DE LA PRIÈRE ET DES QUALITÉS DE LA VÉRITABLE PIÉTÉ
Qi^nd saint Paul a dit : « Priez sans cesse, » il n'a pas prétendu qu'on soit toujours à réglise , parce qu'il parlait à des chrétiens de toutes sortes de professions dans lesquelles il voulait qu'ils demeurassent. Il explique aussi de quelle manière on le doit entendre en disant : « Soit que vous buviez, sôit que vous mangiez ou fassiez autre chose, faites tout au nom du Seigneur. »
C'est une erreur de croire que la vie inté-
- 4^ rieure ne consiste qu'à prier; elle consiste de plus à remplir les devoirs de son état et à travailler dans la vue de plaire à Dieu... La piété doit être solide, droite et simple. La piété solide est celle qui nous fait consulter Dieu en toutes nos entreprises afin d'agir en toutes choses par les principes de la Religion de préférence à nos intérêts temporels et à notre inclination naturelle. Une personne est-elle dans le cas de choisir un état de vie, il faut que Dieu soit sa première vue, et qu'elle ne fasse rien sans l'avoir consulté; si elle agit autrement, elle n'a point de piété solide.
Lapiété droite consiste à faire chaque chose en son temps, et aussi à conformer sa piété à son état... Si une personne mariée était tout le jour à l'église en oraison, abandonnant sa famille à une femme de chambre ou même à une servante, sa piété ne serait pas droite parce qu'elle est obligée de veiller sur ses
enfants et sur son ménage et non pas d'être toujours à l'église. M. le duc de Beauvillier entend tous les jours une petite messe de grand matin ; quand il y communie, il fait une courte action de grâces ; il va ensuite au conseil où il demeure jusqu'à une heure après midi, et il ne pense point à le quitter pour aller prier, parce qu'il est persuadé qu'il plaît plus à Dieu en écoutant parler des affaires de TEtat.
La piété simple consiste à ne point chercher de raffinement dans la dévotion ni de nouveauté dans la doctrine et dans les livres; il ne faut point être curieuse ni en bien ni en mal, car nous sommes des ignorantes, et n'en devons pas être honteuses ; nous n'avons point de scien«e ; ainsi nous sommes incapables de juger de ce qui est bon ou mauvais. Ayez peu de livres... et surtout n'en lisez jamais de suspects ni pour la doctrine, ni pour les mœurs; lisez ceux que vous avez
bien choisis, cinquante fois, cent fois si vous voulez et enfin jusqu'à ce que vous ayez mis en pratique ce qu'ils enseignent, car c'est la fin que nous devons nous proposer dans toutes nos lectures spirituelles.