ENTRETIEN AVEC LES DEMOISELLES DE LA CLASSE BLEUE
Qu'une de vous dégoûte une jeune fille de la piété, celle-ci en dégoûtera plusieurs autres qui deviendront ou de méchantes religieuses dont le mauvais exemple en gâtera encore plusieurs, ou des mères de famille qui, étant impies, élèveront leurs enfants dans l'impiété. Ces enfants se marieront et donneront à leurs enfants Téducation qu'ils avaient reçue de leurs mères; cela se multipliera sans fin, se perpétuera, et on aura à répondre à Dieu des péchés qui se commettront peut-être mille ans après sa mort. Que cela est terrible!
Quiel labyrinthe, et comment en sortir ? Quand une jeune fille mauvaise, mais seulement pour elle, est touchée de Dieu et veut se convertir, son changement n'estpas difficile; elle n'a qu'à demander pardon à Dieu du passé, travailler à corriger ses défauts et pratiquer le bien; mais celle dont nous parlons en a gâté tant d'autres, comment fera-t-elle? Car il faut réparer le mal qu'on a commis et le faire cesser; où trouver les personnes qu'elle a gâtées et qui sont peut-être déjà mortes? Comment les persuader et les toucher, quand même elle les trouverait encore? Cela est moralement impossible; mais parla même raison qu'il y a avantage à faire le bien et à l'inspirer aux autres, il en est comme de la semence que le laboureur jette en terre, il ne la voit pas paraître tout d'un coup; cependant elle pousse avec le temps; on la voit verdir, monter bien haut; elle rapporte beaucoup, se multiplie et sert à en faire venir encore d'autres. Ainsi
une dame de Saint-Louis qui inspire le bien aux demoiselles, ou une demoiselle qui y porte les autres par son exemple, ne voit pas d'abord le fruit de son travail, cependant il sera grand. Cette jeune fille à qui on aura inspiré la piété et les maximes de l'Évangile les ira répandre dans le monde si elle y retourne; si elle se marie, elle élèvera ses enfants dans la piété et ceux-ci communiqueront aux leurs ce qu'ils auront reçu d'elle. Si elle est religieuse, quel bien ne fera pas son exemple sur le cœur de ceux et de celles qui seront à portée de l'entendre et de la voir! Que la vertu est charmante! Que le bien est aimable! Je ne comprends pas qu'on puisse le connaître et en voir la beauté sans Taimer de tout son cœur. Quelle récompense doivent espérer les personnes qui auront procuré le salut à tant d'autres! Faites-vous présentement, mes chères enfants, ce fonds de vertu, car vous en aurez besoin pour toute la suite de votre vie.
Vous ne connaissez point ici Tennui ni les afflictions; mais comptez que vous n'en manquerez pas dans toute la suite, et vous pourriez^ en vous accoutumant à bien prendre les petites présentement, vous mettre en état de supporter les grandes qui vous attendent dans le monde.