pape joint à la lettre du 10 mars 17ÔG {Rome, t. DCCGXX, 224-22UI.
C H O I S E U L A lî O M E
A M. ROUILLÉ
A Frascali. le 7 juillet 1756.
Monsieur,
J'ai été hier à raudience de Sa Sainteté que j'ai trouvée dans la meilleure santé du monde. Le Pape m'a dit que la lettre eneyclique était faite, qu'il l'avait envoyée au.x: cardinaux pour qu'ils la vissent avant qu'elle me fût remise, et que, dans peu de jours, il me l'adresserait ainsi que le bref particulier qu'il écrivait à cette occasion au Roi.
Le Saint-Père m'assura que la lettre encyclique était conforme aux intentions du Roi; il comptait en conséquence qu'il ne sera pas nécessaire d'en envoyer la minute. Je remerciai le Pape d'avoir acquiescé aussi promptement aux désirs de Sa Majesté; mais je lui fis observer qu'il m'était ordonné d'envoyer la minute avant la lettre et que cette formalité exigée par le Roi ne retarderait que peu de semaines la conclusion de l'affaire. Le Pape acquiesça à ce quej'avais l'honneur de lui demander; il me proposa même de me donner en même temps la minute du bref. Quoique cette minute soit superflue, je ne refusai pas cette proposition. Le Pape ajouta, sur l'article du bref, que c'était une lettre particulière au Roi qui ne devait être vue de personne, qu'il .aurait grande
CHOISELL A ROME. 159-
attention qu'elle ne fût pas connue ici, et que probablement le Roi ne la communiquerait pas en France; qu'ainsi cette pièce n'était, à proprement dit, que pour l'acquit de sa conscience, et pour pouvoir dans l'occasion assurer qu'il avait écrit au Roi sur la juridiction que veulent s'attribuer les Parlements au préjudice du clergé. Je ne contredis pas, Monsieur, le bref, parce qu'elTectivement ce doit être une pièce cachée.
Le Pape me demanda quelle serait la forme que le Roi choisirait pour faire tenir sa lettre encyclique aux évoques. Je lui répondis que j'imaginais que Sa Majesté ferait appeler le président de l'Assemblée et les agents du clergé, et qu'elle-même leur remettrait la réponse de Sa Sainteté, pour qu'ils eussent à la communiquer à tous les évèques de France. J'ai dit sans hésiter, Monsieur, que le Roi en userait ainsi pour que le Pape ne pensât plus à cette forme.
Le Pape reprit tout ce qu'il avait dit sur cette affaire et convint qu'aussitôt que les cardinaux lui auraient renvoyé la minute il me l'adresserait avec un billet de sa main pour l'authentiquer, et que je la ferais sur-le-champ passer à la Cour par un courrier extraordinaire, dans la supposition toutefois qu'elle était conforme au plan approuvé par le Roi, et aux observations que j'ai remises de la part de Sa Majesté.
Depuis mon audience avec le Pape, j'ai eu un moment en main cette minute; je n'ai pu que la
IGO
parcourir, elle m'a paru conforme à la volonté du Roi et à l'original français, l'ordre en étant cependant un peu interverti. Il n'y a, à ce qui me paraît, autant que l'on peut juger d'un ouvrage pareil en courant, que deux choses différentes. La première : je n'ai pas vu dans la lettre latine la proposition qui était dans le plan français qui est que le viatique ne peut pas être refusé à la mort à un fidèle à (pii les sacrements n'ont pas été refusés dans sa paroisse lorsqu'il était en santé. Jai fait observer sur cela au cardinal Spinelli, chez qui j'étais, qu'il était important de faire remarquer au Pape qu'il ne pouvait pas retrancher de sa lettre une proposition aussi principale c|ui avait été mise dans son premier plan. Il m'a promis d'insister sur ce point vis-à-vis du Pape et il espère que la proposition sera rétablie.
L'autre observation que j'ai faite, c'est cpie la proposition qui, dans le mémoire d'observations de la Cour dit que l'on ne doit regarder et traiter comme vrais réfractaires ceux qui par état doivent connaître les matières qui regardent la huile Unigenitus, n'est point du tout exprimée dans la lettre. Cette omission est faite à dessein, aucun des cardinaux n'ayant voulu passer cette proposition. Je crois. Monsieur, cpi'il serait inutile d'insister sur ce point.
Voilà tout ce que je puis avoir l'honneur de vous dire sur cet ouvrage que je compte que vous recevrez aussitôt que cette lettre.
CIIOISEUL A ROME. 161
Quant au brerparticulier pour le Pioi, il est assez mal écrit; mais comme il ne sera pas connu, il ne mérite aucune observation...
Je reviens à mon audience... Je parlai ensuite à Sa Sainteté de l'exclusive que j'avais donnée de la part du Roi ;i 'SI. de Buonacorsi ' pour la charge de gouverneur de Rome. J'expliquai assez au long au Saint-Père les raisons qui m'avaient déterminé à cette démarche. Le Pape me répondit fort oblio-eamment que, sans entrer dans la discussion du droit des Couronnes sur les exclusives, il sufiisait qu'un sujet déplût au Roi pour qu'il ne le fit pas gouverneur. Sa Sainteté eut même la bonté d'ajouter qu'il suffirait qu'il déplut à l'ambassadeur du Roi, mais il me dit que ce prélat était plus coupable d'imprudence que de mauvaise volonté, qu'il ne fallait pas un grand mérite pour être gouverneur, et que c'était pour condescendre à ceux qui le lui avaient recommandé qu'il aurait désiré de lui donner cet emploi. Le Pape me pressa avec une bonté infinie de lever cette exclusive. Comme je sentis que lui-même n'avait pas envie de faire ^L Buonacorsi gouverneur, et que c'était par complaisance qu'il parlait en sa faveur, je répondis à Sa Sainteté que ce prélat avait tenu des propos indécents sur la nation et nommément sur nos affaires ecclésiastiques, qu'en cela il avait été excité par les maisons Albani et Chigi ^, adorateurs des ouvrages de Clé-