Le cardinal Jérôme Colonna : Voir p
moi mes afFaires, vous sentez aisément, Monsieur, quil est impossible que le secrétaire d'Etat n'en soit instruit, et qu'il n'y nuise s'il voit que je restreins la confiance du Pape pour lui. D'ailleurs, il est à craindre que son inimitié pour l'ancien ministre ne lui fasse prendre pour principe des systèmes opposés. M. Rota ne nous sera utile que pour le matériel, ne travaillant plus avec le Pape le jour que le secrétaire d'Etat sera établi au palais \
Cette position m'engage principalement à vous dépêcher ce courrier extraordinaire, pour vous avertir que rien n'est plus pressé que le renvoi de la minute de la lettre encyclique. En pareille matière, Monsieur, il est aisé de faire naître des difficultés, et n'étant plus maître du palais, comme je l'ai été pendant deux ans, je ne puis pas vous répondre que, si nous ne finissons promptement, notre affaire ne soit manquée. Si, au contraire, d'ici quinze jours la réponse du Roi m'est envoyée, comme le ministre sera nouveau, il ne sera pas assez en crédit pour me traverser. Mais, je vous le répète, Monsieur, parce que c'est mon devoir, et que je vois bien clair ce qui se passe, quelques paroles que donne le Pape, si le Roi retarde encore à répondre, je ne suis plus sur de rien.
1. Le cardinal Ai'chinto (ut nommé secrétaire d'Etat le 5 septembre, et remplacé, comme gouverneur de Rome, par Mjjfr Caprara.
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D'ailleurs, il me semble que le Roi peut finir avee Rome sans que cela nuise aux autres arrangements de Sa Majesté; car, dès que le Roi aura dans la forme authentique la décision du Pape, Sa Majesté sera la maîtresse de la publier plus tôt ou plus tard, quand il lui conviendra. L'important à présent est de finir avec le Saint-Siège, et je ne saurais trop vous répéter combien la nécessité en est uro'cnte. ..
A M. ROUILLÉ
A Rome, le 29 septembre 1750.
... Le Pape me demanda samedi si j'avais reçu mon congé; je lui dis que non, mais que j'espérais <[u'il me viendrait avant que j'eusse la liberté d'en profiter. Sa Sainteté me marqua à cette occasion ses bontés ordinaires; je lui dis que, si j'allais en France, elle y aurait un second nonce. Je vous supplie de me mander, Monsieur, quand les affaires ecclésiastiques seront terminées ', si vous approuvez que je fasse un tour en France. Le congé,
1. La minute de lu bulle, expédiée do Rome à Versailles le 18 juillet, est revenue à Rome le 23 septembre. La cour de Versailles demande encore des modifications : Voir la dépèche 4(i Rouillé, du l'i septembre {Ro^ne, t. DCGCXXI, f. 2.5'i-260 et 2(il-2(;:i).
si VOUS avez la bonté de me l'accorder, ne me fera pas sûrement mettre trop d'empressement dans la conclusion de mes affaires; mais je pourrai, quand j'en serai sûr, prendre des arrangements domestiques au cas que je puisse en profiter en hiver, car je vous prie, Monsieur, de vous en rapporter à moi et d'être persuadé que je ne partirai pas d'ici que les affaires du Roi auxquelles je mets, je vous l'assure, l'intérêt le plus vif ne soient absolument terminées...
N'ayez nulle inquiétude, Monsieur, sur le nouveau secrétaire d'État; j'ai eu avec lui, depuis qu'il est en place, les explications les plus amiables sur tous les chapitres qui auraient pu éloigner de moi sa confiance; je suis persuadé qu'il a été content de l'empressement que je lui ai marqué de mériter son amitié, et, de mon côté, je suis on ne peut pas plus content de la manière dont il me traite, et surtout du désir qu'il me montre de contribuer dans toutes les occasions à ce qui pourra être utile au service du Roi. J'ai fait une perte particulière dans le cardinal Valenti , mais tous les ministres du Roi n'auraient pas été également contents de lui, au lieu que je suis persuadé que le cardinal Archinto, sans acception de personne, cherchera toujours à marquer son respect au Roi. Le nouveau secrétaire d'Etat (ce que l'on ne croyait pas) a jusqu'à présent beaucoup de confiance en M. Rota, et le tout, pour ce qui me regarde, va aussi bien que possible...
LU
A M. ROUILLÉ
A Rome, le C octobre 175G.
... Je m'attendais à l'événement qui est arrivé \ et j'en avais des notions il y a plus de quinze jours par les lettres de Paris. Il me parait analogue à toute la conduite de M. l'archevêque, mais ce prélat a manqué à ce qu'il doit au Roi inutilement, s'il a imaginé par cette démarche altérer les bonnes dispositions qu'a le Pape de procurer, en se conformant aux intentions du Roi, la paix dans le Royaume.
Peu de temps après la réception du courrier, je fus chez M. le cardinal secrétaire d'Etat h qui
1. 'L' Instruction, pastorale ou mandement de l'archevêque de Paris, M. de Beaumont, 19 septembre 1756, sur l'autorité de l'Église. On y lit : «... La séduction des esprits, les intérêts politiques, le spécieux prétexte de maintenir la tranquillité publique, ne feront jamais illusion à l'Eglise. Les humiliations, les bannissements, les supplices, la mort même de ses ministres, n'ébranleront jamais son courage. En vain l'a-t-on menacée, dans les deux derniers siècles, de lui enlever les plus belles contrées de l'Europe, à la faveur de ce qu'on appelait alors comme aujourd'hui le bien de la paix, si elle ne se relâchait pas sur quelques articles qu'on prétendait n'être pas absolument essentiels; elle aime mieux ainsi, cette Église sans tache, posséder un troupeau moins nombreux, mais plus fidèle, que de donner par des accommodements pernicieux, l'atteinte la plus légère aux droits de la foi et de son ministère... » Seize évoques adhérèrent au mandement de M. de Beaumont.
je communiquai verbalement et par écrit le précis de ce que vous me faites l'honneur de me mander \ M. le cardinal Archinto désapprouva hautement et avec force la conduite de M. l'archevêque; il me dit qu'il en rendrait compte au Pape avant mon audience d'aujourd'hui, et prévit que Sa Sainteté regarderait cet emportement (voilii le terme) de M. l'archevêque, non seulement comme nuisible à la tranquillité que l'on cherche à établir, mais encore comme peu respectueux pour le Roi et même pour le Pape.
Je relevai à ce ministre l'intention qu'avait le Roi de ne point sévir, comme il était juste, contre l'archevêque de Paris avant d'avoir communiqué au Saint-Père un événement aussi inattendu, et que cette attention du Roi était une suite de la confiance parfaite de Sa Majesté pour Sa Sainteté. Je fis observer en même temps à M. le cardinal Archinto combien il était nécessaire que le Pape terminât son ouvrage pour que le Roi se trouvât en état de calmer les esprits, et de prendre les partis qu'il jugera les plus convenables.
1. Il faut informel' le Pape d'une façon très détaillée du nouvel incident soulevé par l'archevêque de Paris, et profiter de ces circonstances pour presser la rédaction de la lettre encyclique avec les modifications demandées parle Roi « ... Vous ne trouverez peut-être jamais une occasion plus intéressante de rendre un service important à l'Eg-lise et à TEtat, — écrit Kouillé en terminant sa lettre du 26 septembre, — et je n'ai pas besoin d'exciter sur cela la ferveur de votre zèle pour la gloire du Roi et le rétablissement de la paix dans le Rovaume » (Home, t. DGCCXXI, f. 290-293).
180 CHOISEULAROME.
J'ajoutai que Sa Majesté était plus que jamais dans la ferme intention de soutenir la lettre encyclique et de pourvoir à ce qu'elle fît l'effet qu'on désire.
... J'ai trouvé ce matin le Pape prévenu, et prévenu en bien, sur ce que j'avais à lui dire. Il m'a répété mot à mot ce que j'avais communiqué hier à son ministre; il a désapprouvé la conduite de M. l'archevêque, et m'a paru étonné qu'un prélat, qu'il croyait entêté mais sage, osât manquer aussi formellement au Roi...
L'affaire qui se traite ici * est dans la meilleure position qui se puisse. Les vacances ainsi que la retraite du Pape n'ont pas empêché que Sa Sainteté ne travaillât et ne me donnât audience, ce qui n'est pas d'usage. Je crois d'ailleurs que le Roi sera content des changements de la lettre encyclique et que, dans cette affaire, il arrivera ce que j'ai prévu il y a longtemps, c'est que le Pape et la Cour de Rome seront plus soumis aux intentions du Roi que la France,
Je puis vous assurer. Monsieur, que tout ce que peut faire M. l'archevêque de Paris ne dérangera en rien les bonnes intentions du Pape. J'ajouterai que Sa Sainteté est aussi pressée de finir notre affaire que le Roi lui-même peut l'être, et si le courrier qui a apporté la réponse n'eût pas été retardé jusqu'au temps où tout le monde est dis-