‹ Choiseul à Rome, 1754-1757Chapitre 51 sur 89 · Cf. page · texte numérisé non relu

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sur les mesures que Sa Majesté prend pour terminer cette affaire selon les désirs de Sa Sainteté.

Pour ce qui est, Monsieur, de la publication de la lettre encyclique, M. le cardinal Archinto m'a assuré positivement que je pouvais être tranquille sur cet article, et le Pape, que j'avais prévenu d'avance sur la nécessité de ne point publier cette lettre sans le consentement du Roi, m'a promis dans mes audiences précédentes qu'il attendrait les réponses de Sa Majesté. J'espère que Sa Sainteté me tiendra parole.

Mais, Monsieur, je dois vous prévenir qu'il ne serait pas étonnant que la lettre du Pape fût connue en France. Elle est ici non seulement dans les mains du Pape et de ses secrétaires particuliers, mais aussi dans la secrétairerie d'Etat, et chez tous les cardinaux qui ont été consultés sur cette affaire, qui, sans doute, n'en auront pas fait un secret à leurs théologiens. Ainsi vous voyez qu'au moins vingt personnes participent actuellement à ce secret, et tant d'autres ont envie d'y participer, qu'il ne serait pas étonnant qu'il se répandit des copies de l'ouvrage, et qu'il en parvînt quelques-unes en France. Jusqu'à présent cependant, je n'entends pas dire que personne soit instruit de ce que contient la lettre encyclique, mais c'est un miracle qu'il ne serait pas sage, vu la forme de ce pays, d'espérer encore longtemps, et ce motif me ferait conseiller de se servir du

sculiincnt du Pape le plus promptement qu'il serait possible...

Le Pape n'est pas sorti ces jours-ci à cause du temps qui a été assez froid, mais il est certain, et je le sais à n'en pouvoir douter, que Sa Sainteté se porte aussi bien qu'on peut le souhaiter. Comme dans ce pavs-ci on souhaite indécemment le changement de souverain, ou pour son intérêt personnel ou par simple curiosité, les bruils de la ville m'auraient inquiété si je n'avais pas été instruit sûrement du véritable état du Pape. Je ne doute pas que l'on n'ait écrit en France qu'il était à la mort, puisque l'on publiait ici, dans le temps que l'on ne pouvait pas en avoir de nouvelles, cjue c'était le chagrin de voir que la lettre encyclique n'était pas approuvée en France qui avait causé cette maladie au Saint-Père. Mais, Monsieur, sur l'état de Sa Sainteté, ne croyez que ce que j'ai l'honneur de vous mander qui est la vérité la plus exacte.

Il me reste, Monsieur, à vous remercier du congé que vous avez bien voulu m'obtenir de Sa Majesté; j'en profiterai samedi 27 de ce mois que je compte partir de Piouie pour me rendre en France par la voie de Parme. J'espère que dici ce temps, il reviendra un de mes courriers qui me mettra, avant de partir, en état de donner au Pape de bonnes nouvelles sur le succès de sa lettre encyclique...

Sa Sainteté approuvera sans doute que, pendant

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mon absence, M. Boyer soit chargé des affaires du Roi : il est très instruit de celles qui sont commencées et fort en état de les traiter utilement pour le service de Sa Majesté; d'ailleurs, il a l'a vanta oe d'être ami de M. le cardinal Archinto qui l'avait beaucoup connu à Dresde. Ainsi, Monsieur, rien ne périclitera, et j'aurai le bonheur de vous faire ma cour les premiers jours de janvier, de vous marquer toute la reconnaissance que je dois à vos bontés, et de vous renouveler le sincère et respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être...

\ M. ROUILLÉ

.-V Rome, le 20 novembre 1756.

Monsieur,

Le Pape se portait bien mercredi; on regardait le petit rhume que Sa Sainteté avait eu comme guéri; j'avais fait tous mes arrangements pour partir le 27 de ce mois, comme vous le verrez par ma lettre du 17; je les avais communiqués à M. le cardinal secrétaire d'Etat qui les avait trouvés sages. Jeudi, Sa Sainteté tint la congrégation du Saint-Office après laquelle elle se trouva mal; elle mangea peu à dîner; le soir il lui prit un étouffe-

CIIOISEUL A no -ME. 19".

ment et un serrement de poitrine qui engagèrent les médecins h le faire saigner du pied. Son état depuis cette saignée a empiré considérablement; la fièvre s'y est jointe, et il est malheureusement plus que probable que nous sommes menacés de perdre le Pape dans peu. J'ai l'honneur de vous dépêcher ce courrier extraordinaire pour que le Roi soit prévenu du changement considérable qui va arriver dans ce pays, et que Sa Majesté juge, avant que le public soit informé du danger ou de la mort du Pape, si elle doit presser ou ralentir ses démarches par rapport à la lettre encyclique *. Je croirais qu'il faut les presser.

Vous sentez bien. Monsieur, que je reste ici, et

1. On est au 20 novembre. On no pul apprendre à Rome que vers le 25 que Louis XV avait transmis l'encyclique aux évêques, en l'accompagnant d'une lettre. Encore cette lettre ne marquait-elle pas l'intention ferme de soutenir l'encyclique pontificale : « Mon cousin, écrivait le Roi aux cvèqucs, (14 novembre 175G) notre Saint-Pcre le Pape m'a envoyé sa réponse à la lettre que la dernière Assemblée générale du clergé de mon Royaume lui écrivit avec mon agrément, le 31 octobre de l'année dernièi'e, pour lui demander ses avis paternels sur la diversité d'opinions qui s'était rencontrée dans les délibérations de cette assemblée. Je vous communique cette réponse, et je m'attends que, conformément aux lois de mon Royaume, vous n'en ferez aucun usage par lettre publique, avant que je l'aie revêtue de mes lettres patentes, si je juge à propos de le faire. J'attends de votre zèle pour le bien de la Religion et la tranquillité de l'État que vous vous unirez avec empressement au sentiment d'un Pontife dont les vertus et les lumières sont rornement et la consolation de l'Église, que vous concourrez, autant qu'il dépendra de vous, aux vues que je me propose pour conserver les droits de la juridiction qui appartient à l'Eglise cl pour assurer solidement le respect dû à la Religion et rétablir la tranquillité de mon Royaume. » [Rome, t. DCCCXXII, f. 26).

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que je ne songe plus ;i profiter de mon congé! le malheur qui arrive est très grand pour moi de toutes façons ; je ferai de mon mieux pour qu'il ne le soit pas, eu égard au service du Roi. Aussitôt après la mort de Sa Sainteté, je vous dépêcherai un second courrier qui vous portera nn mémoire sur les cardinaux et mon sentiment sur l'état actuel de la Cour de Rome et sur la conduite que nous devons y tenir. Je crois qu'il est important de cacher l'arrivée de mon courrier en France et, jusqu'à celle de la mort, de Aiire en sorte que le public ignore le danger; aussi j'ordonne au courrier que je dépêche, et que j'ai fait partir avec les plus grandes précautions, de dire en France qu'il vient de Gênes.

J'ai l'honneur d'être...

Ce 21, à trois heures du matin. — Le Pape est toujours dans le même état; il n'y a (pi'une crise ({ui puisse le sauver, ce qu'il n'y a pas lieu d'espérer de son âge; on assure que l'hydropisie de poitrine est formée. Sa Sainteté doit recevoir aujourd'hui les sacrements.

CHOISEUL A nOME. I'j7

\ M. ROUILLÉ

A Rome, le 2'i novembre 1756.

Monsieur,

L'état du Pape est changé en mieux depuis la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire le 20.

... Le médecin de Sa Sainteté prétend qu'elle n'a pas de fièvre et que, si on peut déboucher tous les embarras qui se trouvent dans les premières voies et faire tomber cette humeur dans les jambes, le Pape se portera mieux que jamais ; que si, au contraire, cette même humeur séjourne encore quelques jours dans la vessie, il y aura fort à craindre pour la vie du Saint-Père. Quand il ne souffre pas, on dit qu'il a l'humeur gaie comme à son ordinaire ; il s'est levé cet après-midi deux heures sans être incommodé.

Voilà, Monsieur, au vrai l'état actuel du Pape : il n'est pas aussi mal qu'il l'était il y a quatre jours; on ne peut absolument se livrer à l'espérance, car il n'est pas hors de danger ; l'autre semaine décidera de son sort.

Le secrétaire d'État m'a dit hier qu'il s'était informé plusieurs fois s'il n'était pas revenu un courrier de France et s'il n'y avait pas de lettres du Roi pour lui. 11 n'a marqué depuis sa maladif

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(rinquiétudé que sur la lettre encyclique, car on a voulu détourner son attention en lui parlant de l'affaire de Venise, et il est revenu toujours à celle de France. J'espérais que la lettre du 8 de ce mois que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire et que j'ai reçue ce matin me mettrait en état de faire dire à Sa Sainteté Cjuelque chose sur cet objet; mais, comme elle ne m'en parle pas, je me suis contenté de communiquer au cardinal ministre ce qu'elle contient d'avantageux pour cette Cour sur le différend do Venise, et de conseiller M. Archinto de tranquilliser le Pape en lui donnant des espérances. Je compte c{ue d'ici peu de jours il me reviendra un courrier qui me mettra en état, si nous conservons le Pape, d'aller le voir et de lui donner de bonnes nouvelles sur l'effet de son ouvra o-e.

Je ne me repents pas, Monsieur, de vous avoir dépêché un courrier qui aura pu vous alarmer, parce que j'ai cru qu'il était bon que vous fussiez prévenu de l'état du Saint-Père avant les lettres de la poste. D'ailleurs, je vous assure qu'il n'y avait personne au palais, quand ce courrier est parti, (|ui crut que le Pape passerait deux heures.

Une autre révolution dans les humeurs cjui les replace dans les jambes d'où elles sont remontées pour faire ces ravages nous tranquillisera entièrement, et nous donnera l'espérance de quelques années de vie.

J'ai l'honneur d'être...

CHOISEUL A ROME. l'J'J

A M. ROUILLÉ

A Rdihc. le l''' décembre 175G.

Monsieur,

Le Pape depuis la semaine dernière a toujours été de mieux en mieux; la nature a fait un miracle en sa faveur. On compte que Sa Sainteté, qui dort et mano-e comme à son ordinaire, donnera les audiences accoutumées dans peu de jours. M. le cardinal Archinto m'a assuré hier que le Saint-Père était très bien rétabli, et ce ministre m'a conseillé, si la convalescence se soutient, de profiter quand j'aurai vu le Pape du congé que Sa Majesté ma accordé ; c'est aussi ce que je compte faire d'ici quinze jours si je trouve Sa Sainteté en aussi bon état que l'on me l'a dit. D'ailleurs, Monsieur, à tout événement, vous êtes instruit de ce que je pense en cas de malheur du Pape et si, contre toute attente, le Pape retombait, je reviendrais surle-champ pour recevoir vos ordres à Rome. La semaine prochaine, je serai plus sûrement en état de vous informer de ma marche.

M. le cardinal Archinto me renouvelle chaque jour l'impatience où est le Pape d'apprendre des nouvelles de sa lettre cncvclique; Sa Sainteté ne

parle que de cette affaire, et je suis assez embarrassé de répondre; j'espère que d'ici à peu de jours il me reviendra un courrier qui me mettra en état de dire quelque chose de satisfaisant au Saint-Père; celui de l'ordinaire n'est pas arrivé cette semaine...

AU ROI

A Roinc. le 15 tlccembrc ITô'i.

Sire,

On s'était flatté pendant quelques jours que le Pape, dont la constitution était très forte, pourrait surmonter la maladie violente dont il est attaqué; mais, depuis deux jours, il s'est déclaré une inflammation sur la vessie et dans tout le basventre qui ne laisse plus aucune espérance. Sa Sainteté a reçu hier les sacrements, et a signé la profession de foi que les papes :i leur mort ont l'habitude de signer; sa tète que la fièvre ardente avait troublée est revenue au moment de ces tristes fonctions; mais depuis il a été dans un état qui approche de l'agonie et qui fait croire que la gangrène s'est mise sur les parties malades. On attend d'un moment à l'autre l'événement de sa mort que j'aurai l'honneur d'apprendre à Votre Majesté par un courrier extraordinaire.

Dans ces circonstances, Sire, j ai crn qu'il était ilu bien du service de Votre ^Majesté que je ne profitasse point du congé qu'elle avait eu la bonté de m'accorder. J'ose mettre à ses pieds les vœux que je prends la liberté de faire, Sire, pour la «gloire et la conservation de Votre Majesté dans le courant de l'année prochaine ; je la supplie de daigner continuer ii approuver mon zèle pour son service et ma vénération pour sa personne.

Je suis avec le plus profond respect...

AU ROI

A Rome, le 22 décembre 1756.

Sire,

J'ai eu l'honneur de mander mercredi dernier à Votre Majesté que le Pape était très mal : Sa Sainteté fut en agonie dans la nuit; on lui administra l'extrême-onction, et on ordonna dans toutes les églises de la ville les prières des agonisants pour le Saint-Père. Il y eut du mieux dans la nuit du jeudi au vendredi ; ce mieux se soutint jusqu'au dimanche au soir que la fièvre revint plus forte au Pape. 11 eut, lundi matin, de nouvelles convulsions qui effrayèrent au point que l'on ne douta plus de

sa mort ; cependant la fièvre s'abattit ce même jour.

On prétend qu'il n'en avait point hier, et dans le moment que j'ai l'honneur de vous écrire, Sire, le cardinal Secrétaire d'État me fait dire que je peux mandera Votre Majesté que le danger est toujours éminent, mais que le médecin assure que, si l'état actuel de Sa Sainteté peut continuer huit à dix jours, il compte que le Saint-Père sera hors de danoer. Je souhaite plus que je ne crois cette prédiction du médecin : ce que l'on peut conclure, c'est que le Pape, ayant des ulcères dans la vessie et une humeur étrangère dans tout son intérieur, il peut, vu son âge avancé, mourir tout d'un coup, et en même temps traîner des mois, même des années . J'aurais l'honneur de rendre compte exactement à Votre Majesté de l'état du Saint- Père, et je la supplie d'agréer les assurances du très profond respect avec lequel je suis ..

A M. ROUILLÉ

A Rome, le 22 déeembre 1756.

... Je mande au Roi les nouvelles de la santé du Pape par la lettre ci-jointe : j'ai cru devoir écrire à Sa Majesté, l'ayant elfrayée sûrement par ma

t: Il O I s E U L A U O M E . 203

li'ltre précédente. Depuis huit jours, Monsieur, nous sommes entre une lueur d'espérance et une crainte très vive; la tète avait lournè à ceux qui soignent le Pape et au seul médecin qui voit Sa Sainteté qui a quatre-vingts ans, de sorte que les ordres ont été donnés pour les préparatifs de la pompe funèbre et la construction du conclave au point que l'on y îi travaillé publiquement jusqu'à ce matin. La confusion dans les tètes étaient ridicule, les intrigues pour le conclave commencées; tout est suspendu d'aujourd'hui que le mieux est certainement considérable.

Cependant, Monsieur, il ne faut pas s'attendre à une guérison parfaite; je crois que, si le Pape ne part pas tout d'un coup, l'on doit se borner à se flatter de le conserver quelque temps dans un état d'incommodité et de faiblesse, ce qui le rendra peu capable d'affaires, mettra cette Cour dans l'anarchie, et livrera le Pape au cardinal Millo et au cardinal Colonna, promajordome ', les deux favoris et les seuls qui le voient habituellement pendant sa maladie.'

Je dois toutefois vous prévenir, Monsieur, que le Saint-Père depuis huit jours ne s'est occupé que de nos afl'aires ecclésiastiques ; je lui ai fait parvenir par le cardinal Archinto la nouvelle du Lit de justice dont j'attends la relation avec grande impatience'. Outre que cette époque est importante

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