‹ Choix d'entretiens et de lettresChapitre 29 sur 32 · AVIS A UNE DEMOISELLE QUI SORTAIT DE SAINT-CYR · texte numérisé non relu

AVIS A UNE DEMOISELLE QUI SORTAIT DE SAINT-CYR

Ce que je crois de plus important pour vous, ma chère fille, en entrant dans le monde, est de vous attacher à Dieu avec une grande confiance en Lui, jointe à une égale défiance de vous-même. Dieu vous gardera si vous tenez fortement à Lui par le fréquent usage des sacrements^ par la fidélité à vos exercices, et tâchant surtout de mériter celte faveur par de ferventes prières. Vous devez promettre à Dieu que vous serez ferme et fidèle à suivre les exercices que votre confesseur vous a marqués ; cette fermeté ira au-devant

de plusieurs inconvénients considérables ; car un jour vous n'aurez plus de dévotion, un autre il vous prendra envie de changer vos lectures, et dès qu'on s'est fait une planche, on y passe très-aisément ; au lieu que les personnes qui se font uneloide ne remettre leurs exercices que pour des choses absolument nécessaires ne pensent pas qu'on puisse faire autrement. Comptez, ma chère fille, que le démon emploiera toutes sortes de moyens pour vous détourner de cette fidélité; il vous mettra dans l'esprit un dégoût et un éloignement de la prière; il vous suggérera qu'après tout vous n'êtes pas religieuse, que c'est une perte de temps, puisque vous n'en retirez aucun fruit et qu'il vaudrait mieux s'occuper à quelque chose de plus utile. Vous entendrez peut-être des discours et des railleries propres à vous faire tout quitter. Mais si vous demeurez ferme sur les principes qu'on vous a donnés, vous vous attirerez des grâces victorieuses pour

triompher devotre faiblesse. N'oubliez jamais, ma chère fille, qu'un chrétien sans prière est un soldat sans arme le jour du combat ; que peut-il lui arriver sinon d'être percé de coups et abandonné à la discrétion de son vainqueur qui n'est autre que ce fort armé dont parle l'Evangile ?

J'ai joint la défiance de soi-même à la confiance en Dieu, car il ne faut pas le tenter en s'exposant aux occasions : qui aime le péril y périra. Si vous vous engagiez mal à propos et que vous ne fussiez pas sur vos gardes, vous auriez sujet de craindre que Dieu vous refusât son secours et qu'il vous livrât à votre faiblesse. Ne vous plaisez point à entendre dire que vous êtes jolie, aimable, que vous avez la voix belle, etc., car le monde est un trompeur malin qui pense rarement ce qu'il dit.

Vous savez ce que Dieu ordonne d'avoir pour ceux de qui nous avons reçu la vie ; ne

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l'oubliez jamais ; honorez et respectez madame votre mère ; faites voir en tout une soumission et une parfaite déférence à ses sentiments tant que l'on ne vous demandera rien de contraire à votre premier devoir qui est d'obéir à Dieu, et quand même vous verriez en vos frères et en vos sœurs une conduite contraire, distinguez-vous d'eux en cela : vous avez été mieux instruite et vous savez qu'il n'y a dans le précepte que Dieu en a fait, aucune différence du plus au moins de naissance, ni des autres avantages naturels. Dieu^ de tout temps, a béni les enfants qui se sont exactement acquittés de ce devoir, et ceux qui agissent autrement ne prospèrent pas pour l'ordinaire, même en ce monde.

Mettez votre dévotion à remplir les devoirs de votre état : un des principaux est de plaire à madame votre mère et à vos sœurs en tout ce qui ne déplaît point à Dieu. Soyez douce, égale, complaisante, pleine d'attention aux

— igi — autres et d'oubli de vous-même ; mettez votre plaisir à faire celui de madame votre mère et à vous rendre à sa volonté ; conformez-y vos dévotions, raccourcissez-les, s'il le faut, mais que rien ne vous empêche de penser à Dieu, de lui offrir vos actions, d'agir pour l'amour de Lui, et de l'aimer de tout votre cœur : il ne faut pour cela ni chapelles, ni oratoires, ni chambres particulières : en jouant, en conversant et en faisant ses autres affaires, on peut aisément avoir un petit commerce intérieur avec Lui. Vous avez fort bon goût sur la lecture, ne le gâtez pas ; ne lisez que pour vous édifier, et non pour satisfaire la curiosité et la démangeaison naturelle aux jeunes filles, ni pour paraître savante. Prenez gar de au goût del'esprit, d'autant plus dangereux qu'ilparaîc moins criminel. Je crains extrêmement votre faiblesse, votre facilité et votre complaisance ; vous n'oserez dire non, ni résister à rien; mais, ma chère fille, appelez à votre secours

cette terrible parole deNotre-Seigneur : Celui qui rougira de moi devant les hommes, je rougirai de lui devant mon Père, Mettez vous aussi en esprit au lit de la mort, et voyez ce que vous penserez en ce moment, quelle idée vous aurez de tout ce qui se passe et en particulier des vains jugements des hommes. Les choses paraissent bien différentes à la lueur du flambeau qui nous est mis en main en cette extrémité ; on voit clairement alors ce qu'on aurait dû faire, on est déchiré de regrets de l'avoir omis .' ces réflexions sont d'excellents préservatifs contre la contagion du monde et contre notre propre faiblesse.

Prenez garde à une maxime que je crois fort dangereuse : Que le bonheur de la vie consiste dans la douceur de l'amitié. Gela peut être vrai jusqu'à un certain point ; mais cette inclination et ce goût pourraient aussi être cause de votre perte ; car, lorsque l'on désire si fort d'être aimée, on ne regarde guère de

qui ; on fait tout pour en venir à bout, on y sacrifie sa religion^ son honneur et sa conscience; ce désir-là est un bandeau épais qui aveugle. Je comprends que c'est une grande douceur d'être aimée des personnes avec qui on est obligée de passer sa vie, et qu'il faut même tâcher de s'attirer cet avantage par toutes les voies raisonnables et surtout par une honnête complaisance, mais il ne se faut pas trop fonder sur cette amitié, ni se persuader aisément qu'on en a beaucoup pour vous; comptez, ma chère fille, qu'il n'y a presque plus de véritables amis : l'intérêt et l'argent remuent tout et divisent les frères etles sœurs, les pères et les enfants. Agissez cependant toujours de bonne amitié de votre part^ contribuez à l'entretenir de tout votre pouvoir, ne marquez jamais que vous croyez voir qu'on en manque pour vous et le jour où vous vous apercevrez de quelque chose, ne croyez pas tout perdu; ce n'est rien de pis que ce qu'on

— ''9 1 — éprouve presque géacraLmsnt partout ; rappelons-nous souvent qu'il n'y a guère que Dieu qui nous aime pour notre propre avantage etsans aucun intérêt. Tournez de ce côté le fond de votre tendresse ; aimez, chérissez cet ami bienfaisant, constant et généreux qui nevousmanquera jamais quand tous les autres vous abandonneront, et avec qui vous ne devez craindre aucun mécompte ; voilà la véritable douceur de la vie, vous n'en trouverez point ailleurs de solide, votre cœur ne pouvant être content de rien moins que de Dieu, et notre complaisance pour les hommes doit nous être suspecte lorsqu'elle n'a pas pour objet l'amour de Dieu et du prochain.

La médisance est un des plus grands écueils que vous ayez à craindre ; on n'en fait aucune façon dans le monde ; la conversation y paraît insipide à moins que quelqu'un n'en fasse le sujet et ne soit, comme on dit, sur le tapis. Vous serez bientôt comme les autres

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si vous n'êtes point tout à fait sur vos gardes etsivousne vous souvenez des maximes que vous aurez apprises pendant votre enfance. Plus la médisance est spirituelle et agréable, plus elle s'insinue et fait d'impression ; n'oubliez donc pas, ma chère fille, qu'on ne peut médire sans commettre un très-grand péché qui oblige à une restitution d'autant plus difficile que le bien qu'il faut rendre est fort audessus de ceux qu'on nomme fortune, qui n'étantplus dans les mains des personnes qui l'ont ravi n^est pas aisé à restituer. Je sais que ce ne sera pas à vous à reprendre les personnes que vous eatendrez médire, ni à leur imposer silence ; mais votre air doit parler en ces occasions et la charité y fait user d'industrie. La plupart des gens du monde se perdent faute d'attention sur cetarticle, mais vous seriez plus coupable de vous y laisser aller ayant été bieninstruite etprécautionnée. Soyez délicate et même scrupuleuse sur la

charité; ne dites jamais de personne ce que vous ne seriez pas bien aise qu'on dît de vous ; couvrez les défauts du prochain et rendez-vous l'avocate des absents ; faites-vous tellement connaître qu'on n'ose devant vous prendre la liberté d'attaquer le prochain; vous vous ferez encore plus de bien qu'à lui, puisque vous ôterez un des plus grands obstacles à votre salut ; étendez cela jusque sur les railleries un peu piquantes et recourez souvent à Dieu pour obtenir la grâce de résister au torrent de l'exemple et de la coutume, qu'on dirait à présent être le seul Évangile du monde, tant ses partisans ont soin de s'y conformer: mais vous en connaissez un autre qui doit être la règle de votre conduite et dont vous ne devez jamais vous départir. Gardez-vous bien d'épouser les inimitiés de votre famille ni de vos amis ; vous êtes chrétienne et en cette qualité obligée de pardonner toutes les injures et les mauvais services ; on ne vous en rendra

jamais de pareils à ceux que Jésus-Christ, notre divin modèle, a pardonnes dans le temps même que la haine de ses ennemis était plus envenimée. Nous ne pouvons être de vrais disciples d'un tel maître si notre amour pour nos frères ne l'emporte et ne triomphe de leurs mauvais procédés à notre égard. Les maximes du monde sur ce sujet sont, si je l'ose dire, détestables et absolument contraires à celles du divin Testament de notre Père ; lisez de quelle manière il traite le perfide Judas à la Cène et au jardin: pourrait-on ménager avec plus de douceur le meilleur de ses amis? suivez cet admirable modèle, ne conservez aucun ressentiment et ne comptez pour ennemis que ceux de Jésus- Christ et de votre salut. Je ne puis régler la manière d'en user avec ceux que votre famille voudra que, vous regardiez comme tels, mais j'espère que la tendresse vraiment chrétienne dont vous ferez profession vous con-

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duira et vous fera agir avec prudence pour ménager tout le monde et ne rompre avec personne.

Aimez à être occupée: le travail est un amusement et un plaisir pour les personnes qui en ont le goût, c'est un grand secours à la légèreté des jeunes filles qui, sans cela, se trouveraient exposées à bien des dangers. Vous pouvez voir dans saint Paul les mauvais effets de l'oisiveté quand il parle à Timothée de l'égarement des jeunes veuves ; elles sont, dit-il, fainéantes, curieuses, courant de maisons en maisons et parlant de choses dont elles ne devraient poi?it parler. Faites-vous un devoir de remplir vos journées et de travailler, soit pour votre entretien, soit pour les pauvres, soit pour l'église, et si vous n'étiez pas assez heureuse pour le faire pour ces sortes de bonnes œuvres, faites-le au moins pour votre amusement innocent et pour le plaisir de voir de votre ou-

vrage. Je compte que vous ne passerez point de jour sans lire du moins un chapitre du Nouveau Testament et quelque endroit des Homélies ou de l'Imitation ; si vous pouvez encore donner quelque quart d'heure à des réflexions solides, elles vous seront d'un grand secours; du reste^ soyez occupée, ou seule dans votre chambre, ou avec madame votre mère et mesdemoiselles vos sœurs.

N'oubliez jamais ce qui vous a été dit sur Tajusterpent et sur le désir de plaire. îl faut être propre et mise d'une manière convenable, mais sans tomber dans le ridicule de vouloir attraper la mode en tout ce qu'on peut ; faites voir, au contraire, que vous en pourriez faire davantage et que vous êtes fort au-dessus de ce faible qui entraîne presque tout le monde. On vous dira qu'il faut faire comme les autres; cela est vrai quand les autres font bien, mais non sur ce qui est mal. Je sais qu'une personne mariée doit chercher à

plaire à son mari, mais hors ce cas, le désir exagéré de plaire est pernicieux et conduit aux derniers malheurs.

Vous savez assez le soin que vous devez apporter à bien choisir un confesseur. Quand vous l'aurez choisi, souvenez-vous toujours d'y regarder Notre-Seigneur Jésus-Christ et d'y aller dans un esprit de foi; faites-vous conduire par lui, soyez entre ses mains comme un enfant sur tout ce qui regarde votre conscience ; consultez-le sur les bonnes œuvres que Dieu demande de vous dans votre état, et suivez exactement ce qu'il vous marquera, engagez-le par là à prendre de vous un soin particulier^ ce qui vous sera d'autant plus nécessaire que vous allez être plus exposée.

Je ne puis vous rien prescrire sur l'aumône ; mais ayez le cœur tendre pour les pauvres et premièrement pour ceux de vos terres qu'il faut assister avant tous les autres et à qui vous êtes aussi obligée de procurer des secours spi-

rituels ; c'est un devoir fort négligé aujourd'hui. Donnez aux pauvres selon votre pouvoir ; mais appliquez ce que vous donnerez : ce qu'on donne aux passants est d'ordinaire assez mal donné ; les pauvres honteux ou malades doivent avoir la préférence, toujours pourtant selon la discrétion et la circonstance qu'on ne peut prévoir.

Je ne veux pas oublier de vous dire un mot sur les afflictions : tout bon chrétien doit les prendre de la main de Dieu sans se laisser accabler par la tristesse, ni emporter à la violence de ses mouvements. Si les accidents de la vie arrivaient par cas fortuit, et que nous n'eussions aucune solide ressource, il serait excusable d'y demeurer enfoncées; mais comme rien n'arrive que par l'ordre ou la permission du meilleur et du plus tendre de tous les pères, nous devons toujours baiser la main qui ne nous frappe que pour nous sauver, car s'il mêle tant d'amertume dans notre

vie, c'est de peur que, trouvant ici-bas notre satisfaction, nous ne désirions point d'arriver à la céleste patrie. Gardez-vous donc de murmurer ni de vous plaindre dans les afflictions, puisque tout ce que veut un tel père doit être accepté et même agréé de ceux qui ont l'avantage d'être ses enfants, et qui savent qu'après quelques moments de légères peines, ils doivent partager pour une éternité la gloire et le bonheur de ce Dieu aussi puissant que bon. Que n'y aurait il pas à vous dire delà dévotion à la Sainte-Vierge? La solide dévotion, soit à la Sainte-Vierge, soit aux saints, est celle qui nous porte à avoir en horreur et à fuir avec soin tout ce qui peut offenser Dieu, et à imiter de leurs vertus celles qui sont plus conformes à notre état. Cela n'empêche pas qu'on n'entre avec simplicité dans certaines dévotions approuvées de l'Eglise, pourvu qu'on n'y mette pas toute la confiance du salut^ et qu'on ne les préfère point à ce qui est

d'obligation et aux devoirs de son état. Il faut estimer toutes les pratiques de piété approuvées, mais il n'est pas à propos de les embrasser toutes ; la plus généralement reçue est le chapelet; aimez-le et récitez-le autant que TOUS pouvez, et, loin d'avoir de la peine à le montrer, faites-vous une gloire qu'on sache que vous en avez un et que vous estimez cette pratique; ce sera un moyen de vous rendre la Sainte-Vierge propice et vous savez combien sa protection est puissante auprès de Dieu ; c'est notre mère et une mère remplie de bonté et de tendresse : ainsi il est bien juste que nous l'aimions et que nous tâchions de lui rendre tout l'honneur dont nous sommes capables surtout à l'approche de ses fêtes.

Ne perdez pas cette bonne habitude, remplissez-vous toujours des mystères selon l'esprit de l'Église; étudiez avec soin les vies des saints qui conviennent le plus à la

profession où Dieu vous a mise, pour en faire la règle de votre conduite.

La vie chrétienne est une vie sérieuse, pénible et par conséquent formellement opposée à la mollesse qui règne à présent ; ne vous y laissez pas aller, ma chère fille, et ne croyez pas qu'il vous soit permis de faire comme les autres. Dieu veut bien que nous prenions quelques moments de plaisir pour nous délasser un peu et pour mieux poursuivre notre travail, mais ce ne peut être qu'un effet de l'aveuglement ou de l'ignorance des chrétiens, de passer la plus grande partie de la vie à se divertir, puisque c'est renverser l'ordre établi de Dieu, et perdre un temps dont sa bonté veut que nous achetions Téternité. Nous avons assez de vrais besoins sans en imaginer encore de nouveaux, si inutiles et si dangereux.

Il reste encore un devoir important, mais bien peu connu dans le monde, quoique nécessaire, c'est ce que tout chrétien doit à son

roi ou à tout homme revêtu de son autorité qui est celle de Dieu même. Quand même il n'aurait ni religion, ni bonté, ni justice^ vous n'en seriez pas moins obligée d'obéir à ses lois en tout ce qui ne s'oppose point à celles de Dieu; ainsi, loin de vous plaindre et de murmurer des secours que la guerre oblige à tirer de ses peuples, vous devez porter les autres à s'y rendre de bon cœur, parce que le besoin général de l'Etat est celui de chaque particulier, qui ne peut être en sûreté dans sa maison si on ne le garde de ses ennemis, et on ne peut l'en garder sans avoir de quoi faire subsister les troupes nécessaires à ce dessein, à quoi il est très-juste que chacun contribue puisque chacun y est intéressé. On convient assez volontiers de ce raisonnement; on le fait même aux autres dans l'occasion, mais quand il est question d'en venir à la pratique, personne ne veut en porter la charge et on n'épargne rien pour en exempter ses terres,

ce qui est une grande injustice, parce qu'en cherchant à se soulager, on en accable d'autres; au lieu que chacun souffrirait moins si tout le monde consentait de souffrir un peu et voulait porter une partie de la charge; mais on veut trouver des raisons et des impossibiHtés ; ce ne sont que des prétextes suggérés par l'intcret et par l'injustice très commune dans le monde et dont même souvent on se fait honneur; par exemple, sur les douanes, les droits d'entrée et autres, on se vante de savoir mille moyens de s'échapper et de tromper habilement, ce qui pourtant me paraît une injustice et une désobéissance aux lois de l'Etat. Le monde n'en raisonne pas ainsi, et on vous trouvera plus que scrupuleuse d'y regarder de si près; cependant, ma chère fille, ce n'est point un conseil ni une œuvre de surérogation ; c'est une obligation prise pour toutes sortes de personnes; mais combien de gens n'ont pas eu l'avantage d'être

instruits de leurs devoirs, et qui ne pèchent que par ignorance ! Votre exemple plus que vos paroles doit les éclairer et les redresser; s'il se présentait quelques occasions d'en parler, ne les perdez pas; dites franchenaent ce que vous avez appris à ce sujet, et faites volontiers part aux autres des maximes droites et solides qu'on vous a données.

Parlez peu et écoutez beaucoup jusqu'à ce que vous soyez un peu formée sur chaque chose. Ne paraissez étonnée de rien; ne demandez guère ce que vous ignorez qu'à madame votre mère, parce qu'il serait à craindre que vos questions ne fussent pas reçues des autres d'une manière favorable pour vous, et une mère se trouve obligée d'instruire ses enfants sur tout.

Ménagez, épargnez pour ne pas prévenir d'abord contre vous et de peur qu'on ne vous croie dépensière ; laissez à madame votre mère le soin de penser à vous faire de petits

présents; ne l'importunez point par des demandes pour votre habillement ou pour votre plaisir.

Ne croyez point qu'on vous approuve parce qu'on ne dit mot ; vous seriez longtemps à charge sans en être avertie, car dans le monde on se plaint des personnes à tous autres qu'à elles-mêmes, à moins d'une amitié plus solide et d'un intérêt plus sincère qu'il ne s'en trouve aujourd'hui.

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