SUR LES EXCUSES ET LES REPONSES MAL A PROPOS
Je voudrais, dit Madame de Maintenon aux demoiselles de la classe jaune, vous défaire de la pente que vous avez à vous excuser. Je sais quelle est naturelle et que c'est même une pratique religieuse de ne le jamais faire quoique l'on soit reprise à tort, aussi ce n'est pas ce que j'exige de vous : je vous demande seulement en ces occasions d'écouter d'abord bien respectueusement et tranquillement ce que vos maîtresses vous disent, et, quand elles ont fini, de leur demander d'un ton doux et modeste, permission de leur dije
— D4 vos raisons, pourvu qu'elles soient bonnes, car il vaut mille fois mieux avouer bonnement que l'on a tort que de donner une seule mauvaise excuse. Aussi ce que je vous dis est rour le premier cas où je suppose que vous êtes reprises d'une faute dont vous n'êtes pas coupables, ce qui peut arriver quelquefois... Mais, dans le second cas où je suppose qu'effectivement vous avez fait la chose dont on vous reprend, vous ne devez pas avoir le moindre petit mot à dire, si ce n'est pour témoigner que vous êtes très-tàchées de l'avoir faite, que vous êtes bien obligées de l'avis que l'on vous donne, résolues d'en profiter et de ne plus jamais tomber dans la faute dont on vous fait apercevoir.
Je vous assure, mes enfants, qu'il n'y a personne, si animée contre vous qu'elle pût être, qui ne fût désarmée aussitôt par cette bonne manière; et je vous prie d'être bien Dersuadées que je ne vous demande en cela
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ricn d'extraordinaire; que, non-seulement toute fille bien élevée en use de la sorte, mais encore toute personne raisonnable et qui a l'esprit bienfait. Comptez qu'il est plus humble d'avouer ingénument et simplement que l'on a tort, que de s'excuser mal à propos ; c'est la marque d'un très-petit esprit et d'une méchante éducation. Si vous avez, par exemple, fait un oubli ou un message de travers, au lieu de dire que vous aviez tant de choses à faire à la fois que vous n'avez pu vous en souvenir, dites que vous êtes très-mortifiées d'avoir ainsi oublié ou mal fait la chose dont vous étiez chargées, et bien fâchées de l'embarras que l'étourderie ou votre oubli ont causé. Agissez avec droiture, franchise, simplicité en toutes les occasions semblables et comptez que rien n'est plus grand, plus généreux et plus noble aussi bien que plus juste et plus raisonnable que cette manière-là. A des personnes comme vous^ je devrais me con-
tenter de dire que la piété et la vérité seules l'exigent de vous; mais je suis bien aise de me servir de toutes sortes de motifs pour vous engager plus sûrement à m'accorder ce que je vous demande. J'aimerais cent fois mieux une fille qui ferait quelquefois les choses de travers et qui tout bonnement l'avouerait et en paraîtrait fâchée par rapport à l'embarras que cela donnerait, qu'une autre qui ferait ordinairement fort bien les choses, mais qui ne voudrait point avouer son tort quand elle aurait manqué. Encore une fois, vous ne sauriez recevoir avec trop de respect et de reconnaissance tous les avis que Ton vous donnera, car c'est ordinairement un principe d'amitié et d'intérêt pour vous qui nous porte à les donner ; mais, quand cela ne serait pas, un esprit bien fait profite toujours de l'avis, quand même il partirait d'un principe d'animosité.
J'admire souvent Madame la duchesse de
- D7 — Bourgogne qui est la première princesse du royaume et sur qui je n'ai naturellement nulle autorité : vous ne sauriez comprendre avec quelle docilité, quelle bonne manière et même quelle reconnaissance elle reçoit les avis que je prends la liberté de lui donner. Mais, bien plus, je la trouvai l'autre jour assise sur un degré à la porte de ma chambre avec Jeanne (qui est une grosse villageoise de bon sens que j'ai chez mçi), qui lui disait tous ses défauts, et tout ce qu'elle entendait dire d'elle de désavantageux à Paris; cette charmante princesse, au lieu de se choquer de la franchise de cette bonne femme se jeta à son col et l'embrassa plusieurs fois en disant : « Je te suis bien obhgée, Jeanne; je te remercie de tout ce que tu viens de me dire, car je sens bien que c'est par amitié pour moi. » Cet exemple n'est-il pas plus que suffisant pour vous convaincre que rien n'est si louable, si convenBble et si à sa place que de bien recevoir
les avis que l'on nous donne ou sur nos défauts ou sur nos manières ou sur quelques autres manquements ?