INSTRUCTION A UNE NOVICE
Une parfaite novice entre au noviciat par une vocation pure, qui consiste dans le dessein de se donner à Dieu sans réserve, et de lui consacrer sa vie entière.
Elle se dévoue à l'humilité, à Fobéissance, à la pénitence, au service du prochain ; et^ par la pratique de ces vertus, elle entre danis le renoncement à elle-même, qui est la perfection du christianisme et qui doit être notre occupation continuelle.
Elle étudie soigneusement ses constitutio ns ; elle se fait expUquer ce qu'elle n'entend pa s ; elle les pratique à la lettre.
Elle est simple^ n'ayant qu'une seule intention qui est de plaire à Dieu ; elle ouvre son cœur à ceux que la Providence lui a donnés pour sa conduite, sans écouter ses répugnances ou ses inclinations, parce qu'elle regarde en eux la personne de Jésus-Christ.
Quand elle a des peines elle les déclare simplement et demeure en paix par les consolations qu'on lui donne ; si ces peines, par un ordre de Dieu, continuent, elle les souffre comme une autre croix.
Si les personnes qui ont sa confiance lui sont ôtées, elle la donne à ceux qui prennent leur place, croyant fermement que Dieu leur donne aussi la même grâce; cette pratique ne lui est point difficile, car dans une affaire si importante elle ne consulte point son goût naturel.
Elle évite toute singularité ; elle prie avec les autres, mais, si elle le peut, mieux que les autres; elle estime et aime sa règle: toute
autre perfection n'est point la sienne ; elle est ferme sur ce principe, que son avancement dépend de la fidélité de son état.
Elle en aime tout, elle en souffre toutes les peines en esprit de pénitence; le froid, le chaud, le bruit, la poussière, la fumés, la puanteur, l'activité continuelle lui tiennent lieu des haires et des cilices
Si Dieu lui donne des vues particulières de pénitence, elle les propose et demeure eu paix^ qu'on les lui accorde ou refuse.
Elle a un grand respect pour ses supérieurs à proportion de ce qu'ils sont dans l'ordre de Dieu.
Elle fréquente les sacrements, autant que la règle le veut; et si on l'en prive, elle se soumet et s'humilie.
Elle sacrifie en tout ses propres lumières et les montre quand on lui ordonne; elle ne fait rien d'elle-même, et toutes ses actions sont enrichies de l'obéissance; elle ne cherche
jamais son plaisir, et elle le prend avec simplicité quand les supérieures lui en donnent.
Elle ne reçoit nulle confidence sans permission^ et si elle se trouve à portée de donner des conseils, elle renvoie le plus qu'elle peut aux supérieures.
Elle sait que tout ce qu'elle a de bon vient de Dieu et que tout doit retourner à Lui; ainsi, elle ne fait pas une action, ne dit pas une parole, même à la récréation, qui ne porte ses sœurs à leur devoir.
La simplicité la tient dans la paix ; elle ne s'examine qu'autant qu'il est nécessaire pour ses confessions, pour pratiquer ses règles et pour éviter le mal; du reste, elle retourne peu sur elle-même et ne raffine jamais.
Elle donne ses pensées à Dieu, elle s'occupe de Lui, elle L'aime, elle purifie ses sentiments, elle renonce à ce que l'amour-propre y veut mêler.
Elle admire les exemples des saints et la
diversité de leurs pratiques ; mais elle se tient ferme à celles de sa règle.
Elle lit peu, elle se nourrit du Nouveau- Testament; elle adore ce qu'elle n'entend pas, elle profite de ce qu'elle entend.
Elle renonce à toute curiosité, elle craint ce qui peut l'exciter; elle cherche sa sûreté dans la simplicité, dans la voie commune et dans la dépendance.
Elle ne juge point des livres qu'elle lit, ni des sermons qu'elle entend, mais elle s'en édifie et tâche d'en profiter.
Elle n'est édifiante que pour la jeunesse qui lui est confiée quand elle y est employée; mais elle est simple avec les supérieurs, persuadée qu'ils le sont avec elle; son esprit lui sert pour trouver des facilités à tout ce qui lui est ordonné, et jamais pour former des contestations.
Elle se lève au premier son de la cloche, elle se presse d'aller au chœur, non pour
l'emporter sur les autres, mais par fidélité à la règle.
Elle médite, ou psaliîiodie, ou chante de tour son cœur, suivant toujours la règle et ne s'en départant jamais par un esprit de fausse liberté.
Elle ne perd pas un moment de ceux qui lui sont destinés pour la prière, et elle n'en prend point d'extraordinaires sans permission; elle sort de l'église avec les autres et va prendre les relâchements selon son besoin et la volonté des supérieurs.
Elle va à sa charge, ravie de travailler pour le prochain^ elle y garde le silence autant que son emploi le permet; elle le rompt, s'il le faut, sans scrupule; elle le reprend avec fidélité; elle retranche les paroles inutiles, elle abrège celles qui sont nécessaires.
Si elle se sent dissipée, elle s'en humilie sans chagrin et se remet dans la présence de Dieu.
Elle va au réfectoire et y mange sans choix et sans scrupule ce qui lui est présenté, et prend autant de nourriture qu'elle en a besoin pour conserver ses forces qui sont destinées au service du prochain.
Elle écoute la lecture avec attention, et si c'est elle qui la fait, elle lit haut et distinctement afin que les autres puissent en profiter.
Elle va à la récréation avec joie et simplicité, elle s'y place sans affectation ; si elle se trouve auprès des personnes qui lui plaisent, elle en use sans scrupule ; si elle est auprès de celles qui lui plaisent moins, elle y demeure en paix et prend part à leur conversation. ■
Elle ne songe point à montrer de l'esprit; elle laisse tourner la conversation selon le goût des autres ; si on l'interrompt quand elle a commencé un discours, elle ne pense même pas à le reprendre, à moins qu'on ne lui demande, parce que dans lés plus petites
choses, comme dans les plus grandes, elle ne veut tenir à rien.
Elle reçoit Tobéissance comme l'ordre de Dieu; elle va où elle est destinée, elle s'y donne tout entière après avoir demandé à Notre-Seigneur de la tenir près de Lui; si l'activité et la vigilance Ten éloignent quelquefois , elle s'y remet sans s'inquiéter du passé.
Elle veille les demoiselles jour et nuit, selon ce qui lui est prescrit ; ravie de sacrifier son repos et sa santé pour empêcher que Dieu ne soit offensé par le plus petit dérèglement. Elle estime les autres instituts, mais elle aime le sien, et s'y tient fidèlement attachée comme au moyen que Dieu lui a marqué pour son salut.
Son caractère particulier est d'être modeste et silencieuse; non-seulement son silence est extérieur, mais intérieur; ôtant à son esprit la hberté des pensées volontaires, elle les res-
crclnt à celles de son devoir et de ce que l'Evangile et la règle demandent d'elle, rejetant toutes les autres comme des tentations, quelques belles apparences qu'elles puissent avoir.
Elle n'a pas souvent besoin de repos, car elle travaille sans contention et sans inquiétude, et avec la tranquillité que donne la vraie liberté des enfants.