Rome. I. DCCCXVI, f
ainsi que leurs sentiments intérieurs sur nos disputes ecclésiastiques, afin que le Roi, qui probablement n'aura d'autres vues que de procurer h l'Eglise un Pape aussi sage, s'il est possible, que Benoît XIV, puisse en conséquence des lumières qui lui seront fournies sur les différentes intrigues du Sacré-Collège, donner des ordres pour le conclave aux cardinaux français et à son ambassadeur.
Je vais, selon mes faibles connaissances, développer ces deux objets, et les moyens pour les remplir dont il me semble que l'ambassadeur du Roi doit se servir.
Le Pape régnant a véritablement de la tendresse pour le Roi; il est convaincu que Sa Majesté l'estime, et a confiance dans ses lumières. Sa vanité (qui est un grand point à ménager vis-à-vis de lui) est flattée que le Roi ait permis que le clergé ait eu recours à lui. Il se croit un Père de l'Eglise par la volonté et la déférence du Roi. Je l'ai de plus persuadé que Sa Majesté pensait qu'il était le seul Pape aux sentiments duquel la France pût s'abandonner sans risque. L'ambassadeur du Roi ne peut trop charger sur ce canevas en parlant au Saint- Père. Il est nécessaire aussi qu'il ajoute et même qu'il exagère le bien que le dernier ouvrage de Sa Sainteté a produit en France, et si, comme je n'en doute pas, des intrigues sourdes mues par certains évêques de France, peut-être même par des corps religieux, venaient à la connaissance de l'ambassadeur, sans entrer dans la discussion de la matière,
il suffit de dire fermement au Pape que ceux qui reviennent sur sa décision si fort approuvée en France sont, ou des esprits chauffés trop prévenus de leurs opinions et trop peu éclairés pour sentir la vérité et le bien des principes exposés par Sa Sainteté, ou des brouillons qui, pour des intérêts particuliers, ne craignent pas de résister au sentiment du chef de l'Eglise pour perpétuer le trouble dans l'Eglise même. Cette réponse réussira certainement, et arrêtera le Pape. Il ne faut pas d'ailleurs négliger de lui rappeler qu'il est convenu positivement avec le Roi de ne rien innover , ni même d'écouter aucune projDosition de changement sur la matière ecclésiastique qui agite la France sans en prévenir le Roi. Cette promesse m'a été répétée plusieurs fois par le Pape qui, de plus, l'a donnée par écrit au Roi. Il faut, sur cet article, revoir les lettres du Saint-Père à Sa Majesté, et le commencement de la négociation sur la lettre encyclique, parce que, quelque Pape qui soit élu, il me paraît important de poser toujours ce principe pour fondement, et de lui en faire renouveler l'assurance.
Il n'y a donc point à présumer que, sur le fonds de la question, le Pape revienne sur ce qu'il a fait; mais il ne serait pas impossible que, si la tête du Saint-Père s'aflaiblissait, on ne cherchât à lui faire parvenir par des moyens obscurs des scrupules sur l'applaudissement qu'il a donné à la déclaration du Roi et nommément à l'article où Sa Majesté
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articule d'elle-même que la constitution Unigenitus ne peut pas avoir les effets de règle de foi. On ne peut pas se dissimuler que c'est une grande faute que l'on a faite en France de ne pas confier au Pape la minute de la déclaration avant que de la publier, d'autant plus que, de même que le Pape s'engageait à ne rien écrire sans l'examen du Roi, il s'attendait à la même réciprocité de la part de Sa Majesté. Cette convention n'était pas désavantageuse à la France; et, au lieu que le Roi décide de lui-même que la constitution n'a pas les efiFets de règle de foi, décision qui souffrira toujours des difficultés, en communiquant au Pape la minute, il aurait passé ainsi cet article, que VEglise ne regardait pas la constitution Unigenitus comme pommant avoir les effets de règle de foi. Si le Pape revient sur ce point, l'ambassadeur du Roi lui représentera que cet article de la déclaration n'a été fait qu'en conséquence des sentiments de Sa Sainteté rendus à Sa Majesté par M. de Stainville, et assurés depuis par le discours de satisfaction que le Saint-Père a tenu au consistoire après la réception de la déclaration. Ainsi donc, en mettant de la fermeté vis-à-vis des entours du Pape régnant, de la louange pour l'érudition du Saint-Père, et des assurances de l'estime et de la tendresse du Roi pour la personne de Sa Sainteté, l'ambassadeur du Roi contiendra les affaires à Rome dans l'état que Sa Majesté pourra le désirer.
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Il me reste ii examiner la conduite de l'ambassadeur. Si le Pape vient a mourir, ce qui n'est que trop probable, la perte de M. le cardinal de La Rochefoucault * dans cette circonstance augmente les embarras, et doit faire accroître les intrigues de Rome; car l'idée de considération qu'il s'était justement acquise auprès du Sacré-Collège mettait d'avance un frein aux cabales et aux misères d'intérêt des cardinaux italiens. Il ne faut pas se flatter que l'ambassadeur du Roi qui est dans Rome puisse avoir une grande influence sur ce qui se fait dans le conclave. Comme il ne peut écrire qu'avec des précautions et recevoir des nouvelles de même, les cardinaux nationaux l'instruisent exactement; mais les démarches bonnes ou fausses sont faites avant que d'avoir sa réponse parce que, dans une opération telle qu'une élection, ce sont les moments qui décident. Ce sont donc les cardinaux nationaux munis des ordres du Roi qui sont les vrais instruments de cette affaire. Or, comme il n'y a que le cardinal de Luynes ^ et celui de Gesvres ^ qui puissent aller à Rome, et que ces prélats ignorent absolument la langue et les usages du pays, quelque instruction qu'on leur