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CHAPITRE XXXVII

Il .O— mO S JSnieOirUI ivec ardeur la srSoc de k ralr.

Seigneur Jésus, qui par une bouté infinie avez souffert la mort pour expier nus iniquilés, et qui êtes ressuscité pour nous communiquer votre propre justice, puissiez-vous me ressusciter du tombeau de mes péchés, pour me faire espérer d’avo'œ part à la gloire de votre résurrection. Jésus, dont les miséricordes et les douceurs sont ineffables, dont les beautés n'ont point de prix, seul digne objet de nos désirs et de notre amour, roi tout-puissant, vous êtes monté au ciel après avoir triomphé de la mort avec tant de gloire, et vous êtes assis à ladroilc de votre Père, attirez donc sans cesse mon âme à l'odeur de vos parfums; qu'elle puisse étandier, dans les torrens de vos délices et de vos délices étemelles , l'ardente soif qu’elle a de vous. Attirez-moi vers vous, dmon Dieu, source dont les eaux rejaillissent à la vie étemelle. Que je goûte 1 longs traits de ces eaux si salutaires ; que j’y trouve cette éternelle vie qui n'est autre chose que vous-méme. Vous avez dit de votre propre bouche, de cette bouche si sainte et si adorable: «Si quelqu’un a soif, qu'il vienne à moi pour l'étancher. » O fontaine de vie, étanchez à jamais la soif ardente de mon ûme, qui n'a soif que devons; que selon votre parole, qui n'est autre chose que la vérité même, il coule û jamais des eaux vives du milieu de mon cœur. O fontaine de vie, remplissez mon esprit des seuls torrens de vos délices , et daignez enivrer mon cœur de la sainte ivresse de votre amour, en sorte qu'un entier oubli des choses vaines et terrestres, me mette en état désormais de ne plus penser qu'à vous. Je ne puis penser à vous, ô mon Dieu, s’écrie votre prophète, que je ne me trouve comblé d'une joie toute sainte. Vous avez promis votre Esprit-Saint à quiconque aurait soif de ces divines eaux, et res eaux toutes divines ne sont pas moins que la figure de votre Saint-Esprit ; pourriez-vous me le rcfuser?Quc notre cœur soupire d'une con-

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tinuellc ardeur vers ce lieu de délices où la foi nous apprend que vous vous élevâtes quarante jours après votre résurrection ; que je ne sois plus que de corps dans celle vallée de misère; que mon esprit et mon cœur soient sans cesse avec vous , notre unique trésor, seul digne objet de nos désirs et de notre amour. Dans le déluge d’iniquité dont toute la terre est inondée, la colombe trouvera-t-elle où se reposer en sûreté? Parmi tant d'ennemis, tant de guerres, tant de combats, tant de querelles, tant de sujets de crainte qui nous affligent de toutes parts au dedans de nous-mêmes aussi bien qu’au dehors , où trouver un véritable repos, une paix assurée? Et comme nous ne tenons du cid que par notre âme, et que par notre corps nous tenons de la terre, l’amour de cette âme pour ce repos fragile et mortel qui l'appesantit sans cesse, est ce qui l'a foit si long-temps errer et tomber en défaillance dans ces roules égarées. Elle s'est toute couverte de blessures en courant misérablement après les vanités du siècle qui ne font que passer. Je ne suis qu'indigence, ù mon Dieu ; que puis-je lui donner dans la bim et la soif où je la vois réduite ? Unique source de tout bien, et qui seul nous pouvez nourrir des mets célestes et si délicirux, apaisez la faim de mon âme tout épuisée de lassitude. Soyez ton seul asile après tous scs égaremens, et guérissez toutes ses plaies. Voici qu'elle est à votre porte , elle y frappe humblement; puissiez-vous donc par vos entrailles de miséricorde , qui du haut de votre gloire vous out fait descendre parmi nous, puissiez-vous même de votre main, de celte main si charitable, tirer cette âme d'un tel abîme de misère, et lui ouvrir la porte de votre miséricorde. Ordonnez -lui de s'approcher de vous, de sc reposer en vous, de se nourrir de vous, û pain céleste, unique source de vie. Que cette nourriture toute divine lui donne assez de vigueur pour s'élever par les ailes de ses désirs , de cette vallée de larmes jusqu’au plus liaut des cieux, et s’envoler avec rapidité vers les dél'ices éternelles. Que mon âme , Seigneur, prenne son vol comme un aigle , pour s'élever ju.<iqu'au séjour de votre gloire immortelle, sans jamais s'arrêter qu'elle ne contemple les beautés de votre demeure, qu’elle ne sc repaisse pour loqjours , dans ces heureux pâturages . de ces mets ineffables dont vous nour-

2T0 MEDIÏATIO.NS de

rnsez vus <‘l«s , rl i|u'<‘nfln rllr ne guûle à lun|;s traits de en turreiis de délices, dunt ils sont si cumblés , et dont iis le seruiit i jamais. Que mon cunir, qui est comme une vaste mer agitée, puisse retrouver en vous son calme et son repos. Vous qui n'avez pas plus tôt cuimnandé i la mer et aiii vents de se calmer, qu'ils se sont calmés, daignez descendre dans mon anie, elcaimcz-en par votre présence toutn les agitations ; que tontes ses puissances jouissent désormais d'une tranquillité parfaite jusqu'i ce que je vous possède , ô mon souverain bien ; et qu'ayant imposé silence au bruit que peut bire en mon âme l'impression des choses sensibles, je vous contemple sans aucun nuage, 6 ma divine Inmitrc , qui faites toutes mes délices.

Que mou Ame , â mon Dieu , te relire à l'ombre de vos ailes, et qu'elle puisse trouver dans cet heureux asile, de quoi se rafraîchir de ses ardeins pour le siècle, et s'écrier toute tran.sportér de joie : t C'est maintenant que je jouis et pour loqiours d'un VTai repos , et d'une parfaite paii.sQoe mon cceur,ô mooDieu, perde entièrement le souvenir de tout ce qui est sous le ciel, et n'aü désormais d'attention qo'è vous seul, séton ce qui est écrit : s Rien n'empéche mon otrur d cveiller, pas même le sommeil. >Mon âme, 6 mon Dieu , ne peut être dans une parfaite sûreté que sous les ailes de votre proteciion.Qu'elle puisse donc s'y retirer; qu'elle demeure en vous â jamais, qu'elle soit tout embrasée du Feu de votre amour, qu'elle puisse un jour s'élever jusqu'à vous, vous contempler, clianler vos louanges dans le transport d'une joie toute sainte. Que vos consolations tempèrent par leur douceur toutes mes afflictions , jus<]u'â ce que je vous iHissède, 0 véritable paix que rien ne peut troubler, et qui coasiste, ù mon Dieu, à vous viar et vous louer dans toute l'étendue des siècles.

O Jésus mon Sauveur, â qni le Père étemel a transmis les tré.sors infinis de sa toute-puissanceel de sa souveraine sagesse, â qui les nuées servent de marrlie pied, tpii mettez seul en .iiouvrment les vents 1rs pins ini|iéturox, à qui tout est parfiitement soumis, depuis les Anges, depuis les inlelligmrrs 1rs plus sublimes, ju.sques aux créatures du dernier ordre, donnez des ailes â ma foi , mais des ailes assez fortes pour m'élever à U conlemptation des choses célestes

.S.AI.NT AUOLSTI.V

et éteniclles. Daignez (lar votre droite attirer mon âme vers vous et l'unir à vous pour jamais. Qu'elle me mette au-dessus des liauleurs de la terre les plus élevées ; ((u'elle me nourrisse pour jamais des mets du céleste liéritagc , le cimlinuel objet de mes soupirs dans cet exil si triste, où mon corps fragile et mortel appesantit mon âme.

Uécharnez . a mon Dieu , cette Sme miiéirable .

De ce funeste poids qui laiis césse racrsjjte.

En sorte que toute (lénétrée de votre essentielle lumière, elle n'ait plus que du mépris pour la terre et n'ait de goût que pour le ciel, de haine que pour le péciié et d'amour que |»ur la justice. Est-il rien de plus grand et de plus doux que de ne soupirer du milieu des téuèlires et des anierluines de cette vie, qu'après les duiiceurs ineffables qu'on ne trotivc qu'eti Dieu, et ce buiilieur supréiiK i|ui ne finit jamais, et de n'étre plus occupé que de cet heureux séjour, dont les délices sont les seules véritables ?

Quand vous verrai-je, cher objet de nun amour et de mes désirs, vous, ô mon Dieu , dont les douceurs sont ineflâhlrs . les bontés infinies, et les beautés sans prix ? Quand paraltrai-je devant vous? Quand pourrai-je parfaitement cootempler vos merveilles? Quand me tirerez-vous de cette prison si obscure, en sorte que je bénisse votre saint nom , et que je ne sois plus â la peine de pleurer nns nijsèrcs?Quand pourraije passer dans cette demeure si admirable, si magnifique, oû les justes font retentir de continuels cantiques dans le transport d'une joie toute sainte? Heureux ceux qui habitent cette maison étenieile, puisqu'ils vous y loueront â jamais. Heureux et véritablement heureux ceux que vous avez choisis pour cet héritage céleste, et qui le possèdent désonnais. A'os saiuts, ô mon Dieu , fleurissent â vos yeux comme des lis. Ils sont tout remplis de l'heureuse aboudancc de votre demeure, et dans la soif qu'ils ont de vous, vous leur faites goûter des torrens de vos délires, unique source de vie. Vous Irur Faites voir votre lumière étemeile : ces bienheureux esprits brillent i vos yeux comme autant de soleils, mais qui ne tiennent toutefiiis leur éclat que de vous. Que ces dlFFérentrs demeures de votre maison étemelle sont admirables, magnifiques, délicieuses! Mon âme, <|uoique pécherrase , ne désire autre chose que cet heureux séjour; je ne

MÉDITATIONS DE SAINT AUGUSTIN

Kmpire, 6 nion Dieu, qu aprts les beaulës de votre maison et le sanctuaire de votre gloire. Je ne dësire donc et iic vous demande qu'une cliœe , ô mon Dieu , c'est d'habiter tous les jours de ma vie dans votre demeure céleste, fn cerf altéri d6tire-l-il avec plus d'ardeur les eaus d'une fontaine, que mon âme, cette eau divine qu'on ne trouve v|u'en vous. Seigneur, qui n’est autre que vou.s-mfme? Quand viendra donc cet Iteureux jour, que je verrai mon Dieu que mon âme dësire avec tant d'ardeur? Quand pourraije le voir dans cette terre des vivans? Dans cette misérable terre on ne vit que pour mourir, et l’on ne saurait le voir avec des yeux mortels. Que lêrai-je donc, misérable que je suis , encore tout chargé des liens de cette mortalité! Que ferai-je?'i’ant que nous vivons dans ce corps fragile et mortel, nous sommes dans un exil et bien loin du Seigneur. Nous n'avons point ici de ville stable et fisc; mais nous en espérons une qui doit être élcmclle, et qui n’est pas moins que le ciel. C'est là notre patrie. Hélas ! que mon exil est long! Jusques à quand te verrai-je, ô mon âme, habiter avec ceux deCédar?Qui me donnera des ailes de colombe pour m'élever à cet heureux séjour, et pour y jouir éternellement d’une parftile paix? Que pourrait-il y avoir de plus doux pour moi, qued’étre avec mon Dieu, mon seul et souverain bien, et d’y être uni à jamais. Faites donc, Seigneur, quejera'atlaclic à vous tout le temps qui me reste à vivre dans ce corps fragile et mortel, comme il est écrit : a Quiconque s'attache au Seigneur n'est plus avec lui qu’un même esprit. » Donnez -moi des ailes assez furies pour voler vers vous , et pour vous contempler sans ce.vse. El comme toutes les choses de la terre n'ont rien que de malheureux , ne souffrez pas, ô soleil de justice, que mon âme se détourne pour peiuier â cette vallée de ténèbres, de peur que l'interposition des images des objets terrestres ne lui soit comme autant de nuages qui l'empêchent de porter sa vue vers les choses d'en haut, et de voir vos splendeurs étemelles. Que mon cœur désormais ne soupire donc qu’aprts cet état de délices, ofi l’on jouit d'une paix, d'une lumière et d'un bonheur qui ne doivent jamais finir. Mais, û mou Dieu , soutenez mon cœur de votre propre main; sans votre secours il ne saurait s'élever vers des choses si sublimes. Quand me verrai-je dans ce lieu

tout brillant de lumière, et où riqjue sans cesse la souveraine paix? Conduisez- imii selon vos désirs; que je puisse sous uu tel guide m’élever au moins d'esprit et de cœur à celle région d'abondance, où sans cesse vous repaissez Israël de la vérité même, pour y contempler à jamais les trésors de votre sage.wc infinie , qui préside a tout , qui sait tout , qui prend soin de tout.

Mais quand mon Sme veut s'élever vers vous, le bruit que fait en elle ce qui peut lui rester de l'impression des choses sensibles, l’empéche d'entendre votre voix; imposez -leur silence; que mon âme elle-ménie se l’imiiose; qu’elle passe tout être créé sans s’excepter elle-même , pour s'élever vers vihis. El quand elle vous aura trouvé, ù Oéaleur de toutes chiwies , qu elle puisse vous contempler à jamais. Qu'elle ne soupire plus qu’aprês vous ; qu’elle ne vous perde jamais de vue; qu'elle vous médite et vous regarde sans cesse comme son souverain bien , et qui seul peut la rendre heureuse pour une éternité. Il y a bien des objets dont une âme qui nous aime peut s'entretenir légitimement , et se nourrir même en quelque manière ; mais mon âme , 0 mon Dieu , ne peut trouver véritablement son repos et sa joie dans aucun autre objet que vous. Je ne puis, pour être heureux , m'entretenir que de vous. Quelle douceur ne répandez-vous point , 0 mon Dieu , dans les coeurs qui n’aiment que vous! Ils ne peuvent désormais y rechercher autre chose, ni même penser â d’autres objets. Heureux ceux qui n’cspêrent qu'en vous, et dont toute la vie ne consiste qu’â vous adresser leurs vœux. Heureux le solitaire qui, dans le silence d'une sainte retraite, ne pense continuclleroenl qu'à veiller sur lui-même ; en sorte que pendant tout le temps qu’il lui reste â itasserdans un corps fragile et mortel, il pui.sse au moins goûter comme par avance vos douceurs ineffables. Puissiez-vous, mon Sauveur, par les mérites de vas plaies adorables, et du sang si précieux que l'on en vil découler sur l'arbre de la croix , et dont vous nous avez rachetés, puissiez-vous des seuls tnuls de votre amour toutpuissant , blesser mou âme pécheresse pour qui vous avez suuffert la luurt. Que ne pouvez-vous point, parole éternelle de Dieu, parole de vie mille fuis plus perçante que le glaive le plus perçant ! O glaive à qui rien n'est impénétrable ; flèche choisie de Dieu même , â qui le cœur de

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l'bamine n'oppo«erait qu'en vain le bouclier le plua à l'épreuve de loua autres traits, perces mou cieur des seuls traits de votre amour , en aorte qu'il s'écrie : « Votre amour, 6 mon Dieu, m’a blessé jusques au vif ; » et que cet amour suit une source féconde, qui, jour et nuit, fasse couler de mes yeuid'abondantes larmes. Percez, Sei|;iirur , mon âme jusqu'au vif des traits puissans d'un tel amour. Qu'uniquement pénétrée du désir ardent de votre beauté , elle ne cesse jamais de gémir et de soupirer, qu'elle ne contemple votre gloire, mon Seigneur et mon Dieu, mon seul époui, mon unique bicn-aimé, dont les merveilles sont ineffables, et qu'à la vue d'un tel objet, dont les douceurs passent toute idée, je puisse avec tous vos élus , adorer humblement votre nuycsté divine , et tout transpoilé d'une céleste joie , m'écrier à jamais avec ceua qui n'aiment que vous.o C'est maintenant que je vous contemple sans voile, unique objet de mes désirs , de mon espérance et de mon amour, depuis mon enhince, et que je ne |«iia plus cesser ni de vous contempler parfaitement sur le trdne de votre gloire, ni de vous être intimement uni. Cal maintenant enfin que je puis toute une éternité vous louer, vous bénir, vous adorer, vous à qui seul je me suis attaché de toute mon Éme , ô mon Dieu , qui vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. •

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