CHAPITRE IL
Il puMie RiiiMcordcs de Dkoi.
Voilà bien des grâces , 6 inon Dieu , mon divin Créateur, que je viens de vous demander, quoique, loin d'en mériter aucune , je ne mérite que des peines. Ce qui m'anime donc , c'est l'exemple du publicain, du bon larron, de CCS gens de mauvaise vie qu'il vous a plu de convertir ; de ce nombre si rare mais d'autant plus heureux, que non-seulement vous avez tiré dans un instant de la gueule de l'ennemi , mais que vous avez même reçu dans votre sein, comme le pasteur si charitable de ces brebis égarées. (Quoique vous soyez, ù mon Dieu, si digne d'admiration dans toutes les créatures de l'univers qui sont l'ouvrage de vos mains, il semble que votre graitdeur éclate encore tout autrement quand vous faites miséricorde. C'est sans doute ce qui bit dire à un de vos serviteurs ;
• Dieu te pbit à répandre ses miséricordes sur tous set ouvrages ; « et dans un autre endroit , comme s'il ne voulait parler que de chacun de vos élus en particulier, qui tous ensemble composent votre peuple , il anime encore plut notre espérance en vous , par ces paroles si consobntes : I Je ne retirerai jamais de dessus son àme ma miséricorde infinie. > Vous ne rejetez avec mépris et avec horreur que ceux dont le GŒur et l'esprit sont corrompus jusqu'à n'avoir point de goût pour votre loi. Mais si vous faites ressentir les terribles effets de votre colère aux pécheurs endurcis, quelles grâces ne répandezvous point sur ceux mêmes d'entre eux qu'il vous plaît de convertir ! Que je suis malheureux, ô mon Dieu, mon seul salut, mon seul asile, d'avoir excité contre moi votre colère! J'ai péché devant vous, j'ai mérité de ressentir les efftts de votre fureur après l'avoir tant irritée. Cependant vous l'avez souffert; vous souffrez même actuellement tous mes péchés, toutes mes misères. Votre seule miséricorde me fait repentir de mes butes, et m'accorde le pardon des fautes dont je me repens. Si vous voulez bien me recevoir dès que je reviens à vous , ce u'est au.ssi que par vous que je puis y revenir : si je diffère même, vous ne laissez pas de ?n'atlrndre. Vous voulez bien me rappeler de mes igareinens.
SAI.NT AUGUSTIN, vaincre mes répugnanc« à votre sainte loi, animer ma tiédeur, m'embrasser même comme votre enfant , m'instruire dans mon ignorance, adoucir mes chagrins , ne pas souffrir que je me perde, me domier quand je suis tombé, me donner quand je demande, me faire trouver lorsque je cliertbe, m'ouvrir enfin lorsque je frappe à votre porte.
Je ne sais , 6 mon Dieu , que répondre aux reproches de ma propre conscience : je ne puis trouver d'asile que dans votre miséricorde. Nonseulement vous m'avez montré b voie d'une vie vraiment sainte, vous m'y avez même fait mai^ cher; non-seulement vous m'avez menacé d'un malheur éternel si je l'abandonnais , vous m'avez promis même une éternité de bonheur si j'y marchais jusqu'à la fin! Présentement donc, Père de miséricorde. Dieu de toute coosobtioo, percez ma chair mortelle de votre crainte salutaire , pour me faire éviter les maux dont vous nous menacez, et me rendez la joie de votre salut , pour me faire jouir par votre amour des biens que vous nous promettez, inspirez-moi , 0 mon Sauveur, mon unique soutien , ce que je dois penser de vous ; apprenez-moi les termes par lesquels il but que je vous invoque, et me bites accomplir les œuvres par oû je puis vous plaire. Cependant je ne suis pas à savoir ce que vous voulez bien ne pas mépriser, et qui peut même vous loucher; c'est le sacrifice d'un esprit saintement troublé de ses butes : vous ne rqjetez jamais un cœur contrit et humilié. Puissiez-vous donc , ô mon Dieu , notre seul secours, nous accorder des grâces si particulières quelles puissent nous protéger contre nos ennemis; éteindre en nous les flammes de b concupiscence; nous porter continuellement à recourir à vous comme à notre unique ressource dans nos passions même les moins violentes! Nepenncllez pas. Seigneur, vous qui seul pouvez me sauver, que je sois du nombre de ceux qui ne croient que potir un temps , et qui succombent aux tentations. Mais donnez-moi une fin vive qui me tienne lieu de casque dans le combat ! Soyez mon unique espérance, mon unique salut au jour de l'affliction. Je viens de vom demander, 0 mon unique lumière , bien des grâces dont j'ai besoin. Quand je rentre en moi-même , j'y trouve milb sujets de remords qui me font trembler de frayeur; et celte crainte toute seule pourrait
enlever de mon mur les semences de votre smour, ou les rendre su moins inutiles. Ma vie psss^ me fait trembler; mais votre bontt, qui ne passe point , m'anime de confiance en vous. Sans un si puissant secours , les seuls fantômes qui me restent encore de mes anciens dér^lemens ne suffiraient que trop pour triompher de ma faiblesse. Ne permettez donc pas que J’aie la présomption de me croire de moi-même capable du moindre bien.