‹ Choiseul à Rome, 1754-1757Chapitre 44 sur 89 · A Gompiègne · texte numérisé non relu

A Gompiègne

'2. Lu guerre avec l'Angleterre avait été déclarée le 17 mai

demandait qu'il teiniinàtpromptement son ouvrage, mais que, quand il était question d'obtenir une décision de la France, elle était plus longue avenir que l'on avait été ici à examiner et à former le plan de l'ouvrage; qu'il voyait bien que la Cour ne voulait pas finir, et que l'espérance qu'il avait de rétablir le repos en France avant sa mort était vaine '.

Je vous répète, Monsieur, mot h mot les paroles du Pape qui m'ont été dites par Sa Sainteté avec beaucoup de chaleur et d'impatience. J'ai marqué à Sa Sainteté mon étonnement sur les reproches vifs qu'elle me faisait et que ma Cour ne méritait pas; j'ai cru devoir lui confier alors que, le Roi devant tenir un Lit de justice % il avait été de la prudence de Sa Majesté de calmer les esprits des Parlements sur les différents objets qui les agi-

1. Quelques années auparavant, en 17'i3, Benoit XIV s'exprinaait ainsi dans une lettre qu'il adressait, le 8 février, iiu cardinal de Tencin alors secrétaire d'État « ... Les hommes de bonne volonté excitent le Pape à faire telle ou telle chose, et, quand il l'a faite, s'ils ne s'en repentent pas, ils lui disent du moins qu'ils ne peuvent pas le secourir. Nous avons vu, de nos propres yeux, Clément XI se mordre les doigts plus d'une fois lorsque, ayant publié la constitution Unigenitus, il vit que Louis le Grand ne lui tenait pas la promesse qu'il lui avait faite de la faire accepter généralement, et que M. Amelot lui dit, parlant à sa personne, que le Roi avait la meilleure volonté du monde mais qu'il ne pouvait pas tout ce qu'il voulait... » — Voir BatifFol, Histoire du bréviaire romain, p. 320. — On comprend donc l'inquiétude et la déception du Pape en présence de ce long retard.

2. Le lit de justice du 21 août 1750 ordonnant l'enregistrement d'ordonnances fiscales.

talent, avant que de mettre au jour une décision aussi importante que celle de Sa Sainteté. Enfin, Monsieur, j'ai fait ce que j'ai pu pour calmer le Pape, qui me répétait sans cesse qu'il mourrait avant que de finir cette affaire, et que la France aurait à se reprocher sa mort.

Le Pape, Monsieur, par ses propos, est rentré dans son naturel qui précédemment était contenu par le cardinal Valenti et M. Rota. Après un moment de silence, le Saint-Père m'a parlé de la mort de son ministre, et m'a dit qu'il était déterminé à choisir M. Archinto pour le remplacer dans la cliarofe de secrétaire d'Etat. Sa Sainteté m'a demandé si la Cour n'avait nulle opposition à sa volonté. J'ai assuré le Saint-Père que les ordres du Roi n'avaient rien d'opposé à l'élévation du cardinal Archinto, qu'au contraire vous m'aviez lait l'honneur de me mander que, pendant son séjour en Pologne, Sa Majesté avait eu lieu d'en être satisfaite, C[u'ainsi je croyais que le Roi applaudirait au choix de Sa Sainteté, mais j'ai ajouté au Pape que, puisqu'il me faisait l'honneur de me confier sa volonté, je croyais devoir lui faire faire une réflexion, qui était que, vu l'importance de l'affaire que nous avions à finir, il me paraissait prudent de ne pas déclarer le secrétaire d'Etat jusqu'à ce qu'elle fût terminée, que ce ne pouvait être l'attente que de quinze jours, que, si Sa Sainteté le nommait à présent, je serais obligé d'en parler au nouveau secrétaire d'Etat

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(jui poul-ètrc pour y mettre quelque chose de lui, y ferait naître des retardenients.

J'ai représenté au Pape que Sa Sainteté depuis deux ans avait eu la bonté de traiter directement avec moi, et que les détails avaient passé par :M. Rota, que la Cour et le Pape s'étaient bien trouvés de cette forme, et qu'il me paraissait important qu'il ne fût pas fait de changement dans le ministère de Sa Sainteté jusqu'à ce que nous fussions parvenus au but salutaire si désiré par les deux Cours.

Le Pape m'a refusé nettement d'attendre (piinze jours pour déclarer son secrétaire d'Etat. Il m'a répété dans cette occasion toutes ses plaintes sur le retard du courrier et (jue, s'il m'accordait quinze jours, au bout de ce temps je lui demanderais un autre terme ; que, puisque la Cour ne voulait pas finir, lui voulait un secrétaire d'Etat. Je lui ai représenté que je ne faisais nulle opposition au choix de M. Archinto, mais que je croyais que, puisque M. Rota avait été suffisant pendant deux ans, il pouvait l'être encore un temps aussi court que celui que je demandais.

Le Pape s'est fâché de ma réplique ; il m'a dit que son amitié pour moi le faisait condescendre h toutes mes volontés, qu'il fallait aussi que j'eusse égard aux siennes, qu'il voulait un secrétaire d'État et ne voulait pas attendre ; il m'a de nouveau répété toute la tendresse qu'il avait pour moi et les raisons qui l'engageaient à me refuser.

Voyant, Monsieur, que je ne pouvais pas absolument vaincre la détermination du Pape, quelque intérêt qu'il y eut pour le bien de servir M. Rota, j'ai acquiescé au désir de Sa Sainteté et me suis réservé de la supplier de n'avoir à traiter qu'avec elle l'affaire qui regarde la lettre encyclique; Sa Sainteté me l'a promis avec des expressions pleines de bonté, non seulement celle-là, mais tout ce qui pourra regarder la France.

Sur cette joosition actuelle de la Cour de Rome qui devient par les changements totalement différente de celle qui existait il y a huit jours, je vais vous exposer mes réflexions à ce sujet afin que vous ayez la bonté de les combiner avec les intérêts du Roi.

M. le cardinal Archinto qui va être secrétaire d'Etat est porté à cette charge par l'auditeur du PapeV II était ennemi du feu cardinal Valenti et du parti contraire au ministère précédent. Pour être plus certain de la place qu'il va occuper, il s'était lié intimement avec les Albani et le cardinal Promajordome ^. Malgré ce vrai tableau des liaisons très contraires aux intérêts du Roi de ce nouveau ministre, je crois, lorsqu'il sera en place, qu'il évitera de déplaire à Sa Majesté, mais je ne suis cependant pas sûr de ses sentiments. Le Pape a beau me promettre de traiter uniquement avec

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