‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 311 sur 684 · L.\ PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

L.\ PHILOSOPHIE

faire leur proie écouter en paix le chantre divin. Lesliuns cruels , la biche timide, lecliien afiàmé et le lièvre craintif, n’étaient plus sensibles qu’à la douceur de ses accords. Mais voyant que scs sons , capables de tout charmer, ne pouvaient charmer sa douleur : > Impitoyables dieux du ciel ! s'écria-t-il , puisque vous êtes insensibles à ma voix , je cours implorer le dieu des enfers, s Arrivé sur les sombres bords, il met en usage toute la science de sa mère; sa voix , d'accord avec sa lyre , exprime de la manière la plus touchante toute la force de sa douleur, et toute l’ardeur de son amour. Il adresse à Pluton les voeux les plus ardens et les plus tendres. A ses accens enchanteurs. Cerbère étonné reste sans voix; les furies vengeresses, devenues sensibles, pleurent pour la première fois; la roue, instrument éternel du supplice dlxion, s'arrête subitement ; Tantale oublie la soif qui le dévore , et ne cherche plus à l'éteindre, le cruel vautour, qui déchire sans cesse les entrailles sans cesse renaissantes de l'infortuné Titie, rassasié des sons enchanteurs, oublie sa voracité; Pluton lui-même, l'inflexible Pluton, sent la compassion naître au fond de son àme. « Je suis vaincu, dit-il; Orphée, tu triomphes! la vie et la liberté d'Eurydice seront la récompense de l'harmonie victorieuse de tes chants. Je te la rends; mais voici la loi que je t'impose. Tant que tu seras dans les enfers, garde-toi de jeter les yeux sur elle : si lu kl regardes, lu la |ierds. « Mais qui peut donner des luis à l'amour? L'impérieux amour n'en reçoit que de lui-mêrae. Près de franchir la barrière qui sépare les enfers du séjour des vivans, Orphée ne put résister à l'impatience de son amour. Il regarda Eurydice, et il la perdit |H>ur toqjours. Cette fable est une instruction pour quiconque aspire au ciel. Si , vaincu par scs pa.s.ssions, il jette un rcfprd de complaisance sur les faux biens de ce bas-monde , il perd au même instant tous les droits qu’il avait à niérilage céleste. »

Pr. LaPtiilosuphie me disait loutesces choses avec autant de majesté que de douceur; elle allait reprendre la parole, kn-sque. pressé porte

PAR UOECE.

chagrin que j’avaia encore au fond de mon ca'ur, je l'arrttai en lui disant : • Toutes les vérités dont vous m'avez entretenu jusqu'à ce moment , me paraissent invinciblement établies, et par la solidité de vos raisons, et par l'évidence dont elles portent le divin caractère en elles-mêmes ; mais vous ne m'avez rien appris d'absolument nouveau. Vous n'avez fait que me rappeler ce que la force de la douleur m'avait bit entièrement oublier. Mais pour guérir entièrement cettedouletr qui m'accable, il faudrait en détruire la cause, et la voilà. Je suis inconsolable de voir qu'un Dieu souverainement bon souffre que le mal se fasse, et le laisse impuni. Vous conviendrez que cette seule idée suffit pour jeter l'àme dans la plus grande etmstemation : mais voici ce qui m'alarme encore davantage. Tandis que la méchanceté prospère et règne ici-bas, la vertu nonseulement est privée des justes récompenses qu'elle mérite, mais abattue, méprisée, les médians la foulent aux pieds, et lui font souffrir les peines qui ne sont dues qu'aux crimes ; et cela sepasse sous l'empire d’un Dieu qui sait tout , qui peut tout,et qui ne veut que le bien! Voilà cedont on ne peut niasses s'étonner ni tropse plaindre. > — tCe serait sans doute, me répondit-elle, le renversement le plus déploratdc et le plus monstrueux si , comme tu te l'imagines , dans une maison aussi bien réglée que celle du souverain Père de famille, ce qu'il y a de plus vil était en honneur, tandis que ce qu'il y a de plus précieux serait dans l'humiliation et dans le mépris. Mais il n'en est pas ainsi ; car en posant pour principes les vérités que nous venons d'établir, tu comprendras, avec l'aide de celui dont le gouvernement est le sujet de notre entretien , que la vraie puissance est le partage des bons , et que les méchans sont toujours faibles et méprisables; que le vice n'est jamais sansdiàliment, ni la vertu sans récompense; que les gens de bien sont toujours véritablement heureux, et les méchans toujours réellement malheureux, et plusieurs autres vérités semblables qui feront cesser les plaiotes, et te rempliront d'un courage à toute épreuve. Et puisque je t'ai fait connaître la nature et le séjour de la béatitude, je crois que, sans m'arrêter à bien des choses qui ne sont pas absolument nécessaires, je dois le montrer tout de suite le chemin qui doit le conduire à la véritable patrie. Je donnerai des ailes à ton àme.

aflii que sortant de l'abatlemeiil od elle est plongée, elle poisse s'élever à cette patrie désirable. Je lui en montrerai le chemin; je lui servirai deguide,etjelni fournirai tous les moyens, nécessaires |K>ur y parvenir en sûreté.

f'.aj'aides ailes capablesde me porter au-dessus des nues ; par leur secours, l'àme méprisant ces bas lieux, s'élève dans les airs, laisse derrière elle 1rs nuages et les tempêtes, vole au-dessus de la sphère du feu , pénètre jusqu'à ces maisons brûlantes que le soleil habite successivement ; elle suit ce bel astre dans toute sa course; elle s'élève au-dessus de la plus haute des planètes , s'élance impétueusement d'un pôle à l’autre, parvient jusqu'au plus haut de l'empiréc, et vole ensuite au st'jour de la lumière étemelle. Cest là que le roi des rois a établi son trône sur des fondemens inébranlables. C'est de là qu'il gouverne le monde, et que, quoique immuable, il se porte partout sur son char rapide. Si tu as le bonheur de revenir un jour dans cette demeure auguste que tu cherches sans te ressouvenir que tu l'as connue, lu t'écrieras ; i Ah! voilà ma patrie , je m'en souviens ; c'est de là que je sois sorti ; c'est là que je veux demeurer éternellement. t Alors, si du haut de ce séjour de lumière tu daignes abaisser tes yeux sur ces ténèbres épaisses qui couvrent la face de la terre, tu verras que ces fiers tyrans qui font trembler des peuples, ne sont , malgré toute leur grandeur, que devilsesclaves, que de malheureux exilés. » /V.— < Vous me faites là de bien magnifiques promesses ; hâtez-vous de les remplir; car je ne doute point que vous ne soyez en état de le foire : hàlrz-vous de satisfaire les désirs que par ces promesses vous avez foit naître dans mon emur. « Je le veux bien, me répondit-elle, et je

commence par le fa ire voir que les gens de bien sont toujours véritablement puissans, et que les méchans sont la foibicsse même. Ces deux propositions se démontrent l'une par l’autre ; car le bien et le mal étant deux contraires, dont les qualités s'exduent mutuellement , si les gens de bien sont puissans, il s'ensuit que les méchans ne le sont pas; et si je montre, au contraire, que les méchans sont sans puissance, ii est évident qu'elle est le partage des gens de bien. Mais pour rendre ma démonstration plus complète, je ne m'en tiendrai pas à l'une de ces deux propositions; je les démontrerai allerualivrmriil

l une et l’autre. Il y a deux principes qui coucoureiit n^'cessairemeot aux aciipns des hommes : la volunté et le pouvoir. Le défaut de l'une ou de l'autre est un obstacle insurmontable i tous les actes humaius.Car si le vouloir manque, l'homme n'essaie seulement |>as d’agir; et .s'il manque de pouvoir, en vain s'eflbrccrait-il de le foire. Ainsi , quand tu vois quelqu'un ne point parvenir à ce qu'il désire avec ardeur, tu conclus d'abord qu'il n'eu a pas le pouvoir; et , par uue conséquence contraire , s'il y parvient , tu ne doutes point qu’il n'ait été puissant à cet é{;ard. Or, tu ne doutes pas non plus que la force consiste il pouvoir a|;ir, et la foiblesseînelepouvoir pas. ° — «Rien n'est plus clair que ce raisonnement. Il — « Kh bien! continua-t-elle, te souviens-tu que je t'ai montré que tous les hommes , par un penchant naturel, tendent à la béatitude, quoiqu'ils prennent diHiérentes roules pour y |iarvenir? Te rappelles-tu aussi que la béatitude et le bien sont une même chose , et qii'ainsi on ne peut aspirer à celle-Ui sans aspirer il l'autre ? Par conséqueut. tous les hommes, lesméchans comme I les bons, tendent naturellement au bien. Or, il est certain que les bons ne sont tels que parce qu'ils parviennent aubien : ils parviennent donc au but de leurs désirs ; et les médians, au contraire, cesseraient de l'étrc, s’ils parvenaient A ce but désirable. Reprenons ce raisonnement en peu ue mots. Les bons et les médians tendent naturellement au bien : les premiers y parviennent, les autres n'y parviennent pas ; les premiers ont donc en partage le pouvoir dont il fout nécessairement que les autres manquent , puisqu'ils n’y parviennent pas. > — «Cela , lui dis- je , me parait indubitable et fondé sur la nature des choses, et sur les conséquences les plus justes. > — «Supposons, reprit-elle , que de deux hommes qui ont tous les deux le même projet , l'un l'accomplisse naturellement , et que l'autre , prenant toute autre route que celle que la raison lui dicte , ne parvbit pointa l’accomplir, et ne fit que l'imiter, lequel des deux croirai.s-tu le plus puissant ? Et pour te faire mieux comprendre mon idée : marcher , n’est-il pas vrai , est un mouvement naturel à l'homme; scs pieds sont naturellement destinés à crt office. Si donc , pour marcher, l'un ne se sert que de ses pieds, et que l'autre ait besoin, pour le faire, de se servir encore de ses mains, letpid des deux penses-tu

LA PHILOSOPHIE

être le plus fort? Certainement, c'est celui qui, tout naturellement et sans effort , foit ce que l'autre ne peut faire. Mais tu me donanderas peut-être à quoi nous mène ce raisonnement. Le voici. Le souverain bien est l'objet désirable dont l’acquisition est proposée aux mécbans comme aux bons ; ceux-ci y parviennent naturellement par le véritable cbemin, qui est celui de la vertu; les mécbans, au contraire, s’efforcent inutilement d'y pan’enir, parce qu’ils suivent les routes égarées que leurs passions leur font prendre. > — «J'entends cela, etj’encondns avec vous, ainsi que des principes dont j'étais convenu , que la vraie puissance est le partage des bons, et la foiblesse, celui des méchans. « — «Tu vas droit à la vérité, et c’est une marqueassurée des progrès de la convalescence. Mais, pour mettre é profit les heureuses dispositions où je te vois , je veux entrer dans un plus grand détail , et te donner de nouvelles preuves. Tu vois dt^à quelle est la foibles.se des méchans qui ne peuvent parvenir ù ce but «immun , où les porte si fortement le penchant de la nature; penchant impérieux et presque invincible , et qui pourtant est en eux sans effet. Que leur impuissance est donc grande, et qu’elle est funeste! Car ce n'est pas seulement de quelques avantages frivoles qu'ils se voient privés,' mais de la seule chose essentielle. Ils la cherchent sans cesse; ils courent après elle jour et nuit, et , les misérables qu’ils sont! ils ne peuvent jamaisratteindre; leurs vains efforts ne font que manifester leur faiblesse , tandis que les gens de bien font A cet égard le plus heureux usage de la supériorité de leurs forces. Tu regarderais, en effet, comme supérieur en force et en vigueur, celui qui , de son pied , parviendrait au bout de l'univers ; tu dois doue regarder comme un prodige de force, celui qui est parvenu au but suprême, à ce but où se terminent et ses désirs et nos idées. Par la raison contraire, tout scélérat est rempli de faiblesse. Car pourquoi les médians se livTcnt-ils au vice? Est-ce parce qu’ils ignorent le vrai bien? Une semblable ignorance est la preuve certaine de la petitesse de leur génie. Connaissent-ils leurs devoirs , et ne s’en écartent-ils que parce que la convoitise et les passions les en éloignent et les précipitent dans l'ablme du vice? Nouvelle preuve de leur faiblesse, puisqu'ils ne peuvent résister A ces

l'AU BOÉCE.

cnoeuiies de leur bonheur. Est -ce avec une pleine connaissance et une volonté décidée qu'ils abandonnent la vertu pour se livrer au crime? En ce cas, non-seulement je ne leur connais plus de vraie tbrce , mais je ne les rcf^rde plus comme des hommes. Car c'est n'élrc plus rien que de ne pas tendre à ce qui est la lin de tout ce qui existe. Quand je disque les médians, | qui ivnt le plus ((rand noinlire des liommes , ne sont rien, cela parait un paradoxe élran(ve. nien de plus vrai pourtant ; car je ne nie pas qu'ils existent en qualité d'hommes méchans, nuis je nie qu'ils soient simplement , et A proprement parler, des hommes, lin cadavre est un homme mort, mais ce n'est |>oiiit véritablement un homme. Ainsi , les mécluns sont des hommes vicieux; mais ils ne méritent point au vTai la qualité d'hommes. Car (lour être quelque chose, il faut en conserver le rang et le caractère; dès qu'un s'en écarte, on cesse d'être ce qu'on était. Mais les mécluns, me dira-t-on, ont pourtant une espèce de puissance. J'en conviens; mais cette puissance pernicieuse est la suite fetalc de l'excès de leur faiblesse. Ils ne sont puissans que pour le mal; et, s’ils avaient le vrai pouvoir, qui est le partage des l^ns de bien, ils seraient dans l'heureuse impuissance de faire le mal. Mais plus ils ont de disposition et de force pour le faire , plus ils montrent qu'ils ne peuvent rien; puisque, comme nous l'avons lait voir, le mal, à parler strictement, n'est rien. Pour te donner encore une idée plus précise de l'espèce de puissance dont jouissent les méchans, rappelle-toi que le souverain bien est lepluspuis.sant de tous les êtres: et cependant il ne peut foire le mal; lu en conviens. Revenons maintenant aux hommes ; A moins que d'être insensé , on ne peut pas dire qu'il soient tout-puissans;or, cc|>endant ils peuvent foire le mal. » — « Ab ! je ne le sais que trop, lui dis-je ; plût au ciel qu'ils fussent impuissans à cet égard ! «—«Puisque donc , qjouta-t-clle, le souverain Être, qui ne peut foire que le bien, est tout-puissant , et que les faibles mortels si puissans pour le mal, ne le sont pas pour birn d'autres choses, concluons que le pouvoir de foire le mal est au fond une impuissance réelle. Ajoutons A tout cela, que toute puissance est désirable, et que tout ce qui est désirable se rapporte au bien , comme A sa fin dernière : or,

la puissance de foire le mal ne peut jamais se rapporter au bien : elle n'est dune pas désirable ; et si toute veaic puissance est en efïet désirable , celle de foire mal n'en est donc pas véritablement une. De tout ceci , il est aisé de conclure t que le vrai pouvoir est le partage des gens de bien , et que la plus déplorable faiblesse est celui des méchans. Platon a donc bien eu raison de dire que les sages sont les seuls qui fassent ce qu'ils désirent. Les méchans font, il est vTai, ce qui les Hatte; mais ils ne satisfont jamais leurs désirs, quoiqu'il.s pensent le foire en suivant leurs goûts déréglés; car les actions honteuses ne conduisent jamais A la félicité , qui est le but commun de tous les désiis des hommes.

f'. I Voyeasur leurs irûnes ces rois superbes; la pourpre brillante qui les œuvre , la garde qui les environne , cet orgueil féroce qui éclate sur leur front , ne sont que de vains dehors qui cachent le trouble et la rage qui les dévorent dans le coeur. Ces maîtres de l'univers sont des esclaves infortunés qui gémissent sous le poids de leurs chaînes. Ijl convoitise verse A grands Hots sou poison dans leurs emurs , la colère les enflamme , le cliagrin les dessèche , leurs espérances trompées font leur tourment. Chacun de ces tyrans est en proie à mille tyrans intérieurs. Accablés sous le cruel empire de tant de maîtres inhumains, sont-ils jamais véritablement maîtres de foire ce qu'ils désirent ?

/’r. « Comprends donc enfin A quelle bassesse indigne les vices conduisent, et de quel éclat au contraire brille toujours la probité, et conclus-en que les gens de bien ne restent jamais sans récompen.se, ni les scélérats sans cbAtiment. Car on peut regarder comme la récompense solide de nos actions, la fin pour laquelle nous les foisons. Ainsi la couronne proposée A ceux qui courent dans la lice , est la récompense qui les anime ; mais nous avons déjA vu que la béatitude est en même temps le bien suprême , auquel nous aspirons tous. Le bien est doue tout ensemble le mobile universel , la fin et la récompense de nos bonnes actions. La vertu ne manque donc jamais de sa juste récompense. Le diadème glorieux qui la couronne est A l'épreuve des attentats et de la cruauté des médians. Ils ne dépouilleront jamais l'honnèle honmie de cette .satisfaction intime et glorieuse inséparable de la probité. Si elle lui venait du dehors, elle

:j)4 CO.>.SOI,ATION DE

pourrait peut-être lui être ravie , ou par celui dont il l'aurait reçue , ou par quelque autre ; mais puisqu'elle est esseutidlement attachée à la vertu mêiiie , il ne peut la perdre qu'en perdant aa vertu. Enfin on n'a.spirc aux récompenses que parce qu'on les croit un véritable bien : celui donc qui pratique le bien , trouve dans le bien même sa récompense, et quelle récompense! La plus belle et la plus grande dont nous puissions jamais avoir l'idée. Souviens-toi de la conséquence que je tirais il y a un moment , et raisomie ainsi : La béatitude et le vrai bien sont une même chose ; celui donc qui parvient au vrai bien , parvient à la béatitude : ainsi tous les gens de bien sont véri lablement heureux , précisément parce qu'ils sont gens de bien. On ne peut être véritablement heureux sans participer en quelque chose ê la Divinité; les gens de bien sont donc en quelque fiiçon des dieux , dont le bonheur et la gloire ne peuvent être altérés, ni par la durée du temps, ni par l'eflbrt d'aucune puissance, ni par les attentats de la malignité. Par ce que je viens de dire, le sage comprend aisément que le vice ne reste jamais impuni ; car le bien et le mal , la récompense et le cliâtiment , étant des contraires, comme la vertu est elle-même la récompen.se de l'homme vertueux , la perversité des niéchans fait elle-même leur supplice : car la peine étant un mal , et le mal une peine, peuvent -ils se croire exempts de peines, eux qui sont entièrement livri's au vice qui est le plus grand de tous les maux ? On peut même inférer de ce que nous avons dit ci-devaiit , qu'ils cessent d'étre ce qu'ils étaient ; ils n'ont plus en effet que la seule apparence d'hommes. l,eur penersité leur en fait perdre la nature. Car comme la probité élève l'homme autlessus de sa condition mortelle, le vice au contraire le dégrade et le rend semblable aux bêles. Oui , le vice opère cette honteuse métamorphose. L'injuste usurpateur n'est plus un homme, c'est un loup ravissant ; un plaideur de profession, un monstre de chicane et un chien hargneux, qui inquiète et maltraite tout son voisinage; ces fourbes adroits, qui tendent des embôches d'autant plus dangereuses qu'elles sont plus cachées, n'ont-ils pas le caractère et l'odieuse finesse du renard? Ces gens colères, toujours dans l’emportement et dans la rage , ne sont -ils pas des lions furieux? Celle ême

La philosophie,

tremblante que tout alarme, qui frémit où il n'y a pas la moindre apparence de danger, n'a-t-eÜe pas toute la timidité du cerf? Ce paresseux , cet insensible, qui croupit dans sa stupidité , ne mène-t-H pas la vie de la plus vile des bêtes de cliarge ? Cet esprit léger que rien ne fixe, quichangeà chaque instant de désirs et d'idées, n’est -il pas tout semblable à l'oiseau qui voltige sans cesse de branche en branche? Enfin ce débauché qui se plonge dans les voluptés les plus grossières et les plus honteuses, vit-il comme un homme ou comme un pourceau? C'est ainsi qu'en cessant d'être vertueux , l'homme cesse d'être homme. lai vertu en eût Fait un Dieu , le vice en fait une bête immonde ; et il lui arrive quelque chose de plus funeste que ce que la fable nous raconte des compagnons d'Ulysse.

Z'. « Ce prince , après avoir long-temps erré sur les flots, fiit pous.sé par les vents dans l'Ile où régnait la fameuse Circé, fille du soleil. Cette déesse, par la force de ses encliantemens, donna à la liqueur traîtresse qu’elle oflrit à ces nouveaux bûtes le pouvoir de les métamorphoser. Ils burent i longs traits la liqueur pernicieuse ; aussitût la tète de celui-ci se change en une hure de sanglier. Celui-là est couvert de la peau d'un lion ; il en a les dents et 1rs griffes terri- Mes. Cet autre, mêlé parmi les loups auxquels il res.semblc , veut déplorer sa triste aventure ; mais au lieu degémissemens, il pousse des hurlemcns affreux. Cet autre, sous la peau d'un tigre, devenu animal domestique, rôde dans toute la mai.son. Il est vrai qu'un dieu propice avait empêché le chef de ces malheureux de boire dans la coupe empoisonnée; il l'avait préservé du changement honteux qui lui était préparé ; mais ses compagnons avaient éprouvé l'indigne métamorphose. Déduits à la vie des animaux , ils avaient perdu et la voix et la figure humaine; il ne leur resta de leur premier état que l'àme seule, gémissant sans cesse sur le changement monstrueux que l’enchantcresae venait d'opérer. Impuissante enchanteresse ! ta magie n'a donc de pouvoir que sur les corps ; il ne peut s'étendre sur 1rs âmes : elles sont à l’épreuve de tes enchantemens. Ah ! il est des poisons malheureusement plus piiissans et plus pernicieux. Ce sont ceux qui pénétrant jusqu'au fond de l'àme, exercent leur fureur sur elle.

PAR BOÈCE

quoiqu'ils ne bissenl ^ l'extérieur aucune marque du désordre affreux qu'ils y causent.

Pr.« Je le vois et je l'avoue, lui dis-je;les linmmes vicieux se dégradent par leurs mauvaises actions ; ils n'ont que l'apparence d'hommes ; leur Jmc a tmis les sentimens des plus vils animaux; mais je désirerais que ceux d'entre les méchans, dont l'Ame atroce exerce sa crtiaïué sur les gens de bien , n'eussent jamais eu le pouvoir de leur nuire.» — » Aus.si ne l'ont-il pas, me répondit la Philosophie. Cependant s'ils étaient dans l'impuis.sanre de faire le mal , leur peine et leur malheur seraient beaucoup moins grands. Car quoique cela paraisse Incompréhensible, il est pourtant vrai que les méebans sont plus malheureux quand ils ont assouvi leurs desseins criminels, que quand ils ont été dans l'impuissance de le faire. Car si c'est un malheur de désirer le mal , c'est un plus grand malheur de pouvoir le commet tre, pu isqiie sans ce pou voir funeste, leur mauvaise volonté resterait sans effet, et que leurs désirs pernicieux s'anéantiraient. Ainsi c'est un malheurde désirer le mal, iinplusgrand malheur de pouvoir le faire, le comble du malheur de le faire en effet; et ces trois espèces d'infortunes se réunissent dans celui qui accomplit sa mauvaise volonté, pour le rendre souverainement malheureux.» — «Je le crois ainsi , répondis-je, et c'est ce qui me porte à désirer qu'ils cessent d'étre si malheureux en cessant de pouvoir faire le mal. « — «Ils cesseront, ajouta-t-elle, ils cesseront de l'avoir ce pouvoir funeste , plus tôt que tu ne le penses, et qu'ils ne le pensent eux-mémes. Que cette vie en effet parait courte, et que le terme le plus éloigne parait proche à une Ame créée pour l'immortalité ! 11 ne faut qu'un moment pour anéantir les espérances perverses des méchans, pour renverser leurs projets criminels , et pour les empêcher de mettre le dernier comble à leur malheur. Si c'est en effet un malheur d'étre vicieux, c'est un plus grand malheur de l'étrc long-temps, et c'est par conséquent un bonheur pour les méchans que la mort vienne mettre fin A leur vie criminelle. Car si ce que nous avons dit du malheur attaché au vice est bien vrai , il s'en suit que ce malheur est inflniquand il est étemel. » — » Cette conséquence, m'écriai-je est bien snrprcnante et bien difRcile A comprendre ; je vois cependant qu'elle a une connexion nécessaire avec ce que vous avez pré-

cédemment établi. » — » Rien de plus vrai, me ditelle; car, ou il faut admettre sans difficulté cette conséquence , nu il faut démontrer que les prémisses sont fausses , ou que cette conséquence n'y est pas renfernu'e ; carsi les prémisses sont vraies et la f(>rme de l'argument juste, la conséquence est vraie aussi. Voici encore quelque chose d'aussi surprenant, mais qui émane également de ce que nous venons de dire. L'aurais-tu pensé? Les méchans sont beaucoup plus heureux quand ils paient la juste peine due A leurs fbrhiits , que quand ils restent impunis. Pour le prouver, je pourrais dire que le châtiment les corrige , qu'il épouvante les autres et leur sert d'exemple, etc. Mais ce n'est point par ces raisons, qui viennent d'abord A l'esprit de tout le monde, que je veux prouver combien l'impunité contribue au malheur des méchans. Écoute-moi : que les gens de bien soient heureux, et les méchans vraiment malhcnreux , nous en sommes convenus. Convenons maintenant que si l'on mêle quelque bien A l'infortune d'un misérable, il est moins malheureux que celui dont la misère n'est adoucie par rien ; et que si A l'infortune de celui-ci , on •youte encore un nouveau degré de mal, son sort est infiniment plus A plaindre que ne l'est le sort de celui dont le malhenr a reçu quelque adoucissement par l'espèce de bien qu'il éprouve. Or le chAtiment des méchans est un bien, puisque (festla justice qui l'exerce; et par une raison contraire , l'impunité de leurs crimes est un mal , puisque c'est une injustice manifeste. Les méchans sont donc beaucoup plus A plaindre, lorsque, contre les règles de la justice, ils échappent au chAtiment qui leur est dû , que lorsque la justice les punit comme ils te méritent. Car on ne disconviendra pas que rien n'est plus juste que de punir le crime, ni rien déplus injuste que de le laisser impuni ; et on ne disconviendra pas non plus que ce qui est juste est un bien , et ce qui est iiyuste un véritable mal. > — s Tout cela, lui dis-je, suit naturellement de ce que vous avez déjà établi ; mais je vous supplie de me dire si vous croyez que le malheur des méchans finit avec leur vie, et si leur Ame ne souffre rien après leur mort?» — «Ab! les supplices qui les attendent, me dit-elle, sont terribles, mais d'un genre différent ; car les uns peuvent servir A les purifier, et les autres , plus affreux. ne servent qu'A les tourmenter sans fruit.

Mais ce n'est pas de ceU dont H s'agit à présent. Revenons i ce qne nous venons d'établir. Je t'ai montré le néant de cette prétendue puissance desméchans, qui te causait tant d'indignation; je t'ai fait voir que leurs crimes ne restent jamais impunis; que le pouvoir qu'ils ont de les commettre, pouvoir qui te faisait tant de peine, et dont tu désirais si ardemment la fin , ne peut jamais être de longue durée; que plus il dure, plus il contribue à leur malheur, et que s'il durait toujours, leur malheur serait infini. Enfin, je t'ai fait connaître que les mécbans sont plus malheureux lorsque la justice souveraine les épargne que quand elle les punit ; d'oA j'ai conclu que leur punition n'est jamais plus terrible que lorsqu'ils paraissent n'en éprouver aucune. > — • Quand je pèse vos raisons , lui répondis-je , rien ne me parait pins vrai que ce que vous venez de dire: mais qne la plupart des hommes .sont bien peu disposés, je ne dis pas seulement é le croire, mais même à récooter! • — « Je le sais , reprit-elle; leurs yeux, couverts des ténèbres de l'iipiorance , ne s'ouvrent pas aisément à la lumière de la vérité, ils ressemblent à ces oiseaux nocturnes que le grand jour aveugle. Car, n'envisageant point l'ordre établi par la Providence, et ne consultant que leurs sentiinens déréglés, ils regardent comme un grand bonheur le pouvoir de faire le mal , et de le fiiire impunément. Mais que ces idées sont contraires à la loi éternelle! Voici ce qu'elle nous apprend. Quiconque s'efforce d'atteindre à 1a perfection, n'a pas besoin d'autre récompense; il la mérite et se l'adjuge lu'Hnnéme. Quiconque, au contraire, suit ses inclinations perverses et se tourne du cMédumal, devient son propre bourreau, en se précipitant dans l'ablmc de l'iniquité. Ainsi , maître de s’attacher par ses pensées au ciel ou à la terre, l’esprit de l'homme tantôt s'élève, et prend sa place an milieu des astres, et tantôt se plonge dans l'ordure et dans la fange. Mais ces idées sont au-dessus du vulgaire. Eh quoi ! penserons-nous comme lui? nous mettrons-nous au rang de ccs mortels méprisables, plus semblables it de vils animaux qu'à des hommes? Si quelqu'un, non-seulement avait perdu la vue, mais ne se ressouvenait pas même d'en avoir joui , et qu’il pensât que rien ne manque à la perfection de .sa nature, certainement il n'y a que des aveugles qui pussent penser c«)mmc lui.

LA PHILOSOPHIE

et presque tous les hommes le sont. Qui d’entre eux, par exemple, concevra que celui qui fait une iqjure est ^us malheureux que celui qui la reçoit? Cette vérité est pourtant fondée sur les raisons les plus solides. Juges-en. Tu conviens que tout scélérat est digne de punition, et je t'ai suffisamment montré qu'il est en même temps malheureux. Tu conviendras aisément aussi que tout homme est malheureux dès qu’il est digne de châtiment. Or, supposons que tu sois juge , et qu'assis sur le tribunal , tu décides entre celui qui a reçu riqjnre et celui qui l'a faite, lequel des deux, à ton jugement, doit être puni?»

— < Je n'hésiterais pas, lui dis-je ; je forcerais l'agresseur à faire à l'offensé une satisfaction proportionnée à l'iqjure. p — iCelui qui fiiit l'iiyore est donc plus malheureux que celui qui la reçoit , puisqu'â ton jugement, il est seul digne de punition. O — « J'ai conviens , lui dis-je ; et je vois que par ces raisons et beaucoup d'autres qui se tirent des mêmes principcs,une injure ne lait le malheur que de celui qui en est l'auteur et non de celui qui eu est l’objet , parce qu'une action honteuse rend , par sa nature, ceux qui la font , réellement malheureux.» — «Les orateurs, reprit-elle, ne considèrent guère cette vérité lorsqu’ils s'appliquent à émouvoir la compassion des juges en faveur de ceux qui ont reçu quelque grand outrage.

En effet , ceux qui en sont les auteurs sont seuls dignes de compassion ; et leurs accusateurs, loin dese déchaîner contre eux , dcvTaient les prendre en pitié , comme des malades qu'on mène au médecin , et les conduire ainsi avec bonté aux ' pieds de leurs juges, recevoir dans une punition salutaire le vrai remède aux maladies de leurs âmes déréglées. Letu^ défenseurs eux-mêmes ne devraient les défendre que faiblement , ou plutôt, pour leur être d'un plus grand secours, ils devraient changer de style et devenir leurs accusateurs. Je n'en dis pas assez. Les médians eux-mêmes, s'ils sentaient que la vertu peut encore , par quelque endroit , rentrer dans leur coeur, et que les châtimens peuvent les purifier de leurs fautes, loin de les envisager avec hor reur, les regarderaient comme le principe de leur bonheur, et loin de chercher à se défendre, s'abandonneraient sans réserve aux rigueurs salutaires de la justice. Par ce que nous venons de dire , il est aisé de voir que la haine ne peut jamais avoir d'accès dans le cceurdii sage; rar il

PAR BÜRCE.

fiiut être insensé pour haïr les gens de bien, et inhumain pour haïr les méchans. En effet , la méchanceté est une maladie de Time , comme la langueur est une maladie du corps. Or, si l’humanité noos apprend que les malades sont dignes de toute notre compassion, pourquoi n'aurionsnous pas la plus grande pitié de ceux qui sont engagés dans le vice, puisque le vice est la plus funeste de toutes les maladies?

V. c Quelle fureur vous porte, aveugles mortels, i chercher dans la guerre une fin plus prompte? Ah ! si vous désirez la mort, la cruelle ne vient que trop vite au-devant de vous. Insensés ! les animaux féroces arment contre vous leurs dents meurtrières; qu’cst-il besoin , pour vous détruire, d'avoir recours à vos épées? Qui peut vous porter à ces guerres barbares où vous vous préparez une mort mutuelle? Est-ce la différence de vos mœurs avec celle de vos voisins? Motif tout à la fois inhumain et injuste! Guidés par la justice et la raison, voulez-vous rendre à chacun ce qui lui est dù? Chérissez les gens de bien, ils méritent tout votre amour; et plaignez les méchans, ils sont dignes de toute votre pitié. >

Pr. Alors je repris la parole , et je lui dis:i Je vois clairement que le bonheur des uns et le malheur des autres ont leur source dans la bonté ou dans l'iniquité de leurs œuvres. Mais que penserons-nous de la fortune? Il n'est certainement point d'homme sensé qui préfère l'exil , la pauvreté et l'humiliation , au plaisir de tenir dans sa patrie le premier rang par ses richesses, ses dignités et son pouvoir. I j sages.se ne devient-elle pas plus glorieuse et plus utile lorsqu'elle peut communiquer aux peuples commis à scs soins la félicité dont elle jouit? La prison, les chaînes et le reste des supplices inventés par les lois, ne sont destinés qu’aux mauvais citoyens; ils n'ont été établis que contre eux : pourquoi donc, par un contraste injuste, les méchans ravissentils les récompenses qui n'étaient dues qu'à la vertu, tandis que les gens vertueux souffrent les peines qui ne devraient être infligées qu'aux méchans? Cette confosion déraisonnait me jette dans le plus grand étonnement , et je voudrais bien en apprendre la cause; car enfin je serais moins surpris si un aveugle hasard présidait à tout ce qui arrive; mais c'est Dieu qui gouverne tout en ce monde , et cependant , tantôt par une juste rétribution, le sort des gens

de bien est rempli d’agrémens , et celui des roécbans est rempli d’amertume; et tantôt , au contraire , par un renversement étrange , les désagrémens de la vie sont le partage des bons, tandis que les pervers jouissent à leur gré de tout ce qu’ils désirent. En arriverait-il anlrement s’il nY avait point de Providence?» — «Ah! répondit la Philosophie , si tu connaissais l'ordre établi par cette Providence, tu ne penserais pas que les choses arrivent ici-bas fortuitement et sans dessein ; mais quoique cet ordre ne le soit pas connu , lu ne dois pas en être moins persuadé que ce monde est bien gouverné , puisqu'il l'est par un maître souverainement bon.

y. « L'ignorance est la source ordinaire de notre étonnement. Voir l’étoile polaire presque immobile, et la constellation qui en est proche, prévenir avec tant d’empressement le lever des autres astres, et rester cependant sur l'horizon long-temps après eux, c'est un phénomène pour ceux qui n'entendent rien en astronomie. Quand la lune s'éclipse au milieu de la nuit, et que les étoiles recouvrent la clarté que la supériorité de sa lumière leur dérobait, le vulgaire superstitieux, saisi d'admiration et de frayeur, pousse des cris lugubres , et croit , par les sons aigus dont il frappe les airs , secourir l'astre défaillant , et lui rendre son premier éclat. Sait-on au contraire la cause de quelque événement ? on n'en est plus frappé. On voit sans surprise les flots de la mer se rompre en mugissant contre le rivage, lorsqu'ils sont poussés par un vent orageux ; on n’est point étonné de voir la neige se fiiodre en torrensaux premièresardeursdu soleil. Les hommes ne sont surpris que de ce qui arrive subitement ou inopinément. Ont-ils le temps d'en pénétrer la cause? la connaissance qu'ils acquièrent , en dissipant leur erreur, foit cesser leur étonnement.

Pr. — «J'en conviens, lui dis-je; mais comme c’est à vous qu'il appartient de découvrir les choses les plus cachées, et de dévoiler les mystères les plus profonds, daignez m'expliquer celui qui me cause tant de perplexités. > — «Tu me demandes, reprit-dle en souriant, la chosedu monde la plus difficile. Cette matière est une source inépuisahie de difficultés. Semblable aux têtes de l’hydre , quand on en tranche une, il en renaît mille antres. Il faut tout le fou du génie (tour en venir à bout; car il ne s'agit |tasde moins ici

318 CO.NSOL.VnUN DE

que de traiter tout ensemble de la Providence , du destin, des (‘véneinens fortuits de la prescience divine, de la prildcstination et de la liberté de l'bomme. Sens-tu de quel poids est un pareil engagement? Je veut pourtant bien employer le peu de temps qui me reste , à ftire sur ces importantes matières mie courte dissertation , puisqu'elle peut concourir il ta guérison. Mais quoique la poésie ait pour toi de si grands charmes, je différerai quelque temps pour t'en donner le plaisir. Il faut que je te développe auparavant, par des raisonnemens suivis, ces matières qui sont si étroitement liées l'une à l'autre. ■ Alors elle comment ainsi : s C'est de l'immuable volonté de Dieu que tout ce qui se produit en ce monde par la génération; que tout ce qui , dans la nature , est sqjct à tant de changemens et à tant de mouvemens divers, rei^oit son evistence, son arrangement et sa forme. L'intelligence infinie, sans jamais sortir de la simplicité qui lui est essentielle, est le mobile universel de tout ce qui arrive dans le monde en tant de manières. Cet enchaînement des dunes et des événemens, considéré dans sa source divine, est ce que noos appelons la Providence; mais si nous l'envisageons dans son objet, c'est-à-dire dans les choses créées , qui reçoivent de la Providenre la forme et le mouvemmit , c'est ce que les anciens nommaient destin. Ae premier coup d'œil , la Providence et le destin semblent être une même chose, mais à les approfondir on en sent la différence; car la Providence est la souveraine intelligence ellemême, qui règle et conduit tout ; et la destinée est le diffèrent arrangement des choses créées, par lequel elle les met chacune à sa place. In Providence en effet embrasse tout à la fois toutes les choses de ce monde, quelque différentes, quelque innombrables qu'elles soient , et la destinée est attachée à chaque chose en particulier, et diversifiée, pour ainsi dire, autant que les cbosrs le sont par les différentes combinai- M«s du mouvement, des modifications, des temps et des lieux ; de sorte que cet ordre des choses et des temps réuni dans les idées de Dieu, est ce qu'on doit appeler Providence; et quand on le considère divisé et distribué successivement aux créatures, c'est ce qu'on a nommé destin. Ces deux choses sont donc différentes : l'une cependant dépend de l'autre ; rar l'ordre

LA PHILOSOPHIE

des destinées n'est que l'effet de la Providriicr. En effet , comme un ouvrier, en concevant l'idée de l'ouvrage qu'il projette, le produit intérieurement tout entier, quoiqu’il ne l’exécute ensuite que successivement au dehors; de même, b Providence, par un seul acte, règle d'une manière immuable tout ce qui doit se faire dans l'univers, et elle se sert easuile du destin pour l’exéculer en détail successivement , et de mille manières différentes. Soit donc que le destin exerce son action par l'influence directe de b Providence, soit qu'il l'exerce par l'impulsion particulière de l'àme ou par celle de toute b nature, soit par l'influence des astres , soit par le ministère des anges ou par l'arliflce des démons, soit enfin que toutes ces puissances y concourent, ou que quelques-unes seulement y aient part, il est toujours certain que l'idée universelle et invariable de tout rc qui doit se faire au niundr , trile qu elle est en Dieu , est ce que nous devons appeler Provideuce, et que le destin n'est que le ministre de cette Providence, qui sert à développer dans b suite des temps ce que b Providence a réglé par uu seul acte de sa volonté toute puissante. Ainsi , ce qui est soumb au destin, et le destin lui-méme, tout est sujet aux bis souveraines de la Providence; mais b Providence embrasse bien des choses qui ne dépendent aucunement du destin. Telles sont celles qui sont plus prochainement et plus intimement unies à b Divinité. L'exemple suivant va éclaircir ma pensée. Supposons un grand nombre de cercles concentriques mus les uns dans les autres: le plus petit étant le plus proche du centre commun, devient à l'égard des autres une espèce de centre autour duquel ils tournent; le plus éloigné , au contraire , est celui dont le dbmètre a le plus d'étendue ; et l'espace qu'il embrasse devient plus grand à proportion qu'il s'éloigne davantage du point central. Ainsi , pendant qu'il est dans la plus grande agitation, ce qui louche de plus près au centre commun n'en éprouve aucune. De même, ce qui est le plus éloigné de Dieu , est plus sujet aux lois du destin , ce qui en est plus proclie en dépend moins, et ce qui est uni invarbblement à Dieu en est tout-à-bit exempt. L'ordre du destin n'est donc, par rapport à la Providence , que ce que l'cfliet est à son principe, le raisonnement à l'cnteudemenl, b circonférence du cercle à l'indivisibilité de sou

Diyi'ized ^ V

PAR BOECE

«entre, et le tempe à l'eternité. C’est cet ordre du destin qui donne le mouvement aux deux et aux astres, qui conduit les élémens, et les chaïqje mutuellement les uns dans les autres. C'est par ses lois que la gi'néralion remplace sans cesse les êtres qui périssent , par d'autres qui leur succèdent ; ce sont elles qui règlent les actions et le sort des hommes, par un enchaînement aussi invariable que la Providence , qui en est le premier principe. Tel est en effet l’ordre admirable de cette Providence immuable et infiniment simple; elle produit au dehors, d'une manière toqjours entièrement conforme à ses vues, cette multitude de choses qui, sans l’ordre qu'elle leur prescrit , seraient abandonnées au caprice du hasard. Il est vrai que les hommes ne pouvant apercevoir cet ordre admirable, s'imaginent que tout ici-bas est dans une confusion universelle; mais il n'en est pas moins certain que, par la direction de la Providence , il n'est point d'èire qui de soi ne tende au bien. Car ^comme je te l'ai déjà évidemment démontré), les scélérats eux-mèmes ne font point le mal , comme mal ; ils ne le font que parce qu'il se présente à leur imagination sous l'apparence du bien. Ils ne cherchent que le bien , et s’ils n'y parviennent pas, c'est une erreur fatale qui les égare; mais leur égarement n’est, ni ne peut être l'effet de cet ordre divin qui émane du bien suprême. Cependant, me diras-tu, peut-il y avoir une confusion plus déplorable et plus injuste que celle qui règne sur la terre? Les biens et les maux y sont indistinctement le partage des bons et des médians. Des bons et des méchans : ah! les hommes ont-ils assez de lumière et d’équité pour discerner les gens de bien d'avec ceux qui ne le sont pas? Leur opinion à cc sujet ne se contredit-elle pas le plus souvent? Td , au jugement des uns , est digne de récompense, qui, aujugement des autres, mérite les derniers supplices. Mais supposons un moment qu'il est parmi les hommes quelqu’un d'assez éclairé pour pouvoir connaître les gens de bien et les méchans, le sera-t-il assez pour approfondir cette disposition intérienre de Tâme, que j'appellerai son tempérament, s'Q m’est permis de me servir à son égard d’nn terme qui semble n’ètre propre qu'au corps? Ehl pourquoi n'en userais-je pas? Cdui qui ignore la diff&ence des tempéramens n'est-il pas également surpris

de ce que parmi ceux qui Jouissent d’une bonne santé, il en est à qui les choses douces sont nécessaires, tandis que les amers conviennent à beaucoup d’autres, et que dans le nombre de ceux qui sont malades, il en est à qui les remèdes doux suffisent , tandis qu'il faut , pour la guérison des autres, user des plus vinlens? Cela, au eontraire, n'a rien d'étonnam pour les médecins qui connaissent la différence des tempéramens , et qui savent juger des différens degrés de santé et de maladie, ür, dis-moi , qu'est-ce qui fait la santé de l'àme? n'est-ce pas la probité?Quelles en sont les maladies? ne sont-ce pas les vices? Et quel est celui qui sait conserver ce qui est bien, et détruire ce qui est mal? n'est-ce pas Dieu? Ce souverain maître des esprits et des cceurs, qui du haut de son trène éternel , jette un regard de providence sur tous les êtres créés , connaît , par sa science infinie , ce qui convient à chacun , et le lui prépare par sa souveraine bonté. La meneillc consiste donc en ce que la Providence fait avec intelligence et dessein , ce qui ne jette les hommes dans la surprise que parce qu'ils ignorent quel en est le motif, l'ordre et la fin. Car pour approfondir les secrets de cette Providence divine , autant qu'il est permis à la raison humaine de le foire, je t'apprendrai que souvent elle condamne ce qui parait à les yeux la justice et la probité même. >olre bon ami Lucain ne nous dit-il pas que la cause de César trouva grâce devant les dieux, tandis que celle de Pompée paraissait la plus juste aux yeux de Caton ? Ce qui se fait donc ici-bas de contraire à tes idées n'en est pas moins dans l'ordre; le désordre apparent qui t’afflige si fort n’existe que dans ta fousse opinion. Mais supposons pour un moment quelqu'un d’assez bonne conduite pour méiiter l'approbation de Dieu et des hommes, mais qui n'ait pas assez de force d’âme pour soutenir avec constance la mauvaise fortune, et qui peut-être abandonnerait la vertu , la regardant comme inutile, parce qu’elle ne raurait pas garanti de l'adversité ; la sagesse compatissante de la Providence le ménagera cet homme faible, et lui épargnera des revers qui pourraient lasser sa patience, et la porter au mal. D'un autre cêté, s'il est une vertu parfoite en ce monde, un homme saint, et qui approche de Dieu autant qu’il est permis à la Faiblesse humaine d’en approcher, la Providence ne permettra pas qu’il lui

arrive la moindre adversili' ; elle le rendra inaccessible aux maladies. Car, comme l'a dit excellemment quelqu'un qui pense mieux que moi , > corps d’un homme saint est pétri de perfections et de vertus. C'est par une disposition également sage de cette Providence adorable, que souvent le pouvoir souverain est entre les mains des gens de bien , afin qu’ils soient en état de réprimer l'insolence des médians. Quelquefois, selon la différence des caractères, elle mêle, pour les uns, les biens avec les maux; elle interrompt, par quelques adversités, la prospérité de ceux-ci , de peur qu'elle ne les corrompe ; elle permet que ceux-là éprouvent les plus grands revers, aHu d'excrcerlcurpatiencc, et de perfectionner leur vertu. La timidité des uns s'efliraie-t-ellc sans raison? la témérité des autres brave-t-ellc tout avec audace? la Providence leur fiiit faire, |>ar les adversités, l’expérience de leurs forces, et leur apprend à se connaitre eux-mèmes. Il en est qui, par une mort glorieuse, se sont acquis une réputation immortelle ; il en est d'autres dont la constance inébranlable an milieu des plus grands supplices , nous fait voir qu'il n'est rien dont la vertu ne puisse triompher. Ainsi tout , par ta sagesse de la Providence , arrive à propos et pour le plus grand bien d'un chacun , jusqu'à ce mélange même de biens et de maux qu'éprouvent les méchans. Car s'il leur arrive des disgrâces, il n'est rien de plus convenable, puisqu'au jugement de tout le monde, ils sont dignes de punition; punition salutaire pour enx , puisqu'elle sert à les corriger, et salutaire pour les autres qu'elle épouvante et qu'elle détourne du crime. Si au contraire ils jouissent de quelque prospérité , c’est une leçon vivante qui apprend aux gens de bien le peu de cas qu’ils doivent faire de la fortune, puisqu'elle se prête si indignement aux désirs de l'iniquité. Peut-être aussi la Providence n’apporte-t-clle des biens à certaines gens que parce qu'elle prévoit qu’indubitablement l'indigence porterait au mal leur naturel fougueux et incapable de rien souffrir. Ainsi , elle les retient par ses bicnfhits; elle les corrige même. Car, considérant d’on cété le mauvais état de leur conscience chargée de crimes honteux , et de l'autre l'état florissant de leur fortune, ils craignent qu'en continuant leur vie criminelle ils ne perdent

LA PHILOSOPHIE

I tous les avantages dont Us jouissent; et Us changent leurs moeurs corrompues , pour éviter on changement de fortune, dont l'idée seule les fait fiémir. La Providence permet que d’autres ne s’élèvent au comble du bonheur que pour tomber de plus haut dans l'ablme qu'ils se sont creusé eux-mémes. U en est d'autres à qui elle n’accorde le droit de vie et de mort qu'afin qu'ils exercent la patience des gens de bien , et qu'ils fassent subir à ceux qui sont pervers comme eux , le juste châtiment de leur méchanceté. Car ce n'est pas seulement entre les gens de bien et les méchans, qu'il y a une guerre éternelle; les médians se la font entre euxmèmes : et comment pourraient-il s’accorder ensemble? Chacun d'eux n'est jamais d'accord avec sa propre conscience , qui , déchirée par les remords , déteste le mal après l’avoir fhit. Souvent même l’horreur qu'ils ont pour de plus méchans qu’eux les porte à haïr l’iniquité et à mener une vie vertueuse , afin de ne plus ressembler à ceux qu'ils abhorrent ; et ainsi, par un miracle insigne de la Providence, les méchans servent à la conversion des méchans mêmes, il n'y a que Dieu seul qui puisse tirer de cette sorte le jicn du mal. Telle est la sagesse •le son gouvernement, que ce qui s’écarte dans un sens de l'ordre général qu’il a établi, rentre dans un autre ordre de la Providence : car, sous son empire, rien ne se làit au hasard, tout a son motif et sa fin. Au reste , il ne m'est pas possible de suivre la Providence dans toutes ses opérations; il n'est permis ni d'entrer dans le sanctuaire de scs conseils , ni d'en développer les mystères. Je me contenté donc d'avoir montré en général , que Dieu , auteur de tout être , gouverne tout par ce penchant invincible qui fait que tout tend au bien ; et que, rapprochant ainsi tout de lui-même , tout ce qui est sous son empire est bien dans l’ordre de la destinée. Aussi ce qui parait mal aux yeux de notre aveugle raison, nous paraîtrait tout different si nous pouvions pénétrer les ressorts secrets de la sage conduite de la Providence. Mais je vois qu'un sqjet sidifficile et si sublime, et un raisonnement si long, commencent à te fatiguer. Je vais donc prendre le ton poétique pour te délasser un peu, et te donner encore la force d'aller plus avant.

«Si Ion àme veut connaitre, dans ses effets, la sagesse toute-puissante du Dieu qui lance le

PAR BOECE

tonnerre, qu’elle éMve «et regards jusqu’au flrmauient. Les astres dont il brille conservent entre eux une paix étemelle. Le soleil , malgré la rapidité de son cliar, ne sort point de ta car rière pour aller fondre lesglaeesdu nord. L'ourse, qui roule sur l'un des pôles du monde, toujours élevée sur l'horizon , voit sans envie le reste des étoiles te plonger dans 1rs flots , et jamais ne s'y rafraîchit comme elles. C'est toujours le même astre qui dit i la nuit d'étendre sur l'univers ton voile ténébreux : c'est le même qui tous les malins l'avertit de le replier pour foire place à l'aurore. Ainsi l'amour de l'ordre renouvelle sans cesse le court des globes célestes ; ainsi il conserve entre eux une harmonie invariable. Il foit également sentir sa puissance aux élémens; il accorde l'humide avec le sec, et le froid avec le cliaud. Il donne au fou cette légèreté rapide qui le porte toujours vers les deux ; il donne à la terre ce poids toujours égal qui la maintient invariablement dans son assielte. C'est cet amour bienfaisant qui foit éclore mille fleurs channanUs dans 1rs beaux jours du printemps; il môrit dans l'été les riches dont de Gérés ; il nous foit recueillir dans raulomne les fruits les plus abondant, et ramène ensuite la triste et humide saison de l'hiver. Par celte alternative salutaire, il produit et couserve tout ce qui respire ; et, le détruisant ensuite, il le foit périr et disparaître quand le moment fotal est arrivé. Pendant cet révolu tions, r£tre suprême , assis sur son trône, lient en ses mains les rénetde ronivers;aa toute-puissance est le prindpe de tout ce qui s'y foit ; sa volonté en est la loi , et ta sagesse en est le juge. Il donne le mouvement à tout ; et le dirigeant à son gré , il ramène è l’ordre tout ce qui parait s'en écarter. Si sa providence abandonnait le soin du monde; si elle cessait un instant de coolenir les êtres dans le cercle qu'elle leur a tracé , tout se détruirait et rentrerait dans le néant; mais l'anioçu' du bien csinlient tout dans l'ordre, et conserve tout , en faisant tout remonter è la source d'où il est sorti.

Pr. < Vois-tu maintenant la juste conséquence de ce que nous avons dit jusqu’à présent? • —

• Kt quelle est-rile?> lui dis- je. cQue chacua duit être salisfoil de son sort.s — •Comment cela peut-il être?» répliquai-je tout étonné, vie voici, continua -I -elle, 'lout ce qui arrive ici - bas d'aaré»Ue nu de forlirux sert

à récompenser ou à exercer la vertu, et à punir et corriger le vice. la mauvaise fortune, comme la bonne, est donc toujours juste ou avantageuse, et nul dès lors n'a droit de s'en plaindre. > — < Ce que vous dites rst une vérité certaine, répondis-je ; et plus je considère ce que vous venez de dire de la Ptovidenoe et du destin, plus celte vérité me parait constante. Il fout pourtant convenir qu'elle est contraire à l'opiniou de la plupart des hommes, qui pensent et qui disent hautement qu'il y a des malheureux dont la situation est très déplorable. ■ — • Je lésais bien , me dit-elle , et je veux bien condescendre à ces idées du vulgaire , et ne poinl trop m'éearter de sa manière de parier, ni de ses usagi». Mais, réponds-moi, ce qui est avantageux n'estil pas un vrai bien? Or ce qui sert à corriger le vice ou à exercer la vertu est avantageux ; n'aije pas droit d'en conclure que la fortune qui produit ces bons clfots, est un vrai bien?Et lellr est celle de ces hmnmcs rslimahlrs qui brisent les chaînes qui 1rs attachent au mal, et s'efforcent d'entrer dans le chemin de la vertu , ou de ceux qui y marchent depuis long-temps, eu combattant avec courage contre les obstacles qui s'y rencontrent. Quant à la prospérité, qui sert de récompense à la vertu, le vulgaire lui-méme la regarde comme un vrai bonheur. ■ — • J'en cooviens, lui dis-je ; mais aussi regarde-t-il comme le comble du malheur l'adversité , qui sert de cliètiment au vice. • — • Prends garde, reprit-elle, de ne pas te jeter dans une erreur insoutenable , ee entrant trop dans l'opinion populaire. De tout ce que tu vieus de m'accorder, il résulte que toute fortune, quelle qu'elle soit, est un bien pour ceux qui pratiquent ou qui cherchent à pratiquer la vertu ; et qu'au contra'ue tout lourue a mal pour ceux qui persévèrent dans le vice. • — •Je l'ai avoué, lui diaje, et cela est vrai, quoique personne n'ose le dire. i — • L’homme sage, ajouta-t-elle , ne doit donc pas plus s'alarmer quand il a à combattre contre l'adversité , que l'homme courageux quand il fout marcher à l'ennemi ; car plus il y a d'obstacles à vaincre , plus il y a pour celui-ci de gloire à acquérir, et plus il y a pour l'autre de moyens de croître en mérite et en sagesse. La vertu même ne tire son nom que de la vigueur avec laquelle elle résiste à tant d’adversités. Vous donc , qui y avez foit tant de progrès , fo\ rz une vie molle et voluptueuse qui

322 CO.\SOLATIO> DE

t'nenorait votre *me, et comteltez avec courage i cuDtre lapniapÿrilO, ainsi que contre radversite, | ne voua laissant ni abattre par celle-ci, ni corrompre par l'antre, rl tenant en tout ce juste milieu où réside la vertu. Quirontpie en sort peut rencontrer une ombre de félicité, mais il n'obtiendr:i point le pria inestimable réservé A la pratique de la vertu. En un mot , rhominecat toujours maître de tirer avantage de sa condition quetlr qu’elle soit : fùt-clle des plus misérables, sekia les idées du vulgaire, elle peut servir A exercer sa constance, à corriger ses défauts tnt à punir ses vices.

/-.a. K gamemnon paya d'un sang bien préeicus le vent tavoraUe qui conduisit sa flotte a froie.

Il fut obligé, pour l'obtenir, d’étouffer les sentimens de sa tendresse paternelle , et de consentir au sacriHce de l'infortunée Iphigénie sa fille , qu'un ministre des dieux égorgea en sa présence : il éprouva ensuite, pendant dix ans entiers, toutes les horreurs d'une cruelle guerre; mais enfin il vengea , par la ruine de Troie , l'opprobre de son firére. Clysse eut le cœur percé de douleur quand il vit sescompagnons dévorés parle géant Polyphénie ; mais il vengea leur mort en privant de la lumière du jour ce monstre affreux , et lui faisant payer par des larmes de sang celles que le malheureux sort de ses compagnons lui avait fait répandre. Cest à ses pénibles travaux que l'iinmanel Alcide doit toute sa gloire. Il lui fallut dompter l’indompta- Wc orgueil des centaures, terras.ser un lion formidable et en arracher la sanglante et glorieuse dépouille , percer de ses flèches des monstres aüéi, ravir le trésor confié » la garde d'un dragon fnrieui, enchaîner d'nne main puissante ce inunatre A trois têtes, gardien des enfers, faire dévorer par ses propres chevaux un prince inhumain, couperlestétes renaissantes de l'hydre de Leme , terrasser le géant Antée , éteindre yiar la mort de l'Inlïnie Caeus le juste ressentiment d'Évandre, sbattre le monstrueux sangHer d’Erimanthe. Il couvrit de sa peau ces épaules robustes qui devaient on jour porterie ciel; il en soutint en effet le poids énorme sans en être ébranlé , et ce fiit le dernier de ses travaux. Le ciel, dont II avait été le soutien, devint pour jamais son séjour. Mortels courageux, saivez ces traces glorieuses; combattez avec consunoe, voua triompherez dea obstades qui le reacoo-

LA PHILOSOPHIE

trent sur la terre, et le ciel sera la récompense éternelle de votre courage et de vos com^ts.a

Pr. I J Philosophie parut alors vouloir changer de conversation; mais je i'arrèlai en lui disant : e L exhortation que vous venex de fiiire est sans doute très belle , très solide et très digne de vous ; mais j'éprouve en ce moment que la question de la Providence est , comme vous le disiez tantôt, unie rl impliquée avec bien d'autres; car je ne puis m'empéeber de vous demander si vous croyez qu’il y ait un hasard , et ce que c’est. ■ —«Je veux me hAter, répondit-elle, de satisfaire A la promesse que je t'ai lâila de te montrer le chemin par lequel tu dois retourner A la véritable patrie. I.es questions que lu me ^ peuvent sans doute avoir quelque utilité , mais elles noos éloignent un peu de notre but , et je craindrais que , làtigué par ces digressions , tu n'eusses pas la furce de parvenir où je veux te conduire. » — ■ Rassurez-vous , lui dis- je; c'est pour moi une récréation et un repos que d’apprendre ce qui pique et flatte ma curiosité. D'ailleurs, en résolvant d’une manière solide ces différentes questions que notre dissertation fiait naître, le reste en deviendra beaucoup moins difficile. » — « Jeveux bien, itjauta-elle, condescendre A tes désirs. > Et sans perdre de temps , elle commença ainsi. «Si on définit le hasard on événement produit par un mouvement fortuit , et qui n'a aucune oonnexioa avec les prinripesordinaires des choses, je le dirai hardiment, il n’y a point de hasard , et ce mot est absolument vide de sens. Car, puisque Dieu ne permet pas que rien sorte de l’ordre de sa Providence, il ne peut rien arriver furtoitement et qui n'ait été prescrit ou permis par elle. Rien ne se fait de rien ; c'est un axiome consacré et qui a passé de tout temps pour incontestable. Il est vrai que les anciens l'entendaient plutôt de la matière que des causes efficienlrs; mais l’un suit de l'antre; et si une clmse n'avait |ioint de principe, on pourrait dire qu’elle viendrait de rien, ür, comme cela est impossible, il est impossible aussi que le hasard , dans le sens qne je viens de le définir , soit quelque chose de réel. > — « Mais n’y

PAR ROECK.

a-t-il donc rien, rtplHluai-je, qu’on ap|)fler de ce nom , quoique le vnlfpiire ne sache pas bien ce que c'est? N’y a-nl rien de iorluit, et qu’un puisse attribuer au hasard?» — «Aristote, me dit-elle, va le répondre pour moi. Il a, dans sa pliysique, expliqué cette question en peu de mots , et d’une manière qui parait très conforme à la vérité. Toutes les fois, dit ce ipand philosophe, que l’on sc propose de hire quelque chose, et que, par des causes inconnues, la chose arrive tout difhèrrmment de ce qu’on se proposait , c’est un événement imprévu, que l’on nomme hasard. Par exemple, si quelqu’un , dans le dessein de rui ■ liver son champ, en remue la terre, cl y trouve un trésor, cette découverte est retardée comme l’rflèt seul du hasard. Néanmoins elle a différentes causes , dont le concours l'a produite. Car si le propriétaire du champ l’eClt laissé inculte, et si quelque homme riche n’eOt en la fantaisie d'y enfouir son trésor , il n’y aurait jamais été trouvé. Cet événement hcureui et inopiné n’est donc fortuit que parce que celui qui a caché son or, et celui qui a cultivé son champ , y ont concouru , sans en avoir l’intention. On peut donc définir le hasard un événement inopiné, produit par différeutes causes qui concourent ensemble à ce que l'on faisait par un autre motif et pour une autre fin ; et ce concours est l’effet de l’ordre invariable établi par cette Providence adorable , qui dispose tout avec sagesse , et fait que chaque choee vient dans le temps et dans le lieu qu'elle lui a marqué.

’ Dans la région habitée par ce peuple guerrier qui combat en fuyant , et par une retraite artificieuse n’engage ses ennemis i le poursuivre que pour les percer de coups, d’autant plus inévitaÛes qu'ils sont moins prévus, le 'Tigre et TEophrate sortent do même rocher ; mais bientôt leurs Rots se séparmit et coulent dans des lits diffèrems. Si dam la suite de leur cours ils se réunissent de nouveau, tes vaisseaux et tout ce qu’ils roulaient avec leurs ondes, portés d'abord séparément par chacun de ces fleuves , se trouvent, après leur jonctinn , fortuitement réunis .et mêlés de mille manières dilTémUes : mais CCS combinaisons, quclqu* fortuites qu’elles partissent , sont l’effet naturel de la pente du terrain sur lequel coulent ces fleuves , et de la direction de letir cours. Ainsi le hasard , quoiqu’il

paraisse indépendant de tout , est pourtant assujetti aux lois de la Providrnre , et n’eiisteque par elles. »

Pr. < Cela est ainsi sans doute , répondis- je; mais cet enchaînement des choses , cet ordre du destin , ne détruit-il pas la liberté de l’homme ? » — « Non. nte dit-elle ; l'homme est véritablement libre, la liberté est l’apanage de tonte créature raisonnable. Car tout être doué de raison est capable par lui-mème de discerner les choses , et de connaître ce qu’il doit désirer ou (hir. Dès lors il peut se porter a l'un , et se détourner de l’autre. Ainsi, tout être en état de raisonner et de juger, a la liberté de vouloir ou de ne pas vouloir. Il est vrai que cette foeulté n’est pas égaledans tous les êtres ra isonnables.Car les substances célestes ont nne intelligence plus pénétrante, une volonté plus pure et un pouvoir plus parfait de se porter à ce qu’elles désirent. Les Ames moins libres qu’elles, le deviennent encore moins, quand , s’éioigmint deladivinité, elles sont renfermées dans la prison d’un corps mortel , et elles semblent perdre toute leur liberté et devenir entièrement esclaves , lorsque formant les yeux t la raison , elles se plongent honteusement dans le vice. Caraussildt qu’elles se détournent de la auuveraine vérité , qui est la vraie lumière , pour s’attacher aux choses d’unbas, l’ignorance vient les couvrir d'on voile ténébreux ; elles sont agitées de mille affections tumultueuses et déréglées ; et si elles y consentent, si elles s’y livrent, elles appesantissent les fers qu’elles se sont forgés elles-mêmes; et leur liberté corrompue devient le principe de leur esclavage honteux. Dieu qui voit tout , qui entend tout , a prévu cela de toute éternité , et a destiné A chacun œ qu’il a mérité par aesboiuies ou par scs mauvaises actions.

P. I Homère célèbre , avec loua les charmes de lapoéiie, te soleil, père de la lumière. Cependant ce soleil impuissant ne peut pénétrer ni les eutrailles de la terre ni les abîmes de la mer. Les yeux du Créateur de l’univers sont bien plus pénétrans. Ni la profonde masse de la terre, ni les muges épais de la plus ténébreuse nuit, ne peuvent rien dérober à sa vue. D'un seul regard, il voit tout ce qui a été, tout ce qui est, et tout ce qui sera; et puisqu’il est le seul qui connaisse tout, c'est lui seul aussi qui est le vrai soleil et la vraie lumière du monde. >

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Pr.tMe roiU, lui di*-jc< acablé de nouveau par le poids d'une difficnllé bien plus grande encore. lai prescience de Dieu me parait absolument contraire à la liberté de l'homme. Car si cette prescience s'étend sur tout, et qu'elle soit essentiellement infaillible, il &ut nécessairement que ce qu'elle a prévu arrive. Si donc, de toute éternité, elle connaît non-seulem«it les actions des liommes, mais encore leurs desseins et leurs dé- .sirs les plus cachés, que devient leur libre arbitre, puisque tout arrivera infàUlibiement comme l'aun prevu cKte prescience infaillible ? Si en effet l'événement pouvait la tromper, elle n'aurait plus une connaissance assurée de l'avenir. Sa prétendue science ne serait qu'une opinion douteuse et sqiette à l'erreur; ce qu'on ne peut dire de Dieu sans blasphème. Je sais qu'il y en a qui croient résoudre cette difficulté en disant que les choses n'arrivent pas nécessairement parce que Dieu lésa prévues; mais que Dieu les prévoir nécessairement , parce qu'elles doivent arriver, hbis je n'approuve point leur idée; car c’est tomber d'une difHculté dans une autre. Kn effet alors la nécessité ne sera plus, il est vrai, dn cMé des choses futures ; mais elle sera du c6té de la prescience. An reste, ce n'est point li le véritable état de b question. Il s'agit uniquement de prouver que les événemens prévus arrivent nécessairement sans que pour ceh h (irrscirncr de Dieu nécessite leurs causes efficientes. Je me sers, pour expliquer ma pensée, d'un exemple familier. Si quelqu'un est assis, l'opinion de ceux qui le croient dans cette posiine est nécessairement vraie; et en retournant la propositioo , on peut dire que si ceux qui le ivensent ainsi , pensent vrai , il est nécessaire en rffiet qu'il toit assis. Il y a donc nécessité des rleux côtés ; et l'eiisteDoe de b chose et b vérité <le l'opinion qu’on en a, sont alors également nécessaires. Cependant b vérité de l'idée de i«lui qui me croit assis, n’est point b cause de ce que je le suis ; mais plutôt c'est parce que je snb effectivement assb, que son idée est vraie; et quoique b cause de ma situathn vienne d'ailleurs, cependant il y a, ainsi que je l'ai dit, nécessité des deux côtés. On doit raisonner de même deb Providence et des choses fritures. Car quoiqu'elles acrieiit prévues parce qu'elles doivent arriver, et qn'elirs n'arrivent pas précisément parce i|tt'cllrs a«mt piévues, cependant il

LA PHILOSOPHIE

semblerait qu'il y aurait nécessité absolue, ou que Dieu prévit les événemens parce qu'ib doivent arriver, ou que ces événemens arrivaasent parce que Dieu les aurait prévus : ce qui suffit assurément pour détruire la liberté de l'homme. D'ailleurs , y a-t-il rien de plus déraisonnable que de dire que des événemens futurs soient la cause de b prescience de Dieu ? Ce qui ne doit se bire que dans b suite des temps peutil être b cause de cette prescience , qui est de toute éternité ? L'avenir n'en peut pas plus être b cause que le passé. A cct égard , tout est égal entre eux ; car s'il est de toute nécessité qu'une chose soit , quand je suis sôr qu'elle est . il est également nécessaire qu'elle arrive, quand je suis sôr qu’elle arrivera. L'événement d'une chose prévue est donc absolument inévitable. Que si elle n'arrive pat comme je le pense, l'opinion que j'en ai est une erreur véritable , et non pas une science. Eh I comment avoir une vraie connaissance d'un événement, s'il ne doit pat certainement et nécessairement arriver ? Comme b science ne peut s'allier en aucune façon avec l'erreur, il est indubitable que ce qu'elle conçoit évidemment devoir arriver, arrivera, de toute nécessité , de b manière qu'elle le eonçoit. Comment donc comprendre que Dieu, de toute éternité a prévu les événement, s'ils sont incertains } Car s'il croit qu'ils arriveront infaiHiblement, et que cependant il soit possible qu'ils o'arrivent pas, il se trompe; ce qu'on ne peut ni dire ni penser sans bbsphéme. D'un autre côté, s'il ne les connaît que pour ce qu'ils sont, c'està-dire pour des choses contingentes, qui peuvent arriver ou ne pas arriver, quelle idée auronsnous alors de as prescience ? Elle ne différera pas de ce ridicule oracle de Tirésbs : « Tool ce que je dirai sera ou ne sera pat. s Elle n'aurait aucun avantage sur l'opinion des hommes , si sa connaissance se bornait à regarder l'avenir comme quelque chose d'incertain : mais comme il ne peut y avoir la moindre ombre d'incertitude dans cet être adorable , source et principe de tous les êtres, il est constant que les choses dont il a prévu l'existence arriveront iobilliblnnait. Mais que devient alors b liberté de l'homme , dont b volonté et les actioiis sont liées par b nécessité que leur impose l'inlàillibililé de b prescience ? Et si l'homme est dépouillé de son libre arbitre , quelle confiisioo , quel désordre ,

PAR BOECE, — LIVRK V.

qudic abiurdité ne t'cnMiivra-t-il pu? Qu’an ceue alors d'encourager les gens de bien par l'espoir des récompenses, et d'épouvanter les médians par la crainte des supplices. Alors ce que nous appelons équité deviendra le comble de l'injustice ; car pourquoi récompenser ou punir l'bomme qui ne peut plus rien mériter , puisqu'il ne fait plus rien par la délerminatioB de sa volonté, dans la nécessité où il est de justifier, par ses actions , l'infallibilité de la prescience divine? Alors il n’y aura plus ni vices ni vertus ; le bien et le mal , tout sera confondu , et , ce qui est le comble de l’impiété , nos mauvaises actions mêmes auront la Providence pour principe , puisque toutes les choses qui se font ici-bas se font par ses ordres, et que rhomine, privé de son libre arbitre , sera forcé de les exécuter. Toute notre espérance est donc éteinte; toutes nos prières deviendront superflues. Car, que nous reste-t-il à espérer ou A demander, si tout arrive par un enchaînement nécessaire et que rien ne peut changer? Le seul lien qui unit l'homme à Dieu ne subsistera donc plus ? Nous avons pensé jusqu'à présentqu'une humble prière nous attirait les grâces de Dieu : de là est venu ce commerce sacré par lequel nous nous élevons jusqu’à la lumière inaccessible qu'il habite, pour nous entretenir avec lui. Mais si une fatalité toute-puissante nécessite nus actions, nos prières n’ont plus aucune force; il n'y a plus aucune union entre Dieu et nous; et séparés de ee principe souverain de toutes choses , l'homine , dépourvu de son soutien, retombtn dans le néant.

f'. < Quelle eontrariété r^ne parmi les choses les plus étroiteqient unies! Dieu a-t-il donc mis tant d’opposition entre deux vérités, que, quoiqu’elles subsistent diaeune prise à part, elles ne puissent subsister ensemble? Non ; les vérités ne peuvent être contraires les unes aux autres ; elles sont indissolublement unies entre elles par des noeuds secrets; mais notre àme appesantie, accablée par le poids de son corps mortel , n’a point assez de lumière pour les apercevoir. Mais pourquoi hrùle-t-elle donc d’un si grand désir de découvrir les vérités cachées? Sait-elle déjà ce qu’elle recherche avec tant d’empressement et tant d’inquiétudes? Non, sans doute. Mais si elle l’ignore, que cherche-t-elle donc, l’aveugle quelle CS»? Peut-elle désirer, peut-elle reclier-

cher ce qu’elle ne connait pas? sait-elle où le trouver? Et n’en ayant aucune idée, comment le reconnaîtrait-elle quand le tiaaard le lui forait rencontrer? N’est-ce point que cette àme, quand elle contemplait l’intelligence suprême, y puir sait les idées générales et particulièrea de diaqœ être, et qu’à présent qu’elle est renfécmée dans b prison ténébreuse de son corps, elle a perdu b connaissance distincte et particulière de chaque chose, mais que «cpendant il lui en reste encore quelques notions générales? Ainsi, lorsque l'homme cherche la vérité, ou peut dire que s'il ne la connaît pas comme il faut , du moins il ne l'ignore pas absolument ; mais consultant les idées générales qui lui sont restées, il s’efforce , par ce peu de connaissances qui lui restent , de parvenir à une connaissance plus parfaite, en rappebnt ce qu'il a oublié, pour le joindre à ce qui reste encore gravé tbns ta mémoire. •

/V. — I Voilà, me répondit b Philosophie , une vieille pbintequ’on fait depuislong-temps contre b Providence. Cicéron, dans ses livret de b Divination, s’est beaucoup tourmenté pour y répondre : tu es depuis long-temps dans le même embarras; mais personne, jusqu'à présent, n’y a répondu avec assez d'exactitude et de solidité. ' La difficulté vient, de l’impuissance où sont b plupart des hommes de comprendre b simplicité infinie de b prescieaco divine. Si l’on pouvait t’en former une juste idée, toutes les difflcultés s'évanouiraient bieiuùt, Je vab essayer de b foire, après avoir dissipé ce qui fait à présent le sqjet de ton trouUe et de ton embarras. Je te demande d’abord pourquoi tu ne goûtes pas b réponse de ceux qui disent que b prescience ne blesse point b liberté , parce qu’elb n’impose aucune nécessité aux choses futures. Car, dismoi, n'est-ce pas uniquement parce que, dès qu’elles sont prévues , elles ne peuvent plus ne pas arriver , que tu conclus qu'elles sont nécessitées? Mais si, comme tu en es convenu, la prescience n’impose aucune nécessité , pourquoi , libres dans leurs principes, deviendraientelles nécessaires dans l’événement? Pour te faire entendre les conséquences de ces raisounemens, supposais un moment qu’il n’y ait aucune prescience ; les actions libres ne pourront être censées contraintes ou nécessitées par ce qui n’existe pas. Convenons main-

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trnant que cette prescience existe, mais quelle u'iiupose aucune nécessité aux choses hilnres : je crois que la liberté de l’homme reste pour lors éfjaiement dans tout son entier. Mais . me diras- tu, si la prescience ne nécessite pas les évi'nemens, il est toujours certain qu’elle est une marque assurée qu'ils arriveront infailliblement. Mais arriveraient-ils moins infailiiblemcnt s'il n'y avait point de prescience f Ce <|ui n'est que la marque et le signe d'une chose, est bien la preuve de son existence; mais elle ti’en est pas le principe. C'est pourquoi il Faudrait commencer par démontrer que tout arrive par les lois d'une nécessité absolue, avant d'établir que la pre.science en est la marque. Car , s'il n'y a aucune nécessité , la prescience ne pourra en être le signe. Ce n'est d'ailleurs ni par les signes d'une diosc, ni par aucun autre moyen pris hors d'elle, mais par ses seuls principe.s intrin.séques, que l'un parviendra à faire une démonstration solide. Mais comment peut-il se faire, dira-l-on, que Ica choses prévues n'arrivent pas? Vaine demande! Je ne dis point que je crois qu'elles n'arriveront pas , je dis seulement que, quoiqu'il soit certain qu'elles arriveront, il n'est pas moins certain qu'elles ne .sont aucunement nécessitées. Pour t’aider à le l'omprendre, rappelle-toi mille choses qui se font tous les jours à nos yeux, lin habile cocher, par exemple, conduit un char avec adresse; il fait obéir à sun gré les chevaux fougueux qui le traînent , etc. Est-ce par nécessité que cela se lait? ^otl , sans doute. Il n'y aurait plus d'art ni <r,-idresse en rien, si tout se hisait par les lois d'une nécessité impérieuse. Ce qui se hit doue librement n'était certainement pas nécessité avant son existence ; ainsi , bien des événemens arriveront librement dans leur temps. Car tout le monde, je crois, conviendra que ce qui arrive était futur, de la même manière qu'il arrive; l’existence de ces choses est donc |tarf.iilemcnt libre, quoiqu'elle ail été prévue. Car la connaissanre et la prévision des ehuses futures ne leur impose pas plus de iHVcssité que notre connaissance et notre vue n'en imposent é celles i|ui arrivent journellement sous nus yeux. Mais voilà précisément, me diras-tu, le point de la difdculté. Je ne puis supposer qu'un événement futur puisse être prévu , et rester libre et CI ntingenl Cela semble ir.qiliqoer conlradie-

l.A PHILOSOPillR.

tioo : car s’il est prévu , il arrivera nécessairement, et s’il n’atrive pas nécessairement, a ne peut être prévu ; puisque la prescieoce ne peut avoir pour objet qu'une vérité dont la certitude soit infaillible. Car, encore une fais, prévoir comme certain ce qui est libre et contingent , c'est moins avoir une connaissance lumineuse qu'une opinion ténébreuse et sujette à l'etreur. Toute l'obscurité de cette matière vient de ce que tout le monde croit connaître les choses à fond , et telles qu'elles sont elles-mêmes : ce qui est absolument faux , puisque l'étendue de nas connaissances ne dépend point de la nature des choses , mais de celle de notre intelligence ; car, pour expliquer ma pensée par une comparaison , l'ceil et la main connaissent d'une manière différente la rondeur d'un même objet L'sU , quoique éloigné , n'a besoin que d'un regard puur saisir tout d'un coup la figure de l'objet; mais la main est obligée de s'en approcher , de s'y attacher et de le suivre dans tout son contour , avant que de pouvoir en connaître la rondeur ; l'homme lui-méme le connaît d'une manière différente, par les sens, par l’imagination , par la raison et par l'intelligence. Les sens ne peuvent juger de la figure que comme inhérente à la matière. L'imagination détache la figure du sqjet même, et en juge séparément. La raison va plus loin ; faùsant abstraction des individus, elle considère l’espèce en général, et se forme l'idée de l'universel. L'intelligence a des vues encore plus sublimes ; sans s'arrêter à ce» idées générales , elle considère la simplicilc de l'essence constitutive de chaque chose , et, ce qu'il fout bien remarquer, ces différentes facultés renferment les qualités de celles qui leur sont subordonnées; mais les inférieures ne peuvent atteindre aux objets des plus parfoites; car les sens se bornent uniquement à la matière. L'imagination ne peut se former l'idée des universaux , ni la simple raison celle de l’essence. L'intelligence, au contraire, infiniment |dus élevée , juge de tout ce qui a rapport aux choses, de la même manière dont elle en conçoit l’essence. Car si elle considère les objets sensibles, leur figure et leur idée générale, die ne le foit ni par le ministère des sens, ni par celui de rimaginatioo, ni par celui de la raison i^me. mais par sa propre lumière qui embrasse et pénètre (oui. De même. I.v raison, quand elle se

PAR BOFXE.

ibrrne l'idée de> univcraaui , ne K aert ui de la force de l’imanination , ni du srcoura des sens. Voici l’idée générale que la raison de l'Iioainie a de lui-méme. L'bonime est un animal à deux pieds et raisonnable. Or, cette idée générale renfénne des coonaissancrsqui sont du ressort de l'imagination et des sens ; mais sans leur secours, .la raison les acquiert par ses seules lumières. Enfin , Timagination elle-même , en qui les espèces, qui font son objet , entrent d'abord par les sens , ne laisse pas de se les former ensuite par sa propre force, quoique tous les sens restent dans une entière inaction. Tu vois donc que c'est bien moins de la nature des objets que de celle de nos diffiérentes focultés, que provient la difiFéieoce de nos connaissances. Et cela doit être ainsi : car le jugemeut étant un acte propre delà fiKulté qui juge, il est bien plus naturel de (Toire quelle le forme d'elle-même et par ses propres fortes , que par l'influence d'une cause étrangère.

V. «Ces anciens sages , trop peu connus, qui ont illustré l'école de Zénon, pensaient que des objets matériels il sort sans cesse une foule d'images invisibles qui viennent s'imprimer dans les âmes , comme le style grave rapidement sur les tablettes ces signes qui sont les interprètes de nos pensées. Mais si l'âme n’agit point par elle-même; si, purement passive, elle n'est qu'un simple miroir où les objets viennent se peindre, d’où lui peut venir celte ardeur qu'elle a de tout connaître, et cette faculté de connaître en effet chaque chose, de foire l’analyse des objets qui lui sont counus, d’en diviser â cet effet les différentes parties, et de les réunir ensuite sous un seul et même point de vue? D'où vient peutelle , â son gré , s’élever jusqu’au plus haut des deux, et descendre ensuite dans les plus profonds abîmes? Pourquoi, recueillant ses connaissances et les comparant ensemble , sait-elle foire Iriomplier la vérité des ténèbres de l'erreur? Ah ! certainement elle est douée d'une force active, d’une foculté puissante, dont serait incapable un être qui , semblable â 1a matière , ne serait propre qu’à recevoir les impressions des ubjets extérieurs. J’avoue pourtant que ces impressions précédent d'ordinaire nos idées. La lumière qui trappe nos yeux , la voix qui retentit â nos oreilles, semblent réveiller notre âme. Ces sensatioas lui rappellent les idées qui y

répondent; elle en foit l'applicatioo sus différent ubjets, et réunit les images qui entrent en elle par les sens, aux idées purement spiriturlics qu’elle renferme en elle-même.

/*r. «Si dans les sensations corporelles, quoique les qualités des objets sensibles affectent les organes des sens , et que l'impressiao faite sur eux précédé le sentiment de l'âme et Texcite en y recueillant les idées auxquelles elle ne faisait pas attention auparavant ; si dans ces sortes de sensations, dis-je, le sentiment intérieur de l'âme n'est point une impression purement passive qui vienne du dehors, mais l'effet de sa propre activité qui s’aperçoit et juge de ce qui te foit dans les corps , â combien plus forte raison les êtres qui sont absolument indépendans de la matière, ne sont-ils point assujettis, dans leurs idées, aux espèces sensibles, mais jugent de tout par les seules forces de leur intelligence ? .Aussi voyuns-nuus que chaque espèce a une faron de connaître qui lui est propre. Ces animaux qui vivent dans la mer , aussi immobiles que les rochers auxquels ils sont attachés , sont doués de la seule faculté de sentir, et destitués de toute autre qualité ultérieure. Les autres animaux qui, par leurs divers mouvemens, nous donnent lieu de croire qu'ils ont drs désirs et des aversions , avec la foculté de sentir, ont encore l'imagination. La raison est la propriété essentielle de la nature humaine, comme l'intelligence l'est de la nature divine; et celle-ci est évidemment la pins parfaite, puisqu'elle renferme tout le reste. .Si les sens et l'imagination, parce que 1rs idées abstraites des universaux ne sont pas de leur ressort , usaient soutenir que la raison ne Icscooçuit pas, et lui parler ainsi: «Ce qui est â notre portée ne peut être cunsidéré d'une manière générale, et par abstraction A toutsu;et ; dune , ou vous ne concevez pas les universaux, ou nous n’avuns aucun objet qui nous soit propre; ur, nous sommes bien assurés d'avoir des objets sur. lesquels nous exerçons nos fonctions, donc vous ne pouvez avoir aucune idée des universaux. > Lu raison ne pourrait-elle pas leur répondre : « Facultés subalternes, vous ne pouvez vous élever au-dessus des choses œrporelles et sensibles; pour moi qui les conquis d'une manière plus ntdde et plus parfaite que vous, j’ai d'eux drs idées générales que vous êtes incapables d’avoir. Restez donc dans votre spitère, et ne me dispu-

by

.OOgiC

lei P» les cooMinances que j'ai , parce qu'ellet tont au-deMua de voua. •€'€«( una doute t la faculté de connaître la plua parfaite qu'il lâat a'en rapporter sur ce sujet ; et noua qui , avec les sens et l'imaginai ion , possédons la hcullé de raisonner, noua lui donnerions sûrement gain de cause en ce procès. Le même tort que les sens et l'imagination auraient avec la raison, dans la supposiüon que je viens de faire, la raison l'a vis-ft-vis du souverain Etre, lors<[u'elle pense qu'il ne voit pas l'avenir autrement qu'elle. Car tel est ton raisonnement : On ne peut pas prévoir av.x certitude ce qui ne doit pas nécessairement arriver. Il n'y a donc point en Oieu de prescience des événemens futurs; ou s’il y en a , elle leiu' impose une nécessité absolue. VoilA comme on raisonne. Mais si nous pouvions voir par les lumières de l'intelligence infinie, ce que nous ne voyons qu'iniparbilement par celles de la raison , nous conviendrions que cette faible raison doit le céder à l'intelligence suprême , plus encore que les sms et l'imaginatioo ne doivmt le céder i la raison. Élevons-nous donc, s'il est possible, jusqu'il cette divine lumière , nous verrons en elle ce que nous ne trouverons jamais en nous-mêmes; nous y verrons , dis -je, comment les événemens fiilurs, quoiqu'ils doivent arriver librement, sont pourtant prévus avec certitude , et que celte lirévision non-seulement n'est pas une opiniOB vaguect imparfaite, mais, au contraire, est une science véritable , et infiniment parfaite dans ion infinie sinipliciti'.

é . c Que la nature a pris de plaisir k varier la figure des animaux qui vivmt sur la terre ! I,es uns rainpmt sur la poussière et ne s'y Irainml qu'avec peine; les autres, d'nnc aile légère et rapide, tendent les airs, et parcourent sans |M'ine l'iinnimse étendue de la plaine azurée; d'autres imprimmt sur la terre la trace de leurs pas , et tantét ils Iravenent-les campagnes , lant6t ils t'mfbneenl dans l’épaisseur des bois. Mais toutes ces espèces différmies ont cependant la tète penchée vers la terre. L'honane seul porte la léte droite et élevée, et a’il veut user de sa raiaon, il verra que, puisque scs yeux sont foili pour contemplar te ciel , stm tme doit se détacher de la terre. Ne serait-il pas honlenx pour lui que son ronn' fhl attaebé aux choses d'icibas, tandis <|iic son cor|>s, par sa posture.

LA PHILOSOPHIE

l'averlil sans cesse de se porter vers celles du ciel?

/‘r. « Élevons-nous donc vers le Très-Haut ; et puisqu'il est constant qu'il ne faut pas ji^er de U manière de connaître par la nature ^ l'objet connu , mais par celle de la faculté qui oimnalt , considérons, autant qu'il est permis k des mortels de le faire, quelle est la perfection de la nature divine, afin de mieux juger de U nature de ses couiuiissances. Il ne feut que consulter la raison pour avouer que Dieu est éternel. Conaidéroos donc ce que c’est que l'éternité : l'idée que nous ra concevrons nous conduira k cellede la nature et des connaissances de l'Etre étemel. L'éternité est la jouissance entière et parftite d'une vie sans conimmcement , sans succession et sans fin. Cette idée va s'éclaircir en la comparant avec celle du temps. Pour tout ce qui est temporel , le présent n'est que le panage du paasé é l'avenir. Rien de ce qui est sqjet k l'empire du temps ne peut jamais jouir tout k la foia de sa vie tout entière. Le jour d'hier a cessé d'étre )>oar lui , et le jour de demain n'exiate pas encore. Dans celui même d'aujourd’hui vous ne jouissez i la foLs que d'un instant rapide et passager. Tout ce qui est donc sqjet 1 la succession du letiips, quand même, ainsi qu'Aristotc l'a pensé du monde, il n'aurait jamais en de commencement , et que sa durérdùt t'élmdre autant que celle des temps, k parler avre préciaioD, ne mérite pourtant pas le litre d'étemel, pnisqu'il ne réunit pas ensemble tous les points de sa vie , cl que jouissant k peine du pr^nl , il ne jouit plus du passé , et ne jouit pas enrare de l'avenir. Ce qni est véritablement étemel, doit jouir tout à la fois de toute la plénitude d'une vie sans fin. Rien ne doit être ni passé ni fiilurpmir lui. Toujours, et tout en lui-méine, l'immense succession des temps n'est rien à son égard. Tout est toqjours présent à ses yeux. Crst donc à tort que, de ee que Piatoa parah avoir cm que le monde a loqjours existé et durera toujours , quelques-uns en concluent qtM ce monde créé est étemel comme son Créateur ; car il y a bien de la différence entre avoir une durée sans fin , mais successive . comme le monde l’a dans l'opinion de ce grand philosophe, et jouir tout k la fois, sans succes.sjon et sans partage d'une vie inflniment parfaite; ce qui ne peut se dire que de Dicn. Au reste, ne va pis

ly CaOO^Ir

PAR BORCE. — LIVRE V.

pcnvT que ta prtoiatence du Oréateur aui ctioaes puisae ae meaurer par la durée

du teinpa ; cette préeiialence eat une pruprtété eaaentielle de la nature divinr , avec la<|uelle le tnnpa n'a aucune proportion. Si dana sa auceeaaioo inflnir , il parait l'imitrr m quelque choae , il lui eal abadiiment impoaajblc de l'éfpiler. C'eat pourquoi ne pouvant jooir, comme elle , d'une parfiiite immutabilité, il dé|;énéreen un mmivement auciv<aaif et aana fin ; et ne pouvant réunir son existenccen on seul point, il se partage et s'écoule dans ces espaces immenaea que ftâ^ ment le passé et l'avenir. Dans l’inipossibilité oA il est de jouir tout A la fois de toute la pUnitude de son être , il imite l'état iinmiuble de Dieu , mais seulement en ce qu'en quelque sorte il ue cesse jamais d'exister, et reste présent , autant que peut le permettre la rapidité avec laquelle le moment présent s'enfuit. Ce moment, tel qu'il eat, est une faible image de cette éternité toujours présente A Dieu, lilaiscomme il cesse d'étre ansaitét qu'il existe, il se renouvelle sans cesse; et par une succession perpétuelle forme l’inAnilé desaiécles. Ain.si ce n'est qu'en continuant A s'écouler sans fin qu'il acquiert son étendue; étendue immense, mais qu'il ne peut réunir dans un seul point fixe et immuable. Si nous voulons donc , A l'exemple de Platon , donner aux choses des noms qui leur conviennent , celui d'étemel ne sera donné qu'A Dieu seul ; et puisque toute fiiculté intelligente connaît les choses selon sa nature, et que celle de Dieu est de jouir tout A la fois de l'éteraité tout entière, sa lumière infinie, indépendante de la succession des temps , réunit le passé et l'avenir, et lui fiiil tout voir comme toqjours présent ; et ainsi ce que nous appeioos prescience, est moiiu une prévision de l'avenir qu'une vue simple et actuelle de toutes choses étcrarllemcnl présentesA Dieu. Aussi cette connaissance n'est , A proprement parler, que la divine Providence, qui, du haut de son trâne, voit toutes choses tout A la fois et d'un seul coup (ftpil. Dis-moi maintenant , mon cher élève, comment pourrais- tu penser que la vue de Dieu nécessite les événemens, puisque celle des hommes ne 1rs nécessite pas? Car tu conviendras que tes regards n'imposent aucmic nécessité A ce qui se foit tous les yeux. O, s'il est permis de comparer m quelque chose l'homme avec Dieu , tout est étrmcllenient présent A ses yniv, comme

l'instant présent l'est aux lient. Sa prescience ne change donc en rien ni la nature ni les propriétés des choses. Elles sont présentes A set yeux telirt qu'elles arriveront un jour, btfhillibie dans set jugemens, d'un seul et même regard elle voit comme nécessités celles qui doivent arriver nécessairement, et comme libres celles qui arriveront librrment. Ainsi , quoique du même coup d'<Fil,lu vmesim homme te promener sur la terre , etlesoleit rouler dans les deux , tu tait très bien que le mouvement du premier est paifiitement libre, et que edui de l'autre ne l'est pas. I.a presdence de Dieu n'altère donc en rien les qualités deschoses toujours présmtrs A son égard , et qui ne sont futures qu'en égard A la succession des temps. Ce n'est donc pas par une simple cnqieeiare, mais par une connaissance certaine, et fondée sur la vérité même, que Dieu voit ce qui arrivera , quoiqu'il tache qu'il airivera librement. Si tu m'objectes maintenant que ce que Dieu voit comme futur , ne peut pas ne point arriver; et que ce qui ne peut pas nepoint arriver, n'eti plus libre, mais nécessité, je trouverai id une vérité très solide, mais qui ne peut être connue que de ceux qui s'élèvent jusqu'A la contemplation de la Divinité : oui , je le dirai , le même avenir pent être regardé comme nécessaire, relativement A la conoanaance de Dieu , quoique relativemem A St propre nature et A celle de son pnneipe, il reste toqjoara véritabieinent libre. Il y a en effet deux espèces de nécessités; l'une absolue, rautre cooditiooneUe. Tous ks hommes mourront; voilA une nécessité absolue. Cet homme te promène,car je le vois :voiU une nécessité qui n'est que canditioanelie.Car,quoique nécesuirrmeiU «que je vois existe, il ne s'ensuit pas qu'il exide nécessairement. Rien en effet ne force cet homme A oiiurcher; U le bit librement et par m pure volonté ; cependant dès que je le vois atarefaer, il but nécesiairtment qu'il marche. On peut dire de même, que ce que la Providence voit , ne peut pas ne point être , quoiqu’il soit pourtant libre de ta nature et dans son principe. Or, Dieu voit comme aduellement présentes toutes les actions libres qui doivent se bire dans la tuile des temps ; elles sont donc nécessaires condilionnellrment , et eu égard A la ronnais-saiKC que Dieu en a ; maia considérées en elles mêmes , elles n'm sont pas moins libres.

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330 CÜASÜLA Tlü.N DE LA PHILOSOPHIE, PAR BOECK. — LIVRE V.

Ainsi (uni ce que Dieu a prévu arrivera sans lance; et puisque je peu vouloir une chose, ri doute; mais toutcequi est l'effet du libreubilre le moment d'après en vouloir une autre, laronue cban({e point de nature au moment de son naissance que Dieu a de moi éprouvera donc la esistence. En effet, U arrive librement, parce même variation? Non, sans doute, mon cher qu'avant que d'étre, il a pu ne pas arriver, élève. L'ceil de Dieu voit l’avenir tout entier Mais qu'importe, diraMu, que nos actioiu ne axnme toiyours présent. Ses connaissances ne soient pas néeetsitéesen on sens, si elles le sont varient point comme toi , en saisissant tantôt un dans un autre, par la runnaissanee antécédente objet, tantôt l'autre. Mais telle est la propriété que Dieu en a? H n'est pas difficile de répondre essentielle de sa nature infinitnent simple, qu'Oâ ladifHeolté. Rappelle-toi ceqne je t'ai ditdu teruellement invariable, il voit d'un seul reimiuvement do soleil qui parcoort les deux, et gard, tous les cbangemens de ta volonté. Tu de œlni de Itumune qui marche sur la terre; [leox par-U résoudre la diflicullé que tu hiil’un et l'autre, dès qu'ils exislent, ne peuvent sais il y a un moment, en disant qu'il paraispas ne point être; l'un cependant n'était pas sait indigne de Dieu que sa scienoe tint en libre avant son existence, et l'autre l'était. De qudque chose de nos actions hilures. Elle même les choses qui sont présentes aux yeux, n'en dépend en rien; et telle est sa perfrctioii existent certainement, mais les ones sont une souveraine, qu'embrassant tout par une consulte nécessaire des lois de la nature, et Ira naissance to«Jaursactuelleetiiiflnimetit simple, autres dépendent entiéieineut de la volonté de die donne l'ordre à tout , et ne le reçoit dr leursagens. Gen'cst donc passaos raison que j'ai rien. De tout ceci , coodoons que Thomme jouit dit que ce qui , considéré relativement i la oon- d'une pidne liberté ; qu'en conséquence les lois usissaoce de Dieu, peut être regardé cmnraené- s«it justes dans les récompenses qu'dles pnv

posent aux bonnes actions, et dans les chàtimens qu'dles décernent aux mauvaises. Dieu, dont la ixescicnce étemelle voit taules nos actions comme toajours présentes, les juge de toute éternité, et prépare dès lors une récompense infinie aux bons , et des supplices terribles aux méchans. Ce n'est donc point en vain que nous mêlions notre espérance en lui , et que nous lui adressons nos vœux. S'ils partent d'un coeur jusi c et droit , ils ne seront point rejetés. O honunrs , fuyez donc le vice; pratiquez la vertu. Qu'une juste confiance vous anime , et que l’homilité de votre prière 1a fasse monter vers le trône de rÉtemd. Si vous ne vous faites point illusion à vouMnèmes, vous devez savoir avec quelle ardew voua êtes obligés de vous porter an bien , poisqurvousneponvez rien faire qui échappe aux regards d'un Dieu souverainement juste, et qui voit tout. »

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