‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 304 sur 684 · CHAPITRE XU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU

ActkM* Se grket» rt 1rs» anku» rWsir» d'ilincr Dira.

O Jésus, mon seul Rédempteur, ma seule miséricorde , mun seul salut , faites que je vous loue et vous rende A jamais d'humbles gréces. Quelque disproportionnées qu elles soient à vos bienlàits , quelque destituées d'un iHe digne de vous et de l'onction de votre divin amour, quelque éloignées enfin de celles que vous méritez, mon âme ne laisse pas de vous les offrir humblement , autant que peut lui permettre sa faiblesse infinie. Mais daignez suppléer par votre Iwuté toute-puissante à une telle faiblesse , seule espérance de mon cœur, seul soutien de mon âme, mon seul secours dans mes infirmités. Si je ne puis , 6 mon unique vie, seul objet de mes désirs, vous aimer autant que je le dois, je désire au moins vous aimer autant que je le puis. Vous connaissez parfaitement , 0 ma seule lumière, jusqu'aux replis les plus cachés de mon cœur, jusques â ses muuvemens les plus secrets, et s'il y a quelque bien en moi, c'est un don gratuit de votre grâce. S* donc, 6 mon Dieu , vous m'inspirez de vous aimer, vous qui n'inspirez rien que de bon , donnez-moi ce que vous m'inspirez, frites que je vous aime autant que vous me rordoiinez. Que je puisse vous louer et vous bénir â jamais du désir que vous m'inspirez de vous aimer de tout mon cœur, et qu'un tel amour prodoiseen moi des fruits dignes de vous. Achevez, 0 mon Dieu, ce que vous avez commencé, et me frites accomplir par votre miséricorde ce que vous m'avez frit vouloir par votre miséricorde. Changez par votre grâce, A Dieu de bonté , l’excès de ma tiédeur en la frveur de votre amour. Je ne vous demande, dans mes prières, dans mes vœux, dans le souvenir que je vous rappelle de tous vos bienfaits, que de frire croître en moi votre divin amour. Votre bonté, 6 mon Dieu, m'a tiré du néant, votre miscricordc m'a lavé dans les eaux du baptême, du péché de mon origine; et quoique je me sois plongé depuis dans le bourbier de mille autres pédiés, vous n'avez pas laissé de me conserver la vie cl de m'attendre jusques ici avec une patience extrême. Vous attendez, .Seigneur, que mon âme rcionme â vous par une véritable

SAINT AUGUSTIN. 277

douleur de ses fautes, et qu'elle n'en commette plus; mais d'oO mon âme ponirait-elle attendre que de vous la grâce de pleurer ses fautes avec une véritable douleur, et de n'rn plus commettre? ^'ous m'avez donné l'être, A mon Dieu, vous me le conservez avec tant de bonté, et vous souffrez toutes mes peines avec tant de patience ' ne cessez jamais de prendre soin de moi. Je ressens pour vous une frim violente et une ardente soif; je ne désire que vous, je ne soupire qu’après vous, et comme un orphelin qui vient de perdre son père qu’il aimait avec tendresse ne cesse point de l'embrasser au fond de son cœur, en pleurant et eu gémis.sant, je ne cesse point de pleurer la perle du bonheur dont nous jouissions dans notre premier père, non pas autant que je le devrais , mais autant que je le puis, dans le souvenir continuel de votre sainte passion, et de tous les outrages que vous avez soufferts. Que n'avez-vous point enduré pour mon salut, soufflets, flagellations, blessures mortelles, et une mort aussi terrible que celle de la croix, après quoi vous permîtes que l’on embeaumât votre corps , quelque incorruptible qu'il fût, et qu'on l'ensevelit , quoiqu'il dât le troisième jour ressusciter tout éclatant de lumière et de gloire; et monter dans le ciel. Je crois fermement toutes ces choses, et je ne me console ici - bas que dans la seule espérance de votre second avènement ; je le désire même de toute fardeur de mon cœur pour être en état de contempler votre gloire infinie.

Que n'ai-je |mi voir de mes propres yeux le souverain maître des anges, lorsque s'étant abaissé jusqu'à se frire homme, il conversait avec les Immmrs pour les rendre capables de converser avecl’auteur des hommes et des anges! Que n'ai-je pu être témoin de la bonté si admirable et si inestimable de ce Dieu frit homme, pour l'homme pécheur, d'avoir souffert la mort pour lui redonner la vie! Que ne pûtes-vous, 6 mon âme, être présente â ce triste spectacle, pour être pénétré d'un glaive de douleur, de voir percer d'une lance le côté de votre Sauveur; de voir percer de doux les mains et les pieds adorables de votre Créateur; de voir couler le précieux sang de votre rédempteur! Que ne pûtes-vous être abreuvée de larmes, de le voir abreuvé de fiel ! Que ne fut-il en votre pouvoir dr prendre part â la douiriir de cette Vierge si

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pure, sa Irte digne mère, et votre favorable protectrice 1

Quels torrros de lartnes vos yeus si chastes et si purs ne répandirent -ils point, 6 mère de mis4‘ricorde, lorsqu'ils virent ainsi lier, flageller et crucifier votre Fils unique et bien-aiiné, quoiqu'il fût l'innocence même ! Quelle fut votre douleur de voir traiter si cruellement , et pour de misérables pécheurs, votre Seigneur, votre Dieu, votre pnspre Fils eu tant qu'humme, quoiqu'il fût la sainteté même! Quels furent vos soupirs , ô mère aussi tendre que pure , lorsque votre Fils en mourant sous recommanda son disciple bieo-aimé en ces termes : •Femme, l'oità voire enfant , et qu'il vous recommanda de mêmel ce disciple bien-aimé, quand il lui dit parlant de vous : •Foilà tvire mère! » C'êtaitÂla vérité un de ses plusdignesdisciples, un de ses plus dignes serviteurs ; mais pouvaitil remplacer dignement un tel maître ! Que n'aije pu prendre part au bonheur qu'eut Joseph d'embaumer le corps de mon Seigneur descendu de la crois , et de le mettre dans son tombeau , ou témoigner au moins par quelques services , quoique indignes, la profondeur de mon respect pour une mort si précieuse ! Que n'ai-je pu voir, quoique avec autant d'étonnement que ces saintes femmes, ces anges tout éclatans de lumière, qui leur apprirent que le Seigneur était tessuscité! Quelle consolation n'eût -ce point été pour moi d'apprendre une nouvelle si heureuse, et attendue avec tant d'impatience , et d'avoir part à ces paroles si consolantesd'un de ces bienheureux esprits : • Ne aalgnez point, vous cherchez Jésus crucifié , il n'est plus ici , il est ressuscité. • O mon adorable Sauveur, dont les bontés et 1rs douceurs surpassent toute idée, quand me dédommagerez-vous de n'avoir pu être témoin de l'incorruptibilité de votre corps adorable, de n'avoir pu consacrer mes lévTes par les approches, avec un humble et profond respect, descicatrices de vos plaies, et baigner dans les larmes d'une joie toute sainte, ces signes incontestables de votre résurrection. Objet si admirable, si inromparable, d'un prix si infini, quand me consolerez-vous de l'exci's de ma douleur d'être si loin cl si loog-lemps exilé de vous?Iiélas, Seigneur, hélas! mon unique consolation dans les misères de celle vie, vous vous êtes retiré de Uion Sme , sans m'.vvoir préparé ê une si cnirlle

S. A INT AUGL’STI.Y

absence! Avant de quitter vos discipies pour remimter au ciel, vous leur donnâtes votre bénédiction, et loin de pouvoir dès lors avoir part â un tel bonheur, je n'étais pas encore. Après avoir levé vos adorables mains an ciel , vous y fûtes porté sur une nuée, sans que j'aie pu être témoin d'une si glorieuse ascension. Les anges annoncèrent à ceux qui en furent témoins, qu'un jour ils vous verraient descendre du ciel, comme ils venaient de vous y voir monter. Que n'ai-je pu entendre une telle promesse , quoique je ne l'en croie pas moins pour ne l'avoir pas entendue !

Que dirai-je, que ferai-je, où irai-je pour trouver mon bieii-aiioé? Qui m'en apprendra des nouvelles? Qui lui dira que je languis d'amour pour lui ? Toute la joie de mon opur est changée eu une profonde tristesse : mon âme et mes sens sont tombés dans une entière défaillance , 0 seul Dieu de mon cunir et mon partage |>uur jamais. Rien ne peut consoler ce ccrur que vous seul , 6 mon Dieu : que me seraient sans vous, et le ciel et la terre? Je ne veux plus que vous, je n'espêre plus que vous, je ne cherche plas que vous; mon ccrur ne soupire plus qu'aprês la beauté de votre visage : ne détournez donc pas. Seigneur, vos yeux de dessus moi, vous qui avez aimé le genre humain avec tant de bonté. Secourez un orphelin uniquement abandonné â votre providence , A Jésus mon adorable Sauveur ; je suis cei orphelin : priez votre Hère adorable d'avoir pitié de moi. Qu'ii console mon âme , qu'il soupire sans cesse , comme une jeune veuve désolée de la perle qu'elle vient de faire. Recevez 1rs larmes qu'elle vous présente dans la douleur d'avoir perdu un tel Père , un tel époux , jusqu'à ce qu'eUe ait la joie et le bonheur de vous revoir. Daignez donc , 0 mon Dieu , vous rendre sensible â mon âme, et je serai consolé. Que je vous voie, et je serai sauvé. Je ne désire que votre présence : montrez-mni votre gloire, et ma joie sera parfaite. Mon âme ressent pour vous une soif continuelle : mes sens mêmes ne soupirent plus qu'aprês vous; mon ccrur o'a plus de mouvement que pour vous, A mon Dieu, seule source dont les eaux rejaillissent â la vie éleruelle. Quand serai-je assez heureux pour voir vos beautés ineflâblrs? Quand viendrez-vous en moi, mon unique consolation, vous que j'attends sans cesse avec tant d'impatienrc?Quand vous verrai-je , unique objet de mes désirs et de ma

Joie? Pui(-je t(re parfititcnxnt oODtent, que je De iois CD état de contempler votre gloire k jamais? C'est après quoi je soupire avec tant d’ardeur dans la Faim que j’ai de ^'ous. Quel sera mon bonheur de pouvoir un jour m'enivrer saintement dans votre demeure toute céleste, de ces torrens de délices dont je ressens jour et nuit une soif si ardente! Que je puisse, 6 mon Dieu , me nourrir d'un pain de (armes, en attendant cet heureux jour que j'entendrai dire A

SAl.NT AUGUSTIN. 270

mon Ame : a VoilA votre époux bien-aimé. s Que l'espérance d’un bonheur si parfait ne me Fasse trouver que des charmes et des douceurs, même au milieu des larmes , des soupirs et de tous les maux de cette vie. J'espère donc, ù mon divin Sauveur , que tét ou tard vous viendrez dans mon Ame; car vos bontés sont inHnies. Que toute gloire et tout honneur vous puissent donc être rendus dans toute la durée des siècles! Ainsi soit-il.

riR DES MÉDITATIONS DE SAINT ADGVSTIR.

DE LA PHILOSOPHIE

PAR BOÈCE

/ ‘ Aulrrfoit l'enjiMiemtnt de ma miue rfpoodail aux afp^meiu de mon imc et à la splendeur de ma fortune ; aujourd'hui les plus tristes accens conviennent seuls au déplorable état où Je me trouve. I,esmu.scs qui m'inspirent sont couvertes de vétemens lugubres, et les larmes sincères qui coulent de leurs yeux font bien voir que c'est avec raison quelles empruntent l'appareil et le lanipge de la douleur. Mais ni la douleur ni la crainte n'ont pu les empêcher de me suivre dans mon adversité. La gloire et la prospérité de mes premières années sont l'unique consolation des malheurs de ma vieillesse; vieillesse prématurée, fruit bincste de mon infortune! Mes jours coulaient tranquillement , la douleur en a précipité le cours; mes cheveux ont blanchi avant l'ège, et dans le milieu de ma course, mon corps foible et tremblant succombe sous le poids de mes clugrins. Ah! la mort est sans doute le plus grand de tous les biens, lorsque après avoir respecté lesjoursd'une belle vie, elle se hlte d'exaucer un malheureux qui l'invoque. Mais la cruelle est sourde aux voeux des misérables ; ils ont beau la prier, elle refuse de fermer les yeux qui sont ouverts aux larmes. J'en fois la triste expérience. Jalouse autrefois des biens fragiles quels fortune inconstante me prodiguait, prête A m'en dépouiller, elle ouvrit le loinbeau sous mes pas; et aqjourd'hui, que Je sois dans l'affliction , elle se plaît à me laisser vivre; et parce que mon sort est malheureux, elle semble vouloir qu'il soit étemel. O mes amis que vous vous êtes trompés lorsque vous avez

' L<sleurt<è'.«/’r.,aUiéiedecliaquejUnej,Kr<eni X nidiqaer ce qm f«t en vers et ce qui est en prose dans l'onfitul latin.

tant vanté mon bonheur I l'ne fortune aussi peu durable que la mienne en méritait-elle le nom f Pr. Pendant que Je m’occupais de ces tristes pensées , et que J'exhalais ainsi ma douleur. J’aperçus au-dessus de moi une femme dont l'aspect inspirait la vénération la plus proltiodp. Ses yeux pleins de feu étaient mille fois plus perçaiis que ceux des hommes; les couleurs les plus vives annonçaient sa force; sa vigueur ne paraissait point altérée , quokpi'à son air on s'aperçût bien que sa naissance avait précédé celle des hommes les plus âgés de ce siècle II était difficile de connaître Ut hauteur de sa taUle, car quelquefois elle ne paraissait pas au-dessus du commun des hommes, et quelquefois elle semblait toucher aux nues, les pénétrer même, et dérober sa tète aux regards curieux des mortels. Ses vélemens étaient composés du tis.su délié d'une matière incorruptible, fait avec un art admirable et de scs propres mains, comme elle me l'apprit ellemême dans la suite. l.cor éclat semblait un peu obscurci par un nuage léger, semblable â cette espèce de filmée qui , par succession de temps , s'attache aux vieux tableaux ; an bas de sa robe envoyait la lettre n, et au haut la lettre e, brochées dans l'étoffe, et entre ces deux lettres on remarquait diffiérens degrés en forme d'échelle, par lesquels on montait delà plus basse à la plus elevée. On remarquait aussi qu'en quelques endroits sa robe avait été déchirée par des mains violentes, et que chacun en avait arrachéce qu'il avait pu. Dans sa main droite, cette femme majestueuse tenait des livres, et dans sa gauche elle iiortait un sceptre. Aussitôt qu'elle eut aperçu auprès de mon lit les déesses de la poésie occupées à dicter des vers â ma douleur, elle les regarda d'un air de dédain , et les yeux étincelans ; i (Jui est -ce donc, dit-elle , qui a osé introduire ces méprisables courtisan»? Incapa-

Dlgitlzed by

birs d'apporter aucun remède à ta douleur, ellea l'cniretii-mieni, au contraire, par des poisona d'autant plut dangereux qu'ilt paraissent plus duux. Ce Miiil elles qui , par des scntimens fnvnles, elouFFent 1rs Fruits solides de la raison; elles accouiumrnt le cirur aux main qui le dévorent , mais elles ne l'en délivrent pas. Séductrirrs! si vos caresses ne nous enlevaient que qurli)ur probne mondain , car ce sont lè vos conquêtes ordinaires , Je ne m'en cliagrinerais pas , je n'y perdrais rien ; mais vous avez tenté de surprendre un de mes plus chers élèves. Ëloignez-vmis, perfides sirènes, dont l'artificieuse douceur conduit les hommes à leur perte. Sortez; c'est aux chastes mu.ses que je protège qu'il appari ieul de prendre soin de ce malade. • A ces mots, celle troupe affligée, confuse, sortit au plut ldi |H«r aller cacher sa honte. Pour moi, dont les yeux noyés de larmes n'avaient pu encore reconitallre cette femme qui parlait avec tant d'rm)iire, je Fus saisi d'étonnement , et les yeux baissés j'attendis en silence ce qu'elle férail dans la suite. Alors elle s'approclia de moi , et , s'asseyant sur mon lit, elle regarda en pitié rabatleinent extrême où la douleur m'avait jeté, cl elle se plaignit en res termes du trouble et du découragement où elle me voyait.

/'. •liélasi dans quel gouffre profond l'esprit de l'homme s'abime-l-il ! Dans quelles ténèbres , fermant les yeux à sa propre lumière, va-1-Use plouger lorsque son conir est en proie aux souris ilévorant qu'augmente et qu'enflamme le souffle de la cupidité des choses de la terre! Ce philuso|>hr , accoutumé i jouir du spectacle de la nature entière, lui qui , s'élevant jusqu'aux deux, mesurait la course du soleil et de la lune, et suivait les astres dans les diffèrens cercles qu'ils dècTivenl ; lui qui s'appliquait a connaître cet esprit loiil - puissant , Suie et moteur de l'univers; qui connaissait pourquoi les astres sortent des mers orientales pour te coucher dans celles d'ilesprrie; lui qui s'occupait à pénétrer l'origine de ces souffles impétueux qui agitent les flots de l'Océan , qui rteherchait avec tant de soin ce qui , dans les beaux jours du printemps, lait éclore les fleurs, et ce qui, dans la saison fertile de l'automne , fait mûrir les raisins sur nos coteaux ; lui qui avait interrogé tonte la nature, et s'était efforcé d'en pénétrer tou.v les secrets : cet esprit si éclairé est

LA PHILOSOPHIE

plongé dans les ténèbres ; cet homme si libre est accablé du poids de ses chaînes; celte ime qui s'élevait jusqu'aux cieux est coolrainle de ramper hoQleutemml sur la terre !

Pr. > Mais il vaut bien mieux m'occuper 1 guérir ce malade qu'è me plaindre de lui. > Alors me regardant fixement : o Est-ce donc toi , dit-dle, que j'ai nourri de mon lait ; que j'ai élevé avec tant de soin? Est-ce toi dont j'ai prit plaisir A fortifier l'esprit et le coeur? Comment t'es-tu laissé vaincre? Je l'avais donné des armes qui devaient le rendre invincible; sans doute, tn n'en as fiiit aucun usage. Me recoonais-lu? Tu gardes le silence ; est-ce par honte ou par étonnement? Plût au ciel que ce fût par une honte salutaire I Mais je le voit , c'est un stupide abattement qui t'Alc la parole. «Comme elle s'aperçut que nonseulement je m'obstinais au sflence, mais que j'étais sans mouvement, elle porta sa main sur mon nrur. • Il n'y a point de danger, s'écria-lelle; ce n'est qu'une léthargie, maladicordinaire aux esprits séduits par l'illusioa. Il s'est un pen oublié lut-méme, il se reconnaîtra, sans doute, en me reconnaissant Mais pourra-t-il me recoonallre tant que le nuage des choses terrestres offusquera sa vue? > Aussitôt, pour le dissiper, elle essuya avec sa robe mes yeux presque éteints par l'abondance de mes larmes.

P. Alors l'épaissenuil quilescouvrailscdissipa subitement ; ils recouvrèrent leur |>rrmière forée et leur premier éclat. Ainsi quand le vent orageux du midi rassemble les nuages, et que tout le ciel semble devoir se fondre en pluie, le soleil est caché , et les astres de la nuit ne paraissanl point encore, la terre est couverte d'épaisses ténèbres ; mais si le froid Borée descend des montagnes de Thrace, il balaie l'atmosphère par son souffle impétueux ; il force les barrières qui retenaient le jour captif, et le soleil, plus vif et plus brillant, reparaît aux yeux des mortels surpris et charmés de la splendeur de ses rayons.

Pr. C'est ainsi que les nuages de ma sombre douleur s'étant dissipés, je commençai A jouir de la lumière ; et mon esprit , éclairé en même temps que mes yeux, fot en état de connaître la main cliaritable qui travaillait à ma guérison. «Eh quoi! m'écriai-je, en voyant que c'était la Philosophie ; ô vous qui m'avez élevé dans votre sein, mère féconde de toutes les vertus, vous daignez de.scendre des cieux pour venir habiter

PAR BOECE

»vcc moi I* tri»le litu Je moii e»il. Seriez-vous ; donc aussi impliquée dans les fiiusscs accusa- 1 tionsqu'na me suscite?» — • Avez-vous pu |)cnser, i mon cher élève, me rt‘pondit-elle, que je vous abanduDuerais dans vos malbeurs, et que je refuserais de partager avec vous la persécution k laquelle vous n'étes ni bulle que pour l'amour de moi? Je croirais faire un crime si, dans de pareilles circonstances, je me séparais un instant d'un hmuccnl faussement accusé, et dont la cause est la mienne, l’ensez-vousquede pareilles accusations soient ca|ubles de m'intimider? Rien de cc qui vous arrive ne peut m'inspirer ni surprise ni frayeur; j'y suis accoutumée. Est-ce donc la première fois que les inéchans ont fait courir i la sagesse les plus grands dangers? Dés les premiers temps, avant la naissance de mon illustre éléve Platon , j'ai ru de grands combats J soutenir contre la folle audace des hommes. Du vivant de Platon , Socrate son maître triompha par mon secours des horreurs d'un supplice injuste. Après sa mort glorieuse, la secte d'Rpicure, celle de Zénon et beaucoup d'autres, prétendirent être les légitimes héritiers de scs sentimens. Chacun voulut par la violence se mettre en possession de ce savant héritage; je m'opposai de toutes mes forces à leur usurpation ; mais comme chacun d'eus s'efforcait de m'attirer à lui , ils déchirèrent cette robe que j'avais lissue moi-même, et ils se glorifièrent de ce qui leur en resta dans les mains , comme si , en se retirant , ils m'avaient entraînée tout entière de leur cAté. Il y eut même beaucoup de gens qui, ne réfléchissant point assez, les crurent du nombre des miens parce qu'ils les virent parés de quelques lambeaui de mes livrées; et ils se laissèrent séduire imprudemment par les erreurs de celle multitude profme. Mes élèves ont été mille fois persécutés. Anaiagore fut nilé, Socrate fut empoisonné, Zénon suuflrit la plus horrible torture. Si vous ignorez ces ezemples de la cruauté des hommes, parce qu'ils sont étrangers i votre patrie , vous ne pouvez ignorer les malheurs d'un Canins, d'un Sénèque, d'un Soranus, dont la mémoire est aussi récente que célèbre. Instruits de mes maiimes, ils les pratiquaient ; la pureté de leurs mœurs condamnait la perversité des médians; voiU la seule cause de la persécution dont ils furent les victimes. Faut-il doTK s'étonner si notre vie est

agitée par tant de tempêtes, puisque nous nous faisons gloire de déplaire aux médians. I>eur nombre est infini, sans doute, mais il n'en est pas moins méprisable. Saas lois et sans guide, ils ne suivent que les mouvemrns déréglés d'une fureur aveugle. Si nous sommes quelquefois obligés de céder à leurs violences, notre chef nous relire dans un fort imprenable : de là noos les voyons s'occuper à piller les bagages que nous leur abandonnons. Nous nous moquons de leur fullc avidité; qui s'attache à des choses si viles et si méprisables; et nous bravons leur rage impuissante du haut de nos remparts inac. cessibles à leur audace.

r. « Rien ne peut ébranler celui qui sait réi;ler sa conduite, mépriser les événemens, fouler aui pieds le destin impérieui, et regarder d'un œil égal la bonne et la tnauvaise fortune. M la mer irritée lorsqu'elle appelle les tempêtes du fond de ses abîmes; ni les volcans impétueui, lorsque du haut de leur cime cntr'uuverte ils roulent des torrens de soufre et de fumée; ni la foudre des dieui, lorsque grondant dans les airs, elle s'annonce par des sillons de flammes cl menace les plus hautes tours de les réduire en cendres; rien n'est capable de l'ébranler. Eh! pourquoi les malhcureuis'élonncni-ilsdcs vaines menaces d'un tyran? Qu'ils sachent ne rien désirer et ne rien craindre, et sa rage est vaincue. Mais s'ils livTenl leurs cœurs aux impressions de la crainte et aux désirs de l'espérance, incertains, troublés, horsd'eux-mèmes, ils rendront bientôt les armes, et courront en aveugles au-devant des fers d'un cruel esclavage.

«Comprenez-vous cela? y seriez-vous insensible? Pourquoi fondez-vous en larmes? Parlez; quels sont vos sentimens? Si vous voulez que le médecin vous guérisse, découvTcz-lui vos maux. » Alors ramassant toutes mes lbrccs:«Qu'ai-jc besoin de m'expliquer, lui dis-je? le seul as{iccl du lieu uô je suis , n'est-il pas capable d'exciter votre pitié? Est-ce donc là cette riche bibliothèque où vous aviez pris plaisir à Axer votre séjour, et où vous m'instruisiez des choses divines et humaines? Etais-je, hélas! dans le triste état où je suis aujourd’hui , lorsque je sondais avec voua les .secrets de la nature, lorsque vous me traciez les routes différentcsqne parcourent les astres, et que vous m'appreniez à être réglé dans mes mœurs et dans ma conduite , rnmme

ils k son( dans leurs cours? J'écoutais vos leçons avec tant dedociiité, en est-ce là la récompense? (Juel fonds doit-on donc foire surcette maxime que vous avei prononcée par la bouche de Platon ; llcureux les états si des philosophes en devenaient rois, ihi si les mis devrnaient philosophes! Cest encore par la bouche de l’Ialoii que vous avea dit : Qu'il est nécessaire que les sases prennent les rênes du (ptuvernemenl , de peur qu'cti les abandiMinanI, les pervers ne s'en saisissent , et n'en abusent pour perdre les boas. Déterminé par ces maximes, je me suis foit un devoir de pratiquer publiquement ce que j'avais appris de vous daas le secret. Vous le savez, vous et le Dieu qui vous foit régner sur l'esprit et sur le cœur des sages; vous le savez, le désir de contribuer au lonheur des gens de bien est le seul motif qui a pu m'engagerà prendre quelque part au gouvernement. De là tous ces démêlé funestes que j'ai easavec les médians, et le peu de cas que j'ai cru devoir foire du ressentiment des grands, quand, sans me l'attirer, je n'ai pu satisfaire à ceux qu'exigeaient de moi la voix de ma conscience et celle de l'éqiiité. Combien de fois l'usiirpateur Cimigastus, .si avide des dépouilles des faibles, m'a-l-il trouvé dans son chemin ! Oimbirndc fois ai-je empêché Triguilla, grand-maître de la mai.sun du roi, de consommer les iiqu.sticcs qu'il avait commencées! Combien de fois ai-je mis à couvrot, par mon autorité , 1rs malheureux , que l'insatiahle avarice de ces barbares caloinoialrurs persécutait avec tant de cruauté , et toujoiusi impimément ! Nulle considération n'a jamais été capable de me foire abandonner le parti de la justice. Quand j'ai vu les provinces dévastées par les rapines des particuliers, et accablées |iar les impôts publics, j'en ai été aus.si vivement louché que ceux mêmes qui souffraient ces iHirribles vexations. Dans le temps d'nne disette extrême, on ordonna l'achat et le transport d'une si prodigieuse quantité de grains, que la Campanie était ruinée sans ressource, si cet achat avait eu lieu ; mais je m'y opposai avec vigueur : j'eus à cette occasion, en présence durai, un démêlé des plus vifo avec le préfet du prétoire ; je l'em- |K)rtai, et l'ordre fut enfin révoqué. Des courtisans affamés des biens du coiisalaire Paulin, les dévoraient déjà par leurs désirs; je les arrachai à leur insatiable loracité. Albin , consulaire

LA PHILOSOPHIE

comme lui, allait être la victime de la fausse accusation qu'on lui avait intentée, et des préjugés qu'elle avait foit concevoir à son désavantage; je le sauvai de la persécution deCyprien son délateur. IS'ai-je pas réuni contre moi assez de haines? Mais si le zèle de la justice m'avait attiré celle des gens en foveur, je devais du moinsn'avoir rien à craindre desautres, et cependant sur la délation de qui ai-je été disgracié? Sur celle d'un Basile, qui , cha.ssé du ministère et accablé de dettes, a cherché à se sauver en me perdant ; sur celles d'un Opilion et d'un Gaudence, qui, pour leurs injustices et leurs fraudes rnonnucs, avaient été condamnés à l'exil. Pour se sonstraire à Tordre du souverain , ils osèrent abuser du sacré privilège des églises en s'y réfugiant ; mais le prince irrité leur fil signifier que s'ils ne sortaient pas de Bavenne au jour prescrit , il les ferait arracher du saint asile qu'ils profonaient , et leur ferait imprimer sur le front la marque honteuse de leurs crimes. Pouvait-on donner la moindre confiance à des gens jugés dignes d'un pareil châtiment ? Et ceper.dant, le jour même, on ajoute foi à la déclaration qu'ils font contre moi. Par où ai-je donc pu mériter qu'on eût pour moi si peu d'éfpirds? Les condamnations subies par mes délateurs justifient-elles leurs accusations? Si Tinjo.stefiirtunen'apaseu honte de voir l'innocence accusée, elle aurait au moins dû rougir de la liassesse de ceux dont elle s'esl servie pour la calomnier. Voulez-vous savoir ce qui m'a rendu sf coupable? J'ai vuulu sauver le sénat : voilà mon crime. Qu'ai-je fait potir cela? J'ai empêclié un infâme délateur d'accuser le sénat du crime de lêse-majesté. Inst ruisez-moi,û vous qui enseignez la vérité aux hommes! Que dois-je faire? Dois-je nier un pareil crime, de crainte qu'il ne vous déslionure? mais je l'ai foit avec la plus mûre délibération, et je le ferais encore avec ardeur. Dois- je l'avouer? mais je m'ôte par -là tout moyen de me défendre; je fois triompher Tinjustice. M'imputerai-je à crime d'avoir voulu sauver les sénateurs? Leur conduite à mon égard méritait peut-être que je prisse moins à ctcur leurs intérêts; mais l'inconstante vicissitude des choses de ce monde, toujours sujettes à se démentir, a pu occasiuner quelque changement dans leurs sentimens pour moi ; leur mérite au fiind est toujours le même. Qitelque

PAR BOÉCE.

àmte qui ui'm arrive, rien au monde ne me portera jamais à déguiser la vérité, ni i autoriser le mensonge. Peut-on m'accuser de l'avoir fait? C'est vous, c'est la sagesse que j'en feis juge; j'ai pris soin d'écrire tout ce qui regarde cette grande aFRiire , afin que la postérité en soit instruite ; je ne crois pas devoir prendre le même soin pour ce qui concerne les lettres supposées, par lesquelles on m'impute d'avoir espéré de rétablir la république et l'ancienne liberté. La fausseté de cette accusation eût paru avec la dernière évidence si, ce qui est décisif en de pareilles causes, on m'eût oonfronté avec mes accusateurs et permis de me servir contre eux de leurs propres dépositions. Et quelle liberté, hélas! pouvons-nous encore espérer? Plût au ciel que j'eusse pu savoir par quel moyen la recouvrer! J'aurais répondu ce que Canius répondit û Caligulaqui l'accusait d'étre complice d'uue conjuration fbrméeoontre lui ;«Si j'en avais été instruit, vous ne le seriez pas. «Au reste, quelle que soit la douleur que me cause cette malheureuse affaire, je n'en suis point assez troublé poilb me plaindre de ce que des impies ont entrepris d'opprimer la vertu ; mais ce qui me jette dans la dernière surprise, c'est de voir qu'ils ont réussi dans leurs projets criminels. Car si l'homme se porte au mal, c'est peut-être la suite fune-ste de l'imperfection de sa nature. Mais qu'un scélérat puisse exécuter contre l’innocence tout ce que sa scélératesse lui suggérera , et cela sous les yeux d'un Dieu juste, c'est pour moi un prodige inconcevable! Frappé de la même idée, un des vôtres disait avec raison : a Si c'est un Dieu qui gouverne le monde, d'où peut venir le mal qui y règne? S'il n’y a point de Dieu , d'oû peut venir le bien qui s’y lait?» Après tout, est-il étrange que des hommes pervers, altérés du sang des sénateurs et de tous les gens de bien, aient conspiré ma perte, moi qui me suis tonjours feit un devoir essentiel de combattre pour 1rs gens de bien et pour le sénat? Non, sans doute; mais devais-je attendre un pareil traitement des sénateurs euxmêmes? Rappelez-vous, vous qui avez toujours été le mobile de toutes mes actions, rappelezvous avec quelle force je pris û Vérone la défense du sénat, au péril même de ma vie, lorsque le roi, qui voulait détruire cet ordre respectable , Ucba de foire tomber sur tout le corps le crime particulier qu’on imputait a Albin, l'un

de ses membres. Vous connaissez la vérité de tout ce que je dis , et vous savez que je ne cherche point en cela 1 me glorifier. La réputation qu'on acquiert en se vantant du bien qu'on fait, n'est qu'une récompense frivole qui diminue cette satisfaction intime, fruit précieux du témoignage consolant qu'une bonne conscience se rend à elle-même. J'ai fait le bien, et vous voyez quel avantage j'en retire. Quand je pouvais espérer la récompense d'une vertu réelle, on me punit d'un crime imaginaire; et comment m'en punit-on? A-t-on jamais vu 1rs juges s'accorder si unanimement contre le plus granit coupable? Dans le nombre, il en est toujours quelques-uns qui, par erreur ou autrement, sont portés à douter des forfaits les plus avérés. Quand j’aurais été accusé d'avoir voulu brûler les temples du Seigneur et égorger ses mim'stres au pied de scs autels ; quand j'aurais été soupçonné d'avoir machiné la perle de tous les gens de bien, on m'aurait écoulé du moins, et l'on ne m'aurait condamné qu'après que j'aurais confessé mon crime , ou que j'en aurais été juridiquement convaincu. Mais on ne peut m'accuser que d'avoir voulu sauver le sénat, et cependant on me transporte loin de Home; et sans vouloir m'entendre, on me proscrit, on me condamne û mort. O qu'il m'est avantageux que personne encore n'ait été convaincu d'un pareil crime! crime si glorieux au jugement de mes délateurs mêmes, que pour en ternir l'éclat, ils ont été forcés de dire , contre toute vérité, que j’ai tout sacrifié aux intérêts d'une ambition sacrilège. Mais vous qui habitiez dans mon «cor, vous en aviez banni tout intérêt humain; et je n’aurais osé, sous vos yeux, commettre un pareil crime. Car vous me répétiez souvent cette belle exhortation de Pythagnre : « .Suivez les inspirations de votre Dieu, » et il ne m'était pas possible de penser d'une manière si basse et si honteuse â moi, que vous travailliez avec autant de soin J perfectionner de plus en plus, et qui vous proposiez Dieu même pour modèle. Dailleurs ma maison, dont l'innocence est connue, mes amis, dont la probité est si recommandable, mon beau- père Symmaque, ce respectable, ce saint vieillard, tout me met i couvert d’un tel reproche. Mais c'est à vous qu’on impute toute la foute : quelle injustice ! quelle horreur ! On ne m'a cru coupable de ce crime que parce

2/ÎÜ CO.NSOLATIO.S l)K

(|u'inslru!l à votre école, je pntique vos let^ns rl y conforme me* mœurs. Ainsi, noiMeulemenl le respect qui vous est dù ne m’a pas fiaranli des attaques de mes ennemis , mais en m’insultant ils ont poussé l'audace jusqu'i vous insulter vous- même. Ce qui met le comble à mon malheur, c'est que la plupart des hommes ne décident des choses que par révénement , et juj',ent indigne de leur approbation tout ce que la Inrtune n'a pas jugé digne de scs faveurs. DelU V ient que la preniiiTC perte <|ue font les malheureux est celle de l'estime publique. Mon, je n’ose penser quels sont à présent les bruits qui se répandent à l'occasion de ma disgrAce, quels sont les jugemens divers qu'on en porte. Tout ce que je puis dire, c'est que ce qui accable le plus un malheureux , est de penser qu'aussitùt qu'on l'accuse, la plupart des gens sont persuadés qu’il ne lui arrive rien qu'il n'ait bien mérité ; et cependant, si je suis dé|)ouillé de mes biens, dégradé de mes dignités, déshonorédans l'esprit de bien des hommes, c'est une peine cruelle que je ne me suis attirée qu’en disant le bien. U me semble voir les auteurs de mon désastre faire éclater leur joie impie dans les lieux oâ ils forgent les traits de leur calomnie. Il me 'cmblc les voir à l’envi en préparer de nouveaux , landisquelesgensde bien sont dans la dernière I oostemation S la vue des dangers auxquels je »uis exposé. Les scélérats, sûrs de l’impunité, useront concevoir les projets les plus odieux ; ils useront même les exécuter, animés par les récompenses qu’on leur propose; et les innocens, (irivés de tout appui , ne pourront se soustraire A la persécution de leurs ennemis ni parrr h'Urs coups. Je puis donc m'écrier avec justice : y. « Créateur de l’univers , qui , immuable sur >otre trône étemel, donnez aux cieux leurs mouvemens rapides, et réglez le cours des astre-s; voua qui avez assujetti la lune à ces variations constantes qui tantôt la font briller des feux de son fn^rc d’une manière si éclatante, qu’elle semble alors , peodanl la nuit , régner seule su firmament , et qui tantôt lui font perdre peu A peu sa lumière, et la font disparaître enfin quand elle est plus prés du soleil ; vous qui avez commandé à un des astres les plus brillans, d'anuoncer toqjours , par son lever, les approches (le la nuit, et, p.xr son coucher, la naissance du jour; vous qui abrégez dans la saison des frimas

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