‹ Choix d'entretiens et de lettresChapitre 22 sur 32 · A SE RENDRE CAPABLE DE TOUT · texte numérisé non relu

A SE RENDRE CAPABLE DE TOUT

adame de Maintenon, prenant pour texte ce pa'ssage de saint Jacques où il est dit « que si quelqu'un ne pèche point en paroles, c'est un homme parfait, » s'adressa à la classe jaune en ces termes : — C'est un des plus grands et des plus désagréables défauts que l'on puisse avoir que d'être grande parleuse; il suffit communément pour désigner une personne de dire d'elle : — C'est une grande causeuse, parce que par là, on dit beaucoup. Ce défaut rend fort méprisable et

montre peu d'esprit. Il y a des personnes qui pensent bien autrement et qui s'imaginent que ceux qui ne parlent guère sont des sots; c'est les nommer très-mal, puisque pour être sotte il faut avoir dit des sottises, et qu'ordinaire- , ment ceux qui parlent peu n'en disent pas, parce qu'ils ne mettent pas au jour tout ce qui leur vient en pensée, craignant de parler mal à propos. Je désire fort, mes chères filles, que vous soyez timides et que vous sachiez combien la hardiesse à parler de tout et sans être interrogée est un grand défaut dans une fille. C'est un manque d'esprit qui fait faire bien des fautes. Le secret pour plaire dans la conversation n'est pas de parler beaucoup^ mais de paraître écouter les autres avec plaisir, d'entrer dans ce qu'ils disent, de le faire valoir à propos. 11 ne faut jamais parler de ce qu'on ne sait pas bien. Si nous voulions, par exemple, parler de guerre, nous dirions bien des choses mal à propos, parce que nous ne

savons guère ce qui s'y fait, ni comment tout s'y passe; il en est de même de mille choses qui ne sont point à la connaissance de notre sexe et dont il lui siérait mal de parler, car il est de la modestie d'une fille ou d'une femme de paraître ignorer bien des choses quand même elle les saurait. Il ne faut pas non plus toujours demander ce qu'on n'entend point, mais penser et chercher en soi-même l'explication des mots selon les occasions; il y en a que la suite d'un discours fait entendre; mais quand on veut faire quelques questions, il est de la prudence de voir à qui on s'adressera et de ne pas aller à tout le monde indifféremment; ce serait s'exposer à bien des railleries. Il faut choisir une personne sage et expérimentée^ qui nous dise les choses comme elles sont sans nous tromper, et qui ne se trouve point importunée de nos questions.

Ne négligez aucune occasion, mes enfants, de vous instruire et de vous éclairer sur tout

— H4 — ce qui vous convient de savoir pour éviter de vous rendre ridicules dans le monde. Il faut tâcher, en y entrant, de commencer par bien y débuter en vous faisant estimer et en ne montrant rien que de bon, de sage et de raisonnable. Apprenez un peu de tout, vous ne savez à quoi Dieu vous destine.

Rappelez-vous ces paroles de l'Esprit-Saint dans les Psaumes : « La femme est dans sa maison comme une vigne abondante. » Il ne la met point sur le pas de sa porte ni à la fenêtre, ni encore moins dans la rue, mais dans le fond de sa maison, occupée de son ouvrage.

Généralement parlant, rien n'est plus

nécessaire aux personnes de notre sexe que d'aimer le travail; il calme les passions, il occupe l'esprit et ne lui laisse pas le loisir de penser au mal, il fait même passer le temps agréablement. L'oisiveté au contraire conduit à toutes sortes de maux... il faut nécessairement prendre goût à quelque chose; on ne

peut vivre sans plaisir; si on ne trouve pas à s'occuper utilement, il faut en chercher à autre chose. Que peut faire une femme qui ne saurait demeurer chez elle ni trouver son plaisir dans les occupations de son ménage et dans un ouvrage agréable? Il ne lui reste à le chercher que dans la compagnie et les spectacles. Y a-t-il rien de si dangereux? — L'ouvrage a ceia ae particulier que plus on sV applique, piUS on Taime; on ne s en lasic jamais.

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