LE HOI THÉODORIC
«Les demandes que nous font les rois nos voisins, excités par la haute opinion des choses vues chez nous, sont d'autant moins à rejeter que, pour l'ordinaire. Ü résulte plus d’avantage des petites choses que des plus grandes. Souvent, en effet, ces petites choses offrent d'agréables distractions que ne peut procurer toute la puissance des armes. En cherchant ainsi un délassement on sert encore l’État; car après les délasscniens donnés par le plaisir on passe plus aisément aux oecu|>aiions sérieuses.
* /'aharum, I t , ep. 45.
LRS AL'TELiRS. \:>
a \a seigneur des Burgondes nous prie iuslamment de lui envoyer, avec des ouvriers habiles, deux horloges semblables i celles que tu lui as montrées, l’une qui se règle par le cours de l’eau, et l’autre qui retrace la marche du soleil. Ce qui est pour nous un plaisir d'habitude, parait A ces j>euplcs une merveille. Ils «lésirent donc voir ces objets qui les ont frappés d’étonneiiMUit; c’est cc qu'il a chargé ses ambassadeurs de ne dire.
«Nous savons que tu es si profondément versé en tout genre de science, que ces arts que les autres pratiquent tous les jours . comme par un instinct vulgaire, tu les as étudiés jusque dans leur source même; car si tu as fréquenté les écoles d'Aihènes si éloignées de nous . si tu as l<mg-lemps montré la toge romaine au milieu de ces peuples vêtus du ftallium. c'était pour naturaliser à Rome les scicua’s de la Grèce. Tu connais aussi bien les sciences de spéculation que celles d’exécution, en sorte que tout ec que les desrendans de C.écrops out inventé de remarquable, tu en as doté les illustres descendants de Romulus. Grâce à tes tradurtious.les Romains peuvent lire et entendre aujourd'hui les écrits de Pytbagore sur la musique . de Ptolémée sur l'astrouomie. de Nicomaque sur l’arithniélique. d'EucHde sur la géométrie, de Platon sur la théologie. d'Aristote sur la logique. Ainsi tu as rendu le mécanicien^ ArchimMe à la Sidie sa patrie . en lui faisant parier la langue des latins. Rome, en un mot. te doit A toi seul la connaissance de ce qu'ont produit dans cette Grèce féconde, tant de génies divers dans des Ktences diverses; et tu les as présentés dans un style si riche et si clair que ceux qui sauraient les deux langues pourraient préférer tes traductions aux originaux.
« La connaissance des quatre branches des mathématiques t’a facilité l’entrée dans les voies les plus serrètes de la science mécanique qui s'appuie sur riles. Guidé par tes auteurs favoris lu as l»éDétré jusque dans les entrailles de la nature. Il n'est rien en effet qui puisse n^isier A 1a puissance de la mécanique. Elle familiarise avec les miracles et sait montrer comme faciles des choses que les hommes ne peuvent s'attendre à voir, et qui leur font jouter de la fidélité de leur propre vue quand il les voient réellement exécutées. La science mécanique sait soulever les eaux et les faire retomber A son gré; elle mesure et dirige l'activité du feu ; elle enfle les orgues d’un soufle artificiel pour leur foire exécuter avec art les airs les plus harmonieux. Par sa puissance les fortifications chancelantes des villes se relèvent et se raffermiisent d’une naanière si solide que. celui qui désespérait de leur résistance les voit braver sans effort l'atisque des machines de guerre. Par son
IG
NOTICE SUR LES AUTEURS
M-coara les corps Intmides se dessèdient dans l’eau de mer; les corps dess^bés sont forcés de s'^ assouplir. Elle forme, A l'aide de l’airain, des taureaux qui mugissent , des serpens qui sifflent et des oiseaux qui apprennent comme b reprendre leur voix naturelle et à cbarmer par la douceur de leurs chants.
<1 Cest peu encore que ces jeux du génie de la mécanique! Ne sait-elle pas imiter jusqu'au dH? N'a-t-on pas, sur la sphère d’Archimède, fait décrire au soleil sa course circulaire du zodiaque? Elle a su y varier les diverses phases lumineuses de la lune. Elle sait, sous la plus petite dimension, représenter au vif et comme dans un miixur de la nature, et le monde et le ciel avec scs incompréliensibles évolutions. Car ces astres dont notre oeil trompé ne peut apercevoir la marche, ce ciel qui parait immobile à nos yeux quand notre raison nous apprend qu'il court avec rapidité, la mécanique en calcule et détermine les mouvements. génie ne faut-il pas pour exécuter ce qui est di^A si difficile à comprendre !
«Toi donc qui as une si parfoite connaissance de tous ces objeu, fais-nous, aux dépens publics et sans rien y mettre du lien , les deux horloges demandées.
«La première est celle où l’aiguille marque l’espace du jour , et où les heures sont indiquées par une ombre légère. Ainsi un petit rayon immobile à son centre exécute avec régularité les mouveinens de l’immense soleil. Si les astres pouvaient avoir la conscience d'une telle merveille, ils changeraient sans doute de cours, plutôt que de servir de jouet à l’homme ; car, quel miracle y a-l-il à «* que l'ombre réelle de l'asire hii-mème nous indique les heures, si on peut les obtenir par une petite ombre artificielle? l^hj’y a-t-il de si merveilleux dans la rotation continue des astres , si le métal ductile est forcé par la main de l'homme à représenter la même périodicité de rotation? O puissance de l'art, qui , en se jouant , pénètre et reproduit les secrets les plus intimes de la nature !
« La seconde est celle où ce D'est plus un rayon artificiel du soleil qui sert à mesurer les heures et à partager le temps de la nuit. Pour ne rien devoir aux astres, c'est la circulation de l’eau qui rend compte des mouvemens du ciel. Ainsi l'art donne aux éléments une puissance que la nature leur avait refusée.
«Toutes les sciences, tous les travaux des philosophes ne se proposent qu'un but , c'est de connaître quelle est la puissant» de la nature. La mécanique est la seule science qui cherche à l'imiter, et, s’il m'est permis de le dire, à la surpasser. C'est par elle que Dédale apprit ù se fabriquer des ailes; c’est elle qui, dans le temple de Diane, tenait
suspendu en l’air, et sans aucun lien, un Gupidoo de fer. Elle foit chanter les corps dépourvus de voix , vivre les corps privés de sens, mouvoir les corps dénués de tout mouvement. Le mécanicieii est , s'il est permis de s'exprimer ainsi , l'associé de la nature. Il dévoile ce qui est caché, d<nme on aspect nouveau à ce qui semblait le plus certain, et se faisant un jeu de l'art, voua fait ngarder comme naturels les objets même dont reiisteoce artificielle paraissait impossible ù obtenir.
« Tu as , nous le savons , étudié tout ceU avec beaucoup de soin, fais-nous donc aussitôt que possible ces deux horloges, afin que ton renom parvienne là où ne peut aller ta personne, (^e les nattons étrangères apprennent par toi que nous possédons des nobles égaux en mérite aux auteurs les plus célèbres. Combien de fois ces peuples ne refuseruDl-ils pas de croire à la réalité des olÿeU qu’ils auront sous les yeux I Combien de fois ne prendront-ils pas ces dioees réelles pour tes illusions d’un songe ! Et lorsqu’ils seront enfin revenus de leur stupeur, comment oseraient-ils se dire et se croire égaux à nous chez lesquels ils savent qu’existent des savans capables de telles œuvrts* Salut. »
On voit en effet, par la lettre suivante du recueil , écrite au roi Gondebaud , que les deux bor^ loges forent faites et ravoyées, avec les bommea capables de les monter et de les diriger.
«Vous allez donc, lui dit-il, avoir dans votre pays ce que vousavez vu quelquefois dans la ville de Borne. Il est juste que Votre Grâce, qui nous est alliée par la parenté, puisse profiter de nos dons.
vos Burgondes apprennent de vous à considérer ces travaux si subtiles et à louer les inventkms des anciens.»
I Dans la troisième lettre Théodoric foit un appel au talent de Boèce pour U musique, et nous avons en effet encore de ce savant un traité sur la musique. U parait que le roi des Francs, Clovis, que Théodoric, qui avait épousé sa sœur Audelflède , appelle Ltidvin , consounance plus rapprochée que la nôtre de la forme réelle avait beaucoup entendu vanter la musique de» festins de son beau-père. Il lui écrivit donc pour le prier de lui envoyer un habile joueur de harpe, lliéodoric s’adressa à Boèce *.
«J'ai promis, dit-il , au roi des Francs, de satisfaire à la demande qu’il me fait, uniquement parce que je connais toute ton habileté en musique , et que j'ai compté sur toi , qui es parvenu par te» études aux sommets les plus ardus de cette science, pour me désigner ruomme le plus habile en ce genre Choisis donc le meilleur joueur de harpe
' f 'ariarum, lib. ’i , ep. 4u.
NOTICK SUR LRS AL* TEDRS.
i1<* ootre temps « rt ^u‘il devienne comme un autre Ophée, qui donspu par la suavité de ses accens la dureté du cœur des Gentils. Autant seront vifs les remerctmens qu'on nous adre^ssera, autant, par une équitable compensa lion, je saurai en faire retomber sur toi, pour avoir su à la fois et obéir A mes ordres et te distinguer toi-méme.a
11 eût été à désirer, pour la tranquillité de Boèce, qu’il continuât à s'occuper long>teinps encore des travaux scientifiques qui avaient été l’affection de sa vie entière, et que, ministre d'un souverain arien, bien que catholique lui-mème, il n'usât de son influence politique et de la confiance de Théodoric que pour faciliter une réconciliation religieuse, comme d’autres avaient cherché à ame* ner une fusion politique entre les Goths et les R<Hnains. Théodoric lui avait témoigné depuis plus de vingt ans une grande considération, et dans l'année ô22 il le nomma une troisième fois consul , conjmntement avec son beau-père Symmaqur ; mais le moment n’était pas éloigné où du faite des honneurs et de la prospérité, Boèce allait re* tomber dans l'abime de l’infortune; et en considérant avec impartialité les événemens de cette époque, les apparences, il fàut l’avouer, semblent, jusqu’à un certain point, accuser Boèce et justifier Théodoric.
A l’empereur semi-arien Anastase avait succédé, en 618, sur le tréne de Constantinople, un orthodoxe fougueux , l’empereur Justin , dont le zèle était encore enflammé par celui de sa femme , l’impératrice Euphémie, née comme lui de race barbare. D'autres assurent que loin d’étre le fils d'un paysan thrace, il était, comme Boèce, de la famille des Anicius. (^oi qu’il en soit, il ne fut pas plus tôt monté sur le trône qu'il commença une persécution universelle contre les Ariens. Il les dépouilla de leurs églises, les exclut de tous leurs emplois, confisqua tous leurs biens et menaça leur vie, traitant ainsi en conspirateurs des hommes qui formaient la moitié , et la plus énergique inoilié^dfshabitans de l'empire; car il^ut se rappeler qu'alors, â l'exception des Francs, tous les Bar- ^res qui étaient venus se jeter sur l'empire professaient, extérieurement au moins, l'arianisme. Les Ostrogotbs de l'Italie et leur roi Théodoric, les Visigoibs de la Gaule Nrabonnaise, de i’Aqui* laine et de l’Espagne, et leur roi Alaric,lesSuèves de la Galice, les Burgondes de la Gaule Lyonnaise, les Vandales d’Afrique et llirasimund leur roi, étaient également Ariens et soutenaient les Ariens de l’empire. La persécution allumée contre cette nombreuse secte en Orient enflamma promptement les catholiques d’Italie du même esprit d’imitation. Là on ne pouvait qu écrire et disputer, car U puisuDce politique était entre les mains des
Ariens et de l’habile Théodoric. On écrivit donc et on disputa, et ce furent surtout les doctrines de l’arianisme qui servirent de champ de bataille. Arius, qui vivait au n* siècle, avait publié que le Verbe n'était pas égal â son père et qu’il n’avait pat été de toute éternité, mais qu’il avait été créé de rien et qu’il était du nombre des créatures. Pour réfuter cette opinion schismatique, de nombreux traités avaient été écrits en faveur de la Trinité, et â l'époque dont nous parlons il y eut une extrême acrimonie dans les reproches faits par les Italiens catholiques, exercés dans les combats de la plume et de la parole, aux Goths arien.s qui avaient peu l’usage de ces luttes littéraires. Bo^ se laissa entraîner à y prendre part. Il écrivit d’abord contre les Nestoriens, sectaires du iv* siècle, qui détruisaient le mystère de l'incarnalion du fils de Dieu, en disant que Marie n’était pas la mère de Dieu, mais la mère du Christ. Il réfuta ensuite les opinions des partisans d’Eutycbès, sectaire do V* siècle, qui déclarait que Jésus-Christ avait un corps célesieet non charnel, qui avait passé par le corps de la Vierge comme par un canal, et que sa nature humaine avait été absorbée par sa nature divine, comme le serait une goutte de miel, qui, tombant dans la mer, ne périrait pas, mais serait engloutie; opinion dont la conséciuence nécessaire était que ce n’était pas rbomme-Christ, mais la Divinité elle-même qui avait souffert les douleurs de la passion et la mort. Le suecès de ces ouvrages de Boèce sur les deux natures de Jésus- Christ et contre les Nestoriens et les Eu'ychécns l'cxcilèrent â se jeter avec plus d'ardeur dans la polémique religieuse, et ce Bit cette fois<ontrc les Ariens eux-mêmes qu’il tourna ses armes, dans son traité sur l’unité de la Trinité. Les ennemis nombreuxque luiavaient faits ses vertus publiques CI privées n’attendaient qu'une occasion de lui nuire, et lui-même sembla être allé au-devant de leurs attaques.
'niéodoric, i rrité de voir se multiplier des leva ins de discorde qui pouvaient renverser l’édifice de sa sage politique, résolut d’y apporter un prompt mède. Jusque-lâ il avait montré la fdus parfaite tolérance envers ses sujets catholiques, au point d’étre loué par les papes et eboisi même pour ar^ bitre dans une élection pontificale. II voulut conserver une bonne harmonie qui avait été une des gloires de son règne. Il ordonna donc au pape Jean I'', qui venait d’être élu, en 523, de sc rendre avec son ami le patrice Syminaquc, allié de Boèce, auprès de l'empereur Justin, à Constantinople, |)Our l'engager à modércr la rigueur de scs décrets contre les Ariens, rigueurs qui pouvaient le forcer lui-même à des représailles contre les catholiques. Jean I'' et Symmaque partirent; mais
NOTICE SCR LES AUTEURS
le Niulut de eette amhttude De Àit DolIcfneQt utUfaisaot pour Tb<y)dohc. Les deux ambassadeurs paraisseut avoir proféré le triomphe de leur fui au succ6s de la mission qui leur avait été confiée. t^luelqucs-uns des historiens de Jean I*' disent que, 6er d’aspirer au martyre, il engt^ea Tempe- i rcur à ne se relâcher en rien de Tédit qu'U avait promulgué contre les Arims; d'autres assurent, et ils Teji louent, que voulant concilier autant que possible les devoirs de sa foi et ceux de sa mission, il se contenta d'engager Justin â les modérer dans Texécution, sans consentir à en modifier Ténoncé. A son retour deConstantino|de,Tbéodoric le fit jeter en prison à Ra>ennc, où il mourut peu de temps après, et nomma lui-méme un autre pape, Félix III.
Symniaque, allié de 'doéce et compagnon de Jean l**, dans son ambassade â Constantinople, fut fXiK>sé aux mêmes reproches et à la même indiguatioii de la part de Théodoric, qui le fil aussi jeter en prison et ensuite exécuter comme criminel d'Étau
Boêce fut envelop|)é dans la même disgrâce que ses deux amis. Il fut accusé auprès de Théodoric d'avoir entretenu avec Tempereur Justin , son parent , une correspondance secrète. 11 voulait , disait-on, enlever l'Italie à la domination de souve> rains étrangers et ariens, et la faire rentrer tous celle des empereurs. On produisit même deux lettres de lui dans lesqueUes cette conspiration semblait patente. Roèce déclara toujours que ces deux lettres n'étaient pas de lui et qu’elles avaient été supposées par ses ennemis. C’est ce qu’il assure encore dans un ouvrage où la plus haute morale parle coastâmment par sa bouche, les de la phUosophie^ écrites par lui dans la prison d'où U ne sortit que pour aller à la mort. Boèce ne fut jamais confronté avec ses ennemis, et le téuMignage d’un bouuue aussi honorable, qu'aucune preuve réelle n'iDvalidc,esl sans doute d'un grand poids dans cette affaire. Mais Théodoric avait été blessé de le voir se mêler â une pol^ique religieuse si irritante ; la passion d’une part et Thabiicté des intrigues des ennemis de Boèce de Tau- 1 re , purent entraîner son jugement , et Boèce fut .«vérifié. H fut arrêté â Vérone où U s’était rendu pour présenter la défense de son beau-frère Syminaque, et il fui conduit prisonnier â Pavie, à la fin de Tannée 52-1 ou au commencement de 525.
Tombé du faite de la puissance dans la plus profonde infortune , enfermé dans une dure prison, sous le poids d'uue accusation capitale, Boèce retrouva sa liauteur d'Ame et cette pure philosophie dont il avait été nourri dès l'enfance. Ce fut dansées momens d’une douloureuse solitude qu’il écrivit le plus beau de scs ouvrages, son véritable If^s â la postérité.
Les (Consolations de la philosophie, écrite» p»r Boèce dans sa prison sans le secours d'aucun livre, sont un des plus beaux monumens de la philosophie ebrétienne, de même que le Phédon et le (yiton de Platon, résumé des dernières pensées de Socrate prêt â recevoir la mort , sont un des plus beaux monumens de la philosophie grecque. Après avoir consacré son cin(|uième livre à prouver le libre arbitre de l'homme et à montrer comment la puissance de Dieu se concilie aisément avec la lilicrté de Tbomme, on voit, par la disposition de son sujet , dans lequel il proci'de par déduction A la manière di'S Platoniciens , qu’il allait passer A un sixième livre plus particuliérement consacré aux récouqicuses offertes par le christianisme A ses élus car jusque-lâ, tout en puisant tous set arguiiiens dans les idées chrétiennes, il n’avait pas prononcé une seule fois le nom de Jésus-Qiritt, et scs derniers traités témoignent, comme tonte sa vie, de se» convictions, lorM|u’il fut interrompu pour subir une mort cruelle sur TtHrhafaud, le 23 octobre 546, à Tâge de soixante-onxc ans. On montre à Pavie une ancienne tour de bri<|ue qu’on prétend être celle où Boèce perdit la vie. 11 fut enterré dans Tégltse Saint-Pierre de cette ville.
Dans les siècles qui suivirent on voulut inscrire Boèce au nombre des saints et des martyrs â côté du pape .lean P**. Mais cela ne peut se faire sans iuscrire aussi Théodoric au nombre des persécuteurs et des tyrans, et ce Krail contraire â toute vérité. Boèce fut condamné, ainsi que .lean et Symmaque , pour crime d’Élat. Malgré les apparences qui témoignaieut contre Boèce, l’assurance qu’il donne de ton innocence dans un moment aussi solennel a convaincu la postérité de la pureté de ses intentions et de sa conduite ; toutefois, le défaut de confrontation avec scs témoins avait laisséâ ses deux lettrestoute l’autorité d'une chose prouvée. Lu arrêt de mort dans une accusation politique aussi incertaine fot sans doute un arrêt violent : mais de la même manière qu il ne saurait flétrir Thonneur de Boèce , il ne suffit pas non plus pour flétrir une vie glorieuse coornic celle de Théodoric et transformer en persécuteur féroce un homme dont tous les actes et toutes les paroles respirent l’amour de l’humanité.
Çu'on lise toutes les lettres écrites au nom de Théodoric, qu’on examine sa vie entière, et on verra quel est cet homme dont quelques légendaires ont voulu faire un sanglant persécuteur, dévoré ensuite d'affreux remords et tourmenté par des visions. «Que les autres rois, écrivait-il à
* Dmi mm qiutrième llTre, il appelle la philoaopblf , ntm I ta vraie lumUre. maM celle qui marrbe ftevant, veri fmv-
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NOTICE SIK LES AlTEÜliS.
QU df *ei Hmtfnans^ni drdunnani la restitulkm (If proprii^l^s à icuntaiicims poMmrurs ra Gaule, que Ica autres rois se plaisent à amonceler les rui* lies des cU^ et à vivre de butin, nous, à l’aide de Dieu, nous voulons user de telle manière de notre victoire que ceux que nous aurons vaincus rettrettent de n'avoir pas été plus tdt soumis â notre domination *.»
Veut-on avoir une autre preuve de son esprit de mansuétude et de justice, qu'on lis** la ieHre suivante, digne des {dus lieaui caractères des é|toi|urs les plus civilisées
AU Sf:NAT OK LA VILLE DE HOME ^
LR noi TléODORlC.
«Nous nous étudions toujours, Pères conscripts, A ne conférer de récompenses qu'avec justice et à exciter ainsi, par les fruits de notre bénignitébu'n répartis, les hommes d'un 1m)o caractère A s'améliorer encore, i/exemplc des récompenses est en effet un aliment pour la venu, et il n'est rxTSoone qui ne cherche A parvenir à la perfection morale, s'il voit qu'aucun de ceux qu'il a loués dans sa conscience n'esl privé de distinction publique.
« Os cookidcraliODs nous ont déterminé A conférer au jeune et illustre VcoanlUu, si distingué par son propre mérite et par ceux de ses ancêtres, la haute dignité vacante de comte des domestiques, afin qu’ainsi son éclat natif devint plus brillant encore de l'éclat des honneurs que nous lui conférons L
«Rappelez-vous, Pères conscripts, que le jeune Vcnanlius est le 61s de ce patrice Libérius qui acquit tant de gloire iors(]U'il était dans les raugs de nos adversaires, et qui montra A notre ennemi Odoacrc un dévouement si pur, qu'il nous p.'irut A nous-mèmes l’homme U* plus digne de notre choix, lui qui avait tant fait contre nous comme notre ennemi. Ce ne fut pas en effet A la manière d'uD vit transfuge qu'il passa dans nos rangs, et il ne feignit pas la haine de son ancien souverain pour gagner l’affiÆlion du nouveau. Toujours intègre, il attendit le jugemeut de Dieu et ne permit pas A sa pensée de se chercher un roi avant d’a-
I t'tuiarumt lib. tii, ep. il
I t^nnarum , lib ii . ep 16.
■ Tbéodoric rfarrriia lo*sjoan k ajouter ^ rniuolriUun rlii en lui anotrant Ui plut araiule eonukiénilKM . rl co n*tntroduiMnl <Uo* ton trin que de rentaliW iUutlrsIioiM anriroaet et niodrrnp*, rumatunuu gothiiaMa.
* lléeni tu jeuue Venanliut lui-ioénie eu lui envoyant u nomiiiatloa (lib. ti . ep. IS) tfie juequ'ici U le réoofiipnur au nom de tou père autaol que pour sm bonne* dupoctlinn* permanatler. nuiM qu’à l’avenir , il ne doit attendre d*4i aner* meut qiv de MS propm lemit*.
voir perdu celui qu'il servait ; d'ob il est résulté <}ue nous l'avons récompensé avec joie d’avtMr Sdèiement servi notre etmeroi. Le parti qui lui était opposé ayant triomphé, U nous était d'autant plus agréable d'obtenir un tel homme que nous , savions bien qu'il ne notis était nullement dévoué I alors, i^and son maître fut renversé, il ne s'était I laissé abattre par aucune terreur. Il avait soutrau ' immobile la ruine du iKirtl de son prince. Os ' malheurs nouveaux ne |K>uvateiil troubler le cœur ’ d'uii homme éprouvé par tant de coups. 8a sa- ' gesse lui pn‘s<-rivait de se soumettre au destin commun, sUr qu'il était de bien mériter des hommes en acceptant et subissant avec fermeté Les arrêts de Dieu.
«Nous avions apprécié la fidélité d’un tri homme. O fut le cœur plein de tristesse qu'il passa sous nos lois. Vaincu, son Aine chaïq^ea sans que personne eût à s'attribuer ce changcsneni.
« Birntûi nous crûmes devoir lui confier la dignité de préfet du prétoire, et il s’aoiuitla de ses hicctioQs avec uue telle intégrité qu’un s’étonna de le voir si simplement attaché A ses devoirs, lui qui avait été si ardent dans le parti contraire. 8a persévérance infatigable parvint, A la satisfaction universelle, à assurer les recettes sans faire augmenter les impôu. Tuiûours attentif A conserver, il sut, par une industrie (Hévuyante, rassembler les aommes qui se perdaient par de mauvaises habitudes de dépense. Nous sentîmes le tré> sor de l’État s’accroître, et vous, vous ne senUles pasfes tributs s'augmenter. Ainsi, A notre admiration commune, il parvint A grossir les profils dn fisc sans aucune sunbarge ni dommage pour l'otilité privée.
«C’est un plaisir pour nous de rappeler comment, dans le règlement de partage qu’il cul A faire dn tiers des terres ', U sut fondre A la fois les poascssiooset les eœurs des fiolhs et des Roniains. liC voisinage, qui est trop sauvent une cause de collision entre les btwnines, devint par cette comniuoauté de possession une cause de bonne harmonie. Ainsi deux nations qui vivaient en commun ont été amenées à une volonté commune ; et cbase nouvelle et bien glorieuse! raltachcment au souverain s'est lié A ce {tarlage de la propriété ! i'affeclion des hommes entre eux s'esi cimentée par les sacrifices mêmes qu’ils avaient A faire! Chaque champ a aa]uis un défenseur, et sécurité coinfdèle a été assurée par-là A rinlégralité des produits*.
1 OdOMTr avait diUribiie A m «oldait le Imt* dr« Itma d'IUlie. TbOklorr ue M qur ifgtilafi>«T rellr cpokaiKMi dan* l’ini^ret commun. Ce parlagr ne iwraH p« mènM' avoir fVappe un irnntl nombre de prcifrt^lm , car le* ravage* prereden* avairnt laia*é branroiip de trrm varanle*.
* On xrii qu’au Ikni «le cnnwrvrr le raraiifre d’rviiini—