‹ Choiseul à Rome, 1754-1757Chapitre 79 sur 89 · Le cardinal Argenvilliers · texte numérisé non relu

Le cardinal Argenvilliers

les relations par Des Rossi des deux partis qui divisaient le ministère du Pape. Je découvris ce manège les premiers jours; jamais je n'en ai dit un mot. Le prélat Des Rossi, peu de temps après mon arrivée, voulut jouer au fin avec moi, et vint sous prétexte de sa conscience , et encore plus parce qu'il était embarrassé que sa gratification ne passât plus par les mains du cardinal de Tencin, il vint donc m'ofFrir de ne plus toucher le bienfait du Roi. Il s'attendait que je le presserais de garder sa gratification. Au lieu de cela, après l'avoir écouté, je lui répondis que je lui donnais huit jours pour penser à la démarche qu'il venait de faire, et que, si dans ce temps il persistait, ce serait une affaire finie, sauf à moi d'examiner la conduite ultérieure de quelqu'un qui, depuis si longtemps, était bénéficié par Sa Majesté. 11 n'attendit pas les huit jours pour me dire qu'il gardait et demandait même avec instance la gratification. Au reste, Des Rossi est un homme qui connaît la Cour de Rome parfaitement. Je crois que M. l'évêque de Laon fera bien de lui dire qu'il est persuadé de son attachement au service du Roi, que voilà l'occasion de le marquer en l'informant journellement de tout ce qui viendra à sa connaissance dans le temps du conclave, que la Cour est instruite que ses liaisons le mettent à portée d'être très bien instruit, et qu'elle a ordonné à lui, évêque de Laon, de rendre compte h M. Rouille des nouvelles qui lui viendront pendant le cou-

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clave par la voix du vice-oérant. Le vice-gérant fera attention à cette insinuation si elle lui est dite poliment, mais clairement.

Le prélat de Lerma ' m'a été utile pour l'affaire du décret, pas autant qu'il croit ou qu'il veut le faire croire, car il n'a jamais rien fait de lui-même mais autant qu'il me fallait. Ce prélat a infiniment de talents et d'esprit; il n'y a point de sujet à Rome qui ait autant de connaissances que lui en tous genres. M. l'évèque de Laon ne peut pas mieux faire que de lui marquer amitié et d'avoir l'air de liaison avec lui; sa société lui sera aofréable et utile. Beaucoup de gens qui le craignent à Rome et qui le jalousent, chercheront à donner de mauvaises impressions de lui à M. de Laon; mais qu'il juge par lui-même, et il verra que ce n'est pas par intérêt pour la France, mais par jalousie contre Lerma qu'on cherchera à l'éloigner de lui. En même temps, Lerma a une tête chaude pleine de préjugés, un esprit qui quelquefois passe

1. N". Les seize cents écus de gratification du prélat de Lerma sont payés par six cents écus comptés sur l'état des frais extraordinaires de l'ambassadeur, et mille écus dessus les lettres de change que la cour envoie au commencement de l'année pour les gratifications de Rome. 11 me paraîtrait mieux en portant le prélat de Lerma à deux mille écus comme les prélats Rossi et Rota, que l'on retranchât les six cents écus pour les frais extraordinaires, et que l'on ne laissât sur cet état de frais que les trois cents écus payés à l'abbé Final, premier commis de la secrétairerie d'État. Par cet arrangement, les lettres de change de gratifications monteraient à sept mille écus, au lieu qu'elles ne vont qu'à six, mais les frais extraordinaires diminueraient à proportion. [Note de Choiseul.)

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le but ou qui est trop timide, selon que son ambition ao-ite son âme: il faut se méfier de cette ambition, mais il faut s'en servir en l'assurant toujours de protection. Ce prélat d'ailleurs est intéressé, parce qu'il aime le jeu, et est mal dans ses affaires ; il s'est un peu corrigé pendant mon séjour à Rome. Sa conduite d'ailleurs est bonne; il est dans la Consulte, c'est-à-dire dans la congrégation qui gouverne les provinces. Il faudrait le pousser en avant, et faire en sorte qu'il fût sur la liste des nonces pour la France, car, de tout ce que je connais à Rome, c'est celui qui nous conviendrait le mieux. Cela est difficile, mais c'est un coup de crédit qui, je crois, serait utile. Il faut d'avance y songer, étant vraisemblable que d'ici à deux ans M. Gualtieri sera cardinal, et ne voyant aucun des seconds nonces qui puisse nous convenir. Ainsi donc, il me paraît que l'on ne peut trop recommander à M. de Laon l'avancement de M. de Lerma.

M. Rota est connu de la Cour suffisamment. S'il vit et qu'il conserve sa place, M. de Laon trouvera en lui les plus grandes facilités pour les affaires qui regardent la France . 11 faut qu'il le maintienne dans l'habitude de lui communiquer tout ce qu'il croira nécessaire et même de le prévenir, et M. de Laon sera averti de ne communiquer à M. Rota que ce qu'il voudra bien qui, par la même raison que la sienne, soit communiqué aux ministres de différentes autres Couronnes.

Quelquefois les dépèches des nonces contiennent des nouvelles intéressantes : ainsi il faut que M. de Laon se les fasse procurer régulièrement pour en envoyer copie à M. Rouillé quand elles en vaudront la peine. Si INI. Rota mourait ou ne fut plus secrétaire du Chiffre, il faudrait tâcher nécessairement de gagner son successeur au même prix.

Le gouverneur Caprara ' est aussi un homme d'esprit, et assez bien instruit. Sa place de gouverneur lui donne pendant le conclave beaucoup de facilités pour découvrir toutes les intrigues de la ville. M. l'évêque de Laon lui tiendra à peu près les mêmes propos qu'au vice-gérant et sera, je crois, encore plus content de ses relations. Mais il faut accoutumer tous ceux qui ont des bienfaits du Roi à être utiles à son service, et user de leurs talents comme de talents acquis à Sa Majesté. M. Caprara ne s'y refusera : par l'intérêt de son frère, le sien, et son attachement personnel, tout doit y concourir. Il est d'usage qu'à la mort du Pape on ballote dans le Sacré-Collège le orouverneur de Rome pour le maintenir en place. Il n'est pas vraisemblable que l'on dépose M. Caprara; mais, si l'on y songeait, il faudrait s'y opposer de toute manière, et je crois que d'avance il serait à propos d'envoyer sur cet article des instructions h M. Boyer.

L'abbé Final sera conservé dans son emploi de minutant ou de premier commis de la secrétairerie

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