Choix d'églises bysantines en Grèce
eaucoup de personnes ont déjà pu se convaincre, par les nombreuses publications sur l’architecture du moyen-âge, que l’art architectural pouvait encore renfermer des beautés en dehors de l’antique.
Jusqu’à ce jour la Grèce ancienne nous était seule connue, et la Grèce du moyen-âge restait à connaître. L’architecture de cette époque , que j’essaierai de reproduire ici, offre cependant, comme on pourra s’en assurer, une foule de motifs ingénieux et de combinaisons applicables dans notre architecture moderne. Ces monuments, quoique petits pour la plupart, portent tous le cachet du génie, et ils doivent nous intéresser sous plus d’un rapport , car ils ont été l’œuvre d’un peuple malheureux , asservi, et qui a su conserver pendant si longtemps le feu sacré des Hellènes.
C’est de l’époque où Constantin, maître de l’empire , quitta Rome pour fonder une nouvelle capitale, que date cette ère nouvelle dans l’histoire de l’architecture. C’est ainsi que cet empereur, ayant une fois embrassé le christianisme, dut adopter pour ses temples les plans des basiliques déjà construites dans son ancienne capitale. Mais la basilique romaine transportée en Orient dut perdre peu à peu de sa forme primitive pour se conformer aux exigences de sa nouvelle patrie, tant il est vrai que ce qui est convenable et parfait
pour un pays ne peut s’appliquer exactement dans un autre. L’architecture nouvelle
ç2 lINTRODUCTION.
qui se créa alors , nous l'avons appelée bysantine , du nom de la ville où elle a consacré son plus beau type : Ste-Sophie.
Comment se forma cette nouvelle école d’architecture ? c’est ce qu’on ignore ; mais il est facile de concevoir que les Romains , alors maîtres de l’art, appelés en Grèce pour y élever des temples au vrai Dieu , ne purent y faire adopter entièrement leur architecture, et que le génie créateur de l’ancienne Grèce, qui avait jeté tant d’éclat quelques siècles auparavant et se trouvait comprimé par la domination romaine , devait nécessairement se rallumer à un autre flambeau : celui du christianisme.
Pour la seconde fois, les Grecs devinrent les architectes par excellence pour tout l’Orient, et leur style se reproduisit même en Occident , mais après avoir été modifié dans ses formes légères , pour donner naissance au roman , au normand , au saxon et au lombard ; enfin l’époque des croisades devait réagir sur toutes ces variétés de l’art bysantin , en les rapprochant de leur type primitif , comme cela se remarque dans nos monuments du Xll® siècle.
Cette architecture orientale, qui doit seule nous occuper ici, présente une foule de particularités qui en font un style tout-à-fait à part, et différant essentiellement des premières basiliques dont elle dut s’inspirer au moment de sa création. Afin d’en faire comprendre toutes les nuances , je la diviserai en trois périodes ayant chacune son type caractéristique que je ferai connaître par des descriptions et des exemples.
La première période comprendra l’espace de temps compris entre le IV® et le Vl® siècle;
La seconde , entre le VI® et le XI® siècle;
Et la troisième , du XI® siècle jusc|u’au moment de l’invasion définitive de la Grèce par les Ottomans.
PRE M lÈ R E PÉRIODE.
EU de basiliques de cette première période nous sont restées ; mais Eusèbe , l’historien de Constantin, nous apprendra que tous ces nouveaux temples étaient construits sur un plan rond ou octogone, et qu’ils étaient surmontés d’un dôme. C’est ainsi que la basilique construite à Antioche par Constantin était octogone, la basilique élevée en Syrie par Hélène, mère de Constantin, était circulaire; les basiliques de St-Marcellin , de Ste-Constance a Rome, de St-Vital à Ravenne , nous offrent encore des
INTRODUCTION
types conformes aux descriptions d’Eusèbc. D'octogones et circulaires , les plans finirent par devenir carrés, et sur ces nouveaux plans s’élevèrent des façades d’une forme tout-àfait particulière, et qui varièrent par la suite. Les plus anciennes de ces façades présentaient une masse carrée, terminée à son sommet par une corniche en pierre ou marbre et souvent en briques , formant des angles saillants et rentrants. Sur les façades il n’y avait aucun fronton indiquant la pente du comble; car la charpente , alors comme plus tard, ne fut jamais employée par les Grecs pour couvrir ces édifices : on se servait seulement de terrasses et de dômes. Une ou plusieurs portes donnaient accès dans ces églises, elles étaient généralement ornées de moulures très refouillées , et le linteau soulagé par un arc en décharge. Nous avons dit que toutes les églises de cette époque étaient surmontées d’un dôme : ces dômes étaient élevés, percés, dans leur partie inférieure, d’une infinité d’ouvertures qui éclairaient l’intérieur de la coupole. Selon Eusèbe et Paul-le-Silencieux , ces dômes étaient recouverts de plomb et quelquefois dorés; ceux qui se trouvent encore en Grèce sont simplement recouverts de tuiles en terre cuite. Les façades latérales de cette première période de l’art bysanlin diffèrent peu des façades principales; il y avait aussi une porte sur les façades latérales. Les absides, souvent au nombre de trois, symbole des trois personnes de la Sainte-Trinité , étaient simples , et leur forme plus souvent demi-circulaire que polygonale ; elles étaient percées d’une ou de plusieurs ouvertures. Dans lintérieur de ces églises, la nef était toujours précédée d’un vestibule. Les femmes avaient aussi leur place réservée : une tribune, régnant autour de la nef et s’arrêtant auprès du sanctuaire, prenait jour extérieurement par des ouvertures placées au-dessus de la porte principale , et quelquefois encore sur les façades latérales.
La nef était peu étendue en longueur, et là surtout existe la grande différence des basiliques latines et des basiliques grecques. Quatre colonnes, occupant le centre de l’église, servaient à supporter la coupole. Les coupoles étaient, comme on le voit, élevées sur un plan carré , et les angles rachetés par des pendentifs , dont les combinaisons ingénieuses et variées sont surtout remarquables. Les extrémités de la nef étaient recouvciTes par deux coupoles hémisphériques.
Voici quels sont les traits les plus caractéristiques qu’on remarque depuis Constantin, jusques vers le milieu du VU siècle
INTaODüCTÏON.