CHAPITRE XII. ! CHAPITRE XIII
Qw loote oatnre nt boonf , même relie qui e«t comiptible.
Je compris aussi que toutes les choses qui se coTTonipeot sont bonnes , et qu'ainsi qu'elles ne dourraient se corrompre si elles étaient souverainement bonnes , il ne se pourrait faire aussi qu'elles se corrompissent si elles n'étaient pas bonnes. Car si elles avaient une souveraine bonté, files seraient incorruptibles, et si elles n'avaient rien de bon, il n’y aurait rien en elles capable d'étre corrompu , puisque la corruption nuit à ce qu'elle corrompt , et (|u'elle ne saurait j nuire qu'en diminuant le bien. Ainsi, ou la corruption n’apporte point de damma(;e,ce qui ne se peut soutenir ; ou toutes Irschases qui se corrompent perdent quelque bien, ce qui est indubitable. Que si elles avaient perdu tout ce qu’elles ont de bon , elles ne seraient plus du tout. Autrement, si elles sultsislaient encore sans pouvoir plus être corrompues, elles seraient dans un état plus parfait qu'elles n'étaimt avant d'avoir perdu tout ce qu'elles avaient de bon, pu'isqu'elles demeureraient toujours dans un être incorruptible. Or, qu'y aurait-il de plus eitravapfant que de dire : que les choses devieiment meilleures par la perle de tout ce qu'elles ont de bon?II est donc clair qu'elles ne seraient point du tout , si elles étaient privées de toute la bonté qu’elles possèdent. D'oû il s'ensuit que tant qu’elles subsistent, elles sont bonnes; et que toutes les choses qui sont, sont bonnes ; et que ce mal dont je cherchais l’origine avec tant de soin n’est nullement une substance, puisque si c’en était une, ce serait un bien et non pas un mal; car, ou ce serait une substaitce incorruptible, ce qui serait un très grand bien, ou ce serait une substance corruptible , laquelle ne pourrait être sujette à corroptitm , parce qu’elle serait bonne.
Aiasi, je vis et reconnus clairement que vous n’avez rien fait que de bon , et qu'il n’y a point de substance qui ne vous doive son être. Car encore que vous n’ayez pas créé toutes choses dans un égal degré de bonté , elles le sont néanmoins tontes, parce qu’elles sont toutes bonnes chacune en particulier; et elles sont Iris bonnes toutes ensemble , puisqu'il est dit de tous vos ouvrages , qu’apris les avoir considérés , vous les avez trouvés tris bons.
Qu‘ll a'j » riea que de boodâiu h» oavragnde DIca.
Quant i vous, mon Dieu, il n'y a point de mal, non -seulement au regard de vous, mais même au regard de cet univers que vous avez créé, parce qu'il n’y a rien hors de lui qui soit capable de s’y introduire comme par farce et avec violence , et de troubler l'ordre que vous y avez établi. Il est vrai que quaut aui créatures particulières dont est^ximposé le monde, il y en a quelques-unes que l'on estime mauvaises, parce qu'elles ne conviennent pas i d’autres; mais elles sont bonnes néanmoins, parce qu’il y en a d'autres auvquelles elles convienneut , et qu'en elles-mêmes elles sont bonnes. Et tontes ces choses qui ne conviennent point entre elles, conviennent i la partie inférieure du monde que nous appelons la terre, laquelle tire de l'avahtage d'avoir au-dessus d'elle un air plein de vents et de nuées.
Et bien qu'A considérer ces choses séparément, je puisse désirer qu’elles fussent meilleures qu'elles ne sont , je n’aurais garde néanmoins de désirer qu'elles ne le fussent point en tout, puisque, quand elles seraient seules, je devrais toutefois vous louer de les avoir ^ites, parce que toutes vos créatures , les animaux de la terre , les dragons et toutes les eaui , le feu , la grêle , la neige, la glace et ces tourbillons qui vous obéissent, les montagnes, les collines, les arbres fruitiers et les cèdres, les bêles, les reptiles et les oiseaux , les rois du monde et toutes les nations, les princes et tous les grands, les jeunes, les vierges, les vieillards et les enfans, que toutes vos créatures, dis-je, font voir sur la terre que vous êtes digne de louange.
Mais quand je considérais qu’on vous loue aussi dans le ciel, et que tous vos anges, toutes vos puissances, le soleil, la lune, les étoiles, la lumière, les çirux des deux , et les eaux qui sont au-dessus des cieux chantent incessamment vos louanges , les louanges du Dieu qui les a créés et qui est assis sur son trône au plus haut du riel, je ne souhaitais point qu'ils fu.went meilleurs qu’ils ne sont, parce que je considérais généralement tous vos ouvrages. Et quoique j’estimasse que les supérieurs étaient plus nobles et plus cxcellens que les inférieurs, je jugeais néanmoins, et avec grande raison, qu'ils va-
CONFESSIONS DE SAINT
(aient inieui tous ensemble que les seuls êtres supérieurs, considérés en eux-inéines et séparément.