Le 28 avril
2. Le cardinal Paul d'Albert de Luynes, né en 1703, évèqiie de Bayeux en 172'J, archevêque de Sens en 1753, fait cardinal en 1756, devait assister aux conclaves de 1758, 1769 et 1774. Il mourut en 1788.
3. Le cardinal Etienne-René Potier de Gesvres, né en 1697, évèque de Beauvais, fait cardinal en 1756, se démettra de son évèché en 1772. Il mourut en 1774.
donne et quelques conseils qu'ils prennent de l'ambassadeur, il est fort à craindre qu'ils ne soient trompés par des gens habitués à l'intrigue et qui n'ont d'autre but que leur intérêt et de sacrifier toutes vues étrangères à leurs vues personnelles. Il n'est guère possible que des prélats qui n'ont nulle connaissance des manières italiennes et dont les principes sont la vérité et la probité, puissent se tenir longtemps dans une méfiance utile, même nécessaire au service. Par cette raison, il paraît qu'il n'y a qu'un parti à prendre, qui serait d'associer un cardinal italien au secret des affaires du Roi pour l'élection. Ce cardinal serait le conseil des deux cardinaux français; il réglerait leurs démarches et leur en montrerait les utilités ainsi que les inconvénients. Mais, pour s'assurer de ce cardinal italien, il faudrait lui donner un objet qui lui fit regarder cette affaire comme la sienne propre : cet objet serait la protectorerie des Eglises de France '. Cette protectorerie n'est point exercée depuis la mort du cardinal Ottoboni, qui mourut pendant le conclave du Pape régnant. Le cardinal de Tencin tire les rétributions qui sont de droit à celui qui propose les bénéfices au consistoire. Le cardinal Portocarrero jusqu'à présent a bien voulu faire cette fonction, et lui envoyer à Lyon l'argent de ces rétributions; mais cela ne peut pas
1. Le cardinal chargé des affaires consistoriales d"un royaume ou d'un ordre est dit avoir la protectorerie de ce royaume ou de cet ordre.
262 CHOISEULAROME.
durer : le cardinal Portocarrero peut mourir, et il peut y avoir un ministre d'Espagne qui ne soit pas cardinal, ou qui ne veuille pas sacrifier ce bénéfice. Ainsi, si le Roi approuve de charger de cette protectorerie un Italien, Sa Majesté ou ferait entendre raison au cardinal Tencin sur cet objet, ou le dédommagerait. Il y aurait même sur cela des arrangements h faire qui seraient faciles, parce qu'il est vraisemblable que le cardinal désigné protecteur laisserait au cardinal de Tencin pendant sa vie la rétribution du consistoire.
En supposant donc que le Roi approuvât sur ce principe de se choisir un protecteur des Eglises de France à Rome, trois sujets peuvent concourir à cette dignité sur lesquels je vais exposer le mérite et les inconvénients.
Le premier sujet et le plus utile serait le cardinal Spinelli, Je ne sais pas s'il voudrait de cette place, car il n'a pas besoin de bien ni de considération, et m'a paru très opposé à tout emploi de cette espèce; mais en lui faisant sentir qu'il serait utile et que le Roi le désire, je me flatte que je l'y ferais consentir.
Le bien qu'il y aurait à ce que le cardinal Spinelli fût protecteur est aisé à sentir par le portrait que j'en ai fait : outre qu'il est instruit parfaitement de nos affaires ecclésiastiques, c'est un homme très modéré, et qui ne cherche que la paix de l'Église. Par là seul, quelque Pape qui soit élu, il sera recommandable et utile au service du Roi.
L'inconvénient que le Roi pourrait trouver en le choisissant, serait de mécontenter le roi de Naples. Mais, si Sa Majesté sentait la nécessité d'acquérir le cardinal Spinelli à son service, ne pourrait-elle pas prévenir Sa Majesté Sicilienne, et lui faire sentir le besoin qu'elle a, dans les circonstances présentes, de s'attacher un homme au fait des affaires de l'Eglise de France, qu'elle éloigne par là de toute charge et dignité de la Cour de Rome, et qu'elle restreint à être simplement utile à la France.
Si le cardinal Spinelli ne convient pas au Roi, il y a le cardinal Lanti qui m'a sollicité pendant mon ambassade pour la protectorerie. On peut voir le portrait que j'en ai fait dans le mémoire du conclave. Je suis persuadé que l'intérêt de la protectorerie l'attacherait inviolablement à la France. Je doute que ses lumières puissent être d'une grande utilité, mais il vaudrait mieux que rien, et n'a de véritable inconvénient qu'une fistule qui n'est plus dans le cas d'être guérie par l'opération et qui le fera périr peut-être bientôt : sa mort rejetterait dans les mêmes embarras.
Le troisième est le cardinal Sciarra Colonna. C'est un grand nom, un homme fort adroit et !brt intelligent, très capable d'en imposer par sa représentation et son esprit. Il connaît bien, peut-être trop, les intrigues de la Cour de Rome ; il servirait utilement, pourvu qu'on ne le laissât pas aller trop loin.
264 CHOISEUL A no ME.
Le cardinal français cliaroé du secret devrait avoir l'attention de ralentir le feu du cardinal Sciarra. Et après le conclave, la Cour et l'ambassadeur, en se servant de lui dans les occasions, veilleraient attentivement à le contenir. Il m'a sollicité aussi pour la protectorerie, et je ne lui ai répondu, ainsi qu'au cardinal Lanti, que des choses vagues.
Dans le cas où le Roi accepterait le projet que je propose, il serait à propos de se décider promptement sur le sujet, pour que M. Boyer pût remettre la lettre du Roi au cardinal choisi avant son entrée dans le conclave. Dans cette lettre. Sa Majesté aurait en même temps la précaution d'ordonner h ce cardinal de cacher son choix absolument jusqu'après le conclave, parce que si c'est le cardinal Sciarra, il ne faut pas perdre le vœu du cardinal Lanti ; et si c'est le cardinal Lanti, il est à propos de ménager le vœu du cardinal Sciarra. Car pour ce qui est du cardinal Spinelli, comme il ne se soucie pas d'être protecteur, le Roi peut dans tout, les cas compter sur lui.
Dans cet état des choses le cardinal français chargé du secret, ainsi que l'ambassadeur, sauront à qui la lettre du Roi sera adressée. L'un et l'autre établiront une correspondance secrète avec le cardinal italien, et, sans lui dire tout leur secret, ils se ménageront avec lui pour l'engager à porter les dillerentes factions, dont il les in s-
truira, à l'inclusive ou à l'exclusive ' qui convient à la Fiance.
Le mémoire pour le conclave peut servir d'instruction. J'en ferai un particulier pour l'intérieur de la ville, afin que l'on puisse mettre au fait M. l'évêque de Laon ^ des personnages dont il peut se servir, de ceux qu'il a à ménager, des autres ou h se méfier ou à s'opposer ouvertement. Et, dans ce mémoire, j'y comprendrai les recommandations utiles pour les places qui seront à donner dans le palais du nouveau Pape.
Quand le Pape sera fait, l'ambassadeur sera assez au fait des sujets pour en mander les portraits à la Cour qui, selon la position de nos affaires ecclésiastiques, lui donnera les instructions nécessaires.
En attendant l'arrivée de M. l'évêque de Laon, M. Boyer est assez instruit de Rome, pour qu'il n'y ait point à craindre que les affaires du Roi y périclitent.
1. a Donner l'exclusion, dans le kingage du xvi" et iiiùme au xvii° siècle, signifie simplement ne pas donner sa voix à un candidat, ou ne pas conipi-endre le nom d'un cardinal dans la liste de ceux dont on poursuit l'élection éventuelle. Tout électeur qui refuse de voter pour un de ses collègues lui donne, pour son compte, Vcxclusion, tandis qu'il favorise de l'inclusion ses candidats préférés ». (Le Conclai'c, par Lucius Lector; ch. xili), p. 469.
"2. Jean-François-Joseph de Rochechouart de Faudoas (1708- 1777), abbé de Chàleaudun, évêque duc de Laon en 1741, pair de France cardinal en 1756, grand aumônier de la reine en 1757, succéda à Choiseul dans le poste d'ambassadeur et resta à Rome jusqu'en 1762.