‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 296 sur 684 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Il iavoque et loue Ditti.

Dieu est donc la seule vie véritable et souveraine. Cest de lui seul, par lui seul , en lui seul, que vit tout ce qui vit dans un véritable bonheur. Dieu seul est la bonté souveraine et la souveraine beauté : il est le principe par qui seul et cil qui seul tout ce qui est beau est beau, et tout ce qui est bon est bon. O Dieu qui nous animez par la fui , qui nous soutenez par l'espérance et qui uous unissez i vuu.s par votre amour, A Dieu qui nous ordonnez de vous demander vous-méme i vuus-méme, et qui nous accordez h grâce de vous trouver, qui nous ouvrez dés que nous frappons â la porle de tolre miséri-

S.AI.Vr AL'GLSn.N. 261

corde, A Dieu qui éirs tellement notre centre, que c'est tomber que de s'éloigner de vous, que c’est se relever que de retourner vers vous, que c'est être enfin dans une situation ferme et sûre que de demeurer rn vous; A Dieu que l'on ne peut perdre que par des voies d'erreur , que l'on ne peut chercher que par la voie de la vérité , et qu'enfin l’on ne peut trouver sans être véritablcmcDt revenu de tous ses égaremens; ù Dieu qui êtes de telle nature, qne vousconnatire c'est vivre, que vous servir c'est régner, que vous louer c'est goAter les bcureu.se.s prémices du salut de notre âme; que mun «eur et mes lèvres puissent â jamais vous louer, vous bénir, vous ado rer de tout leur pouvoir , vous rendre d'humbles grâces des biens infinis dont vous m'avez comblé avec tant de bonté et de miséricorde , et que je puisse â jamais m'écrier avec vos saints anges : • Que vous êtes saint, A mon Dieu , que vous êtes saint et infiniment saint ! s Puissiez-vous donc , A bienheureuse Trinité , venir dans mun âme , et h rendre digne de servir de sanctuaire â votre majesté infinie. Puissiez-vous, A Père étemel, par votre Fils unique; puissiez-vous, A Filsadorable, par votre Père Éternel; puissiez-vout, A Saint-Esprit , par le Père et le Fils, déraciner de mon cirur tout ce qu'il peut y avoir de vket, et y répandre les semences de toutes tartes de vertus! O Dieu souverainement imiDeiue, de qui toute créature, tant invisible que visùile, tient ton origine , par qui seul et en qui seul elles subsistent toutes , qui n'éles autour d'eUes que pour les défendre, en elles que pour remplir de la plénitude de votre être le vide de leur néant , au-dessus d'elles que pour les protéger , et s'il est permis de se servir de ce terme, en un sens au-dessous d'elles pour les soutenir, je suis l'ouirage de vos mains, je n'ai d'espérance et de confiance qu'en votre miséricorde, préservez moi dans ce licu-d, et quelque part que « puisse être, présentement et toujours, au dedans de moi - même aussi bien qu'au debnrs , de tous les pièges de mes ennemis. Vous êtes , A Dieu tout-puissaut, le protecteur de tous cens qui n'espèrent qu'en vous , et l'on ne peut que par vous se préserver ni se tirer d’aucun danger. Vous êtes le seul Dieu du ciel et de la terre: il n'appartient qu'â vous de faire des choses dont les grandeurs et les miTvcilles soient incompréhensibles et le nombre iiirmi. Il n’apimr

2GÎ MÉDITATIONS DK

lient qu'à vous d'àtre l'objet des luuan|;es et des cani i<|iies de tous les saints anges du ciel. Toutes les puissances des eieus rliaulent sans cesse votre gloire, et vous sont humblement soumises, comme des m'alures à leur Créateur, des serviteurs à leur maître, des sujets à leur roi. Toutes vos rniaturrs |>arlrnt à leur manilre de votre grandeur suprême , ô sainte et indivisible Trinité; mais de toutes vos créatures, ce sont les esprits bienlieurriii qui savent vous louer de J manière la plus partàile.

CHAI’ITHK XXXIII.

Il dniisadr S Iheu la srlcr de le kmee disaefneal

Après CCS heureux citoyens de la Jérusalem céleste, après les ordres et les chœurs de tous ces esprits bienheiircui, qui vous adorent hiimlilenieot a chantent sans cesse votre gloire immortelle, ceux qui savent voua louer le plus parAitement , ce sont les justes et les saints, les vrais humbles de cœur. Lliomme ne peut donc vous louer d'une manière aussi parfaite a aussi merveilleuse que ces bienheureux citoyens de la Jérusalem céleste; mais puisqu'il est, après eux, la plus excellente portion de toutes vos créatures, qu'au moins U ne cesse jamais de vous louer, 6 mon Dieu, autant que le peut permatre l'ftat de cette vie.

Quoique je ne sois, A mon Dim, qu'un homme faible rt qu'un pécheur, je ne laisse pas de désirer aver ardeur de vous aimer et de vntis louer; vous êtes, A mon Dira, toute ma vie, tonte ma force, le seul digne objet de notre ammn' rt de nos louanges. Permettez - moi donc de vous louer. Répandez dans mon eœur une assez vive lumière pour me foire méditer sans cesse votre gloire infinie. Apprenez- moi des termes as.sez dignes de vous. Mais comme la plus parfaite louange ne sied point dans la booclie d'un péebrar, et que je suis un homme dont la langue et les lèvres ne sont point assez pures pour entreprendre de vous louer, daignez les purihrr vous-même de toute impureté. Sanctifiez mon esprit a mon cœur, sanailiez mes sens même,

A source uniqtir de tonte sainteté , qne je puisse vous louer d'une manière digne de vous. Recevez le sacrifice de mes lèvres comme une effiisk)o de mon cieur. Qne mon àine embrasiW* du fou de votre amour, vous offre de continuels

SAINT ALGLSTIN.

vœux dont l'ardeur nxmte jusqu'à vous comme un parfum délkieui. Que votre seul souvenir fosse tout le bonheur et toute la joie de mon àme, et qu'il l'enflamme du seul amotir des choses invisibles. Que tous les objas visibles rt temporels , terrestres et sensibles, lui servent d'autant de degrés pour s'élever jusqu'à ceux qui ne sont point sujets au temps, qui sont tout célestes, tuut spirituels , dont enfin la seule vue peut nous rendre hraraix à jamais.

üéternelle vérité , A véritable charité, A chère éternité , vous n'Hes pas moins que mon Dieu. Je soupire sans cesse après vous; je ne vous perds jamais de vue , a je oc désire désormais que de vous posséder. Quiconque vous connaît , Seigneur, connaît la vérité, la charité, Téternité. Vous êtes la vérité même qui présidez à tout ; mais nous ne saurions vous voir tel que vous êtes, que vous ne nous ayez tirés de cette vie mortelle oA rèipie un si terrible et si profond aveuglement , que l'on n'ose que trop souvent nous demander oA est notre Dim. Pour moi, je vous dis à vous-même : «OA puis-je, A mon Dieu, vous trouver? •Quelquefois je respire en vous dans la dilatation de mun cœur, quand je m'abandonne au plaisir de vous contempler et de publier vos merveilles; mais je retombe bientôt dans un abîme profond de tristesse et d'ennui; je sens parfaitement que je ne suis qu'un profond abîme de misère. Pour lors je m'adresse à mon àme par cette foi dont vous avez daigné m'éclairer , A mon Dieu , même au milieu de mes ténèbres. Pourquoi , lui dis-je, vous abandonnez-vous à des* pensées si tristes, qui ne peuvent qne me troubler? lispérez au Seigneur; sa parole est comme un flambeau qui seul peut éclairer mes pas. iSe cessez donc point d'espérer qu'il n'ait détruit les impies, ces enfans de ténèbres , et que sa tolère ne soit entièrement passée. Nous n'étkms autrefois nousmêmes que de dignes eufons de cette même colère; nous n'étions que ténèbres, etnousn’en partons même encore que de lmp puissans restes dans un corps que le péché a rendu siyet à la mort. Mais ne lais.sez pas , A mon àme. d'espérer au Seigneur, jusipi'à ce que toutes ces ombres soient dissipées, cl (|u'iin heureox jour leur ail succédé. Je me lèverai dès le malin pour contempler mon Dieu , dont la vue seule est mou salut. Il ressuscitera im-me tpielrpie jour

MEDITATIONS DE SAINT AUGUSTIN. 2CJ

nm corpa fragiles et mortels, et ne les ressuscitera que parce qu'ils sont la demeure et le temple du Saiut-Esprit , et s'il veut bien habiter en nous , c'est abn de nous rendre enfans de lumière , d'enfans de tdo^bres que nous étions auparavant , et de nous donner mtaie l'espérance du salut éternel. • Autrefriis, ù mon Dieu , nous n'étions que ténèbres , mais nous sommes devenus lumière en vous, quoique nous oc puissions encore vous voir que par la fr)i , et non point fricc à face. Nous en sommes encore  espérer; cl l'on cesse d'espérer dès qu'on voit ce qu'on espérait.

Que tous les chorurs de vos saints anges et toutes les puissances du ciel diantcnt vos louanges iiicessaïuinent, et rendent gloire è votre nom adorable, de n'avoir pas besoin de consulter vos saints écrits pour connaître votre sainte et indivisible Trinité. Ils contemplent sans cesse votre divine essence ; c'est U l'unique livre qui leur apprend votre étemelle volonté : c'est li qu'ils la lisent incessamment , et ils font toutes leurs délices de la connaître et de l’aimer. Ils la lisent sans cesse, et n'oublient jamais ce qu'ils lisent. C’est ce qui leur fait connaître vos desseins immuables ; et plus ils les connaissent , plus il les adorent. Ce livre , ù mon Dieu , leur sera éternellement ouvert ; et ce livre n'est pas moins que vous-méme. Que toutes ces puissances et toutes ces vertus des cieui sont heureuses , Seigneur, de pouvoir vous louer pour toqjours d'une manière si pure et si sainte! Ils y trouvent des douceurs qui passent toute idée. Ce qui friil touticurbonheur et toutes Icursdélicesrstirseul objet de leurs louanges. Comme ils ne cessent jamais d'en voir les beautés infinies, ils ne cessent jamais non plus de le louer et d'étre heureui. Pour noos, b mou Dieu, qui sommes accablés du poids de notre chair mortelle, qui gémissons encore dans ce triste exil où nous sommes si loin de vous , et qu'une infinité d'objets si différeos que le monde nous présente , détournent de vous incessamment , nous ne saurions vous louer d'une manière digne de vous ; et noos ne pouvons tout au plus vous voir que psr la foi, et non pas encore face à face. Mais pour ces esprits bienheureux, ils vous contemplent face à fwe , et non plus par la foi. Cest par-U que nos louanges sont si différentes des leurs. Mais quelque différentes qu'elles puissent

être, c'est toujours à vous seul, 6 Créateur de toutes choses , qu'on offre le sacrifice de louanges sur la terre et dans le ciel. Cependant, 0 mon Dieu, nous espérons de votre miséricorde d'étre unis quelque jour à tous ces esprits bienheureux pour vous voir et vous louer toute l'étemilé.

Que mon cceur et mes lèvres , 6 mon Dieu, ne cessent jamais de vous louer , que ce qui me reste de temps i vivre dans ce corps fragile et mortel, que tout ce qu'il a de plus intime en moi vous dise inressamment , .Seigneur :• Y a-t-il rien de semblable à vous ? » Vous êtes le Dieu puissant. Nous reconnaissons trois personnes en vous, qui n'avez toutes trois qu'une seule et même substance. Nous vous adurons donc, 0 sainte et indivisible Trinité, qui n'étes qu'un seul Dieu. Nous vous adorons humblement , Père étemel , non engendré , Fils unique du Père , Esprit-Saint , qui procédez et du Père et du Fils, et qui leur êtes uni de toute éternité. Cest vous seul, d mon Dieu, qui par votre toute-puissance , nous avez tirés du néant. Nous nous sommes perdus depuis par notre propre foute; ensuite, vous nous avez rachetés par votra bouté infinie , d'une manière qui pas.se tout sentiment et toute idée. Ne permettez donc pas , O mon Dieu, que nous soyons assez ingrats pour ne pas vous rendre éternellement d'humbles grlces de tant de bienfaits , dont nous étions si indignes. Nous vous demandons de toute l'ardeur de notre cœur, de vouloir bien augmenter en nous tout ce qu'il vous a plu d'y mettre de sentimens de foi , d'espérance et de charité. Accordez-nous la grlce d'étre non-seulement inébranlables dans la foi , mais de la prouver toute notre vie par de dignes et saintes œuvres, qui nous conduisent un jour par votre sainte miaéricorde à la vie étemelle , en sorte que contemplant votre gloire telle qu'elle est, noos adorioas éteroellement votre mqjesté infinie, et que nous chantions à jamais la grâce toute gratuite qui seule nous aura rendus dignes de voir vos beautés ineffobirs. Gloire au Père étemel, qui nous a tirés du néant ! gloire à son Fils unique , qui nous a rachetés! gloire 1 leur Esprit-Saint , qui nous a rendus saints nous-mêmes! Gloire à cette Trinité suprême et indivisible jusques dans ses opérations! Gloire à< cette adorable Trinité, dont l'empire souvetain subsiste de toute éternité et subsistera éterncllrment! Toute louange.

tout Imnnrur , toute i;Iairr , toute bénédiction, toute action de firâccane conviennent qu'l vous. Oii'i jamais notre esprit et notre cieur vous adorent donc, ô Dira tout-puisiuint , source infinie de lumière et d'ardeur 1

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