‹ Choix d'entretiens et de lettresChapitre 12 sur 32 · SUR LA DOUCEUR · texte numérisé non relu

SUR LA DOUCEUR

Une chose qui me fait de la peine, dit Madame^ c'est que celles qui savent bien lire, écrire, travailler, n'aiment point à le montrer à leurs compagnes, ou le font trop rudement, et que celles qui ne savent rien ne veulent rien apprendre de celles qui savent. Il faut donc que celles qui savent quelque chose l'enseignent aux autres avec plaisir; mais il faut montrer doucement et point brusquement. Il faut donner de ce qu'on a et recevoir de ce qu'on n'a pas; c'est là ce qui fait le commerce dans le monde.

11 est nécessaire^ mes eiifanls, d'user toujours de douceur en quelque poste que l'on soit. Que celles qui gouvernent reprennent avec fermeté, comme je le fais présentement, mais toujours doucement, l.a douceur est la vertu de notre sexe. Il faut abondonner aux hommes le courage et la bravoure de se laisser tuer de sang-froid, mais ce qui nous convient, c'est l'honnêteté, la modestie, la douceur et la timidité. Je suis toujours surprise de ne point trouver parmi vous la politesse qui règne dans ce monde corrompu dont on vous dit tant de mal, et où il y en a beaucoup en effet. On n'y voit point assurément se chagriner les unes les autres; au contraire, c'est une grande attention à s'y faire plaisir. Une demoiselle de Saint-Cyr se ferait une honte de caresser une paysanne, pendant que Madame la duchesse de Bourgogne, qui est la reine de France, embrasse Jeanne, cette pauvre fille que vous avez vue ici. Faites donc

bien, mes chères enfants^ et ne vous contentez pas de dire que vous voulez être polies, il faut travailler à le devenir.

Page 1