Rome, t. DCCCXXI, f. 'il
ISG CHOISEUL A lîOME.
peuvent plus être regardés comme des inconvénients...
Désormais, il n'y a plus de mutations à espérer ni à demander à la Cour de Rome; je dois même vous prévenir qu'il est plus que probable que le Pape fera imprimer ici et publier la lettre encyclique dès qu'il saura qu'elle est arrivée entre les mains du Roi. Ainsi, il me semble qu'il est à propos que Sa INIajesté en fasse l'usage qui lui paraîtra convenable le plus tôt qu'il sera possible.
Outre le soupçon que j'ai que Sa Sainteté aura de faire imprimer sa lettre, je suis persuadé qu'il en sera envoyé plusieurs copies en France d'ici quinze jours, car le Pape a dit hier publiquement qu'il venait de terminer les affaires de France et que son avis partirait aujourd'hui : j'étais instruit de ce propos avant que de recevoir le billet du Saint-Père.
Je désire, Monsieur, que le Roi soit content de la manière dont j'ai traité cette affaire, et je désire encore plus que l'ouvrage du Pape, bien soutenu de l'autorité de Sa Majesté, produise l'effet que l'on en doit attendre *
J'ai l'honneur d'être...
1. Dans une preniicre lettre iidressée de Versailles le l"'' novembre (Borne, t. DCCGXXIII, 2-3), Rouillé lait part à Choisculdela satislaetion du Roi on recevant la lettre encyclique le 27 octobre; il lui annonce que Sa Majesté prend les mesures nécessaires pour la perfectionner « en y ajoutant tout le poids et toute la force de Tautorité royale », et il lui recommande de faire en sorte que la lettre ne soit pas publiée avant que Louis XV ait
CIIOISEUL A lîOMK. 1.S7
A M. ROUILLÉ
A Rome, le 20 octobre 1756.
... Il n'est pas étonnant que la Gazette de Berne; dise impai-raitement ce qui s'est passé dans une de mes audiences '. L'appartement où je vois le Pape lété est tout ouvert, et il y a des valets de chambre ou des prélats à chaque porte qui cherchent à entendre ce qui se dit dans les audiences. Celle
pris une résolution définitive ù ce sujet. «... L'importante négociation qui avait été confiée à vos soins, lui écrit-il dans une seconde lettre (Rome, t. DGCCXXII. 1'. 4). a été conduite de votre part ail point où nous pouvions la désirer, et c'est désormais ici qu'elle doit être consommée j^ar l'autorité du Roi; ainsi. Monsieur, Sa Majesté vous laisse la liberté de partir de Rome aussitôt que vous le jugerez à propos... »
1. Il s'agit de l'audience du 31 août (cf. page lC9i. On lisait dans ladite gazette l'entrefilet suivant : « De Modène, le 15 septembre. — 11 est connu que le Pape a nommé le cardinal Arc/ii/iio pour son secrétaire d'État à la place du feu cardinal Va/i'iiti; mais on ne sait peut-être point l'anecdote à laquelle la vacance de cette charge a donné lieu. L'ambassadeur d'une certaine cour voyant que le Saint-Père difl'érait d'y pourvoir, se hasarda dans une audience qu'il avait demandée et obtenue, de faire instances à Sa Sainteté, pour qu'elle voulût bien difterer encore cette nomination afin de lui laisser le temps d'en écrire à sa Cour. Le pontife, piqué de la dissonance d'une telle proposition, répondit à l'Excellence : « Votre Cour me consulte-t-elle noiir nommer ses ministres ? a et, sur-le-champ, nomma le cardinal Archinto à qui il en fit part tout de suite, par un billet de sa propre main. {Xoure/les de Divers Endroits, du samedi 25 septembre 175G — Num. LXXYII).
dont il est question a excité encore davantage la curiosité. D'ailleurs le Pape en avait parlé, ce qui a achevé de la rendre publique; mais j'avais prévenu la suite des mauvaises intentions que l'on aurait pu avoir sur cet objet, en allant sur-lechamp chez M. le cardinal Archinto lui confier la démarche que j'avais faite, et il se rencontra par là un cas extraordinaire, c'est que ce ministre apprit par moi la détermination fixe du Pape de le faire secrétaire d'Etat, ce dont il n'était pas encore instruit. Il fut sensible à mon attention, et assez raisonnable pour approuver les précautions que j'avais cru être obligé de prendre. Il me dit alors qu'il désirait qu'il restât quelque chose à demander pour la conclusion de notre grande affaire, afin qu'il eut le mérite de me prouver son attachement pour le service du Roi. Depuis ce temps, j'ai trouvé dans ce ministre une confiance réciproque; c'est h lui que je dois la célérité avec laquelle l'ouvrage du Pape a été terminé, et le peu de difficultés que j'ai rencontré à certains changements. Je crois que M. le cardinal Archinto est content de ma façon de traiter; de mon côté, je ne peux rendre trop de justice à la sienne...
A M. ROUILLÉ
A Rome, le 5 novembre 1756.
Monsieur,
J'ai l'honneur de vous adresser par un courrier extraordinaire la lettre que le Pape écrit à ^I. l'archevêque de Paris et que Sa Sainteté désire qui soit remise à ce prélat de la part du Roi. J'ai traduit cette lettre pour la facilité, ainsi que le billet que Sa Sainteté m'a écrit en me l'envoyant '. Je joins aussi à toutes ces pièces, la copie de la lettre que M. l'archevêque de Paris
1. Cette lettre de Benoît XIV à l'archevêque de Paris manque. — Le P. Regnault, le dernier historien de l'archevêque, ne la mentionne pas : tout ce passage de son récit est d'ailleurs et à dessein fort incomplet, y ayant quelque difficulté au panégyriste d'un archevêque à s'étendre sur le désaveu que son prélat reçoit du Pape. — Benoit XIV écrit à Ghoiseul (5 novembre 1756) : « ... ÎSous envoyons à notre comité de Stainville, ambassadeur de Sa Majesté T. C, la lettre que nous avons écrite ti M. l'archevêque de Paris, et nous le prions de l'expédier en France, et de faire en sorte qu'elle soit remise audit archevêque par les mains de Sa Majesté Très Chrétienne, afin qu'elle acquière par cette voie une plus grande considération.... IS'ous nous sommes appliqués à mettre dans cette lettre tout ce qui nous a été dit de vive voix, ainsi que ce que nous avons lu dans le papier remis au cardinal secrétaire d'Etat; et il nous paraît n'avoir rien oublié pour toucher l'esprit de M. l'archevêque, et l'engager à faire exécuter la lettre encyclique dans son diocèse... » {Rome, t. DCCCXXII, f. 11).
190 CHOISEUL A nOME.
a écrite iiii Pape en lui envoyant son instruction pastorale \
Il me semble que cette lettre du Pape e'st conforme aux intentions du Roi. Le Pape, dans l'audience qu'il me donna le 3 de ce mois, ne fit nulle difficulté de l'écrire, et approuva beaucoup qu'elle fût adressée à Sa Majesté. Le Pape me dit qu'il n'avait pas lu l'Instruction pastorale, parce qu'outre d'autres occupations qui ne lui ont pas permis de lire un ouvrao-e aussi considérable, Sa Sainteté a été incommodée ces jours-ci d'un rhume. Elle se porte on ne peut mieux à présent.
Afin de ralentir aussi cette lecture, j'avais fait demander au Pape qu'il voulut bien me prêter, pour satisfaire ma curiosité particulière, l'ouvrage de INI. l'archevêque, et la lettre du prélat qui l'accompagnait. Le Pape me l'envova sur-le-champ; je l'ai gardé plusieurs jours : ainsi il n'y a rien de si vrai qu'il ne l'a pas lu. J'ajouterai de plus qu'il ne le lira jamais, parce que son système est pris sur ces matières, qu'il en est fatigué et désire infiniment que sa décision soit suivie; toute contradiction h cette décision lui ferait un chagrin mortel. C'est en conséquence de ses sentiments qu'il me parla mercredi avec chaleur contre les intrigues de France et de Piome, mais principalement de France, qui avaient pour but d'empêcher sa décision.