‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 160 sur 684 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

U* U d« cftle vtf.

lorsque je serai uni à vous dans toutes les puissances et toutes les parties de mon âme, je ne sentirai plus de travaux ni de douleur, et ma vie sera toute vive et toute pleine de vie, lorsqu'elle sera toute pleine de vous ; car, au lieu de rendre l'âme plus pesante en la remplissant , vous la rendez au contraire plus active et plus légère. Et ce qui fait que je suis encore à charge à moi-méme , c’est que je ne suis pas entièrement rempli de vous.

Les vaines joies, qui mériteraient d’ètre pleurées , combattent dans mon esprit avec les heureuses tristes.sesdunt nous nousdevrionsr^ouir, et je ne sais de quel cOté tourne la victoire. Hélas! Scignetir,ayez pitié de moi. Les mauvaises

tristesses combattent dans mon esprit avec les joies saintes, et je ne sais de quel eùté tourne la victoire. Hélas! Seigneur, ayez pitié de moi; faites miséricorde à celui qui en a tant besoin. Vous voyez que je ne vous cache point mes plaies. Vous êtes médecin, et je suis malade; vous êtes tout plein de miséricorde , et je suis tout plein de misère. Et qu'est-ce que toute la vie que nous menons sur terre, sinon une perpétuelle tentation?

Qui est celui qui souhaite et qui aime les if' dictions et les peines? Aussi vous voulez seulement qu’on les souHiœ , et ne commandez pas qu’on les aime. Mul n’aime les maux qu’il tanif- (ce , quoiqu'il aime la souffrance de ces maux ; car encore qu’on se réjouisse de souffrir ce qu’Q làut souffrir, on aurait néanmoins plus de joie de n’avoir rien à souffrir. Dans l'adversité , je souhaite la prospérité ; et dans la pospérité j'appréhende l'adversité. Peut-on trouver un état qui soit comme un milieu entre ces deux différens états et oû notre vie ne soit point sujette â tentation ? Deux raisons rendent malheureuses les prospérités du siècle; l’une , de ce qu’elles sont aceompagnées de la crainte de l’adversité , l'autre , de ce qu’elles nous corrompent par la joie qu’elles nous causent. Et trois raisons rendent malheureuses les adversités du siècle : la première, de ce qu’on y désire la prospérité ; la seconde , de ce que la mauvaise fortune est ellemême difficile â supporter; et la troisième, de ce quelle fait assez souvent succomber notre patience. Et ainsi n'est-il pas vrai de toutes parts que la vie des hommes sur la terre est une tentation continueUe?

Page 1