LETTRE A MADAME DE BERVAL PREMIÈRE MAITRESSE DES BLEUES
J'ai votre avancement grandement à cœur, ma chère fille, et je sais avec quelle docilité vous recevez mes avis. Ne songez présentement qu'à vous et à modérer votre zèle pour vous recueillir ; j'espère que je vous dirai un jour : Oubliez-vous pour penser aux autres, îl faut nous traiter selon nos besoins. Gardez un grand silence dans la classe avec vos sœurs ; ne pensez point sitôt à les former, vous le ferez même mieux par l'exactitude à vos règles et par votre exemple. Placez ce que vous avez à dire aux élèves dans vos instruc-
tions générales et quand vous leur parlerez en particulier, ne le faites pas trop longtemps à chaque fois. Ne croyez pas les persuader à force de paroles: dites ce que vous croyez bon et priez pour elles; semez sans vous rebuter, vous recueillerez quand il plaira à Dieu. Du reste dans le cours de la journée, reprenez-les en peu de mots et faites de même quand vous voulez leur apprendre quelque chose. J'ai vu un écrit de ma sœur Marie- Constance à ses filles, où elle explique fort bien le silence que les maîtresses doivent garder entre elles et la liberté de parler aux élèves. Votre cœur est bon, votre esprit est bien fait^ vous aimez votre mstitut; rendez-vous donc capable de servir à la gloire de Dieu. Saint François de Sales répond à une dame qui lui mandait qu'elle ne pouvait arrêter l'extrême vivacité de son esprit: — Il faut pourtant l'arrêter, ma chère fille. — Cethommesi condescendant ne se rend point là-dessus, et vous
qui aimez tant ses écrits, vous voyez partout combien il prêche contre le trop grand empressement, même pour le bien. Bonjour, ma chère fille, je crois que j*en ai dit un peu trop pour votre perfection.